Grève de la faim à Tunis: poursuite du mouvement, le pouvoir accusé

TUNIS (AFP) — Deux dirigeants du Parti démocratique progressiste (PDP, légal), Maya Jribi et Mohamed Néjib Chebbi, ont exprimé mardi leur détermination à poursuivre une grève de la faim commencée le 20 septembre pour protester contre une procédure d'expulsion orchestrée, selon eux, par le pouvoir.

"La décision du tribunal annulant notre contrat de bail (...) n'est que l'expression d'une politique systématique du pouvoir visant à asphyxier toute voix libre et à paralyser toute action politique autonome" a déclaré M. Chebbi, avocat fondateur du PDP et directeur de son organe "Al-Mawquif" lors d'une conférence de presse.

"Nous poursuivrons notre mouvement jusqu'à ce que l'arbitraire dont nous sommes l'objet soit levé par la partie qui nous l'a imposé: le gouvernement et personne d'autre que le gouvernement", ont indiqué les deux opposants dans une déclaration lue à la presse.

La justice tunisienne avait décidé lundi de faire expulser le PDP de son siège central, un appartement au coeur de Tunis, étroitement surveillé et dans lequel les deux dirigeants observent en permanence leur grève de la faim.

Le PDP accuse le gouvernement d'avoir poussé le propriétaire des locaux à rompre le bail sous prétexte d'usage abusif du siège abritant depuis treize ans les activités du parti et son organe.

De leur côté, les autorités gouvernementales ont dénoncé des "allégations fallacieuses" et evoquent une tentative du PDP "d'exploiter à des fins politiques un litige civil immobilier (...) que seule la justice est habilitée à trancher".

"Nous refusons de nous prêter à une mascarade judiciaire", ont rétorqué les deux opposants, confirmant que leur parti n'allait pas interjeter appel du jugement de première instance.

"Le système judicaire n'est plus qu'un instrument aux mains du pouvoir qui l'utilise pour régler des questions politiques", a estimé Maya Jribi, disant être "engagée dans un bataille politique pour la participation publique et les libertés d'organisation et d'association".

Mme Jribi et M. Chebbi ont affirmé que la procédure concernant le siège central du PDP faisait partie d'une série de jugements destinés à paralyser ses représentations à Médenine, Tozeur, Tataouine (sud), Gabès (est), Sidi Bouzid (ouest), Kairouan (centre) et Jendouba (nord).

Un communiqué médical attirait mardi l'attention sur "une détérioration rapide et inquiétante" de l'état de santé de Mme Jribi, 48 ans et de M. Chebbi, 64 ans qui souffre d'antécédants cardiaques.

Le gouvernement a qualifié d'"irresponsable" et "injustifié" le comportement des deux opposants et affirmé que "la liberté d'action politique est garantie par la loi en Tunisie" et que "neufs partis s'activent et s'expriment en toute liberté".

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