UNIVERSITE DE GENEVE - DEPARTEMENT DE SOCIOLOGIE

COURS DU 26 FEVRIER 1990 : LE COMPORTEMENT VEGETARIEN DANS SON

ENVIRONNEMENT SOCIAL CONTEMPORAIN

INTERVENTION DE M. DENIS BLOUD

**********************

Il faut remercier le professeur Jean Ziegler et son assistant Muse

Tegegne d'avoir eu le courage d'ouvrir une brèche dans le mur du dogmatisme

universitaire afin de faire entendre d'autres discours que les incantations

autocentrées et à usage interne des mandarins cooptés par eux-mêmes.

L'intention n'est pas de faire un sermon de prosélytisme en faveur du

végétarisme, qui peut très bien s'en passer. Elle n'est pas non plus d'aller à

la cuisine et de donner des recettes. L'objet est de situer le comportement

végétarien dans son environnement social contemporain, face aux conformismes

qui s'y opposent.

INTRODUCTION AU MENU DE L'EXPOSE

Cet exposé ira du particulier au général, en partant de l'aspect psychologique

le plus immédiat, celui de mon cas personnel ; puis en plaçant ce

comportement face à l'environnement médical, social, historique, économique et

politique, à l'aide de quelques illustrations projetées par épidiascope. Il est

évident que le tour de la question ne pourra pas être bouclé en seulement deux

heures et qu'il y aura lieu d'effectuer des recherches plus approfondies sur

certains points, ce dont nous pourrons parler lors de la discussion

méthodologique. L'objet est ici de présenter le fait sociologique du

comportement végétarien face à d'autres conduites alimentaires qui voudraient

le garder marginal et anticonformiste pour conserver leur position dominante.

La surdétermination des rapports de l'homme à son alimentation, imposée par les

classes détentrices du pouvoir politique, économique et idéologique, dont il a

été question dans le cours d'introduction à ce cycle, sera bien mise en

évidence par l'analyse du comportement végétarien que nous allons entreprendre

maintenant, même si mes souvenirs des cours de Bourdieu à la Sorbonne sont un

peu estompés maintenant... Mais comme ce dernier me l'avait un jour déclaré à

l'issue d'un exposé, "l'essentiel n'est peut-être pas de résoudre le problème,

mais de bien le poser." Je vous propose donc le canevas suivant, qui comporte

sept volets formant un tout indissociable, mais où j'ai tenté d'aller du

particulier au global. Nous pourrions suivre un autre ordre du jour mais je

vais suivre ce plan, quitte à accélérer parfois ou à sauter à des éléments qui

vous intéressent plus particulièrement, en fonction du temps disponible et de

la possibilité d'engager un dialogue entre nous, ce qui doit rester possible à

tout moment. Le menu qui vous est proposé est végétarien mais n'exclut pas que

certaines analyses soient un peu saignantes...

@@@@@@@ MENU DE L'EXPOSE @@@@@@@

I. La motivation psychologique du végétarien

II. Le végétarisme face à l'imposture de la thanatocratie

III. Le tabou et l'interdit alimentaire

IV. Le terrorisme alimentaire par l'occultation dominante

V. La filiation historique de l'éthique végétarienne

VI. Le végétarisme comme réponse à la crise écologique

VII. Le végétarisme face à l'anthropophagie du tiers monde par les riches

Bases bibliographiques

@@@@@@@@@@@


I- LA MOTIVATION PSYCHOLOGIQUE DU VEGETARISME: MON CAS PERSONNEL

Mes dernières tentatives d'expression à l'université remontent à 1968,

en Sorbonne, à la faculté des Sciences et à la faculté de Médecine, sur des

thèmes un peu différents, du type "Informatique et société : pour une

application des modèles naturels aux théories du pouvoir". Le combat a continué

ensuite dans l'ombre, toujours dans le même esprit de contestation des

impostures et de défense des modèles biologiques, de ce qu'on peut appeler les

"lois naturelles" de notre univers. Le comportement végétarien m'est peu à peu

apparu comme un aboutissement logique de cette démarche et aussi comme le point

de départ d'analyses multidisciplinaires touchant à tout ce qui concerne au

fond le problème de la vie et de la mort. En ce sens, le végétarisme heurte de

plein fouet le système thanatocratique disséqué dans "Les Vivants et la Mort"

en 1975 par le professeur Ziegler.

Il m'a fallu sept ans pour devenir tout à fait végétarien après les

événements de 68, par un processus qui m'a conduit à quitter Paris et à venir

travailler à Genève dans une organisation internationale technique comme

traducteur, tout en suivant les débuts du mouvement écologiste moderne,

représenté à l'époque par la revue intitulée "La Gueule Ouverte". La défense de

l'environnement prolonge et complète celle de nos propres cellules physiques et

en ce sens il n'y a pas de véritable frontière spatiale entre hygiénisme et

écologie: l'air pur que l'hygiéniste revendique ne peut pas exister

aujourd'hui sans un combat contre ceux qui le polluent à grande échelle pour le

profit immédiat.

Les motivations du comportement végétarien sont personnelles et

diverses, irréductibles à une analyse purement psychologique, faisant par

exemple appel à des pulsions masochistes ou ascétiques. Ce serait trop simple

comme manière d'évacuer la question et tout à fait représentatif des méthodes

de réduction conceptuelle face à une valeur supérieure. Si la norme sociale est

le comportement d'autosatisfaction à tout prix, il est évident que le

végétarisme peut être taxé d'ascétisme. Mais si, comme je souhaite le montrer,

il s'agit plutôt du mode d'alimentation normal, c'est le comportement hédoniste

et carnivore qui peut être considéré comme autodestructeur et réellement

masochiste. Par exemple du fait que le carnivorisme raccourcit la qualité et la

durée de la vie ici-bas.

Faut-il être marginal pour être végétarien ? Pour moi, cela n'a pas

été le cas: au contraire, c'est parce que j'ai choisi de devenir végétarien que

mon intégration sociale s'est trouvée quelque peu réduite. Mais j'ai fait

ce choix à un moment où cela ne posait plus guère de problèmes d'identité, à 35

ans environ, où je pouvais en assumer les inconvénients sociaux. Si j'étais

resté à Paris dans mon milieu familial, je ne serais sans doute pas resté

célibataire ni devenu un étranger sans voix d'expression politique. Et le

végétarisme serait peut-être resté une voie idéale que les circonstances ne

m'auraient pas permis d'explorer. Mais la poursuite de ma recherche intérieure

m'aurait peut-être conduit, de toute manière, aux règles de vie que je

considère comme normales et définitives pour moi.

La diversité des histoires personnelles fait qu'une ethnologie du

comportement végétarien me paraît tout à fait illusoire. La tribu constituée

par les "adeptes du végétarisme", comme les désigne un peu ironiquement

Laurence Ossipow dans son essai sur le Végétarisme (Cerf, 1989, 125 p.)

n'existe pas car il ne s'agit pas d'un échantillon homogène, très clairement

défini. Le psychologisme n'explique pas plus le végétarisme que l'ethnologisme

car il s'agit d'un état de conscience qui, à mon avis, se rattache à une sorte

d'archétype biologique, lui-même fondé sur notre appartenance physique à

l'ordre des primates mammifères, végétariens en conditions normales, comme

l'ont montré les analyses faites de dents de tout premiers hominidés (études de

Leakey et al., Nature 1976, in "Les Dents de la Viande et les Dents du Blé",

Dr M. Bader, Science et Vie, nov. 1985, p. 166). C'est peut-être plus le refus

inconscient de l'homme de reconnaître son animalité et ses origines qui

explique son régime alimentaire actuel qu'un choix vraiment délibéré pour les

plaisirs gastronomiques. Ce refus s'exprime par exemple dans les dessins ci-

après.

CALQUES 1.1 ET 1.2

Les végétariens reviennent à la naturalité évacuée comme non rentable

par les forces de profit surdéterminantes, pour lesquelles la nature n'est

qu'un environnement, un décor de théâtre pour leur plaisir, et une ressource

facile pour une prise au tas primaire, par les plus forts. La nature fait peur

et on la ridiculise sous les espèces de l'écolo rêveur, du végétarien sectaire

et mangeur d'herbe. La nature est assimilée, par la classe parvenue au pouvoir,

aux valeurs rurales dont elle a mis si longtemps à s'éloigner, aux vagues

souvenances de glèbe, de vie dure, d'origines frustes dont on ne voudrait pas

retrouver les contraintes. Le "retour en arrière" aux cavernes est une crainte

souvent exprimée dans l'idéologie dominante, rituellement exorcisée par

l'incantation au progrès continu par la science humaine. Les traditions

religieuses ou mythologiques font pourtant souvent référence au comportement

végétarien. Mais tout cela est relégué aux oubliettes, sauf quand un végétarien

pose une revendication directe au système marchand. Cela a par exemple été le

cas pour moi au Japon en 1983.

Au Japon, j'ai éprouvé beaucoup de difficultés à me faire identifier comme

végétarien dans les restaurants. Les termes "végétal" et "nourriture" sont si

étroitement liés qu'il est pratiquement impossible de les distinguer, ce qui

reflète sans doute une tradition végétarienne ancienne. En fin de compte, il

m'a fallu faire une déclaration du genre "je fais dévotion" pour que, avec une

certaine révérence mêlée d'étonnement, l'on consente à saisir que je ne

mangerais pas de produits animaux.

L'option du comportement végétarien implique donc moins l'entrée dans un

groupe particulier que l'éloignement d'une conduite conditionnée, profane et

prosaïque. Le végétarisme n'est pas triste car c'est une aventure constante,

une forme de résistance permanente aux pressions commerciales imposées par

l'ordre thanatocratique. Il faut chaque jour ruser avec lui pour échapper à ses

conditionnements et découvrir, sous ses valeurs marchandes, les valeurs d'usage

réel, de vie et non de maladie et de mort. Cela implique donc un dépassement

des tentations de plaisir immédiat et une rationalisation des choix. C'est là

que l'information a un rôle fondamental à jouer.

La notion de groupe social ou ethnologique est difficile à cerner, dans

les pays latins en particulier. Les tentatives de regrouper les végétariens au

sein d'une association remontent à la fin du siècle dernier dans la plupart des

pays d'Europe. Mais le résultat n'a jamais été très probant. La "Vegetarian

Society" anglaise regroupe tout de même plusieurs milliers de membres et est

très active. Mais sa propre documentation montre que le nombre des végétariens

non enrôlés est beaucoup plus important (environ 3,25 millions de personnes

soit 6 % de la population). A Genève, la "Société Végétarienne de Genève et de

Suisse Romande", malgré l'impulsion donnée par feu son président Armand

Dumoulin, est restée confinée à une marginalisation réelle malgré les efforts

de ses membres. Le végétarien est souvent, comme l'a fait observer justement le

professeur Ziegler au début de ce cycle, une personnalité assez forte, aguerrie

par ses choix non conformistes, qui répugne naturellement à l'enrôlement dans

un cadre social, même fraternel. Mais il accepte souvent de telles contraintes

pour propager sa conviction profonde et militer pour les valeurs d'usage qu'il

estime pouvoir intéresser ses semblables.

