Rechercher

Accueil ACTUALITé Le Procés Landru Aux Archives des Yvelines

Les clefs de la presse aux Archives, Semaine de la presse du 19 au 24 mars 2012


Henri Désiré Landru, né le 12 avril 1869 à Paris, mort guillotiné le 25 février 1922 à Versailles, est un célèbre tueur en série français. Son procès passionna la France entière (Colette, Mistinguett, Raimu,  y assistèrent). Il fut surnommé le Barbe-Bleue de Gambais .

Henri Désiré Landru est issu d’un couple parisien  de condition modeste, qui avait aussi une fille, Florentine Marguerite, née en 1854. Jeune, Henri Désiré a fréquenté l'école des Frères à Paris. Il se marie en 1893 et aura quatre enfants.
De 1893 à 1900, Henri Désiré Landru pratique une dizaine de métiers et commence sous de faux noms ses escroqueries, pour lesquelles il est  condamné à sept peines d'amende et de prison de 1904 à 1914.

Les événements

Pour l’argent, Landru va, à partir de 1915, se muer en assassin.
Se faisant passer pour un homme seul, veuf aisé, il entreprend de séduire des femmes seules, sinon très riches, du moins possédant "des économies" et surtout, vivant sans entourage proche.
Il leur promet le mariage et les invite à séjourner dans une villa qu'il loue, d'abord à Vernouillet, puis à Gambais . (NB il avait également loué en 1913, une villa à Bièvres…..)
Il a fait signer à ses "fiancées" sous l’emprise de son charme des procurations lui permettant de gérer leurs biens. Il ne lui reste plus qu'à assassiner les malheureuses, et à faire disparaître leurs corps.
Landru, habile et discret dans l'accomplissement de ses crimes, bénéficie du contexte troublé de la Première Guerre mondiale ; la guerre a augmenté le nombre de femmes seules susceptibles d'être sa proie ; lorsque une « fiancée » lui demande des papiers d'identité pour organiser le mariage promis, il se prétend originaire des régions occupées (Ardennes, Lille), ce qui rend impossible la vérification de son identité.
Landru utilise de multiples pseudonymes. Alors qu'il est fiché comme escroc en fuite après sa dernière condamnation, il se permet de rentrer de temps en temps auprès de sa famille, qui le croit brocanteur, et les fait profiter du produit de ses crimes. Il offre à sa femme un bijou de Jeanne Cuchet….
À la fin de 1918, le maire de Gambais reçoit une lettre d’une dame Pellat, qui espère des nouvelles de son amie Anne Collomb, récemment fiancée à un M. Dupont, et établie avec lui à Gambais ; le maire répond  ne pas la connaître. Quelque temps plus tard il reçoit une lettre d'une demoiselle Lacoste,  lui demandant des nouvelles de sa sœur, Célestine Buisson, récemment installée à Gambais avec un M. Frémyet. Frappé par la coïncidence, le maire met en contact les familles qui se rendent compte que Dupont et Frémyet sont une même personne : les deux disparues ont répondu à la même annonce de rencontre parue le 1 mai 1915 dans le Petit Journal ; elles se sont éprises de l’auteur, n’ont plus donné de nouvelles après un séjour à Gambais, leurs biens ont été vendus par procuration. Les 2 familles s'unissent pour porter plainte contre X auprès du parquet de la Seine.
Une enquête de police permet d'établir que la villa de Gambais baptisée « l'Ermitage », appartenant à M.Tric, est louée à un sieur Frémyet, résidant à Rouen. Dupont/Fremyet est introuvable à Rouen, mais son courrier réexpédié chez M.Guillet, demeurant Bd Ney à Paris, c’est-à dire à l’adresse de Célestine Buisson…
L’enquête piétine jusqu'à ce que le 11 avril 1919, la parente d'une des disparues le reconnaisse sortant d'un magasin à Paris, au bras d’une nouvelle amie. Alertée, la police localise l'individu, sous le nom  de Lucien Guillet et l’arrête à son domicile rue Rochechouart, le 12 avril 1919, sous l'accusation d'escroquerie et d'abus de confiance.

L’instruction judiciaire

Circulaire du juge Bonin, 19 mai 1919 : demande de recherches       
Réponse des gendarmes de Montdidier

AD78 - 2U 767

 

Bulletin de la police criminelle : avis de recherche avec photos

AD78 - 2U 768

 

A mesure que la suspicion (voire la psychose) s’étend, et que la conviction s’élargit, l’instruction passe du Tribunal de Paris, à ceux de Mantes et Rouen. Les gendarmes, puis les inspecteurs de police judiciaire, (brigades du Tigre, de Paris et Versailles) délégués sur le terrain, rendent compte au magistrat en charge du dossier, le juge Bonin.

