Difficile d’avoir des informations sur la situation à Canjuers. L’armée, néanmoins, a reconnu, suite à mes démarches auprès de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, que « des tirs de missile contenant du thorium y sont réalisés ».

Le thorium 232 a été mis en cause dans le scandale de Quirra, en Sardaigne, un autre camp militaire où sont testés de nombreux obus et missiles, et où une épidémie de cancers et de malformations congénitales s’est déclarée à la fin des années 1980. Le procureur qui y a mené une enquête (il a inculpé plusieurs militaires et scientifiques, une vingtaine de personnes au total) a fait exhumer les corps de bergers (une dizaine) morts d’un cancer (souvent un lymphome non hodgkinien), il y a retrouvé du thorium 232. Plus les bergers étaient âgés plus il y avait de thorium 232 dans les tibias.
Le thorium 232 n’est pas aussi radioactif que le plutonium 239, mais il est aussi radiotoxique. Le plutonium 239 est connu pour être l’un des éléments les plus toxiques sur Terre. Il n’est pas étonnant alors de retrouver du thorium 232 dans les os des bergers décédés. En termes scientifiques, pour un Becquerel de radioactivité du thorium 232, on obtient 1,1×10-4 Sv en inhalation, 2,3×10-7 Sv en ingestion. A comparer avec le plutonium 239, connu pour être l’un des éléments les plus toxiques sur Terre : 1,4×10-4 Sv/Bq en inhalation, 2,5×10-7 Sv/Bq en ingestion. C’est près de 40 fois plus dangereux que l’uranium 238.
Le thorium est utilisé dans les systèmes de guidage des missiles, quelques grammes par missile. En principe il en aurait été retiré dans les missiles Milan fabriqués après 1999, mais il y a de nombreux autres missiles, et de plus de nombreux missiles Milan fabriqués avant 1999 peuvent encore être dans les stocks. De plus le thorium est aussi utilisé comme matériau pyrophorique, comme le prouvent les brevets cités dans mon article sur les « matériaux réactifs » incendiaires pour missile. « The reactive metals can include aluminum, beryllium, hafnium, lithium, magnesium, thorium, titanium, uranium, zirconium, as well as combinations, alloys and hydrides thereof« . Dans ce cas on peut s’attendre à une utilisation d’une masse beaucoup plus importante que les quelques grammes du système de guidage. Parce que si 2000 missiles contenant 2,7 grammes de thorium 232 chacun dans les systèmes de guidage ont été tirés à Quirra en une quinzaine d’année, c’est une quantité sans doute insuffisante (sur une période trop longue) pour expliquer qu’on retrouve du thorium dans les os de tous les bergers décédés d’un cancer. Des quantités plus importantes de thorium sont sans doute utilisées comme matériau incendiaire dans les missiles, car le thorium est pyrophorique comme l’uranium. Et si la compagnie MBDA qui fabrique les Milan a promis d’arrêter d’utiliser du thorium dans les systèmes de guidage en 1999, rien ne prouve qu’elle ne l’utilise pas encore comme matériau incendiaire !
Il faut savoir qu’en Belgique l’armée, suite au scandale sarde, a pris des mesures de précaution dans la manipulation des missiles Milan. Tout d’abord les tirs étaient effectués sur une bâche synthétique, et les soldats devaient porter une combinaison de protection (cf. le reportage Dans les poubelles des marchands d’armes de Pièces à conviction) :
Bien sûr aucune précaution similaire n’a été prise dans l’armée française.
S’il est vrai que le thorium a cessé d’être employé dans les systèmes de guidage, il l’est peut-être encore dans les têtes des missiles, comme matériau incendiaire, tout comme l’uranium. A Quirra en Sardaigne on a retrouvé du thorium dans les os des bergers décédés d’un cancer mais on a aussi retrouvé de l’uranium (et notamment de l’uranium 234) dans les os d’une brebis malformée. Il y a de la radioactivité à Canjuers (je détecte avec mon Geiger 3 fois la radioactivité naturelle à plusieurs kilomètres du site des explosions, alors qu’il n’y a pas de radioactivité les jours où il n’y a pas d’explosion, cf. article), et l’armée en est responsable. L’utilisation du thorium hautement radiotoxique est un crime et la justice doit se saisir du problème pour défendre les intérêts des habitants alentours, comme l’a fait Domenico Fiordalisi, le procureur de Lanusei en Sardaigne.
Pensez à signer ma pétition !