CALQUE 1.3

La motivation principale de 40 % de ceux qui mangent moins de viande

est d'ordre médical. Les femmes sont deux fois plus nombreuses que les hommes

(1 sur 14 contre 1 sur 24) dans leur propre catégorie. Et de 1983 à 1987, le

nombre des végétariens a augmenté de 30 % en Angleterre (Der Vegetarier, mars

1987), sans doute aussi pour des raisons d'ordre économique, ce que nous

verrons plus tard. En Allemagne, la progression est très nette également,

puisque 22 % des repas pris aux restaurants universitaires de Munich (la

"mensa") sont végétariens (100 000 repas par semaine en novembre 1986) (Uni-

Berufs-Magazin, fév. 1987). Mais parallèlement la consommation de viande a

quintuplé depuis 1850 en Allemagne, et le coût "de la santé" a triplé au cours

des dix dernières années, car "les gens ont les moyens de se faire plaisir"

(Der Tagesspiegel, 15 janvier 1987). Il se produit donc une sorte de

polarisation des comportements dans la société actuelle : prenant conscience

qu'il n'est plus possible de jouer sur deux tableaux en même temps, les hommes

choisissent soit les plaisirs de la vie avec les contraintes que cela implique,

ou bien les plaisirs de la mort, surdéterminés et imposés comme valeurs

marchandes indispensables pour l'intégration sociale. Le problème de la

motivation personnelle dépasse donc largement les simples pulsions

psychologiques intérieures des individus. Il remet en cause l'ensemble du

système de santé, d'agriculture, de distribution des richesses économiques.

C'est donc un ferment politique par essence.

Ce calque de la société végétarienne anglaise montre aussi que le

végétarisme est presque deux fois plus répandu dans la population estudiantine

que dans la population générale (11 %). Quelques noms de personnalités

végétariennes modernes sont données à titre de leaders ou modèles, connus

surtout au Royaume-Uni. Nous relevons toutefois les noms de Brigitte Bardot, de

Madonna, de Yehudi Menuhin et de Michael Jackson. Les appels au comportement

végétarien se fondent sur quatre thèmes principaux : la santé, la souffrance

des animaux, l'environnement et le tiers monde, ce que nous examinerons

ensemble si le temps nous le permet.

Passons donc du point de vue psychologique et personnel à la motivation

plus large de la santé publique.

II - LE VEGETARISME FACE A L'IMPOSTURE MEDICO-INDUSTRIELLE

Le végétarisme, en tant que comportement individuel marginalisé, met en

évidence les stratégies de séduction et d'aliénation des défenseurs de

l'alimentation industrielle et de la médecine palliatrice et réparatrice. Car

au lieu se présenter comme un complément récupérable, parmi d'innombrables

"thérapies" plus ou moins naturelles ou industrielles, le végétarisme réel se

revendique comme étant une conduite d'autonomie préventive, qui évacue les

comportements artificiels induits par les thérapeutiques de l'a-posteriori.

Le végétarisme radicalise le débat en le portant au niveau des

fondements mêmes de la connaissance et de la tradition. Sa réponse au serpent

de mer des coûts dits "de la santé" est celle d'Hippocrate : QUE TA NOURRITURE

SOIT TON MEDICAMENT ET QUE TON REMEDE SOIT TA NOURRITURE.

A partir de cet axiome de sagesse, le végétarisme est en droit de

renvoyer dos à dos les thérapeutes autopatentés et les divers mages modernes

qui se rejoignent tous dans l'interventionnisme dirigiste et paternaliste du :

"faites-vous plaisir sans remords, nous sommes là pour réparer quand cela n'ira

plus très bien dans votre corps". En ce sens, le végétarisme véritable refuse

d'être considéré et exploité commercialement comme une "thérapeutique

auxiliaire" analogue au thermalisme ou à l'ozonothérapie. Ce refus est

évidemment taxé de sectarisme par ceux qui voudraient faire du végétarisme un

alibi de plus pour la survie du scientisme médical.

Nous avons parlé d'autonomie préventive par le végétarisme. Cette

prévention au niveau du terrain physiologique ne saurait se prêter aux

manipulations marchandes puisque -par définition- elle implique une prise en

charge individuelle, une responsabilisation volontaire, au lieu d'une confiance

naïve dans les diktats publicitaires. Le principe même de la thérapie

palliatrice est infantilisant et participe au fond des valeurs de domination

mercantilistes par ceux qui détiennent le pouvoir médical. Ces valeurs visent à

court-circuiter le "médecin intérieur", la "vix medicatrix" des Anciens.

L'idéologie du système sanitaire paternaliste et matérialiste ne croit pas à

l'existence en l'homme de cette force, de cette "natura naturans" en action,

comme elle ne croit pas non plus à l'existence de l'âme et de ses diverses

formes traditionnelles, plus ou moins subtiles. Mais elle utilise ces énergies

lorsque les résultats ne peuvent plus être niés, comme dans le cas de

l'acupuncture. Tout en se gardant bien, dans sa démarche récupératrice et

instrumentaliste, de réintégrer les valeurs spirituelles que cette tradition

véhicule pour sous-tendre ces techniques de soins.

Le végétarisme est une voie de choix individuel de non-maladie. Il

ne peut donc se concilier avec les techniques qui, comme un titre du Journal de

Genève l'annonçait en 1983, se fondent sur l'acte de foi que "LA SANTE EST AU

FOND DU TIROIR-CAISSE". Si elle y était, on l'aurait déjà trouvée, surtout en

Suisse ! Malheureusement, c'est le contraire que l'on constate : les coûts de

la maladie ont augmenté de 1000 % depuis 1960 mais le cancer fait toujours

autant de victimes, proportionnellement s'entend. Le constat d'échec de ce

système d'irresponsabilisation et de traitements épidermiques, dont le summum

est atteint avec le mythe du préservatif, aura fait ou fera bientôt l'objet

d'autres exposés de ce cycle, après avoir été magistralement démontré par Ivan

Illitch et ses étudiants dans La Némésis Médicale (Seuil, 1975) dont la lecture

a été déterminante pour ma prise de conscience de l'impuissance fondamentale du

dogme médico-industriel à considérer les valeurs hygiénistes naturelles.

Puisque enfin l'occasion m'en est donnée, je tenterai d'analyser plus

en profondeur cette incompatibilité épistémologique entre les deux attitudes,

celle du Faust moderne et celle du nouvel Emile. Les thanatocrates vendent de

la mort plus que de la vie. L'occultation systématique des valeurs naturelles

pour les remplacer par une verroterie marchande a une finalité de rentabilité

car le profit énorme qui est tiré des contre-valeurs de l'alimentation

industrielle se prolonge par celui qui découle de l'exploitation de la maladie

et de la mort, conséquences obligées et rapides du régime cafétéria imposé.

Une phrase suffira à décrire ce processus : il y a plus de gens qui

vivent du cancer ou du sida que de gens qui en meurent. Comme Hans Ruesch le

développe dans son livre "L'Impératrice Nue ou la Grande imposture Médicale"

(Naked Empress, CIVIS, 1982, Klosters), si la naturopathie était officialisée

aux Etats-Unis, ce serait une catastrophe pour le cancer social qui vit

du cancer des individus. C'est pourquoi un Index des hérétiques est tenu à jour

par le "Vatican de la mafia du cancer", autrement dit par l"American Cancer

Society". Houston et Null écrivaient dans "Our Town" (3 septembre et 29 octobre

1978) en effet ceci: "L'American Cancer Society, en tant qu'Eglise médiévale de

l'actuel Moyen Age du cancer, s'est arrangée pour mettre sur une liste noire

les voies de recherche cancérologique les plus innovatrices et les plus

prometteuses. L'ennemi véritable n'est pas le cancer -qui n'est qu'un phénomène

naturel- mais la mafia qui en vit et tend systématiquement à détruire tout ce

qui pourrait apporter une solution de fond. Et qui cherche à conforter sa

position prédatrice, en tant que parasite de la souffrance humaine." (Naked

Empress, p.67).

La morbidité du corps social doit donc être entretenue par les

thanatocrates pour que ces derniers puissent prospérer. En 1990, les

cotisations aux assurances-maladie vont encore augmenter malgré une

désolidarisation par les franchises. Le thanatocrate type se présente sous les

espèces avenantes du "biocrate", comme un régisseur de la vie. Il n'opère

aucune distinction entre les plaisirs de la vie et ceux de la mort. Tous les

toxiques légaux sont autorisés, puisqu'il est là pour les réparations

ultérieures. Vendre de l'agréable est évidemment plus rentable et plus

populaire que d'interdire ou de poser des tabous alimentaires, en un mot que de

faire de la prévention active. De même, en agriculture, il est plus facile de

cultiver des fraises ou des tomates stimulées chimiquement que de s'occuper de

la vie micro-organique du sol et de planter des espèces qui ne porteront leurs

fruits que plus tard.

Cette comparaison me conduit à souligner que le comportement végétarien

ne consiste pas seulement à s'abstenir de consommer des animaux, vertébrés ou

non (poisson et fruits de mer inclus) mais aussi à éviter les toxiques en

général, par un choix d'aliments issus de l'agriculture biologique. Le

végétarisme compris comme une prévention de terrain remet donc en cause tout le

système actuel d'agriculture et d'approvisionnement, ce qui fera l'objet de

l'analyse d'ordre économique et politique de cet exposé.

La santé naturelle implique, par le respect de lois biologiques

inéluctables, une valeur d'ordre, de raison, tandis que l'option faustienne,

hédoniste et industrielle consiste à vendre n'importe quoi, donc du désordre et

de l'immédiat, pour reporter sur les thérapeutes la prise en charge apparente

de la dette biologique ainsi contractée.

Le calque 2.1 illustre ce que font les traitements symptomatiques :

donner un très bref sursis, une illusion de santé.

Le calque 2.2 précise le précédent : "Voici une liste des effets

secondaires possibles du médicament que je vais vous prescrire. Lisez-la et

téléhonez-moi demain matin pour me dire si malgré cela vous estimez que la vie

vaut encore la peine d'être vécue."

Après avoir payé le non-aliment immédiatement gratifiant, puis le

thanatocrate déguisé en biocrate, censé rétablir l'équilibre biochimique

compromis, puis les substances chimiques issues de la recherche pharmaceutique

(euphémisme pour ce qui est en réalité de la pseudo-science vivisectrice), puis

les surprimes d'assurance entraînées par cette débauche moléculaire, le patient

va devoir affronter les mêmes thanatocrates sous leur masque hospitalier, comme

l'illustreront à grands traits les calques 2.3 et 2.4.

"Je me fous de ce que dit votre ordinateur. Je paierai pour l'opération

de la hernie mais je ne veux pas payer pour l'hystérectomie". "Je voudrais vous

présenter l'équipe de chirurgie. Je suis le chirurgien-en-chef, Mme Tully est

l'assistante, M. Potts est l'anesthésiste et M. Wilburn est le médecin

légiste". "Il paraît qu'ils portent ces masques chirurgicaux pour que les

patients ne puissent pas les reconnaître lors des procès...". (CALQUE 2.5)

Les erreurs et bavures sont extrêmement courantes dans les hôpitaux,

comme cela est rapporté dans "Naked Empress" ou dans "Medicine on Trial"

(Prentice-Hall Division of Simon & Schuster, People's Medical Society, 1983)

pour les Etats-Unis,où 50 % des diagnostics sont faux et plus de 40 % des décès

hospitaliers sont dus à la violence des remèdes, d'après une récente enquête

(documentation Phytodif). Les Etats-Unis consomment 30 % des produits

pharmaceutiques du monde et assurent 40 % des bénéfices correspondants (Tribune

de Genève du 6 janvier 1988, p. 3).

