Un superbe écrin pour un trésor enfin dévoilé

WYNANTS,JEAN-MARIE

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Samedi 31 mai 2008

Arts plastiques Le Musée de la Photographie fait peau neuve à Charleroi

Rénové et considérablement agrandi, le Musée de la Photo peut déployer son activité dans un espace idéal.

On en parle déjà comme du plus grand musée de la photographie en Europe. Et si cela fait sourire certains, on leur conseillera simplement d’aller y voir par eux-mêmes.

Le Musée de la Photographie, créé en 1987 dans l’ancien carmel à Mont-sur-Marchienne, près de Charleroi, s’offre une nouvelle jeunesse avec une importante rénovation et, surtout, la construction d’une aile résolument contemporaine mettant idéalement en valeur les collections et le travail de cette institution que bon nombre de pays nous envient.

L’ancien carmel, rénové dès 1987 par une équipe de bénévoles, avait déjà été restauré et réaménagé par le bureau l’Escaut au milieu des années 90. Aujourd’hui, il se voit augmenté d’une nouvelle aile, sorte de double inversé du cloître, qui place d’emblée le Musée de la Photographie dans les institutions phare de notre pays. Il suffisait d’entendre l’enthousiasme de nos collègues flamands et étrangers, vendredi lors de la visite de presse, pour se convaincre que l’on tient là un outil exceptionnel. L’alliance d’une architecture contemporaine, innovatrice (supports du porte-à-faux réalisés en panneaux de bois massif contrecollés, façade garnie de profilés d’aluminium…) et d’un contenu exceptionnel enfin pleinement mis en valeur. Une infrastructure du XXIe siècle, capable d’attirer tous les publics et de donner à Charleroi une image nouvelle, résolument positive.

Ce travail de rénovation et d’agrandissement, on le doit au bureau l’Escaut Architecture et plus particulièrement à son fondateur Oliver Bastin (voir page 26) et à sa collaboratrice Eloisa Astudillo.

« Nous avons bénéficié de conditions exceptionnelles, souligne Olivier Bastin. Je suis l’évolution du musée depuis les années 90 quand j’y suis intervenu pour la première fois avec les artistes Francis Alys, Edith Dekyndt, Jean-Claude Saudoyer et Marc Feulien. Nous avons ensuite réalisé la première phase de travaux de rénovation. Et commencé à plancher sur une extension ».

Celle-ci est pourtant reportée à des jours meilleurs et, en 2000, le musée change de direction. Georges Vercheval, fondateur et directeur de l’institution, part à la retraite et est remplacé par Xavier Canonne. Ce dernier souhaite reprendre sans tarder le dossier de l’extension mais le projet prévu ne le convainc guère. Il relance donc les discussions : « Il s’est passé deux ans entre mon arrivée et le moment où on a vraiment commencé à travailler avec le bureau l’Escaut. Avec le recul, je me dis que c’est une très bonne chose. Durant ces deux années, j’ai pu déceler les manques, sentir les vrais besoins. »

Durant six mois, les architectes et l’équipe du musée se voient pour discuter, réfléchir, proposer. « Ce fut une collaboration exceptionnelle, souligne Olivier Bastin. Durant ces six mois, nous n’avons rien dessiné, de façon à ce que la pensée reste libre et que le résultat puisse émerger petit à petit entre nous. Ainsi, un jour, c’est Xavier Canonne qui a proposé de situer l’extension là où elle est aujourd’hui. C’était notre idée depuis le début mais nous n’en avions jamais parlé. C’est lui-même qui l’a proposé. » Aujourd’hui, le nouveau bâtiment se dresse au milieu d’un parc dont la plupart des visiteurs ignoraient l’existence. Un parc entouré par les immenses tirages sur bâche avec lesquels le musée annonce ses expos temporaires.

Du parc, on admire la façade de la nouvelle aile, couverte de profilés d’aluminium. En fonction du parcours du soleil, des couleurs apparaissent, différentes selon les saisons. Le regard, la lumière, cette proposition de l’artiste Jeanine Cohen se marie parfaitement avec un lieu dédié à la photographie.

Mais si celle-ci se déploie même à l’extérieur, la nature, elle, pénètre dans le musée. D’une part, un jardin d’hiver, idéal pour se reposer, attend les visiteurs au rez-de-chaussée. D’autre part, les salles offrent de multiples ouvertures sur le parc et l’ancien potager réaménagé par une plantation de fougères.

Dans un tel espace, les collections peuvent enfin se déployer pleinement (lire en page 45). Et accueillir en prime les archives de Vidéographie(s) dont les petits bijoux sont diffusés un peu partout sur des moniteurs. Mais un musée moderne est aussi un lieu de rencontre, d’information, de discussion, de convivialité. Rien de tout cela n’a été oublié : bibliothèque parfaitement isolée du bruit extérieur, cafétéria donnant sur le parc, espace éducatif coloré et design…

Le Musée de la Photographie possède désormais tous les atouts pour faire courir les foules belges et internationales. Ne soyez pas les derniers à le découvrir.