L'examen des papiers personnels de Landru,- et en particulier son carnet de comptes, méticuleusement tenu -,  révèle une vaste opération d'escroquerie au mariage : 283 femmes sont entrées en contact avec Landru suite à ses annonces matrimoniales passées dans des journaux. Dans le carnet, le commissaire Dautel relève les noms de dix femmes officiellement déclarées disparues, ce qui conduit le juge Bonin à inculper Landru de meurtres en mai 1919. On découvre aussi chez Landru papiers, vêtements …et dentiers des disparues. Aux enquêteurs Landru répond : elles n’ont emporté que le minimum avant de partir ; ..elles avaient envie de changer de vie, de disparaître et de tout vendre… Il reconnaît l’escroquerie au mariage, pas le meurtre.

Extrait du Petit Parisien du 12 juin 1920

AD78 - 373W 2

 

 


Des perquisitions ont lieu chez Landru, à Paris et dans les deux villas qu'il a louées à Vernouillet (the Lodge,47 rue de Mantes), puis à Gambais, conduisant à la découverte dans des tas de cendres, dans la cheminée, et dans la cuisinière de débris humains et d’accessoires féminins (agrafes, épingles, morceaux de corset, boutons) en partie brûlés.
Par ailleurs, les enquêteurs retrouvent dans un garde-meubles loué par Landru des meubles ayant appartenu à l'une des victimes.
Les papiers personnels de Landru révèlent l'achat de plusieurs scies ; les noms des fiancées y sont associés à des dates et heures qui pourraient indiquer le moment des crimes. Enfin les agents des chemins de fer de train témoignent : Landru n’achetait, lors de ses déplacements en train à Vernouillet puis Gambais, qu’un aller-retour pour lui, et un aller simple pour la fiancée.
Le 18 août 1920, le juge Bonin récapitule toutes les charges , le dossier est énorme, plus de 5 000 pièces ; mais aucune preuve matérielle indubitable.

Extrait du Petit Parisien du 3 septembre 1920

AD78 - 373W 2

 

Les victimes

Landru est inculpé au final du meurtre de 11 personnes :

  1. février 1915 : Jeanne-Marie Cuchet, confectionneuse en lingerie, veuve, 39 ans, et son fils André, 17 ans, employé en chemiserie. Eprise de Raymond Diard, elle s’installe avec lui près de Chantilly en avril 1914 ;  elle découvre ses mensonges et le quitte,  mais il la reconquiert ;  il la fait s’installer avec son fils à Vernouillet, avec clause de jouissance de la maison, en cas de décès, pour André Cuchet. André Cuchet revend en avril une assurance vie, seul avoir encore disponible de la malheureuse, qui entretenait Landru depuis 1 an. Landru ira rassurer la famille, et à l’avenir il évitera les femmes avec enfant à charge et famille trop présente.
  2. juin 1915 : Thérèse Laborde-Line, 46 ans, née en Argentine, séparée d'un mari aubergiste, rencontre  Cuchet suite à annonce de recherche d’emploi (Raoul) ; elle se « fiance », déménage et disparaît (assassinée) à Vernouillet, en 2 mois..Cuchet vend ses biens
  3. 3 août 1915 : Marie-Angélique Guillin, 51 ans, ancienne gouvernante ayant hérité de son employeur, assassinée à Vernouillet. M.Cuchet vide son appartement et vend ses biens sous les noms de Cuchet et Petit
  4. décembre 1915 : Berthe-Anna Héon, 55 ans, née au Havre, veuve, femme de ménage ayant hérité ; vend tous ses biens pour partir avec M.Petit en Tunisie.. Landru, qui l’a assassinée à Gambais, envoie ensuite des cartes où il contrefait sa signature.
  5. 27 décembre 1916 : Anne Collomb, 44 ans, veuve, secrétaire, contactée suite à l’annonce de mai 1915, a connu Vernouillet et Gambais, a survécu le temps qu’un ami s’éloigne d’elle, et que Landru règle l’affaire des trois précédentes….
  6. 12 avril 1917 : Andrée-Anne Babelay, 19 ans, domestique sans fortune, rencontrée fortuitement est un cas à part ; Landru a « craqué »pour cette jolie fille ; a-t-elle pour son malheur trouvé à Gambais des preuves, ou trop insisté pour se faire épouser ?
  7. 19 août 1917 : Célestine Buisson, veuve, un fils au front, 44 ans, femme de ménage, rencontre M.Fremyet , lui présente sa famille ; elle reçoit ses neveux et amis à Gambais. Landru fait vendre ses avoirs bancaire par sa femme, sous le nom de Mme Buisson, et vide son appartement (on retrouvera au garde-meuble jusqu’à sa perruque… .
  8. 26 novembre 1917 : suite à l’annonce du 2 mars 1917, Louise-Joséphine Jaume, 38 ans, en instance de divorce, rencontre M.Guillet, et s’installe à Gambais. Sa maison est vidée dès le 24 novembre, et ses titres vendus le mois suivant.
  9. 5 avril 1918 : Anne-Marie Pascal, 33 ans, divorcée, couturière, répond à l’annonce de Louis Forest de Barzieux en mars 1917. Le prétendant est moins empressé quand il lui découvre la compagnie d’une nièce ; mais début 1918, il lui sert de garde-malade ; elle déménage à Gambais en avril…Landru vend ses biens, jusqu’au dentier…Puis envoie de fausses lettres à ses relations
  10. 13 janvier 1919 : Marie-Thérèse Marchadier, 38 ans, ancienne prostituée tenancière d'une maison de passe à Paris, a des économies ; elle vend des chambres, et rencontre Lucien Guillet comme acheteur. Un mois plus tard, elle part à Gambais. La police y retrouvera les cadavres de ses trois chiens, étranglés.

