TIBET 1999

Magazine géopolitique de Jean-Christophe Victor
Réalisation : Alain JOMIER
Tout savoir sur "Le dessous des cartes"

Diffusion sur ARTE :
samedi 2/10/99 à 20h00
et vendredi 8/10/99 à 1h30

Diffusion sur La Cinquième :
Lundi 4/10/99 à 8h45

 

Voilà 50 ans que le Tibet est occupé par la Chine. Malgré une mobilisation croissante de l'opinion publique mondiale en faveur de la cause tibétaine, la résolution du litige entre les deux parties avance peu et la sinisation, la répression, les tortures, se poursuivent. En quoi le Tibet est-il un enjeu important, et pour qui ?



  Situation
De part et d'autre de la chaîne de l'Himalaya, vivent près d'1 milliard d'Indiens, et plus d'1 milliards de chinois. Et entre les deux, on a une zone presque vide qui s'appelle le Tibet. Il est aujourd'hui occupé par la Chine.


  Aire culturelle tibétaine
Mais qu'appelle t-on exactement le Tibet ? L'aire culturelle tibétaine fait environ 3,5 millions de km2. C'est une région de montagnes et de hauts plateaux, où vivent aujourd’hui environ 5 millions de pasteurs et d'agriculteurs tibétains, cultivant surtout l'orge d'altitude.


  La division
Depuis l’occupation chinoise de 1959, ce Tibet historique a été divisé en plusieurs provinces sous administration chinoise : - le nord-est, c'est la province du Qinghai, - le centre-est a été rattaché à la province du Sichuan, - ce qui reste est devenu en 1965 la Région autonome du Tibet.


  La région autonome du Tibet
C'est cette région autonome, d'une superficie de 1,2 million de km2, que l'on appelle aujourd’hui le Tibet. Lhassa en est la capitale à la fois historique et administrative.


  Population
Ce "Toit du monde" a une altitude d'environ 4OOO mètres en moyenne, et les quelques 2,3 millions d'habitants de la Région Autonome du Tibet se concentrent surtout le long de l'arc himalayen, dans la vallée du Brahmapoutre supérieur, là où les conditions climatiques sont plus favorables.


  Mythe fondateur
Selon leur propre légende, les Tibétains descendraient de l'union d'un singe et d'une ogresse des rochers. Les Tibétains ont été les adeptes de la religion Beün, avant de pratiquer le bouddhisme.


  Le bouddhisme
C'est au 8 ème siècle que le roi du Tibet ,Tri Son de Tsen, fait venir des moines bouddhiques du nord de l'Inde. Cet emprunt à l'Inde est déterminant dans le façonnement de la personnalité tibétaine, car il fait passer le Tibet dans l'orbite culturelle de l'Inde, et non dans celle de la Chine.


  Le rejet des caractères chinois
De même, l'écriture tibétaine a été empruntée au sanscrit : Song Ten Gampo, le premier unificateur du Tibet, avait envoyé un de ses ministres au Cachemire pour étudier les écritures indiennes. Cet emprunt a également impliqué un choix, c’est-à-dire un rejet des caractères chinois.


  L'occupation mongole
Du I3 ème au 18 ème siècle, les Mongols se maintiennent par intervalles sur le Tibet. Après l'avoir soumis militairement, les Mongols passent une sorte d'accord avec les Tibétains pour la répartition des fonctions : aux Mongols la gestion des affaires politiques et militaires, aux Tibétains les affaires spirituelles et l’éducation. C'est d'ailleurs exactement ce que propose aujourd'hui le Dalaï Lama, et que Pékin refuse au 2O ème siècle.


  Méfiance vis à vis de l'Inde
Si on fait un bilan, il semble que les raisons qui ont présidé au contrôle du Tibet par la Chine il y a 4O ans, n'ont en fait, pas changé. D'abord, en I947, l'Inde vient d'acquérir son indépendance, les Britanniques sont partis, et Pékin se méfie beaucoup de l'Inde. La Chine craint qu'à l'influence culturelle et religieuse indienne déjà très marquée au Tibet, s'ajoute une influence politique.


  La richesse du sous-sol
Ensuite, la région du Tibet historique dans son ensemble, est une zone vide, mais avec un sous-sol riche. En Chinois, Tibet se dit Xi-zang, ce qui veut dire "réservoir de l'Ouest". Le Tibet a longtemps été perçu, et l'est encore aujourd'hui, comme un eldorado minier. On y trouve du pétrole, de la houille, du fer.


  Une exploitation difficile
Un grand centre métallurgique a déjà vu le jour autour de la capitale du Qing Hai, à Xining. On y traite la houille, et le fer qui vient des mines de la ville de Golmud. Mais une exploitation plus large est plutôt de l'ordre de la chimère, parce que les coûts d'extraction sont énormes, à cette altitude, tout comme les coûts du transport des minerais entre les zones d'extraction et les zones de consommation. Le projet de ligne de chemin de fer entre Lhassa et le Qing Hai a déjà été abandonné à cause du coût de construction, et du coût de l'entretien.


  Source des fleuves d'Asie
Une autre richesse naturelle du Tibet, ce sont les fleuves. Dans sa partie orientale, les grands fleuves de l'Asie du sud-est prennent leur source : - le Fleuve Jaune et le Yang-tsé-Kiang, qui descendent vers la Chine, - le Mékong, qui termine son cours au Vietnam, - le Brahmapoutre, qui se jette dans l'Océan Indien - la Salouen qui traverse la Birmanie. La topographie du Tibet rend également cette richesse difficilement exploitable, et il serait particulièrement coûteux de transporter l'électricité produite. Mais la Chine contrôlant les sources de ses fleuves, cela pourrait être un jour un outil de pression sur ses voisins.


  Un carrefour stratégique
Au niveau stratégique, enfin, on voit bien que le Tibet est au carrefour des deux puissances asiatiques, la Chine et l'Inde. Le contrôle militaire de ce carrefour est donc un atout, et l'Himalaya, contrairement à ce que l'on pense souvent, n'est pas une barrière. D'autant que l'Inde est le seul pays avec lequel la Chine a des revendications territoriales, et le contentieux porte sur 140 000 km2, notamment sur la zone du glacier de l' Aksai Chin. Or avec les essais nucléaires pakistanais et indiens de I998, la Chine ne risque pas de se désintéresser du plateau tibétain.

Prochaine émission :
 
sur ARTE
Sam 9/10/1999 20h00 et
Ven 15/10/1999 01h30
  sur LA CINQUIEME
Ecrans du Savoir
Lun 11/10/1999 08h45

La semaine prochaine : la Finlande


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