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Il y a plus de vingt ans que le concept de démocratie illibérale a été forgé par le politologue américain Fareed Zakaria. Il s’agissait alors de donner un nom au désenchantement qui avait suivi l’écroulement du Bloc de l’Est et l’espoir de voir l’ensemble de la planète se rallier progressivement au régime dit de la démocratie libérale ; la fin de l’histoire annoncée par Francis Fukuyama semblait d’ores et déjà une promesse trompeuse, et Zakaria pouvait écrire que « les démocraties libérales occidentales pourraient s’avérer ne pas être le terminus de l’itinéraire démocratique, mais seulement une sortie parmi plusieurs autres possibles ». Comme il le notait dans son article séminal, « parmi les pays qui se trouvent à mi-chemin entre la dictature avérée et la démocratie consolidée, 50 % font mieux en matière de libertés politiques qu’en matière de libertés civiles. Autrement dit, la moitié des pays en voie de démocratisation dans le monde sont aujourd’hui des démocraties illibérales ». Il nous est assurément difficile de concevoir la démocratie sans le libéralisme politique ; Zakaria notait pourtant qu’ils ont souvent existé l’un sans l’autre. Jusqu’au xxe siècle, rappelait-il, la plupart des pays européens étaient des « autocraties libérales », c’est-à-dire des régimes autoritaires garantissant de nombreuses libertés civiles ; à la fin du xxe siècle, plusieurs pays du sud-est asiatique reproduisaient ce modèle, et étaient ou bien de semblables régimes autoritaires ou bien des « semi-démocraties », de Singapour à la Malaisie en passant par la Corée du Sud, la Thaïlande ou Taiwan…

Didier Mineur
Didier Mineur est maître de conférences en philosophie politique à l’Institut d’études politiques de Rennes. Ses travaux portent sur la représentation politique, l’État de droit, les renouvellements du jusnaturalisme ainsi que sur le principe de majorité. Il a publié notamment Archéologie de la représentation politique. Structure et fondement d’une crise (Paris, Presses de Sciences Po, 2010), Carré de Malberg. Le positivisme impossible (Paris, Michalon, coll. « Le bien commun », 2010), et Le Pouvoir de la majorité. Fondements et limites (Paris, Classiques Garnier, 2017).
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Mis en ligne sur Cairn.info le 09/10/2019
https://doi.org/10.3917/cite.079.0105
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