 

Le procès

Le procès s'ouvre le 7 novembre 1921 devant la Cour d'assises de Seine-et-Oise, à Versailles. Le président Gilbert siège assisté de ses assesseurs Schuler et Gloria, ; M. Godefroy officie comme avocat général ; Landru a choisi pour avocat Me Vincent de Moro Giafferi, assisté de Me Auguste Navières du Treuil ; les parties civiles sont représentées par Me Lagasse et Surcouf.

Photo de presse

wikipedia

Landru nie continuement être l'auteur des crimes dont on l'accuse ; il ne concède que l’escroquerie et le

vol. Il se met en spectacle, provocant la Cour par ses exclamations : "Montrez-moi les cadavres !".
Il propose galamment sa place à une spectatrice qui cherche à s’asseoir dans la salle comble….
Au président : "Ma mémoire est surmenée par ces longs débats" — "Chaque fois qu'on voit sur mon carnet un chiffre en haut d'une page, on en déduit que ce fut l'heure où j'accomplissais un crime !" — (le président) "Voyons Landru, toutes ces femmes ... vos enfants ne disaient rien ?" — (Landru) "Quand je donne un ordre à mes enfants, moi, monsieur le Juge, ils obéissent. Ils ne cherchent pas le pourquoi ni le comment. Je me demande comment vous élevez les vôtres !"      

Journal de Versailles et de Seine-et-Oise (18/11/1924)

AD78 - PER 184

 

Landru, durant son procès
 "Vous parlez toujours de ma tête, Monsieur l'avocat général. Je regrette de n'en avoir pas plusieurs à vous offrir !"
"Moi ? J'ai fait disparaître quelqu'un ? Et ben ça alors ! Si vous croyez ce que racontent les journaux !"
 "Si les femmes que j'ai connues ont quelque chose à me reprocher, elles n'ont qu'à déposer plainte !"
Le Président, devant les rires du public: "Si les rires continuent, je vais demander à chacun de rentrer chez soi !", Landru réplique : "Pour mon compte, monsieur le Président, ce n'est pas de refus".
Son avocat Me Moro Giafferi le défend brillament. Avec habileté,  il affirme soudain que des pseudo victimes ont été retrouvées et viennent se présenter devant la Cour. Le public et les jurés tournent la tête vers la porte désignée, Moro Giafferi laisse planer le suspense, puis constate que tous ceux qui ont tourné la tête vers la porte ont démontré leur doute de la réalité des assassinats imputés à son client. L'avocat général Godefroy rétorque que Landru, lui, n'a pas tourné la tête...
Mais les témoignages convergent de façon accablante et le faisceau de présomptions est convaincant. Malgré son talent Moro Giafferi ne peut éviter à son client la condamnation à mort, au verdict du 30 novembre 1921.

Arrêt  du 30 novembre 1921

AD78 - 2U 97



Le 24 février 1922, le recours en grâce au président de la République est rejeté. Landru est guillotiné à l'aube, avenue de Paris, devant la prison de Versailles, le 25 février 1922. A son avocat qui, au pied de l'échafaud, lui demande si enfin il avoue avoir assassiné ces femmes, Landru répond : "Cela, Maître, c'est mon petit bagage... "