Musée de la Photographie, 11 avenue Paul Pastur, Mont-sur-Marchienne (Charleroi), du mardi au dimanche de 10 à 18 heures. Infos : 071-43.58.10, www.museephoto.be.

P.26 l’édito et l’acteur

Une histoire de passion et de volonté

Ils ne sont pas nombreux ceux qui, en 1979, auraient parié que la lubie de Georges et Jeanne Vercheval deviendrait le superbe musée, de dimension internationale, que le public découvrira ce week-end.

A l’époque, le couple lance avec quelques amis l’asbl Photographie ouverte. Lui-même photographe et professeur à l’académie de Charleroi et à la Cambre, Georges Vercheval a aussi travaillé dix ans au musée de Mariemont. Depuis, il rêve d’un musée de la photographie.

Mais l’asbl démarre sagement, organisant une première triennale de la photographie au Palais des Beaux-Arts de Charleroi. Un beau succès qui permet, avec le soutien de la ville, d’ouvrir dans la foulée une galerie dans le centre-ville. Son nom ? Galerie du musée de la photographie. « Nous voulions clairement indiquer que c’était un truc provisoire à partir duquel on allait construire un musée », s’amuse Georges Vercheval.

Entre 1981 et 1987, une soixante d’expositions y sont présentées. Directeur des lieux, Georges Vercheval est bénévole et son maigre personnel est constitué de divers « statuts précaires ».

Pour le futur musée, Jean-Pol Demacq, bourgmestre de Mont-sur-Marchienne suggère l’ancien carmel installé sur sa commune. Un lieu idéal mais qu’il faut totalement rénover. Certains suggèrent de le diviser en deux : d’un côté le musée, de l’autre le CPAS. Puis, la ville de Charleroi n’ayant plus d’argent, le projet manque d’être abandonné. Georges Vercheval se tourne vers la Communauté française qui, dès 1984, accepte de soutenir le projet. Mais la Communauté veut faire les travaux avant de commencer la moindre activité. Et ces travaux risquent de ne pas démarrer avant longtemps. « On a fait la troisième triennale là-bas, sourit Georges Vercheval. Puis, Jeanne et moi y sommes restés. On a littéralement squatté. On y a installé une chambre, un salon, une cuisine/salle de bain et on a appelé la presse pour dire : Voilà, c’est ici ! »

Dans le même temps, Jeanne Vercheval a une idée géniale. L’asbl fait une demande de personnel supplémentaire mais en l’axant sur des gens qui ne soient pas seulement photographes ou historiens de l’art. « On a demandé 18 personnes et on a quasiment eu ce qu’on avait demandé. Dans l’équipe, il y avait des menuisiers, des maçons, etc. C’est comme ça qu’on a pu équiper pour la préouverture en collant des panneaux sur les murs et en réparant un minimum. Au dernier moment la Communauté a aidé pour la sécurité et les exigences des pompiers. »

A l’époque, un quart de l’espace est ouvert. Au fil des ans, l’équipe continue elle-même les travaux, augmentant l’espace utilisable. En 1995, la Communauté française lance le vrai chantier de fond. L’architecte Olivier Bastin débarque pour la première fois. Treize ans plus tard, il peut enfin mettre un pont final à cette belle aventure.

Un parcours balisé menant de l’ancien au nouveau

Les habitués du musée ne seront pas dépaysés en arrivant sur place. On y entre toujours de la même manière, par le petit jardin de façade menant au carmel. Sur la droite du hall d’entrée, premier changement. Discret. Une boutique avec livres, cartes postales et objets divers, a remplacé la bibliothèque. Sur la gauche, l’accueil, inchangé, vient rassurer le visiteur. Même chose pour ce qui est du parcours dans les expositions temporaires, toujours réparties en trois salles dont l’ancienne chapelle.

Pour rejoindre la collection permanente, on longe le cloître autour duquel s’articule le bâtiment. Les salles plus historiques ont été rénovées, totalement réaménagées. L’accrochage aussi a été repensé. Retrouvailles avec des images connues ou découverte de trésors cachés. Un petit escalier mène à l’étage où nous attend une vraie surprise : les anciennes cellules des nonnes ont été totalement rénovées. Portes, volets, chambranles ont disparu. Des murs ont été percés, l’espace semble s’être agrandi.

Au bout du couloir, on tourne sur la droite et, sans même s’en rendre compte, on franchit la passerelle menant au nouveau bâtiment. Au-delà de celle-ci, en allant sur la droite, on parcourt les salles contemporaines, réparties sur deux étages. En tournant à gauche, on découvre le formidable espace éducatif pour les enfants puis on redescend au rez-de-chaussée où l’on trouve la bibliothèque, l’auditorium, le jardin d’hiver et une cafétéria donnant sur un parc idyllique.

On peut alors se reposer, se désaltérer… pour repartir ensuite à l’assaut de la collection, des expositions ou du parcours découverte, lui aussi, totalement repensé.

Vous avez une journée à occuper intelligemment avec petits et grands ? Ne cherchez plus, le musée de la photographie vous attend.