.En Pays Bidar.

 

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LA CHAPELLE DE LANNELEC

EN PLEYBEN

 

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Lannelec est située sur la route départementale qui mène de Pleyben, commune riveraine de la vallée de l’Aulne, vers Brasparts dont la population appartient déjà à la Montagne. La chapelle Notre-Dame de Lannelec (autrefois Trefnescop) est située sur les restes d’un ancien camp fortifié à proximité de quelques fermes. Fondée en 1490 elle fut terminée en 1546. Elle était entourée, il y a encore peu d’années, de cerisiers séculaires. Elle comprend une nef de quatre travées avec bas-côtés et deux chapelles en ailes en alignement du chevet. Elle reçut au cours des siècles plusieurs modifications et embellissements : sacristie en 1741, lambris en 1772 et flèche en 1883. La dernière restauration date de 1992.

 

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La chapelle et le calvaire de Lannélec

 

Autrefois, la porte méridionale, datée de 1456, présentait deux panneaux sculptés formant une scène unique : un prêtre en chape est agenouillé sur un prie-Dieu devant la Vierge et l'enfant Jésus. Au-dessous, on lisait : Mater Dei, ora pro me ; et plus bas : faict p. Favenec. Aujourd’hui ces deux bas-reliefs ont été remontés sur un panneau de chêne moderne qui se trouve à l’intérieur de la chapelle.

 

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Le prêtre

La Vierge

Le calvaire du placître

La chapelle a conservé sa statuaire. À l'intérieur, le maître-autel supporte un petit retable en bois très finement ouvragé. Les sculptures y sont en bas-relief. Elles sont séparées par des colonnettes torses. Le panneau le plus à gauche, l’Apparition du Christ à sa mère, est rarement présent en Bretagne. C'est une invention de La Légende Dorée qui apporte une réponse aux étonnements indignés de ses contemporains qui jugeaient inconcevable que le Christ ait pu ignorer sa mère. Marie prie, chez elle, devant son livre posé sur un petit autel. Le Christ ressuscité lui apparaît, il lève ses mains et montre ses stigmates. Le panneau central, le plus grand, montre l’Assomption de la Vierge emportée au Ciel par une nuée d’anges. Le troisième retrace l'ensevelissement de la Vierge ; les apôtres se tiennent autour du tombeau.

 

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L’Apparition du Christ à sa Mère

 

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Dormition de la Vierge

 

De belles statues sont à signaler : saint Corentin, saint Germain (patron de la paroisse de Pleyben ; il est invoqué pour guérir les enfants qui ont des coliques, des attaques de vers et pour soigner les épileptiques), saint André et une statue de la Vierge à l’enfant (1864). La statue ancienne de Notre-Dame de Lannélec, en bois, a été volée en 1983.

Levons maintenant les yeux pour admirer la superbe Vierge allaitante de Lannelec (Mamm al lez). Elle est en pierre peinte : autrefois elle était entourée, selon la tradition, de deux volets (le volet de gauche a disparu…) décorés de six panneaux sculptés et polychromes. Le corsage ouvert, elle presse le bouton de son sein gauche entre le médius et l’annulaire se préparant à donner le lait maternel à son enfant assis sur son bras gauche. En baissant le regard, le visiteur est surpris de constater que cette jeune mère nourricière écrase le monstre du péché : point d’arbre de Jessé ici,  ni de rois… Le volet de droite, donc à  gauche pour le spectateur, comporte Annonciation, Visitation et Nativité.

 

 

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La démone est couchée sur le côté. La Vierge l’écrase du pied droit. Dans un rictus de souffrance, l’Eve-démone lève la tête montrant son buste nu et plat (il semblerait que le caractère féminin ait été supprimé : les seins ont, sans aucun doute, été rabotés). La partie inférieure de son corps est une longue queue de serpent qui s’enroule une fois sur elle-même (la terminaison est cassée). S’appuyant sur le sol par l’avant-bras droit, la démone tient la fameuse pomme dans la main gauche…

La Vierge et la niche qui la contient ont été classées par les Monuments historiques le 8 mai 1973.

L’ensemble a été restauré et repeint en 1977.

 

 

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L’Annonciation

Marie, surprise par cette apparition divine, se retourne brusquement et regarde, étonnée, l’ange qui arbore fièrement sa banderole .En haut, Dieu le père, dans un rayon lumineux dirige sur Marie la fameuse colombe.

La Visitation

Élisabeth s’agenouille vivement devant Marie. D’une main, délicatement posée, elle caresse le ventre béni de sa cousine. Zacharie apparaît, mitre en tête, à la porte de sa demeure.

 

La Nativité

La vierge, les mains jointes, regarde l’enfant Jésus. Joseph met une main sur le cœur tandis que l’âne et le bœuf, en arrière-plan, semblent étonnés de cette naissance miraculeuse.