"La médecine ne guérit plus. Elle ne fournit plus que des prothèses,

des palliatifs, des rafistolages de fortune" déclare le docteur Elmiger dans

son livre "La Médecine Retrouvée" (p. 11). Il ajoute ailleurs (p. 104): "Le

fanatisme doctrinaire des matérialistes est si net en médecine que toute

opinion émanant d'une autre école est brutalement écartée. Les allopathes ne

peuvent pas souffrir qu'une élite minoritaire puisse un jour enseigner dans nos

facultés". A propos des vaccinations, qu'il appelle "la plus gigantesque

imposture médicale de tous les temps" (p. 144), il cite l'excellent ouvrage du

Dr Chavanon "La Guerre Microbienne" (1950, Paris, Dangles) pour affirmer : "Le

lancement du BCG est un modèle de gangstérisme économique, une gigantesque et

malhonnête opération commerciale. Les 20 familles qui tiennent la santé en

otage (entendez son enseignement, ses laboratoires, ses temples et son

commerce) ont réussi le tour de force de faire voter en 1949, à la sauvette,

par l'Assemblée nationale et par le Conseil de la République, l'obligation

vaccinale par le BCG." (p. 132).

Pour un végétarien, le vaccin est un viol alimentaire car la substance

animale qui lui est injectée est en plus une toxine pure. Le rejet des

vaccinations fait donc partie de l'éthique et de l'épistémologie végétariennes.

"En introduisant la Bête dans l'Homme -précise génialement Elmiger- le médecin

se mue en sorcier maléfique qui procède à une sorte de bestialisation rituelle

de la tribu" (p. 150). La vivisection est le pendant de la vaccination et,comme

de nombreux médecins, le Dr Elmiger la récuse : "La médecine de demain ne peut

pas se construire sur le malheur des innocents ; elle n'a pas besoin du

sacrifice des animaux et n'a que faire des coûteuses équipes de chercheurs

ivres de gloriole pseudo-scientifique" (p. 274). (CALQUES 2.6a,b, 2.7)

"La vivisection est faite pour des raisons légales et non pas

scientifiques" a avoué en 1964 le Dr Gallagher, directeur des recherches du

laboratoire Lederle (JAMA: 14/3/1964). Et pourtant 1 752 265 animaux ont été

rituellement sacrifiés en Suisse en 1984. Hans Ruesch démontre que non

seulement aucun résultat clinique sérieux n'est à mettre au crédit de la

vivisection mais que cette imposture est la cause de catastrophes sanitaires

innombrables et bloque la recherche scientifique véritable. Les végétariens

s'associent pleinement aux conclusions de Ruesch, telles qu'elles sont exposées

dans "Ces Bêtes qu'on Torture inutilement" (Favre, 500 p.,1980), traduit de

"Slaughter of the Innocent" (CIVIS, 1979, 480 p.); et dans ses autres oeuvres.

"Seul celui qui guérit est réellement médecin" affirme Elmiger (supra,

p. 188). Si 60 % des maladies cliniques sont dues à des médicaments et si 85 %

à 95 % des tumeurs humaines sont dues à des produits chimiques (Mitteilungen,

12/87, p. 16) et si en un an 1 500 000 personnes ont été hospitalisées, dont

140 000 (9 %) sont mortes aux Etats-Unis en raison de médicaments défectueux,

mis au point sur des animaux (H.R. Report 5, p.7), c'est que la médecine est

une "impératrice nue" dangereuse, dont le pouvoir doit s'écrouler. Mais

pour cela, il faut que les hommes puissent éviter d'avoir à la consulter, ce

qui implique le comportement hygiéniste de prévention, donc le végétarisme.

(+calques 2.8, 2.9, 2.10)

L'hygiéniste végétarien refuse d'entrer dans le jeu morbide et modifie

donc son alimentation et son attitude face à son corps, quitte à se

marginaliser; ce qui nous conduit à l'analyse proprement sociologique du

comportement végétarien.

III - VEGETARISME ET TABOUS ALIMENTAIRES

Le tabou alimentaire apparent du végétarisme actuel ne procède pas

d'une règle dogmatique, d'une survaleur traditionnelle imposée par une classe

dominante, théocratique dans son essence, comme cela a pu être le cas dans

certaines religions. Mais ces dernières n'ont peut-être fait

qu'institutionnaliser et ritualiser ce qui au début était conscience

rationnelle d'un avantage biologique.

Depuis le fruit défendu de l'Eden, les interdits alimentaires ont

jalonné le passage de l'état de nature à l'état de culture. Mais les règles

dogmatiques ne tiennent pas très longtemps sans vérification naturelle. L'ordre

artificiel est un jour contesté, transgressé. Le mur finit par tomber car le

tabou appelle sa vérification expérimentale.

Les carnivores, qui refusent de manger leurs chiens, leurs chats,

souvent leurs chevaux, ou les sauterelles pourtant très semblables aux

crevettes -paraît-il- ont des tabous souvent moins rationnels que les

végétariens. Muse Tegegne pourra sans doute confirmer que manger du chameau est

cause d'excommunication pour les chrétiens en Ethiopie.

D'un côté comme de l'autre, il est à noter que les interdits portent

presque toujours sur des animaux, comme dans la Sourate 6 du Coran. Mais en

Polynésie, certaines plantes sont prohibées, comme chez nous 99 % des

champignons. La compréhension et la connaissance de la Règle, grâce à la

Culture, peuvent remplacer le processus personnel de transgression du tabou.

L'expérience de l'aliment défendu, une fois subie la conséquence négative,

nous reconduit à la règle. Savoir reconnaître une amanite mortelle est une

valeur d'usage précieuse, mais n'empêche pas des dizaines d'intoxications

chaque année par ceux qui ont voulu vérifier l'interdit traditionnel.

Comme l'a déclaré Emerson, "la vie tient une école très dure, mais pour

les fous il n'y en a pas d'autre" ! Il n'est pas nécessaire de devenir

alcoolique pour prendre conscience du fait que l'alcool, ou le tabac, ou une

autre drogue, nous détruit. Mais certains individus sceptiques se croient

obligés de passer par cette voie longue, douloureuse et coûteuse pour le corps

social. C'est le cas pour l'alimentation industrielle comme pour d'autres

contre-valeurs : l'être social inquiet quant à sa liberté d'action veut tout

redécouvrir par lui-même et rejette la tradition des anciens, avec ses

interdits ou garde-fous,même justifiés. Intérioriser le tabou par expérience et

non par connaissance et réflexion conduit la société actuelle à un vécu morbide

de première grandeur. Selon le bilan du "Worldwatch Institute" (L'Etat de la

Planète, Lester Brown, préface de René Dumont, 1989), cette planète n'en a plus

que pour 10 ans avant d'atteindre le point de non-retour définitif. "Nous

sommes au bord d'une effroyable famine" écrit Dumont et nous en sommes à nous

demander comment perdre quelques kilogrammes en améliorant un peu notre

régime... L'apocalypse sera le prix du non-végétarisme, à mon avis.

Bien que très ancien puisque remontant à notre filiation phylogénétique

dans l'ordre des Primates, le tabou végétarien n'a jamais été vraiment

dogmatique car sa valeur d'usage s'est constamment trouvée vérifiée et

confirmée par les faits comme par les analyses modernes. Les quelques courbes

suivantes illustreront cela. (CALQUES 3.1 A 3.7)

Schéma des effets d'une alimentation riche en protéines sur l'espérance de

vie. Ross a montré que pour 17 des 23 enzymes étudiées chez de petits animaux,

on trouve un niveau enzymatique correspondant au jeune âge chez les animaux

adultes dont l'alimentation est pauvre en protéines : par contre le niveau

enzymatique des animaux nourris avec une alimentation riche en protéines

correspond à celui des animaux âgés. ("Viande et Santé", Dr Scharffenberg).

Mortalité due à des affections circulatoires en Norvège de 1938 à 1948.

Densité osseuse comparée dans trois populations de femmes âgées de 70 à 79 ans,

par rapport à la consommation de viande ("Transition to Vegetarianism", Dr

Ballentine). L'ostéoporose commence à la fin de la trentaine chez les

Esquimaux, gros consommateurs de viande, soit une vingtaine d'années plus tôt

que dans la population américaine moyenne.

Corrélation entre consommation de graisses et taux de mortalité par cancer du

sein. Les adventistes végétariennes ne présentent que 65 % du taux habituel de

mortalité par cancer du sein, alors que les étudiantes qui en consomment plus

de 5 fois par semaine ont un taux presque double, de 118 %. (3.7)

Nous pourrions accumuler ainsi d'autres preuves expérimentales, que

nous pourrons facilement retrouver dans des ouvrages de base comme "Viande et

Santé" du Dr Scharffenberg, ou "Transition to Vegetarianism" du Dr.

Ballentine. Mais revenons à notre analyse du comportement végétarien dans la

société moderne, étant admis d'emblée que, pour chacun de ceux qui ont choisi

cette conduite, il existe un ensemble déterminé de justifications.

Au plan national suisse par exemple, le végétarisme est perçu par les

autorités comme une valeur d'usage très exceptionnel: pour une survie de la

population en cas de guerre ou de catastrophe analogue. C'est-à-dire que le

végétarisme, par ses vertus intrinsèques, se fait déjà admettre comme utile

pour un état de crise, de pénurie, comme l'illustrent les documents suivants.

(CALQUES 3.8 A 3.12)

(3.8,3.9)Le plan alimentaire fédéral PA-90 prévoit en cas de crise une

consommation de calories diminuée de 30 % (de 3 300 à 2300 kcal) car la

production agricole indigène ne pourrait assurer que 60 % des besoins

alimentaires. Avec une consommation de viande diminuée des deux tiers, l'on

admet que le régime des Suisses serait "plus équilibré" et plus sain,

permettant de "se retrouver en pleine forme" (Tribune de Genève, 18 août 1988).

(3.10) La comparaison de cette information avec le fait qu'au cours de la même

année 1988 la consommation de viande a augmenté de 6 % met en évidence une

certaine contradiction, sinon schizophrénie ou dichotomie entre le discours

officiel et la réalité concrète. "Les Suisses aiment la viande" lit-on le 2l

mars 1989 : 30,4 kg par personne et par an en moyenne, dont le tiers en

charcuterie et saucisses. Si l'on inclut les os des animaux ainsi consommés, il

faut multiplier cette masse par trois, soit 92 kilos par personne et par an en

1988, avec une tendance à préférer les viandes importées du tiers monde, moins

chères ici. Nous reviendrons plus tard sur ce problème.

