Le Brésil, nouvelle puissance pétrolière

raff.bmp Le Brésil, grand exportateur de café, de sucre, de soja ou encore d’éthanol qui lui ont valu le surnom de « Géant vert », peut-il devenir exportateur de pétrole ? Cette question prend tout son sens quand on sait que le Brésil subvient à ses besoins pétroliers depuis 2006 et qu’il a encore découvert ces 2 dernières années des gisements offshore prometteurs. Pour illustrer ce point de vue, cet article propose dans un premier temps un état des lieux des ressources énergétiques du Brésil où l’exploitation pétrolière est en pleine croissance. Puis nous présenterons le potentiel exploitable en s’appuyant sur les récentes découvertes. Enfin, nous aborderons les perspectives politiques et économique envisageables grâce à ce nouveau potentiel.

Le géant vert rêve d’or noir, et son rêve est en passe de devenir réalité !

La situation énergétique du Brésil : une bonne exploitation des ressources

L’histoire du pétrole brésilien n’est pas récente : la première découverte de gisement date de 1939. Le sol brésilien n’ayant que des réserves modestes d’or noir, Petrobras, l’entreprise pétrolière d’état du Brésil, s’est rapprochée des bassins côtiers où les découvertes ont été plus importantes que dans les exploitations onshore. Encouragée par ses découvertes, Petrobras s’est tournée vers les eaux profondes, ce qui s’avéra être un choix judicieux compte tenu des gisements exploités par la suite. Les premières découvertes offshore au Brésil furent les gisements de Guaricema dans le bassin de Sergipe en 1968, et Ubarana dans le bassin de Potiguar en 1973.

Le Brésil s’est ensuite intéressé aux bassins de Campos et Santos, qui ont été le fer de lance de sa production pétrolière. Les projets de la compagnie d’état Petrobras sont multiples dans le bassin de Campos. Ils ont permis au Brésil de devenir un pionnier dans l’exploitation en eaux profondes. Les gisements découverts dans le bassin de Campos jusqu’en 1996 (Albacora Leste, Marlim Leste, Marlim Sul, Barracuda et Roncador) ont des réserves estimées à plus de 8 milliards de barils cumulés1. En avril 2006, l’exploitation de ces gisements a permis au Brésil de subvenir totalement à ses besoins pétroliers avec 1,93 millions de barils de brut produits par jour.

Il est à noter que cette production, équivalente à celle du Koweït, est une véritable performance pour un pays émergent de 190 millions d’habitants qui était historiquement un grand importateur : en 1979, le Brésil importait encore 80% de son pétrole qui représentait alors 50% du total de ses importations. Fort de son expérience en exploitation pétrolière et dans un souci de diversifier ses ressources énergétiques tout en réduisant ses émissions de CO2, le Brésil a su profiter de ses matières premières pour développer sa filière de biocarburants. C’est en effet le 1er producteur au monde d’éthanol avec plus de 20 milliards de litres produits par an et le 2ème exportateur mondial. Il ambitionne d’accroître sa production pour atteindre 35 milliards de litres annuels en 2015. Par ailleurs, le Brésil se place au 6ème rang des réserves mondiales d’uranium, et ses réserves de gaz sont évaluées à 316 milliards de mètres cubes, une situation comparable à celle du Venezuela (entre 1 et 5% de la production mondiale2).

Le Brésil joue la carte de la diversification des ressources : d’un côté il dispose des conditions propices pour le développement des biocarburants (disponibilité des terres, climat favorable et coûts faibles) et de l’autre il continue ses recherches d’hydrocarbures, notamment en eaux profondes : aujourd’hui l’exploitation de ses plateformes pétrolières locales représente 80% de sa production. Néanmoins, le Brésil a de plus grandes ambitions pour élargir son exploitation vers l’exportation et multiplie les projets en eaux profondes.

La découverte récente des gisements offshore renforce le potentiel exportateur du Brésil

Le premier bassin commercialement exploitable, le bassin de Campos, renferme encore quelques gisements prometteurs : les gisements de Jubarte, Cachalote, et Papa-terra, découverts entre 2001 et 2005, ont des réserves estimées à 1,65 milliards de barils. L’exploitation de ces gisements prévus pour 2010 va permettre au Brésil de conforter sa production pétrolière. En novembre 2007, les gisements offshore de Tupi et Iara ont été découverts au large de Rio de Janeiro dans le bassin de Santos. Leurs réserves sont estimées officiellement entre 5 et 8 milliards de barils de brut léger pour le gisement de Tupi, et entre 3 et 4 milliards pour celui d’Iara. L’exploitation de ces derniers augmenterait les réserves de pétrole du Brésil de 50% et le placerait dans les 10 premières réserves de pétrole mondiales, à comparer avec sa 24ème place actuelle.

En avril 2008, le gisement de Carioca a été découvert dans ce même bassin de Santos. Il contiendrait non officiellement 33 milliards de barils à 6 km de profondeur sous une couche de sel. Si ces estimations se confirment, il s’agirait du 3ème plus grand gisement au monde. Toutefois, le forage en eaux profondes, voire ultra-profondes, dans le sable et la roche est long et coûteux. De ce fait les gisements ne pourraient être exploités que dans 10 ans. C’est pourquoi Petrobras a annoncé en février dernier des investissements de 92 milliards de dollars d’ici 2013, dont 29 milliards pour l’exploitation des gisements découverts fin 2007, les bassins de Tupi et Iara. Les gisements du bassin de Campos seront en déclin avant que les gisements du bassin de Santos ne produisent en masse (zone verte). Mais, comme nous pouvons le voir sur le graphique suivant, le Brésil ne subira pas de ralentissement de production.

