LE PLATEAU DE KERGUELEN DANS L'OCÉAN AUSTRAL  

LE PLATEAU DE KERGUELEN DANS L'OCÉAN AUSTRAL

L'Expédition Internationale dans l'Océan Indien a mobilisé entre 1959 et 1966 quatorze nations et une cinquantaine de navires. Malgré cet effort considérable, l'Océan Indien austral au sud des îles Mascareignes restait encore relativement inexploré.

En décembre 1966, le Gallieni, affrété par le territoire des Terres australes et antarctiques françaises pour assurer les opérations de relève et de ravitaillement des îles subantarctiques françaises, était utilisé pour la première fois pour effectuer des observations géophysiques sur les trajets reliant l'île de la Réunion aux îles Kerguelen, Crozet et Amsterdam. Entre 1967 et 1972, une équipe de FIPG de Paris, réalisait à bord du Gallieni, avec le soutien de plusieurs sociétés pétrolières françaises, six campagnes de grande reconnaissance mettant en oeuvre les techniques modernes de la prospection sismique, avec comme objectif une évaluation des potentialités économiques dans plusieurs secteurs de l'Océan Indien occidental, en particulier le plateau de Kerguelen et le canal du Mozambique. En 1973, le Gallieni fut remplacé par le Marion Dufresne, lui même remplacé en 1995 par le Marion Dufresne 11. Ces nouvelles plates-formes, équipées d'outils de plus en plus performants, ont permis de poursuivre et d'intensifier ces travaux de grande reconnaissance, dans le cadre des programmes de recherche mis en oeuvre par la Mission de recherche des Taaf et par l'IFRTP.

Le plateau de Kerguelen couvre une superficie d'environ 2,2 millions de km2, soit environ quatre fois celle de la France. II s'agit de l'un des plus grands plateaux sous-marins de l'océan mondial. Malgré les nombreuses études conduites au cours des trois dernières décennies, le plateau de Kerguelen constitue encore aujourd'hui une énigme dès lors que l'on cherche à expliquer son origine et à préciser son mode de formation. S'agit-il d'un fragment continental individualisé lors de la rupture du continent de Gondwana, ou du résultat d'une activité volcanique en limite de plaque lors de la séparation de l'Inde et de l'Antarctique ou encore du volcanisme intraplaque associé à un panache mantellique ou point chaud perçant la base de la lithosphère ?

Plusieurs grands bassins sédimentaires, ont été mis en évidence sur le plateau de Kerguelen. Au nord, entre les îles Kerguelen et Heard, on délimite un domaine sédimentaire de près de 80 000 km2 dont l'épaisseur est comprise entre 2 000 et 2 500 m. Plus au sud, à l'est du banc de Banzare, on reconnaît un deuxième bassin d'une superficie d'environ 90 000 km2 avec une couverture sédimentaire atteignant 3 000 m. Les prélèvements effectués par carottage et dragage et les forages profonds réalisés en1988, ont permis d'identifier et de dater les différentes séquences sédimentaires, de reconnaître les principales discordances qui ont marqué l'histoire tectonique du plateau et de déterminer la nature et l'âge du socle volcanique. Les basaltes se sont mis en place au Crétacé inférieur, il y a environ 110 millions d'années, dans des conditions aériennes à sub-aériennes. Les premiers sédiments se sont déposés en milieu fluvial et son composés d'argilites et de microgrès terrigènes contenant quelques niveaux sableux ou conglomératiques avec des fragments de bois indiquant la présence de sol et de végétation. Une nouvelle campagne de forages océaniques, utilisant les données de la campagne Kerimis du Marion Dufresne a été effectuée par le Joides Résolution en janvier 1999. Les données sont en cours d'analyse ; elles confirment l'essentiel des conclusions, mais montrent la présence de roches continentales dans des conglomérats prélevés sur le banc des Élans.

Roland Shlich

Directeur de recherche au CNRS

 

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