(3.11) Qualitativement, l'on a pu parler de "mal-bouffe" du Suisse, comme l'a

montré le deuxième Rapport suisse de l'alimentation, qui conclut que la

consommation optimale, de 2 400 kcal, est dépassée de 20 % à 30 %, puisque la

moyenne journalière se situe à 3 080 kcal. 66 % des Suisses ont trop de poids

et 43 % de ces calories proviennent de denrées animales. Le sucre dépasse de

peu la viande avec les ossements : 136 kilos par personne et par an. Caricature

de l'homo sapiens consumentus : à chaque Suisse son demi-porc par année (Vers

un développement solidaire, Déclaration de Berne, numéro spécial sur la Viande,

juin 1985, Lausanne).

(3.12) Alors que l'apport de protéines d'origine animale était de 27 % en

1880, il était de 45 % en 1935, et de 71 % en 1980. Cela ressemble à un compte

à rebours pour notre santé et pour celle de notre planète. 89 % des aliments

modernes sont pauvres en fibres végétales. Il est dès lors intéressant de

comparer les pourcentages du régime alimentaire de masse avec ceux des facteurs

pathogènes constatés dans la population et reflétés fidèlement par les

augmentations des cotisations d'assurance maladie: aux 22 % de viande et oeufs

dans le régime correspondent 25 % de risques ; aux 12 % de produits laitiers

correspondent 15 % de risques liés à ces produits. Aux 19 % de sucre et

d'alcool dans le régime moyen correspondent 15 % de risques morbides et les 18

% de graisses raffinées peuvent s'associer aux 20 % de maladies mortelles dues

à l'obésité et au manque d'exercice; le tabac prenant en charge le quart

restant des raisons de tomber à la charge du système de mutualité.(3.13, 3.14).

Devant un tel bilan statistique, il est difficile de continuer à croire

aux incantations rassurantes du système médico-industriel, très désireux que

rien ne soit changé à ces habitudes dont le résultat n'est finalement que de

lui drainer des clients toujours plus nombreux et toujours plus soumis. Les

contradictions ne manquent cependant pas à ce niveau entre forces en présence:

Etat, caisses d'assurance, population cotisante et pouvoir médical. Il s'agit

là d'un manège à quatre, où le jeu consiste à renvoyer la balle au suivant,

comme l'illustre le document ci-après: "Manège à quatre". (3.15)

En conclusion de ce troisième volet sur l'aspect social du comportement

végétarien, nous pouvons conclure que la communion rituelle de viande procède

bien d'une conduite autodestructrice de la société. Pourquoi alors occulte-t-

elle le végétarisme ? Cela pose je crois le problème écomomique et politique.

IV. VEGETARISME ET TERRORISME ALIMENTAIRE : L'OCCULTATION ECONOMICO-POLITIQUE

Les forces d'argent dominantes se trouvent prises entre d'une part la

nécessité, pour continuer à paraître crédibles, de se mettre un peu à

jour et de reconnaître les avantages de l'hygiène et de la prévention, et

d'autre part l'obligation de continuer à faire des affaires en vendant

ce qui fait plaisir aux consommateurs. C'est là que le végétarisme,

en radicalisant cette contradiction, devient un outil de démasquage

social et politique très efficace. Il est devenu tabou et considéré comme

"extrémiste", "sectaire", car trop menaçant pour le système de

gratification-palliation industrielles. La tendance des écoles diététiques

reflète exactement cette situation : on admet qu'il faut manger moins de

viande, de graisse, de sucre, on parle de "régime équilibré" sans exclusive,

avec "un peu de tout"; ce qui permet de continuer à vendre tout ce qui

flatte le palais des consommateurs, avec l'alibi publicitaire de paraître

avoir fait tout le possible pour se montrer favorable à l'hygiène publique

et à l'environnement. Ce discours bien-pensant et sirupeux ne résiste pas à

l'examen un tant soit peu approfondi, comme les documents ci-après nous le

démontreront clairement. (CALQUE 4.1)

Voici tout d'abord une lettre que j'ai adressée au début de cette année

1989, en tant que vice-président de la Société végétarienne de Genève et de

Suisse Romande, à l'hebdomadaire des coopératives Migros, "Construire". Ce

dernier avait publié un article consacré à la "bonne nutrition" et répondait

ainsi à la question "Vit-on en meilleure santé sans viande ?" dans les termes

suivants : "manger de la viande peut être ou tout aussi sain ou malsain que de

ne pas en manger"; mettant donc sur un pied de stricte égalité les deux

comportements. Une telle déclaration faisait bon marché des preuves accumulées

en faveur du végétarisme par rapport à la consommation de viande et je tenais à

ce que la Migros veuille au moins rectifier son information, sans d'ailleurs

que le débat reste limité au seul plan médical. Par exemple en lui rappelant

qu'il faut -nous le verrons plus tard si nous en avons le temps- 5 mètres

carrés de forêt tropicale pour obtenir une boulette de viande pour hamburger.

(CALQUE 4.2)

La réponse de la diététicienne attitrée de la Migros, Nicole Oehninger,

m'est parvenue un mois plus tard. Elle y reconnaît qu'on "recommande en effet

de manière générale de consommer moins de viande. Pourtant, une stricte inter-

diction de la viande serait injustifiée. Il serait contraire à nos principes de

chercher à rééduquer les Suisses et les contraindre à se faire végétariens par

une interdiction de la vente de viande!".

En 6 lignes, la Migros revient deux fois sur le spectre d'une

éventuelle interdiction de la viande, qu'elle agite frileusement pour protéger

son profit. Cette lettre est hors du sujet que j'avais posé et élude

immédiatement mon droit de réponse et ma demande de rectification en

dramatisant et en déformant mon intention. Alors que je demandais à ce journal

de bien vouloir rétablir son information, la seule vue du papier à en-tête de

la Société végétarienne a provoqué une sorte de panique à la Migros et suscité

cette réaction tout à fait symptomatique et révélatrice. Les valeurs marchandes

ne supportent pas d'être menacées. La Société végétarienne romande, qui compte

un tout petit noyau d'une vingtaine d'adhérents militants et un fichier de

quelques centaines de sympathisants passifs, se voit considérée comme un foyer

de terrorisme antimercantiliste, dont la moindre intervention, même bénigne,

doit être interprétée comme portant atteinte potentielle au chiffre d'affaires.

Sur le plan fédéral, les contradictions internes sont moins évidentes

car il n'y a pas d'intérêt commercial apparent. Comme nous l'avons vu à propos

des tabous alimentaires (calques 3.8 et 3.9), l'Etat reconnaît la valeur du

végétarisme pour faire face à une crise grave dans le pays. Mais d'autre part

on tient à repousser cette éventualité dans le futur: c'est un moindre mal à

éviter si possible, comme les abris anti-atomiques; c'est une boîte de survie

spéciale pour une reprise en main totale de la population sous couvert de

protection civile; cela ne va pas plus loin que le voeu pieux. En réalité, si

les médecines naturelles comme l'acupuncture et l'homéopathie commencent à

entrer dans les facultés de médecine, il n'est pas encore question de donner

droit de cité aux méthodes de prévention active comme le végétarisme et

l'hygiénisme en général. En voici un témoignage récent. (CALQUE 4.3).

Il s'agit d'un article paru dans la Tribune de Genève le 23 février

1989, intitulé "Vivre sainement ne suffit pas", à propos de prévention anti-

sida. Le conseiller national René Longet avait, avec raison, demandé par une

question ordinaire " s'il n'était pas possible de montrer, dans le cadre des

campagnes préventives anti-Sida, comment chacun peut renforcer ses défenses

immunitaires en adoptant un mode de vie plus équilibré. Les campagnes anti-Sida

recommandent l'utilisation du préservatif comme moyen de prévention principal

mais ne disent rien des facteurs liés au mode de vie, qui affaiblissent les

défenses de l'organisme : alcool, alimentation trop riche en graisses animales,

sucre raffiné, tabac, abus de médicaments, stress. Apprendre au public comment

vivre pour maintenir le système immunitaire à son niveau optimal contribuerait

aussi à lutter contre le Sida, estimait René Longet dans sa question." Il vaut

la peine de citer maintenant la réponse officielle à cette demande frappée au

coin du bon sens.

"Le Conseil fédéral convient qu'un mode de vie plus sain peut renforcer

le système immunitaire mais ajoute que cela n'est pas scientifiquement prouvé.

Un tel renforcement ne suffit toutefois pas à protéger d'une infection par le

virus HIV. De nombreuses personnes menant une vie saine, dotées d'un système

immunitaire intact, ont contracté le virus du Sida. En conséquence, il serait

DANGEREUX de diffuser, dans la campagne Stop-Sida, des conseils pour vivre

SAINEMENT, qui pourraient laisser croire qu'une vie saine constitue déjà à elle

seule une protection contre l'infection par le virus HIV, ajoute le Conseil

fédéral dans sa réponse."

Je crois qu'il convient maintenant de bien centrer notre analyse sur ce

texte, très révélateur, à partir duquel la dialectique sociologique du

déterminant et du déterminé est très clairement exposée par les faits. Pour

placer le deuxième volet de ce non-dialogue, je me permettrai de citer ici, in

extenso, ma réponse à cette prise de position du Conseil fédéral, parue 15

jours après dans la Tribune de Genève du mercredi 8 mars 1989, tout en

soulignant que la réponse des responsables politiques, dans ses termes mêmes,

n'est qu'un reflet servile de la position qui leur a été très certainement

dictée par la force dominante réelle : le trust médico-pharmaceutique

suisse. Madame Kousmine nous a déjà bien démontré les étonnantes possibilités

offertes par la méthode d'alimentation saine dans toutes les maladies de dégé-

nérescence comme le cancer et le SIDA. Ce n'est donc pas à titre de franc-

tireur isolé et marginal que je me suis senti habilité à contester la position

des autorités, mais en tant que porte-parole d'un puissant courant de survie.

(CALQUE 4.4)

"L'article paru dans la "Tribune de Genève" du 23 février sous le titre

"Vivre sainement ne suffit pas" ne peut que décevoir ceux qui militent pour la

prévention et l'hygiénisme en général, moins rentables que la vente de

solutions de réparation. Serait-il dangereux de donner des conseils pour vivre

sainement tant qu'il n'est pas prouvé scientifiquement qu'une vie saine ne peut

pas, à elle seule (sans préservatifs), assurer une protection contre le virus

HIV ?

Les expériences faites sur des individus sains, humains ou d'espèce

proche (chimpanzés) montrent que le virus ne prend pas si le niveau immunitaire

est normal (Science et Vie, octobre 1985). Par ailleurs, deux cas de

séropositifs redevenus négatifs ont été scientifiquement vérifiés par le Dr

André Fribourg-Blanc, comme la "Tribune de Genève" l'a signalé dans un article

du 21 avril 1988 ("Sida: le virus qui s'évapore").

Donner de l'espoir est toujours favorable au système immunitaire, comme

on l'a constaté scientifiquement aux Etats-Unis. Même un faux espoir vaut mieux

qu'une certitude morbide ! Il est donc, à mon avis, dangereux pour les malades

touchés par ce virus de ne pas les encourager à faire tout ce qui est en leur

pouvoir pour augmenter leur immunocompétence, qu'un "mode de vie plus sain peut

renforcer", comme le reconnaît le Conseil fédéral suisse.