 

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Intéressons-nous maintenant à la statue située à droite de l’autel : une sainte Barbe en pierre de 1578 immédiatement reconnaissable à sa tour qu’elle porte sur la paume de sa main droite. La longue palme de son martyre, dans sa main gauche, est immense. Son livre habituel est placé, minuscule, dans la porte de la tour. La statue a  heureusement conservé ses deux volets qui narrent au visiteur les épisodes de son martyre…

Barbe est née en Turquie 235 ans avant Jésus Christ. Son père Dioscore était un homme païen, cruel et possédant tous les vices d’un barbare. Barbe était une belle adolescente,  passionnée très tôt par ses lectures chrétiennes. Son père, ne parvenant pas à l’éloigner de ses livres, la fit enfermer dans une tour inaccessible (elle ne comportait qu’une porte et deux fenêtres seulement), la soustrayant ainsi aux regards des prétendants au mariage, protégeant par la même occasion sa fortune personnelle. Profitant d’une absence de son père, elle fit percer une troisième fenêtre pour symboliser son culte pour la Trinité. La légende raconte qu’elle dessinait aussi sur les murs des croix, représentations de ses croyances. Son père furieux lui demanda d’abjurer sa foi : Barbe refusa et réussit à s’enfuir…Rattrapée, traînée de force par les cheveux attachés à la queue d’un cheval, elle fut emprisonnée dans sa tour : on l’y traita comme une esclave. Mais rien n’y fit et Barbe persistait dans sa foi. En désespoir de cause, son père la présenta au tribunal de Marcien, alors gouverneur de la province, chargé d’appliquer les édits promulgués contre les chrétiens. Elle fut flagellée puis emmenée en prison alors qu’elle n’avait que 16 ans. Miraculeusement, le Seigneur lui apparut cette nuit-là dans sa lumière éblouissante : il la guérit aussitôt de ses plaies lui demandant de persévérer dans sa foi. Le lendemain, devant le tribunal, Barbe affirma que ce miracle n’était pas dû aux idoles païennes, mais à Dieu. Le juge tenta à nouveau de la ramener à la raison, mais en vain. Il décida donc de la faire martyriser… Elle fut présentée nue dans les rues de la ville, flagellée à coup de verges et de fouet à lanières ; elle eut les seins coupés par des pinces rougies au feu, mais elle ne ressentit aucune souffrance. Son horrible père, fou de rage, exécuta lui-même la sentence finale prononcée par le tribunal : il décapita sa fille au sommet d’une colline !

 

 

 

 

 

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Jésus-Christ apparait à la sainte : il vient, sans doute, la consoler des rigueurs que son père lui fait subir. Il lui dit comme dans le Mystère « Partout où tu iras, tu me trouveras à ton côté. Tu seras expressément ma chère aimée, et je ne te laisserai point dans la peine. »

Colloque de la sainte avec son père, le roi Dioscore, un homme malicieux, plein de félonie, de violence et d'erreur. Barbe persiste dans sa foi, sa grande palme dans la main gauche, elle lève le bras droit vers le ciel.

Dioscore, l’épée à la main et le regard mauvais, menace sa fille. Il conduit Barbe dans la tour où elle va être emprisonnée… Il la livrera ensuite aux bourreaux, si elle n'abjure pas.

 

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Dioscore traîne sa fille par les cheveux qu’il a soigneusement attachés à la queue de son cheval. Le panneau vertical, destiné à être inclus dans un volet de statue, a obligé le sculpteur à représenter l’animal de profil : Barbe, faute de place latérale, est allongée dans le sens inverse sous les pattes mêmes de l’équidé qui semble donc la piétiner

La sainte demeure inébranlable dans sa foi et sa passion commence. Barbe est soumise aux plus atroces tortures : les bourreaux lui coupent les seins. L’un d’entre eux détourne la tête : le spectacle très sanglant lui semble certainement trop atroce !

 

 

Dioscore vient de trancher la tête de sa fille d’un coup d’épée. Il subit le châtiment de son crime : tué net d’un coup de foudre, il est saisi à bras le corps par d’horribles démons qui le mèneront en enfer. Barbe, quant à elle, sera emmenée au ciel par des anges.

 

 

Toutes ces scènes sont d'un réalisme naïf, mais très vivant : elles sont décrites dans un « Mystère de sainte Barbe» publié  par M. Emile Ernault dans les Bibliophiles bretons, d'après une édition datant de 1557.

« On  dit que sainte Barbe protège ses dévots contre la mort subite et contre la foudre. Ce qu'on oublie parfois, c'est qu'elle tient aussi sous sa sauvegarde les femmes enceintes. « Elles me sont plus particulièrement chères, dit-elle à Dieu en mourant ; faites-en des mères joyeuses ! Que leurs enfants viennent à bien, pour recevoir la grâce du baptême ! » Ainsi s’explique qu'on ait placé sa statue, dans l'église de Lannellec, en face je celle de Notre-Dame. Les femmes sur le point d'accoucher s'agenouillent devant l'une, et devenues mères, n'ont qu'à passer à l'autre. (Anatole Le Braz, « Les saints Bretons en Cornouaille).

 

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Réalisation et crédit photographique : Alain Ménard (Reproduction interdite : copyright www.bretagne-sacrée.fr)

 

 

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