Chester01 Le Haut-commissaire de Nouvelle-Calédonie en passerelle.

Lorsque le 26 janvier au matin « La Moqueuse » appareille de Nouméa en direction des récifs Chesterfield, un observateur averti aurait pu remarquer plusieurs éléments étonnants. Sur la plage arrière tout d’abord, un amoncellement de matériel entouré de civils trahit la mission du bâtiment : le soutien à Météo France pour la construction d’une station météorologique. Sur le spardeck, un civil armé de jumelles prend en photo les oiseaux marins qui accompagnent « La Moqueuse » vers la sortie du port. Chercheur à l’Institut de recherche et de développement, il se rend sur les îlots des Chesterfield afin d’y recenser et d’examiner les espèces présentes. A ses côtés, deux douaniers en tenue observent l’appareillage ; les récifs font partie intégrante du territoire français, ils s’y rendent donc afin de contrôler d’éventuels baâtiments au mouillage. Enfin, en passerelle supérieure, M. Le Haut-commissaire de Nouvelle-Calédonie et l’adjoint mer, commandant la zone maritime Nouvelle-Calédonie, assistent à un exercice de protection contre menace asymétrique commun avec le patrouilleur « La Glorieuse » : alors que les deux bâtiments appareillent, ils sont pris à partie par des embarcations rapides armées de faux lance-roquettes qui ouvrent le feu à l’aide de cartouches à blanc. Tout en dissuadant les « terroristes » de se rapprocher, les deux bâtiments se rejoignent à la sortie des passes de Nouméa afin de procéder à un exercice de visite croisé. Simulant un pêcheur illicite pris en flagrant délit, chaque bâtiment reçoit l’équipe de visite de son homologue après avoir stoppé suite à un tir de semonce, permettant ainsi aux autorités civiles de percevoir le déroulement complet d’une opération de visite. Pour la première fois, un « kit wi-fi » est mis en œuvre, permettant au patrouilleur support de recevoir instantanément des clichés pris à bord du contrevenant, outil précieux d’aide à la décision pour le commandant et pour le commandement à terre. Après une matinée dense clôturée par le débarquement des autorités, les deux patrouilleurs se séparent. Tandis que « La Glorieuse » file vers les îles Salomon, « La Moqueuse » emprunte le canal de Saint Vincent et quitte le lagon dans la soirée en direction de l’Ouest.

Chester02 Exercice de lutte contre menace asymétrique.

Situés au cœur de la mer de Corail, à quelques 450 nautiques au nord-ouest de Nouméa, les récifs Chesterfield constituent l’un des plus grands atolls du monde sur lequel se sont formées une dizaine d’îlots et de cayes sableuses recouvertes d’une végétation arbustive clairsemée. Découverts en 1793 par deux navires hollandais, ils furent exploités au XIXème siècle par les baleiniers et pour l’exploitation du guano. Les récifs deviennent officiellement français le 15 juin 1878 et sont progressivement désertés à partir de 1887. Aujourd’hui, l’archipel est utilisé pour la collecte des données météorologiques et constitue pour 14 espèces d’oiseaux marins et un grand nombre de tortues une réserve naturelle de première importance.

Chester03 Le radeau.

Après un transit caractérisé par un vent fort, « La Moqueuse » pénètre dans le lagon qui fronce ses sourcils d’écume devant l’importun qui vient troubler de ses bruits la paisible tranquillité des îlots. Naviguant entre les « patates » de corail, le patrouilleur vient jeter l’ancre devant l’îlot Loop où commence le débarquement du matériel et du personnel de Météo France. Certains panneaux de la future station météorologique ne pouvant prendre place à bord d’un zodiac, l’équipage doit faire preuve d’ingéniosité et concevoir un radeau tractable capable de supporter plus de 500kg de charge.

Chester04 Mise à terre de la brigade de protection.

Sur la plage, la découverte de l’îlot est inoubliable : les plages sont nettes de toute activité humaine, occupées seulement d’une multitude d’oiseaux : Fous à manteau brun, très dignes, Sternes à manteau noir, peureuses, Frégates rapaces, le dos couvert d’un camail vert mordoré. Il apparaît que les Chesterfield sont un jalon important dans la migration des oiseaux de mer dans le Sud-Ouest Pacifique : certains des Fous, Sternes, Pétrels ou Puffins remontent parfois jusqu’au Japon et en Alaska. Une mine d’or pour notre chercheur qui initie l’équipage à l’observation ornithologique.

Chester05 Relevés hydrographiques.

Une fois le débarquement effectué, le patrouilleur mouille en face des îlots de Mouillage, plus au Nord, et met à terre sa brigade de protection pour une nuit sur la longue bande de sable parsemée de végétation. Au petit matin, les positions des îlots sont relevées avec précision, permettant d’affiner la carte marine incomplète et de signaler la présence de 5 îlots au lieu des 4 indiqués. Malgré toutes ces activités, « La Moqueuse » n’oublie pas sa vocation première de surveillance maritime, et prend le large vers l’Ouest pour patrouiller à la limite de la ZEE. Pour sortir du lagon, le patrouilleur emprunte la « Passe de La Moqueuse », ouverture étroite entre les bancs récifaux dont l’hydrographie précise est inconnue et dont le dernier passage d’un bâtiment date de 1998. Après une nuit de patrouille dans une mer particulièrement hostile, le bâtiment revient au mouillage dans le lagon pour panser ses plaies et permettre à l’équipage de se reposer. Une fois la station météo construite, l’équipe de Météo France embarque à nouveau et « La Moqueuse » prend le large vers Nouméa, les yeux pleins d’envols d’oiseaux et de froissement de plumes.