Il n'est pas non plus "scientifiquement prouvé" que le seul usage du

préservatif suffise à protéger contre l'infection HIV: pourquoi la "vie saine"

(qui reste à définir plus précisément et qui implique l'hygiène élémentaire) ne

serait-elle pas encouragée au même titre que le seul préservatif, qui semble

faire l'objet d'un fétichisme particulier de la part des "responsables"?

Quelques centièmes des sommes allouées à l'industrie des préservatifs

suffiraient à des sociétés de "vie saine" (comme la Société végétarienne ou la

Fondation Soleil) pour apporter au moins de plus grandes espérances de guérison

que les seules "recherches" officielles et leur inapplicable recommandation de

prévention épidermique.

Nous sommes nombreux à considérer comme irresponsables le rejet, sans

preuves scientifiques, de la prévention de terrain -alimentaire en particulier-

et l'imposition d'un dogme superficiel et non générateur d'espoir en l'état

actuel des connaissances.

La vie "saine" implique plus que des mesures d'ordre physique et

englobe l'âme, le psychisme; ce qui explique pourquoi certaines personnes,

menant une "vie saine" en apparence, ont pu devenir positives HIV.

Qui est vraiment en mesure d'apprécier en quoi consiste une vie saine ?

Se mesure-t-elle seulement au taux d'immunoglobulines?" (CALQUES 4.5 A, B)

Aucune réaction ne m'est parvenue à la suite de cette mise au point

dans la presse. Pour ceux que cela intéresse, j'ai publié deux autres textes de

la même veine à propos du Sida, parus dans "24 Heures" et "Construire". Le

premier m'a valu un appel téléphonique d'appui de la part de Madame Kousmine,

qui a bien voulu me considérer comme un de ses disciples spirituels. J'ai remis

ce texte à jour pour un journal du personnel, tout récemment; mais sa

parution fait actuellement l'objet du veto d'un mandarin de l'Organisation

Mondiale de la Santé. Nous pourrons revenir ultérieurement sur cette question

fondamentale de l'acquisition d'une immunodéficience et sur l'attitude de rejet

systématique des pontifes de la mort et de la maladie: les biocrates et les

thanatocrates. Par exemple en citant les chasses aux sorcières engagées par

ces derniers contre des génies comme Solomidès et maintenant les Beljanski.

(4.6, 4.7)

La compréhension d'un telle attitude de rejet ne s'explique pas seule-

ment -à mon avis- par des motifs d'ordre économique et politique. Il existe

aussi une résistance plus profonde encore, d'ordre philosophique, que je vais

maintenant tenter d'aborder.

V. - HISTOIRE ET PHILOSOPHIE DU COMPORTEMENT VEGETARIEN

Ce qu'il importe pour le moment de noter, c'est l'opposition

systématique des autorités à ce qui n'est finalement que du bon sens et de

l'évidence. Car au-delà du débat sanitaire, il y a un problème politique. La

prévention de terrain implique une prise en charge responsable qui

automatiquement va déterminer des choix individuels, libres, éventuellement

divergents des lignes directrices imposées à la masse par les autorités. En ce

sens le comportement végétarien n'est que la partie émergente d'un comportement

conforme aux lois biologiques de la nature, donc en conflit direct avec tout ce

qui est faustien, artificiel et fondé sur le développement de l'ego humain

pour manipuler à son profit les lois naturelles.

Le végétarien radicalise la revendication hygiéniste et se voit donc

immédiatement marginalisé par des arguments d'autorité plus que par la logique.

Il représente, par son existence même, un rappel vivant de la situation de

crise, passée ou à venir. Il renvoie autant à une époque de cueillette

immémoriale qu'à une éventualité de disette et de pénurie : il ne peut donc pas

être très populaire, même chez ceux qui n'ont pas d'intérêt commercial à

l'alimentation industrielle et qui même verraient un avantage financier à un

régime plus strict. Les réactions des carnivores, selon notre expérience de

végétariens, sont souvent celles d'enfants qui craignent de se voir retirer

leurs jouets ou qui se sentent agressés par un comportement plus responsable

que le leur. Mais la marginalisation sociale ne suffit plus à faire peur

aujourd'hui, au contraire.

Autrefois, un végétarien était très mal vu. Au XIIIe siècle par

exemple, le refus de manger de la viande dans une auberge suffisait à vous

faire accuser d'hérésie cathare et à conduire au bûcher, comme cela est souvent

arrivé aux fidèles de cette religion gnostique. Et avant eux à ceux de la même

filiation : les orphiques, les pythagoriciens, les zoroastriens et manichéens,

les platoniciens, nazaréens puis ébionites, pauliciens, bogomiles et jaïnistes.

Le refus des sacrifices d'animaux -qui ne sont que des formes ritualisées de

la boucherie- a toujours été la pierre d'achoppement et en même temps la pierre

de touche des gnostiques et des purs dans l'histoire de l'humanité.

En même temps, l'histoire du comportement végétarien se confond en

grande partie avec celle de l'élite intellectuelle et spirituelle : les plus

grands noms peuvent facilement être rattachés à ce mouvement depuis Pythagore:

Socrate, Platon, Plotin et son école, Sénèque, Ovide, Pline. Les disciples

Pierre, Matthieu et Jean. Saint Jérôme, la plupart des Pères fondateurs de

l'Eglise romaine jusqu'au concile d'Ankara où il fut décrété que les prêtres

qui refuseraient de manger de la viande seraient destitués. Puis Abélard, Bacon

donc peut-être Shakespeare- saint Bernard, Gassendi, Rousseau, Voltaire à la

fin de sa vie, Newton, Bossuet, Fénelon, Pascal; jusqu'au père spirituel du

végétarisme moderne, le Français J.A. GLEIZES (1773-1843) qui écrivit les 1 300

pages du premier livre de synthèse sur le sujet: "Thalysie ou la Nouvelle

Existence", paru en 1840, alors que l'école romantique reprenait le flambeau

avec Shelley, Lamartine, Nodier, Bernardin de Saint-Pierre, Byron, puis Victor

Hugo, Michelet et Richard Wagner. Nous sommes donc en très bonne compagnie,

même si ces fortes personnalités n'ont pas toujours fait l'unanimité sur leur

production. La plupart de ces génies ont confirmé que sans leur régime, ils

n'auraient jamais pu travailler aux niveaux où ils voulaient se placer.

Dans les campagnes comme autrefois, ou dans les milieux manuels soumis

à un fort conformisme social, la communion aux rites alimentaires acceptés

conditionne encore l'intégration. Un ami médecin d'un pays de l'Est,

travaillant depuis plus de vingt ans en Suisse, s'est vu refuser la bourgeoisie

d'un bourg valaisan parce qu'il était végétarien et ne participait donc pas à

la vie populaire. Le conformisme alimentaire est encore de règle dans la

plupart des communautés humaines telles que les armées, les hôpitaux, les

prisons, les écoles et dans la plupart des communautés monastiques, à part les

Chartreux, Carmes et Trappistes et certaines petites Eglises.

Etre végétarien, c'est donc plus affirmer le rejet de fausses valeurs

marchandes que celui d'aliments particuliers. Car refuser l'aliment industriel

c'est presque toujours refuser de consommer des produits issus de

l'exploitation du règne animal, médicaments inclus par le biais de l'alibi des

expériences animales. Les leurres et appâts jetés sur le marché pour flatter la

convoitise se placent en fin de chaîne alimentaire, l'usine agro-alimentaire

constituant en quelque sorte un nouveau chaînon entre les consommateurs humains

et les produits naturels. Le végétarien court-circuite cet intermédiaire

parasite et recherche un aliment végétal encore proche de l'état naturel, moins

manipulé et donc moins pollué.

Le végétarisme est à la source d'une contre-culture qui intéresse non

pas tellement la vie gastronomique de l'individu mais plutôt le tissu de ses

relations sociales. Il remet en cause tout le système primaire des

gratifications orales par lequel le pouvoir a prise sur les consommateurs. En

Angleterre et en Allemagne par exemple, les végétariens commencent à se poser

en minorité agissante, qui revendique le droit à la vie de ceux qui sont encore

considérés comme des objets dans les législations humaines : les animaux,

mammifères en particulier.

La philosophie mécaniste de Descartes ou de Malebranche, où les

hurlements de la chienne gravide éventrée ne sont que des "vents passant par

des tuyaux", est encore à la base de la médecine "mécanistique" comme l'appelle

Hans Nieper, avec ses rites sacrificatoires aussi immuables qu'inutiles. La

morale élémentaire voudrait que l'on respecte la valeur intrinsèque des autres

êtres que, selon Kant, "nous devons toujours considérer comme étant des fins

qui se justifient par elles-mêmes, comme trouvant leur propre but en eux".

L'argument des adversaires du végétarisme est évidemment de confondre

règne végétal et règne animal et donc de dénier aux végétariens le droit de

s'alimenter. Bien que de nombreux cas de non-alimentation -ou inédie,

respirianisme- aient été constatés chez des mystiques ou des ascètes, il existe

tout de même des degrés dans le comportement végétarien. Ne pas manger d'êtres

vertébrés -donc mammifères, oiseaux, poissons, reptiles- est déjà un grand pas

en avant. Eviter ensuite les mollusques et les insectes, peu appétissants par

ailleurs, en est un autre que l'on franchit dans la même foulée en général.

Ensuite, au niveau des monocellulaires, l'on peut discuter s'il convient de

manger des bacilles lactiques de choucroute. Mais l'on est déjà très loin de la

désagrégation d'organismes supérieurs. A mon avis, il existe une différence

fondamentale entre le règne animal et le règne végétal, qui fait qu'à partir

des unicellulaires et des végétaux, il n'existe plus de "sang" ou de souffle ou

d'âme mais une énergie enzymatique simple. A ce niveau, les ésotéristes

diraient qu'il n'y a plus de "corps de désir" mais seulement un corps chimique

et un corps éthérique, directement assimilables. Il est démontré que les

cellules humaines assimilent les cellules végétales sans vraiment les détruire,

par exemple les molécules -pourtant énormes et très proches de celles de

l'hémoglobine- de la chlorophylle. Absorber un végétal cru n'est pas le tuer

mais le transférer à un autre niveau d'activité moléculaire. En revanche,

chauffer à plus de 60 degrés Celsius tue effectivement le végétal et l'animal,

en détruisant ce qui est finalement l'essence de la vie : les enzymes. Lire à

ce sujet l'excellente étude du Dr Edward HOWELL : "Food Enzymes for Health and

Longevity", Omangod Press, 1980, dont la traduction française a été réalisée à

Genève par la Fondation Soleil. Par ailleurs la plante n'est en général ni

"tuée" ni détruite, dans la mesure où le végétarien n'en prend que les fruits

dans le sens large, c'est-à-dire les graines et les divers péricarpes et même

tubercules et feuilles, sans réellement porter atteinte à la vie de la plante.

