Tunisie: deux dirigeants politiques cessent une grève de la faim de 30 jours

TUNIS (AFP) — Deux dirigeants politiques tunisiens du Parti démocratique progressiste (PDP, légal) ont cessé samedi une grève de la faim de 30 jours après l'abandon d'une procédure judiciaire d'expulsion du siège de leur parti, ordonnée, selon eux, par le pouvoir.

"Nous cessons la grève. Un compromis a été trouvé avec le propriétaire, qui a accepté d'abandonner les poursuites en contrepartie d'un nouveau contrat de bail", a indiqué à l'AFP Ahmed Nejib Chebbi, l'un des deux protestataires.

M. Chebbi, 64 ans, avocat fondateur du parti et directeur de son organe hebdomadaire, Al-Mawquif, et Maya Jribi, 48 ans, qui lui a succédé à la tête du PDP, avaient commencé leur grève de la faim le 20 septembre.

Ils entendaient ainsi s'opposer à une décision judiciaire d'expulsion à la demande du propriétaire du local occupé par leur parti, se disant victimes d'une manoeuvre politique destinée à supprimer le "dernier carré des libertés".

Le gouvernement a dénoncé, quant à lui, des "allégations fallacieuses" et évoqué une tentative du PDP d'exploiter "un litige civil immobilier" entre les mains de la justice.

Au 30e jour de leur grève, vendredi, les deux grévistes s'étaient déclaré prêts à accepter un compromis qui leur éviterait d'être délogés, réagissant alors à une information publiée le jour même par un quotidien privé proche du gouvernement.

Le quotidien Achourouk avait rapporté que "la présidence de la république" avait intercédé pour "une solution acceptable pour les deux parties" le PDP et le propriétaire du local fort d'une décision de justice pour l'expulser.

M. Chebbi a indiqué que le propriétaire s'était présenté samedi après-midi au siège du parti avec un avocat, "pour nous proposer un contrat modifié sur la base d'un compromis portant révision du loyer, abandon des poursuites et annulation de la décision d'expulsion".

"Nous sommes heureux de signer un nouveau contract qui met fin à la crise", a-t-il déclaré peu après à la presse au siège de son parti, un appartement de 80 mètres carrés devenu QG de crise, au coeur de Tunis.

Amaigrie à moins de 45 kg, Maya Jribi, a rompu le jeûne avec quelques dattes et s'est dit "satisfaite" du règlement. "C'est un acquis, une victoire pour tout le mouvement démocratique", a-t-elle déclaré avec un sourire éclairant son visage émacié.

Les deux dirigeants du PDP, une formation indocile sans siège au parlement, ont exprimé leur désir de dialoguer avec le gouvernement "sur tous les dossiers politiques" et se sont réjouis des appuis à leur mouvement en Tunisie et à l'étranger.

Peu avant la fin de la grève, ils recevaient la visite de l'eurodéputé Hélène Flautre, présidente de la sous-commission des droits de l'Homme du Parlement européen, venue soutenir les deux opposants "dans leur bataille légitime".

Mme Flautre (Verts/France) a fait état à la presse d'une démarche collective d'ambassadeurs d'Etats membres de l'Union européenne auprès du gouvernement tunisien pour un règlement de la crise du PDP.

Les deux dirigeants avaient également reçu la visite très remarquée de l'ambassadeur des Etats-Unis à Tunis dans le cadre de "l'intérêt (de son pays) pour la question de la démocratie et des libertés en Tunisie".

Pour Me Chebbi, il s'agissait de la deuxième grève de la faim, après celle qu'il avait menée pendant un mois en octobre 2005 avec sept autres opposants pour la défense des libertés.

Sous les vivats de leurs partisans criant "liberté!" M. Chebbi et Mme Jribi ont quitté le siège de leur parti, dans lequel ils s'étaient retranchés depuis le 20 septembre et autour duquel le dispositif policier déployé en permanence avait été allègé.

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