Source : http://www.oleocene.org

Ces projets permettront au Brésil d’accéder au statut convoité d’exportateur de pétrole, ce qui entraînera nécessairement des changements économiques et politiques auxquels le gouvernement de centre gauche devra faire face.

Le Brésil compte étendre son rôle international grâce à sa puissance énergétique

L’autosuffisance pétrolière atteinte en 2006 est un atout politique majeur dans un monde où les ressources naturelles se font de plus en plus rares. Le Brésil, qui deviendrait exportateur net avec l’exploitation des nouveaux gisements, pourrait ainsi rejoindre le cartel de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) dans les prochaines années3. L’ambassadeur d’Iran en a déjà fait officiellement l’invitation en octobre 2008, une nouvelle preuve de l’importance du rôle du Brésil sur la scène mondiale.

Les relations internationales du Brésil avec les grands pays consommateurs, comme les États-Unis ou la Chine, sont déterminantes pour l’avenir du pays qui doit éviter de dépendre d’un seul partenaire commercial pour financer ses projets d’exploitation. C’ets dans cette logique que Petrobras a signé en février dernier des accords avec la Chine pour la fourniture de pétrole à hauteur de 60 000 à 100 000 barils par jour contre un crédit de 10 milliards de dollars afin de financer ses projets d’exploitation.

L’objectif du Brésil est clair : garantir son indépendance énergétique

En 2005, le Brésil a produit 89% de l’énergie consommée dans le pays, contre 49% pour la France à titre de comparaison. Mais le Brésil, grande puissance régionale, est exposé aux choix politiques et énergétiques de ses voisins. En mai 2006, la nationalisation des hydrocarbures de la Bolivie qui se solda par la montée du prix du gaz illustre bien ce problème : la consommation brésilienne de gaz est importante, notamment dans le secteur automobile. Or, la moitié du gaz est importé de Bolivie… Aujourd’hui, le président Luiz Inácio Lula da Silva est prêt à faire des concessions à ses voisins, notamment la Bolivie et l’Argentine, car la stabilité régionale est devenue la priorité. C’est dans ce sens que Lula a dû renégocier les contrats gaziers à la hausse et revendre les raffineries que possédait Petrobras en Bolivie en mars 2007. Mais l’exploitation des bassins de Campos et de Santos a également révélé des gisements de gaz, ce qui permettrait au Brésil de prendre plus d’indépendance vis-à-vis de cette source d’énergie.

Par ailleurs, le gouvernement brésilien de centre gauche du président Lula étudie un nouveau mode de répartition des profits pétroliers, qui vise à investir dans l’éducation et à lutter contre la pauvreté. A titre d’illustration, le montant des royalties payées par les entreprises privées, essentiellement étrangères, a atteint 3,2 milliards d’euros en 2007. La commission ministérielle étudie 2 possibilités : relever cet impôt ou instaurer un régime de partage de la production entre l’état et le secteur privé. En effet, l’état ne pourra pas assumer seul le coût de l’exploitation de ces gisements (estimé à 600 milliards de dollars) et devra trouver un juste milieu pour ne pas faire fuir les entreprises privées tout en améliorant la répartition des profits en sa faveur.

Les défis qui attendent le Brésil sont multiples : répartir les rentes pétrolières au profit de l’ensemble de la population, assurer une stabilité régionale et un lien étroit avec les grands pays consommateurs tout en poursuivant une politique de diversification des ressources et des investissements pour l’exploitation. Inversement, le Brésil s’annonce comme un partenaire politique et économique de plus en plus influent pour les années à venir.

Sia Conseil

Notes :
(1) Les réserves estimées sont à considérer comme étant données en début d’exploitation.
(2) Selon le rapport d’information n°482 du Sénat paru en juillet 2008, intitulé « Le Brésil, puissance globale à l’heure des biocarburants ».
(3) Selon le classement 2006 de l’Energy Information Administration, le Brésil est le 13ème pays producteurs de pétrole avec 2,166 millions de baril par jour (http://www.eia.doe.gov).

Sources :
- Site web de Petrobrasmer
- Rapport d’information n°482 du Sénat de juillet 2008
- « Le Brésil veut changer les règles de répartition des profits », Le temps
- « Pétrole : Un gisement qui change tout ? », site web du Journal du Dimanche
- « Le secteur des hydrocarbures au Brésil », Ubifrance et Mission économique de Rio

Articles dans : Articles,Gaz Naturel,Pétrole

3 Commentaires » | 7 août 2009 | Envoyer Envoyer | Print This Post

3 Commentaires to “Le Brésil, nouvelle puissance pétrolière”

  1. nico.ulmann@free.fr dit :

    Il est clair que la découverte de ces nouveaux gisements peut constituer un réel levier pour l’économie brésilienne, mais l’indépendance énergétique du Brésil ne sera assurée que si l’exploitation des ressources énergétiques au niveau national et leur distribution parviennent à égaler le niveau de compétitivité du Brésil dans ses exportations. Les plus grands défis pour le gouvernement Da Silva, se situent bel et bien au sein même de son pays.

  2. mocci dit :

    Belle prouesse technique

  3. [...] cas des réserves historiques découvertes au large du Brésil est également cité. Mais c’est de l’offshore très [...]

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