Prendre les racines ou la plante entière implique une destruction apparente,

mais il faut tenir compte du fait que la vie même des plantes potagères est

limitée à un ou deux ans dans la presque totalité des cas. Au lieu de pourrir

en terre et d'être décomposée par les micro-organismes du sol, la racine

comestible sera métabolisée et assimilée avec ses énergies vivantes, encore

utiles; ce qui explique sans doute les vertus thérapeutiques étonnantes des

racines. Avec toujours cette notion que je ressens fortement d'une absorption

sans destruction, par une sorte d'osmose, sans discontinuité de la vie tant que

l'aliment n'a pas été soumis à la manipulation de la cuisson. La dialectique du

Cru et du Cuit de Lévi-Strauss est une structure utile mais je crois que l'état

de véritable culture est mieux représenté par le cru -par le respect du tissu

vivant des plantes- que par la détérioration thermique de la cuisson. Ce n' est

pas pour autant que je défende "l'instinctothérapie" de Burger, dont je retiens

surtout la démonstration biochimique mais dont je récuse l'artificialité naïve

d'une table coûteuse, offrant une variété luxueuse d'aliments jamais vraiment

disponibles en même temps dans la réalité. Et surtout prenant pour époque de

référence les périodes glaciaires pendant lesquelles certains groupes humains

n'ont pu survivre que par la consommation de viande, qu'ils faisaient cuire

pour pouvoir surmonter leur dégoût et pour neutraliser les effets de la putré-

faction. Pourquoi alors ne pas prendre pour référence les survivants d'acci-

dents d'avion et prôner l'anthropophagie ? Manger "la plante jaunissante" ou

mûrie, comme cela est prescrit aux premiers hommes au début de la Genèse, est

un ordre clair, qui met en relief le fait que la plante en fin de vie peut

être consommée sans remords, sans enfreindre l'interdiction de manger "la chair

avec le sang".

Cette référence au texte biblique mérite un certain examen(CALQUE 4.1)

où nous constaterons que la régression humaine, illustrée par la chute et par

l'éloignement de Dieu, s'accompagne d'une régression alimentaire et vitale: l'

être humain passe du fruitarisme initial (avant la chute)à l'agriculture (après

la chute),puis au nomadisme et à l'élevage(après le meurtre d'Abel); pour finir

après le déluge) par l'omnivorisme de la décadence actuelle, malgré l'exemple

donné par le végétarien Daniel au roi Nabuchodonosor. (calques 5.2a/b)

Cette incursion dans l'aspect philosophique, historique et traditionnel

du comportement végétarien repose le problème de la vie et de la mort sous un

nouvel éclairage, qui nous oblige à une vision globale, donc écologique et pla-

nétaire. Sans refouler la question du tiers monde, qu'un seul schéma suffira à

bien poser, celle de l'environnement, par son urgence intrinsèque, vient tout

naturellement à la suite des considérations précédentes.

VI - L'ECOLOGIE CARNIVORE EST UNE IMPOSTURE
Pour revenir à cette nouvelle défense de la vie par ceux qui la

respectent le plus logiquement, les végétariens, nous constaterons que ces

derniers associent normalement d'autres revendications à leur comportement,

qui pourrait rester discret et tolérant. Mais le silence n'est plus possible

pour les raisons décrites précédemment. Défendre la vie animale implique

forcément, non seulement d'être végétarien, mais de protester contre

l'industrie de la fourrure, contre la chasse, contre les élevages en général et

contre certains zoos concentrationnaires, contre la plupart des spectacles

d'animaux "savants" et surtout contre la vivisection dans les laboratoires de

cosmétiques, d'armements et de drogues médicamenteuses, qui se partagent à peu

près également cet ignoble marché de dupes. De la croisade pour les frères

animaux, le végétarien en arrive tout naturellement à la défense du milieu

naturel de ces derniers et des hommes: l'environnement, le milieu vital. Et

aussi à la défense des autres minorités exploitées par les mêmes forces

négatives du profit : le tiers monde, le quart monde et les autres oubliés de

ce qui se croit "un progrès".

L'ensemble des revendications impliquées par un comportement végétarien

responsable a été parfaitement décrit par Armand Dumoulin,ancien président de

la Société Végétariene de Genève et de Suisse Romande, dans un manifeste ainsi

rédigé en août 1985, que l'on peut considérer comme la charte du néovégétarisme

actuel. (CALQUE 6.1)

"Nous, végétariens du monde, demandons à chaque individu et à tous les

gouvernements nationaux et organisations internationales de se joindre à nous

pour une prise de conscience globale, permettant à l'homme de se transformer et

de retrouver sa place dans l'Univers.

Vu la situation dans laquelle se trouve notre planète, il est urgent de

passer à l'action, selon les principes suivants.

1. Arrêter immédiatement tout déboisement et déclarer "parcs internationaux"

toutes les forêts vierges qui restent sur la planète.

2. Eliminer les causes de la pollution de l'espace vital.

3. Entreprendre le reboisement à l'échelle mondiale, en imitant la nature:

régénérer les sols et reverdir les déserts par des méthodes biologiques.

4. Développer les énergies douces et renouvelables, pour remplacer les

carburants fossiles (avant tout le pétrole) et le nucléaire, énergies

polluantes et dangereuses.

5. Abolir les systèmes militaires, instruments de pouvoir et de profit, indi-

gnes de l'homme.

6. Réinstaurer la confiance universelle entre les hommes en développant une

dynamique de fraternité.

7. Réaliser le végétarisme pour qu'il devienne la règle générale de vie.

Il faut dix fois plus de terre arable pour nourrir un carnivore que

pour nourrir un végétarien. Chaque citoyen du monde doit avoir accès à la terre

pour cultiver sa propre nourriture. Par le végétarisme, le problème de la

famine peut être résolu.

Depuis Hermès Trismégiste en ancienne Egypte, Pythagore en Grèce et le

naturaliste latin Pline l'Ancien, jusqu'à nos jours, de grands sages et théra-

peutes n'ont cessé de prôner les vertus nutritives et curatives, pour le corps

et pour l'esprit, d'une alimentation naturelle fondée sur le végétarisme.

Si l'humanité veut que le monde change, il faut qu'elle modifie ses

habitudes de vie, en prenant conscience de la valeur spirituelle du

végétarisme."

Ce credo du nouveau végétarisme peut paraître ambitieux et aller au-

delà d'un simple régime alimentaire. Mais à la réflexion, le choix de la vie

contre la mort pose une dialectique rigoureuse avec un enchaînement

déterministe implacable, qui n'avait peut-être pas été perçu antérieurement :

le comportement végétarien, par sa logique interne en faveur de la vie

naturelle contre les antivaleurs marchandes, apparaît comme la base sur

laquelle les autres mouvements doivent finalement venir se poser sous peine de

rester superficiels. Avant de venir apporter de nouvelles règles de

vie pour un monde plus sain, il faut avoir intégré en soi-même ce choix. Or le

comportement végétarien me semble être l'attitude la plus sincère qui soit

compatible avec une survie dans le monde industrialisé, tout en offrant une

solution écologique vraiment à la mesure du problème actuel, auprès de laquelle

les thèses des "Verts" actuels paraissent bien timides et bien pâles. A mon

avis, si l'humanité veut survivre, ce ne sera que par un retour au végétaris-

me de ses origines. (CALQUE 6.2)

Comme le disait Héraclite, "la santé de l'homme est le reflet de

celle de la Terre": force nous est de constater que l'une et l'autre sont bien

compromises par le comportement carnivore et agressif des non-végétariens. Il

faut en effet autant de combustibles fossiles pour fabriquer la nourriture

moderne qu'il en faut pour chauffer les maisons ou propulser les voitures. Et

il faut autant de matières premières pour l'alimentation industrielle que pour

fabriquer des voitures ou des machines. Cette industrie alimentaire utilise 20

fois plus d'eau que les ménages: il faut 400 litres d'eau par heure, 24 heures

sur 24, pour faire face aux besoins alimentaires d'une seule personne. La

production de boeuf nécessite 80 fois plus d'eau que celle des pommes de terre

ou des bananes. Le bétail contribue bien plus à la pollution de l'eau que toute

l'industrie et tous nos égouts combinés. La production, le transport, la

préparation et la vente des aliments absorbent environ 16,5 % de toute

l'énergie des Etats-Unis, où 75 % de l'alimentation est d'origine industrielle.

Il a été calculé qu'il suffirait de 5 % des surfaces arables si la

population des Etats-Unis adoptait le régime végétarien, et cela en agriculture

dite biologique, sans produits chimiques artificiels. Un programme de

reboisement massif pourrait alors être entrepris. Le meilleur rendement

alimentaire à l'hectare est obtenu par les vergers. Les routes pourraient être

plantées de noyers et de châtaigniers : une double rangée de ces arbres, sur

une distance de seulement 16 kilomètres, correspondrait déjà à une surface de

46 hectares. Les arbres fruitiers peuvent participer au reboisement, avec les

mêmes avantages écologiques de conservation de la couche d'humus. Une société

entièrement nouvelle pourrait se dégager du chaos actuel si les choix

fondamentaux étaient acceptés, comme le comportement végétarien.

Un auteur américain resté inconnu, Bruno Schubert, avait publié en

1967, en Californie, un petit livre excellent, qui démontrait comment un

changement alimentaire de ce type, accompagné d'une réforme économique proche

des thèses de l'économie franche de Gesell ou de l'économie distributive de

Duboin, pouvait transformer la société et la conduire vers un âge d'or

inespéré. Ce livre est introuvable maintenant mais j'en ai fait la traduction

française il y a quelques années, à toute fin utile. Le manuscrit est chez un

petit éditeur parisien, "Le Courrier du Livre", qui n'a toujours pas pu le

faire paraître, malheureusement. Son titre: "La Survie de l'Humanité". Il est

rare de nos jours de trouver réunis, dans un ensemble rationnel, les réformes

économiques, écologiques et alimentaires, indissociables en fait. Cela pourrait

devenir la base d'une nouvelle discipline de synthèse, peut-être d'une

"éconologie sociale".

Il faut en effet tenir compte en même temps de facteurs tels que le

genre d'alimentation, la structure de propriété de la terre, la

redistribution du revenu national, l'équilibre et la conservation des

ressources naturelles, tant animales que végétales et minérales, si l'on veut

faire une écologie digne de ce nom. C'est pourquoi, sachant que sur la surface

de 5 terrains de football, cent personnes peuvent vivre de graines germées mais

seulement deux avec de la viande de boeuf, je maintiens que le végétarisme est

la clé du problème planétaire et donc de la survie de notre espèce.

Mais il nous faut maintenant dire un mot du tiers monde, qui est pour

la société ce que la maladie est pour l'individu ou la pollution pour

l'environnement, c'est-à-dire la démonstration criante d'un échec, d'une erreur

fondamentale. Car lorsqu'il est question de destruction de l'environnement et

d'atteintes à l'homéostasie planétaire, c'est à cause de ce qui se passe dans

le tiers monde, considéré sous le même angle que l'environnement, c'est-à-dire

comme un réservoir naturel pratique, pour une prise au tas et un saccage sans

aucuns scrupules. (CALQUE 6.3)

C'est ainsi que 50 hectares de forêt tropicale humide disparaissent du

globe toutes les MINUTES, pour faire de la viande et rembourser des dettes

imaginaires, des écritures abstraites, menaçant ainsi l'approvisionnement de l'

humanité en oxygène. C'est pourquoi les végétariens anglais affirment que la

viande n'est pas seulement un meurtre, c'est un suicide. (CALQUE 6.4)

Le désastre écologique du carnivorisme ne concerne pas seulement le

tiers monde. La désertification du sol grâce auquel nous existons est en cours

aussi bien en Europe qu'aux Etats-Unis. Pour ce pays par exemple, nous citerons

quelques données d'un article paru dans la revue mensuelle américaine "The

Atlantic" en novembre 1989 sous le titre "Back to Eden", par Evan Eisenberg.