Survivants, reliques, et citations

Lors de son arrestation, Landru fréquentait depuis 2 ans Fernande Segret, 30 ans ; il l’avait aussi demandée en mariage , tout en manœuvrant par ailleurs Mesdames Babelay, Jaume, Pascal puis Marchadier. La jeune femme, artiste lyrique, continua sa carrière dans un cabaret parisien, puis devint institutrice au Liban. Le 22 février 1972, 50 ans après la mort de Landru, elle se suicida. Dans sa chambre, on trouva deux photos,  de sa mère, et de Landru. Elle avait publié ses Souvenirs d’une rescapée dans Le Journal du 31 octobre au 6 novembre 1921.
Les cendres retrouvées dans le jardin de Gambais furent inhumées au pied d'un saule pleureur du Jardin des Plantes de Paris.
La famille Landru changea de nom.
La Villa Tric de Gambais fut pillée par la foule, puis achetée par un restaurateur qui la rebaptisa Au Grillon du Foyer et aménagea une partie de la bâtisse en musée. Le restaurant ferma en 1940 et la maison fut ensuite revendue à des particuliers.

 

AD78 - 3Fi96 8



La cuisinière de la villa de Gambais a été selon la procédure réglementaire vendue aux enchères le 23 janvier 1923 au palais de justice de Versailles. Récemment, elle a été rachetée par le producteur et humoriste Laurent Ruquier,qui a écrit une pièce sur Landru en 2005, mise en scène au Théâtre Marigny avec Régis Laspalès dans le rôle principal.

 

Landru a aussi inspiré, outre des livres d’historiens, juristes, et psychiatres, des romans, des films (de Chaplin et Chabrol, Boutron à la télé), des BD et des chansons (Francis Blanche, Trenet, Gainsbourg, Renaud, No Unauthorized, ADX, Brothers) etc

Les archives

Aux archives départementales des Yvelines
Le dossier de procédure devant la Cour d’assises de Versailles, conservé sous les cotes 2U
767-772, représente plus de 5 100 pièces. Très fragile, il a été numérisé en 2010. L’arrêt est dans le registre 2U97. 
Ce dossier était resté à part au Tribunal de grande instance de Versailles lors du versement des dossiers de procédure contemporains ; le greffe l'ayant envoyé en consultation au Garde des sceaux en 1983, il  resta ensuite au service des archives du Ministère de la justice, où il fut récupéré en 1991 ; au vu des lacunes, une réclamation au tribunal permit alors la réintégration de 3 cartons complémentaires. En l’état, le dossier demeure cependant incomplet, il manque les dossiers entiers des victimes Marie Guillin et Andrée Babelay., et d’autres pièces majeures.
Le dernier inventaire établit par le greffe de la Cour d’appel de Paris répartit ainsi les documents : inventaire de Paris, n°s 1 à 4921 ; inventaires de Rouen, 4922 à 4949 et 4950 à 4967 ; inventaire Cour d’assises de Versailles, pièces de forme  4968 à 5064, pièces nouvelles 5065 à 5096, pièces de la procédure 5097 à 5118 (dernière pièce : inventaire).

Le dossier de police judiciaire 1373W2 : plus humain, contient en plus des documents adressés aux magistrats, des photos, circulaires illustrées de recherche, coupures de presse et des lettres anonymes plus ou moins folles suscitées par l’affaire.

 

AD78 - 3Fi96 8


 

AD78 - 2U 772

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le dossier de suivi en Préfecture est manquant en série M depuis des années.


Achat février 2012, entré en série J : pièces complémentaires personnelles de l’avocat général Godefroy, conservées dans sa famille et passées à Drouot : doubles de pièces existant au dossier et réflexions personnelles (notes pour le réquisitoire) concernant chaque victime. Sera numérisé.

Sources complémentaires
Presse d’époque du procès

Aux Archives nationales BB 18 6352 dossier 51 BL 7288 (mince) dossier de demande en révision de l’avocat Henri Talamon
Dossier 580 S 22 dossier de recours en grâce 1921-1922 (dont expédition de l’arrêt, recours en grâce 30 novembre 1921, rejet, avis du Conseil d’administration de la justice 9 février 1922, rapport du Président des assises de Versailles, 3 décembre 1921, rapport du procureur général sur la requête 14 février 1922, télégramme annonçant l’exécution)

A la Maison d’arrêt de Versailles
Registre d’écrou de la prison de Versailles

Aux Archives de la Préfecture de police de Paris 
En série J et Y  
Entre autres une version du réquisitoire définitif, des rapports de police, des interrogatoires, des lettres anonymes, des carnets de Landru, interrogatoire du 17 août 1920.
(les archives illustrant l’ouvrage de Jaeger proviennent de ce fonds uniquement)

 

Photo de la Police judiciaire

AD78 - 2U 772


Voir aussi

Le Kyosque, Presse locale ancienne des Yvelines et de Seine-et-Oise

 

© Archives départementales des Yvelines - Plan du site - Mentions légales - Crédits
-->