Pendant ce temps, en Europe...

« Les Chansons d’amour », plagiat d’une comédie espagnole?

Qu’est-ce que "Les Chansons d’amour"  ? "Un drame musical enchanteur et sublime", selon Les Inrockuptibles. "Un film qui nous réchauffe comme on souffle sur ses poings serrés", dit Libération. "Un beau moment d’émotion et de mélancolie enchantée", concède Le Figaro. 108000 personnes sont allées voir le film de Christophe Honoré la première semaine après sa sortie en France.

Par contre, silence absolu des médias français sur la réception du film au-delà des Pyrénées. Selon la presse espagnole, qui suivait le Festival de Cannes, le réalisateur aurait pourtant plagié une comédie musicale espagnole, "El otro lado de la cama" ("l’autre côté du lit"), sortie en Espagne en 2002, mais qui n’a pas été distribuée en France. "Non, je ne connais pas ce film. Est-ce qu’il est sorti en France  ? ", a répondu Honoré, lors de la conférence de presse à Cannes.

"Il s’agit d’une mauvaise copie prétentieuse d’’El otro lado de la cama’, (…) assaisonnée sans grâce ni émotion avec des chansons", écrivait l’envoyée spéciale d’El País. "Drôle de plagiat  ! En plus nos comédiens sont plus beaux  ! ", a hurlé un autre après la projection cannoise.

Mais en se replongeant dans les archives, on découvre que la comédie espagnole (réalisée par le vétéran Emilio Martínez Lázaro, curieusement marié à une célèbre journaliste d’El País) était elle-même née comme une variation ibérique d’un film français, "On connaît la chanson" d’Alain Resnais. Hostile au playback, Martínez Lázaro a incité les acteurs à chanter eux-mêmes des chansons pop espagnoles, l’histoire racontant une série d’aventures croisées entre trois couples en crise, qui prononcent des phrases genre "On est tous bisexuels". Le titre provisoire du film était "C’est magnifique" (en français, oui)… Retour à la case hexagonale  : la fierté française est à l’abri.

Voici la bande-annonce d’"El otro lado de la cama"  :


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digital
20H03 05/06/2007

chanson d’amour en film d’origine espagnole ??? impossible !

 
Mr.Steph
11H13 06/06/2007

Mis à part le fait qu’en effet il est impensable que cette poesie urbaine de Christophe Honoré soit un plagiat, je pense qu’on peut lire dans cette réaction espagnole quelque chose d’interressant.

Ce reflexe de vouloir se réapproprier le talent d’un autre est quelque chose d’universel. « C’est pas lui c’est moi, je l’avais pensé avant et c’était mieux ». Je crois qu’il est important de fuire le plagiat mais qu’il faut aussi savoir prendre du recul et considerer les influences artistiques, le fait que l’art et le cinéma en particulier est un grand travail collectif qui a ses croisements, ses héritages. Ici, il est probable que de mêmes influences ait traversé les deux auteurs.

Pour ma part, j’ai nettement preferé le film d’Honoré à ce que la bande annonce laisse deviner du film espagnol. Quant à ce différent sur la beauté des comédiens, je me sens obligé de les contredire rien qu’au souvenir de Louis Garrel !

Et puis il s’agit incontestablement de deux travaux assez différents, Honoré ne jouant pas dans le même registre. Mais le fait que les espagnols y ait vu un lien permet aussi de s’interroger sur leur regard sur le cinéma : est-il possible que selon leurs critères (narration, présence de musique, aléas amoureux), ces films soient les mêmes alors que les notres les différencient ?

Mais peut-être que je m’embête à réfléchir à tout ça pour rien compte tenu qu’il s’agit probablement d’un bidouillage de la presse comme on commence à en voir trop souvent (comme le suggère l’article concernant le lien entre une redactrice et le réalisateur).

Pistes de reflexions par Mr.Steph.

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