La

⇒ article comparaison [2].

La est un genre littéraire qui s'est développé à partir de la Renaissance et s'est perpétué tout au long de l'âge classique. Elle s'est exprimée sous plusieurs formes. La première, et la plus importante, a consisté en un parallèle entre les arts du visible et ceux du discours : et d'une part, de l'autre. À partir de cette comparaison, en quelque sorte générique, se sont déployées des formes de comparaison plus spécifiques, entre la peinture et la sculpture, la peinture et la musique. Le mot italien de qui signifie «   » en général, est utilisé dans toutes les langues la comparaison entre la peinture et la sculpture, qui a donné lieu à de multiples débats au XVIe siècle. La comparaison entre la peinture et la musique (analogie entre le son et la couleur, réflexions autour de la notion d'harmonie) est également présente à la Renaissance et à l'âge classique. Elle connaîtra un nouvel essor au XXe avec la naissance de l'

La comparaison entre les arts de la vue et ceux de l'ouïe s'inscrit dans une longue tradition qui, selon remonterait à et qui s'est diffusée à la Renaissance à travers la lecture d' « L'esprit, écrit Horace dans l'Épître aux Pisons, est moins vivement frappé de ce que l'auteur confie à l'oreille, que de ce qu'il met sous les yeux, ces témoins irrécusables » (Art poétique, Flammarion, “ GF ”, 1990, p. 264). Mais c'est une autre phrase d'Horace qui joua historiquement un rôle déterminant, celle où il mettait en parallèle la peinture et la poésie : « ut pictura poesis erit » : il en est de la poésie comme de la peinture (ibid., p. 268). Reprise par les théoriciens de la Renaissance, cette comparaison sera à l'origine de ce qu'on a appelé la doctrine de l'«   ». Or celle-ci s'est constituée sur un contresens au sens propre, c'est-à-dire sur une inversion. Alors qu'Horace comparait la poésie à la peinture, rapportant les arts du langage à ceux de l'image, les auteurs de la Renaissance inversent le sens de la comparaison. Un poème est comme un tableau devient un tableau est comme un poème. L'« ut pictura poesis », telle qu'on l'entend dans le champ du discours sur l'art, consiste toujours à définir la peinture, à déterminer sa valeur, en fonction de critères qui sont ceux des arts poétiques. La fécondité de cette doctrine pendant plusieurs siècles fut incontestable; elle a joué un rôle essentiel dans l'accession de la peinture à la dignité des (voir art). Par le biais de cette comparaison, le peintre peut accéder au rang du poète et de l'orateur. Les expressions et sont des topoi qui servent à qualifier la poésie et la peinture, celle-ci étant souvent représentée dans des gravures avec un bandeau ou un doigt sur la bouche. La peinture est une «   » et la poésie une «   ». Les Français du XVIIe siècle les nomment « sœurs » (les Anglais parleront de « sister arts ») et les décrivent unies dans un rapport constant d'émulation réciproque. C'est ainsi que dans le Songe de Philomathe, met en scène l' « ut pictura poesis » à travers un dialogue entre deux sœurs, l'une blonde, l'autre brune, la première s'exprimant en vers, la seconde en prose (publié en 1683, ce texte a été repris en appendice au Livre X des Entretiens sur les vies et les ouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes, 1668-1688).

L'«   » ne se contente pas de modifier l'image et le statut de la peinture; elle transforme aussi sa définition en lui imposant les catégories de la poétique et de la rhétorique (l'invention, la disposition) et en lui attribuant une finalité narrative. La doctrine de l'ut pictura poesis triomphe ainsi dans la considérée longtemps comme le genre le plus noble de la peinture.

Mais très tôt, des réserves se sont manifestées à l'égard d'une comparaison qui soumettait un peu trop la peinture à l'ordre du discours. C'est ainsi que préfère qualifier la poésie de peinture aveugle plutôt que de peinture parlante, pour maintenir l'égalité entre les deux arts : « La peinture est une poésie muette et la poésie une peinture aveugle; l'une et l'autre tendent à l'imitation de la nature selon leurs moyens » (Traité de la peinture, trad. fr. A. Chastel, Berger-Levrault, 1987, p. 90). Mais il faudra attendre et son Laocoon (1766) pour que soit développée une critique systématique de la doctrine de l'ut pictura poesis. Disqualifiant l'idée même de entre les arts, Lessing insiste au contraire sur leurs différences et les limites qui les séparent, comme l'indique très explicitement le sous-titre de son livre : Laocoon ou des frontières de la peinture et de la poésie (trad. fr. Courtin, Hermann, 1990). Le refus du parallèle au nom de l'argument de la spécificité connaîtra au XIXe siècle d'immenses développements puisqu'il sera repris, à la suite de par tous les défenseurs de la «   ». Cet argument jouera également un rôle majeur dans l'analyse contemporaine de l'art. En 1940, publie dans Partisan Review un article, « Towards a new Laocoon » [vers un nouveau Laocoon], qui allait devenir l'un des textes majeurs de la critique « moderniste ». Se réclamant explicitement de Lessing, Greenberg écrit : « Les arts d'avant-garde ont, dans les dernières cinquante années, atteint une pureté et réussi une délimitation radicale de leur champ d'activité sans exemple dans l'histoire de la culture. Les arts sont à présent en sécurité, chacun à l'intérieur de ses frontières légitimes, et le libre échange a été remplacé par l'autarcie » (The Collected essays and criticism, J. O'Brian (éd.), University of Chicago Press, 1986, vol. 1, p. 23-37).

Jacqueline Lichtenstein


Bibliographie

Lee Rensselaer Wright, Ut pictura poesis. La théorie humaniste de la peinture [1967], trad. fr. M. Brock, Macula, 1991. Le Paragone, textes traduits de l'italien par L. Fallay d'Este, Klincksieck, 1992.

© Le Seuil / Dictionnaires le Robert, 2003.

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