Cet article rend compte des analyses du généticien Wes Jackson, qui a fondé en

Arkansas un "Land Institute" qui prône l'abolition de l'agriculture actuelle et

le retour à la prairie de graminées sauvages. Le processus d'évolution qui a

commencé il y a 400 millions d'années pour aboutir aux espèces actuelles s'est

inversé il y a 10 000 ans environ, avec l'arrivée d'une forme de vie appelée

"le paysan". Le soc de la charrue a sans doute plus privé d'avenir les futures

générations que l'épée. La prairie vit du revenu de ses intérêts, tandis que le

champ de blé vit sur le capital. Aux Etats-Unis, un tiers de l'humus a déjà

disparu, brûlé par l'inondation chimique. En 1948, il fallait 7 500 tonnes

d'insecticide pour ne laisser aux insectes que 7 % des récoltes. En 1988, 40

ans plus tard, les insectes en consomment le double malgré dix fois plus

d'insecticides! Tout cela pour la viande, puisque 88 % de toute la matière

végétale ainsi obtenue sert à nourrir les porcs, les boeufs et la volaille. Si

4 millions de paysans américains ont quitté la terre depuis 1938, ce n'est que

pour laisser la place à des entreprises de destruction agricole toujours plus

performantes, qui exportent leurs méthodes et leurs produits chimiques, et même

leurs semences traitées par la biotechnologie, vers le tiers monde. Ajoutons le

fait qu'actuellement nous voyons des régions entières privées d'eau potable en

raison de pollution par nitrates et lisiers; ainsi que des épidémies d'encépha-

lite chez les bovins ingérant des déchets animaux comme nourriture...

VII. DU CARNIVORISME A L'ANTHROPOPHAGIE DU TIERS MONDE PAR LES RICHES

(Calque 7.1)

Ce titre peut surprendre mais n'est que le reflet lapidaire d'une

réalité concrète et mesurable, que le schéma fondamental suivant illustrera

clairement. Le tiers monde meurt de faim pour que les pays riches meurent de

pléthore. Toutes justifications hygiénistes ou autres du végétarisme mises de

côté, cette seule constatation a suffi pour ouvrir les yeux et le coeur de

nombreux végétariens.

"Le bétail des pays riches mange autant de céréales que

les Indiens et les Chinois réunis. Il faut en effet une moyenne de 7 kilos de

denrées alimentaires consommables directement par l'homme pour obtenir un

seul kilo d'aliment d'origine animale." (Sauvez votre Corps, Dr. Kousmine, p.

215). Un atelier géant de Californie groupant 100 000 bovins consomme chaque

jour 850 tonnes de maïs, de quoi nourrir 1,7 millions d'Est-Africains (ibid.).

La moitié de l'eau des Etats-Unis sert à engraisser le bétail à viande,

soit 5 fois la consommation de la population du pays, avec 20 fois plus

d'excréments et 85 % de perte d'humus. Ce qui se passe dans les pays pauvres

eux-mêmes, non seulement pour se nourrir mais pour payer une dette purement

comptable, c'est-à-dire des écritures de crédit bancaire créé ex nihilo à 90 %

et cependant assorti d'intérêts non encore créés, est encore bien pire. Il faut

en effet, comme indiqué précédemment, une moyenne de 5 mètres carrés de forêt

tropicale à défricher pour obtenir en viande l'équivalent d'un hamburger

toxique.

Le problème de la faim dans le monde est faussé à la base dans la

mesure où il n'est pas tenu compte d'un éventuel retour au végétarisme, souvent

traditionnel dans les sociétés du tiers monde. Importer d'Ethiopie, en pleine

famine, la nourriture du bétail à viande revient, d'une manière indirecte

certes, à retirer le pain de la bouche des exploités et à les pousser à tous

les extrêmes, dont la mort. C'est pourquoi je pense pouvoir affirmer que les

pays carnivores ont une conduite anthropophage à l'égard du tiers monde,

uniquement pour des satisfactions d'ordre gastronomique. Les pays de l'Est,

l'URSS en particulier, achètent sur le marché mondial d'énormes quantités de

céréales (52 millions de tonnes en 1984 pour l'URSS), dont une grande partie

alimente leurs animaux à viande. (7.2)

Dans les pays industrialisés occidentaux, seuls 22 % des céréales sont

utilisés pour l'alimentation humaine, alors que dans les pays en développement

ce taux est de 87 %, selon la FAO (chiffres de 1981). La Suisse importe chaque

année 1,4 million de tonnes de céréales, dont 71 % pour les animaux de

boucherie. Il suffirait que les Etats-Unis, par exemple, mangent 10 % de moins

de viande pour que 60 millions de personnes ne meurent pas de faim (valeur

citée par le Dr Christian Schaller dans la Tribune de Genève du 30 novembre

1989 et dans "Le Lien" de ce même mois). (7.3)

René Dumont affirme qu' "avec notre façon actuelle de nous nourrir, nous sommes

devenus de véritables cannibales". Il souligne par exemple que la production de

viande absorbe en céréales ce qui aurait pu nourrir 2 milliards d'êtres

humains, cela chaque année!

(7.4) Avec la quantité de céréales que l'on utilise pour nourrir les animaux

d'élevage dans les pays occidentaux, on pourrait nourrir toute la population du

globe. 1 seul hectare donne 7 800 000 calories avec du pain, 3 millions avec du

lait mais seulement 121 576 avec de la viande. En termes de protéines, cela

correspond à 255, 153 et 13 grammes respectivement (Dr Schlemmer).

(7.5) Tragédie mondiale : 300 Boeing Jumbo s'écrasent chaque jour. Plus de

500 millions de personnes sur cette planète sont gravement sous-alimentées et

40 millions meurent chaque année d'inanition ou de maladies de carence

alimentaire. C'est l'équivalent du naufrage de 300 Jumbo-Jet par jour, sans

survivants. Ce prospectus de la Société végétalienne anglaise vise non

seulement à l'abstention de la viande mais à celle de tous les sous-produits

animaux, comme les oeufs, le fromage et le lait. La documentation des "Vegans"

est très bien faite et approfondit le débat ouvert par le lacto-végétarisme

courant. En quatre images, le circuit du lait en poudre est dénoncé ici: "Votre

bébé n'a pas le droit de manger les cacahuètes que vous cultivez parce que nous

devons les exporter....afin d'engraisser les vaches européennes, pour qu'elles

puissent donner plus de lait que tous les gens riches ne peuvent en consommer.

Qu'est-ce qu'ils en font alors ? Eh bien ils le transforment en poudre et le

renvoient ici pour alimenter votre ..." Mais le bébé du tiers monde est mort de

faim entre-temps. De toute façon, le lait en poudre n'est pas approprié pour

l'alimentation des enfants.

(7.6) L'ordre injuste du monde est bien illustré par ces graphiques. Moins de

1 % de gros propriétaires brésiliens possèdent 46 % des terres, tandis que 89 %

de petits propriétaires n'en ont que 18 %, le reste (34 % des terres) étant

entre les mains des propriétaires moyens (9 %). Quant aux exportations de

viande du Brésil, leur croissance est superposable à celle de la "dette" et à

celle de la désertification de la forêt amazonienne. Tout cela pour satisfaire

la demande en viande des nantis. Cette superposition sera mieux illustrée par

la courbe suivante, tirée du Monde Diplomatique.

(7.7-7.8)La faim n'est pas un problème de production agricole puisque par

exemple le Brésil pourrait fournir 6 000 kcal par jour à chacun de ses 125

millions d'habitants. C'est un problème de distribution. De 1960 à 1980, les 5

% des plus riches Brésiliens ont vu leur part du revenu national passer de 28 %

à 38 %, tandis que celle de la moitié pauvre de ce pays tombait de 17 % à 12 %!

En 1961, 38 % des Brésiliens étaient sous-alimentés (moins de 2240 kcal/jour)

mais en 1984 ce taux était de 65 % de la population entière, soit 86 millions

de personnes.

(7.9) Pour ce qui concerne la Suisse, peu de gens savent que le tiers de la

fameuse "viande des Grisons" vient d'Argentine... La Suisse n'importe que 4 %

environ de son fourrage concentré (tourteaux de soja) du tiers monde, le reste

venant de la CEE. Or il faut savoir que celle-ci en importe l'équivalent de la

production de 10 % de ses surfaces agricoles, soit 18 millions de tonnes en

1984, directement du tiers monde, pour en réexporter une partie en Suisse; qui

est donc, d'une manière ou d'une autre, complice de la désertification de ces

pays par l'intermédiaire des grossistes pour les chaînes de restauration rapide

ou gastronomique, pour les supermarchés etc.

MA FORET POUR UN HAMBURGER ! (7.10)

Pour chaque kilo de viande exporté par le Costa Rica, ce pays sacrifie

deux tonnes et demie de sa mince et unique couche d'humus. Et plus de mille

tonnes de boeuf sont transformées chaque jour dans les McDonald des Etats-Unis.

En 1950, 72 % du territoire du Costa-Rica était boisés. Aujourd'hui, sa

couverture forestière n'est plus que de 26 %, 60 000 hectares étant essartés

chaque année. Au cours de la première année qui suit l'essartage, il faut un

hectare de prairie artificielle pour qu'une tête de bétail mange normalement.

Au bout de 5 ans, la mince couche d'humus est épuisée au point qu'il faut pour

chaque animal 5 à 7 hectares. Il suffit ensuite de 3 à 5 ans pour que le

désert soit installé. Alors on allume un incendie plus loin: au cours des mois

de juillet et août 1989, 59 000 incendies ont dévasté en Amazonie quelque 33000

kilomètres carrés, soit plus que la Belgique. (Tribune de Genève du 1er

septembre 1989, p. 7).

Et, toutes les 17 heures, s'ouvre quelque part dans le monde un nouveau

McDonald, pour débiter plus de 25 millions de hamburgers par JOUR; ce qui

correspond à 125 kilomètres carrés de désert supplémentaire par jour; et à la

disparition d'espèces végétales et animales irremplaçables puisque l'on ne

connaît guère que quelques centièmes des propriétés biochimiques des plantes et

que l'on découvre constamment de nouvelles espèces vivantes dans ce qui reste

de surfaces sauvages.

L'accumulation de ces données donne le vertige, tant par leur énormité

que par leur absurdité fondamentale. Mais à la source de cette frénésie

autodestructrice, il y a toujours les deux pulsions de Freud : être grand et se

faire plaisir; c'est-à-dire, en termes macro-analytiques, faire du profit

financier et consommer des valeurs marchandes. Ce qui nous reconduit aux

motivations individuelles et aux déterminations sociales, économiques et

politiques. Si, chaque jour, le tiers monde est en mesure de nous verser 200

millions de dollars d'intérêts, c'est que nous prenons au tas sur lui et que

lui prend au tas de l'environnement : le résultat sera le même pour tout le

monde, sauf que seule une toute petite partie des hommes en aura profité pour

ses plaisirs.

