PJ de Lyon: Neyret «conteste les faits» et se montre «combatif»

ENQUÊTE uéant annonce des «sanctions adéquates»...

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Michel Neyret a la réputation d'être un « super flic ».
Michel Neyret a la réputation d'être un « super flic ». — C. VILLEMAIN / 20 MINUTES

 Après l'arrestation jeudi de Michel Neyret, n°2 de la police judiciaire (PJ) de Lyon, trois autres chefs policiers ont été placés en garde à vue ce vendredi dans une enquête pour corruption, trafic international de stupéfiants et blanchiment d'argent qui s'accélère.

Le n°2 de la police judiciaire (PJ) de Lyon est soupçonné d'avoir été en contact avec le grand banditisme et d'avoir rémunéré des informateurs en détournant du cannabis en importante quantité, a-t-on appris vendredi de source judiciaire.

«Il conteste les faits, a des explications à donner, répond logiquement à des questions logiques», a déclaré Me Yves Sauvayre, joint par téléphone alors que son client est entendu à Paris.

Guéant annonce des «sanctions adéquates»

Des sources proches de l'enquête ont indiqué à l'AFP que le patron de la brigade de recherche et d'intervention (BRI) de la PJ lyonnaise, et le chef de son antenne grenobloise, tous deux commissaires, avaient été placés en garde à vue.

La troisième personne en garde à vue est un commandant de police, adjoint de l'antenne grenobloise qui disait jeudi soir, selon ces sources, n'avoir «rien à voir de près ou de loin avec ce qui est arrivé à Michel Neyret».

Le ministre de l'Intérieur Claude Guéant a prévenu que des «sanctions adéquates» seraient prises si la justice démontrait la culpabilité de policiers, ce qui «serait une immense douleur», «une très grande peine».

L'enquête est menée par l'Inspection générale des services (IGS, «police des polices») parisienne, ont indiqué les sources.

Des collègues et subordonnés de Michel Neyret ont été interrogés

Michel Neyret, 55 ans, adjoint à la direction interrégionale de la PJ de Lyon, a été interpellé jeudi matin chez lui et placé en garde à vue dans la capitale dans le cadre de ce dossier suivi par la Jirs (juridiction interrégionale spécialisée) de Paris. Il l'était toujours vendredi matin ainsi que son épouse, 62 ans, qui possède un hôtel de luxe près de Vienne (Isère), ont encore précisé les sources.

Un homme d'une trentaine d'années, escroc présumé, a également été arrêté jeudi à Cannes par l'IGS. L'homme, menant grand train, est soupçonné d'avoir mis à disposition de Neyret des véhicules de luxe lors de ses séjours sur la Côte d'Azur, selon une source proche de l'enquête.

Trois trafiquants de drogue présumés ont parallèlement été placés en garde à vue jeudi à la brigade des stupéfiants de la PJ parisienne dans l'enquête initiale qui a conduit à l'arrestation de M. Neyret.

Depuis jeudi des auditions de collègues et subordonnés de Michel Neyret ont eu lieu. Elles se poursuivaient ce vendredi.

Cent-dix kilos de cocaïne ont été saisis à Neuilly

L'affaire a été traitée dans la plus grande discrétion depuis plusieurs semaines et son pivot est un trafic international de stupéfiants, une filière colombienne de cocaïne démantelée en région parisienne en novembre 2010.

Cent-dix kilos de cocaïne avaient été saisis dans un appartement de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), une saisie exceptionnelle, suivie de quatre arrestations par la brigade des stupéfiants parisienne.

Seule déception des enquêteurs, au moins deux personnes avaient alors pris la fuite, ceux-là même qui ont «été repris» ces derniers jours par la brigade.

Les enquêteurs des «stups» se sont concentrés sur les fuyards et, de filature en écoutes téléphoniques, «sont remontés vers des policiers qui pouvaient les rencarder», ont expliqué les sources.

Ce volet a été traité par l'IGS et a abouti aux gardes à vue de jeudi et vendredi autour de Michel Neyret, un «flic à l'ancienne» très bien considéré par sa hiérarchie.

Des «liens entre le grand banditisme» et des policiers

L'enquête semble faire apparaître des «liens avec le grand banditisme», des Français et des Italiens, et de présumées «largesses» dont ceux-ci auraient bénéficié et pour lesquelles quatre magistrats pourraient être mis en cause. Et surtout, du blanchiment présumé via deux comptes bancaires qui appartiendraient à des proches de policiers suspects, l'un en France l'autre en Suisse.

Trois enquêteurs de l'IGS sont d'ailleurs allés à Genève pour démêler cet écheveau.

«Je suis catastrophé, c'est un cataclysme», a déclaré jeudi à l'AFP le directeur interrégional de la police judiciaire de Lyon, Claude Catto, dont M. Neyret était l'adjoint.

Il résume l'opinion générale de policiers et magistrats interrogés par l'AFP qui parlent de «scandale», d'«onde de choc». Certains, toutefois minoritaires, n'excluent pas une «cabale du milieu».

 

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