CONCLUSION : VEGETARISME OU APOCALYPSE ?

Le comportement végétarien remet en cause l'ensemble de cet ordre

injuste et le dénonce car il a autre chose à proposer. Albert Einstein disait à

ce sujet: "selon mon point de vue, le mode de vie végétarien, par ses effets

physiques sur le tempérament humain, pourrait influencer, d'une manière

extrêmement bénéfique, le sort de l'humanité". La réciproque est que le mode de

vie non végétarien peut influencer, ce que nous constatons, de manière

extrêmement destructive le sort de cette humanité. René Dumont annonce le

point de non-retour pour l'an 2000 : si d'ici à la fin de ce siècle le

végétarisme n'est pas devenu le comportement normal et conscient des hommes,

l'apocalypse aura lieu. C'est peut-être ce que, inconsciemment, la société

attend, se sentant confusément tombée dans un monde qui n'est pas le sien. Mais

comment retrouver une dimension surhumaine perdue par une chute immémoriale si

l'on n'est pas capable de s'harmoniser avec ses congénères et les autres

espèces vivantes ?

**********************

BIBLIOGRAPHIE

Chapitre I - La motivation personnelle
J. Ziegler : LES VIVANTS ET LA MORT, Seuil, Paris, 1975.

LA GUEULE OUVERTE, revue mensuelle, Paris, 1969

L. Ossipow : LE VEGETARISME, Cerf, Paris, 1989.

Leakey et alii : Nature 1976, in M. Bader : LES DENTS DE LA VIANDE ET LES DENTS DU BLE, Science et Vie, 11-1985, p. 166.

DER VEGETARIER, 03-1987 (Vegetarier Bund Deutschlands)

Uni-Berufs-Magazin, 02-1987.

Der Tagesspiegel, 15-01-1987.

Illustrations:

Stern v.3-12-87, in Der Vegetarier.

Süddeutsche Zeitung, 7-12-86, in Der Vegetarier.

Documentation de la "Vegetarian Society",Parkdale, Dunham Rd., Altrincham,

Cheshire WA14 4QG (Royaume-Uni).

Chapitre II - L'imposture médico-industrielle

M.J. Brélaz: LA SANTE EST AU FOND DU TIROIR-CAISSE, J. de Genève, 24-9-1983.

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H. Ruesch : CES BETES QU'ON TORTURE INUTILEMENT, Favre, Lausanne, 1980.

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Dr Chavanon : LA GUERRE MICROBIENNE, Dangles, Paris, 1950.

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Mitteilungen, 12-1987, Max Keller, 8038 Zürich.

Dr Samuze, RIRE C'EST LA SANTE, Soleil, Genève, 1986.

Livres non cités mais recommandés à ce sujet :

Morris A. Bealle: THE DRUG STORY, Biworld Publishers, Orem, Utah, USA.

Dr K.A. Lasko : THE GREAT BILLION DOLLAR MEDICAL SWINDLE, Bobbs-Merrill Co.,

Indianapolis, N.Y., 1980.

Dr R. Kunnes : YOUR MONEY OR YOUR LIFE, Dodd, Mead, New York, 1974.

Dr R. Mendelsohn : CONFESSIONS OF A MEDICAL HERETIC, Warner, 1978.

P. Collier et D. Horowitz : THE ROCKFELLERS - AN AMERICAN DYNASTY, 1976.

F. Lundberg : THE RICH AND THE SUPER-RICH, Lyle Stuart, 1968.

Chapitre III - Végétarisme et tabous alimentaires

L. Brown: L'ETAT DE LA PLANETE, Worldwatch Institute, 1989.

Dr J.A. Scharffenberg: VIANDE ET SANTE, Soleil, Genève, 1985

Dr R. Ballentine : TRANSITION TO VEGETARIANISM, Himalayan Institute, Honesdale,

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LE SUISSE VEGETARIEN, Tribune de Genève, 18-08-1988.

Déclaration de Berne, DOSSIER VIANDE, Vers Un Dév. Solidaire, Lausanne, 06-1988

CORAN, sourate VI.

D. Bloud: MANEGE A QUATRE, TdG 25-07-1984, p. 14.

D. Bloud: L'ALIMENTATION ET L'AGRESSIVITE, TdG 26-04-1984, p. 20.

Chapitre IV - Végétarisme et terrorisme alimentaire: l'occultation politique

Féd. Coop. Migros: LA BONNE NUTRITION, Construire, Lausanne, 25-01-1989.

D. Bloud - Société Vég. Romande: LETTRE A MIGROS, 25-01-1989.

N. Oehninger - F.C.M. : LETTRE A D. BLOUD, 20-02-1989.

VIVRE SAINEMENT NE SUFFIT PAS, TdG, 23-02-1989.

D. Bloud : VIE SAINE, TdG, p. 44, 08-03-1989.

SIDA, Science et Vie, Paris, 10-1985.(M. Contig :"SIDA: LA PISTE DU MOUTON")

SIDA: LE VIRUS QUI S'EVAPORE, TdG, 21-04-1988.

D. Bloud : VIE SAINE CONTRE SIDA, 24 Heures, Lausanne, 05-03-1987.

Chapitre V - L'écologie carnivore est une imposture

A. Dumoulin: MANIFESTE VEGETARIEN, Soc. Vég. de Genève, 08-1985.

B. Schubert: SURVIVAL OF MANKIND, 1967 - Trad. fr. D. Bloud : LA SURVIE DE L'

HUMANITE, Le Courrier du Livre, Paris, inédit à ce jour.

D.S. Nelson: THE ECOLOGICAL ASPECTS OF A HYGIENIC/FRUITARIAN DIET, Life on

Earth, P.O. Box 872, Santa Cruz, CA 95061, USA - Trad. fr. M.

Dégallier et D. Bloud : LES ASPECTS ECOLOGIQUES D'UN REGIME DE

SANTE FRUITARIEN, Document-Santé 38, Dégallier, Morges.

E. Eisenberg:BACK TO EDEN, The Atlantic, nov. 1989

Chapitre VI - Histoire et philosophie du végétarisme

J.A. Gleizès: THALYSIE OU LA NOUVELLE EXISTENCE, 1300 p., Paris, 1840.

Dr E. Howell: FOOD ENZYMES FOR HEALTH AND LONGEVITY, Omangod Press, USA, 1980.

C. Lévi-Strauss: LE CRU ET LE CUIT, Paris.

Dr E. Bertholet: VEGETARISME ET SPIRITUALISME, Genillard, Lausanne, 1964.

Chapitre VII - Du carnivorisme à l'anthropophagie du tiers monde par les riches

Dr C. Kousmine: SAUVEZ VOTRE CORPS, Laffont, Paris, 1987.

Dr C. Schaller: VIANDE, TdG, 30-11-1989.

Dr A. Schlemmer: LA METHODE NATURELLE EN MEDECINE, Le Seuil, Paris, 1969.

R. Suzineau : CLEFS POUR LE VEGETARISME, Seghers, Paris, 1977.

The Vegan Society Ltd., 33-35 George St., Oxford OX1 2AY, Royaume-Uni.

D. Bloud : EFFET BOEUF, 24 Heures, Lausanne, 21-04-1989.

D. Bloud : LA FORET POUR QUELQUES BOULETTES, La Grande Relève, Paris, 04-1989.

AMAZONIE: 59 000 INCENDIES EN 2 MOIS, TdG, p. 7, 01-09-1989.

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Autres ouvrages utiles mais non spécifiquement cités

J. Barkas : THE VEGETABLE PASSION, Routledge & Kegan Paul, London, 1975.

Dr H.G. Bieler : FOOD IS YOUR BEST MEDICINE, Ballantine Books, 1966.

Dr Bonnejoy : LE VEGETARISME ET LE REGIME VEGETARIEN RATIONNEL, Paris, 1889

(une photocopie de cet ouvrage a été donnée à la SVG par D.B.)

Sir William Earnshaw Cooper : LA CULPABILITE SANGUINAIRE DE LA CHRETIENTE (tra-

duit par Margaret Carpenter).

Dr P. Dauphin: LE FRUIT-ALIMENT, Marseille, 1934.

P. Desbrosses: LE KRACH ALIMENTAIRE, Rocher, 1988.

Dr J. Lévy : LA REVOLUTION DE LA MEDECINE, Rocher, 1988.

Prof. Raoux: MANUEL D'HYGIENE ET DE VEGETARISME, Lausanne, 1881.

D. Weir et M. Shapiro : PESTICIDES SANS FRONTIERES.

G. Messadié: L'ALIMENTATION SUICIDE, Fayard, Paris.

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LE VEGETARISME DANS LA BIBLE (5.1)

AVANT LA CHUTE : LE FRUITARISME

"Voici, je vous donne toute herbe qui porte sa semence sur toute la surface de

la terre et tout arbre dont le fruit porte sa semence ; ce sera votre

nourriture." (Gen. 1.29)

"Dieu fit germer du sol tout arbre d'aspect attrayant et bon à manger" Gen. 2.9

"Tu pourras manger de tout arbre du jardin" (Gen. 2.15)

"Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin" (Gen. 3.2)

APRES LA CHUTE :L'AGRICULTURE

"Le sol sera maudit à cause de toi: c'est avec peine que tu en tireras ta

nourriture tous les jours de ta vie. Tu mangeras l'herbe des champs." (Gen.3,

17-18)

"Dieu le renvoya du jardin d'Eden pour qu'il cultive le sol d'où il avait été

tiré." (Gen. 3.23)

APRES LE MEURTRE D'ABEL : LE NOMADISME ET L'ELEVAGE

"Maintenant tu seras maudit loin du sol. Quand tu cultiveras le sol, il ne te

donnera plus sa richesse. Tu seras errant et inquiet sur la terre." (Gen. 4.11-

12)

"Tu me chasses aujourd'hui loin du sol arable." (Gen. 4.14).

APRES LE DELUGE : L'OMNIVORISME DE LA DECADENCE

"Vous serez un sujet de crainte et de terreur pour tout animal de la terre,

pour tout oiseau du ciel, pour tout ce qui rampe sur le sol et pour tous les

poissons de la mer : ils sont livrés entre vos mains. Tout ce qui rampe et qui

vit vous servira de nourriture : je vous le donne comme je l'ai fait des

végétaux. (autre traduction : "A tout ce qui remue et qui vit je donne pour

nourriture toute herbe jaunissante. Je vous donne tout." TOB). Toutefois vous

ne mangerez pas la chair avec sa vie c'est-à-dire avec son sang." (Gen. 9,2-4).

EXCES DE VIANDE : L'épisode des cailles dans le désert. "Ils mirent au tombeau

les gens du peuple qui avaient été en proie à la convoitise". (Nombres 11,34).

LES SACRIFICES D'ANIMAUX NE SONT PAS AGRÉÉS : "Les sacrifices qui me sont

offerts, ils les sacrifient et en mangent la chair : Iahvé ne les agrée pas"

(Osée 8,13). "La docilité vaut mieux que la graisse des béliers" (I Sam. 15.22)

(Osée 6.6)

SUPERIORITE DU REGIME VEGETARIEN : L'épisode de Daniel (1, 1-21) mis à

l'épreuve du régime de légumes sur sa demande. (voir 5.2)

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