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L’un des otages de Kadhafi n’avait même pas besoin de visa

CRISE LIBYENNE | La violation des droits de séjour invoquée par le régime Kadhafi est incohérente: Tunisien, Rachid Hamdani, retenu depuis l’été 2008, n’avait pas besoin de visa pour la Libye.

© KEYSTONE | ​Rachid Hamdani, 68 ans, logeait dans un domicile privé à 200 kilomètres de Tripoli avant d’être cantonné à l’ambassade de Suisse, à Tripoli (photo). Un grand flou demeure autour du statut de ce double national Suisse et Tunisien.

PATRICK CHUARD | 15.09.2009 | 00:02

Double national, Suisse et Tunisien, Rachid Hamdani est bel et bien entré en Libye le 18 juillet 2008, mais avec son passeport tunisien, confirme le DFAE (Département fédéral des affaires étrangères). Il n’avait donc pas besoin de visa. En effet, en vertu d’un accord de 2001, confirmé en 2007, les ressortissants tunisiens en sont exemptés pour entrer en Libye. Or, le régime de Kadhafi a invoqué une «violation des droits en vigueur sur les visas» pour confisquer les passeports de Rachid Hamdani et Max Göldi et les retenir durant plus d’un an. Une affirmation surprenante, d’autant plus que le caractère légal avancé par Tripoli à l’immobilisation des deux Suisses était encore souligné au début du mois par le vice-ministre des affaires étrangères, Khaled Kaim.

Double langage
«En fait il n’y a aucune logique. Tripoli tient un double langage en permanence, l’un sur la place publique, l’autre avec les négociateurs suisses», dit un interlocuteur proche des milieux diplomatiques. «Nous avons touché à l’intouchable en arrêtant Hannibal Kadhafi en 2008, rappelle quant à lui Riadh Sidaoui, écrivain genevois d’origine tunisienne. On a infligé une grande blessure à la famille Kadhafi. Dès lors l’Etat entier se mobilise.»

Reste qu’en vertu de son statut, Rachid Hamdani aurait dû pouvoir faire valoir sa nationalité tunisienne pour quitter la Libye. Rappelons qu’il est proche de la famille de Baghdadi al-Mahmudi, le premier ministre libyen, et que, avant d’être cantonné récemment à l’ambassade de Suisse, il logeait dans un domicile privé à 200 kilomètres de Tripoli. Le DFAE – qui distille ses déclarations avec une prudence de Sioux – garde le silence à ce propos. Ce qui renforce encore le flou entourant le statut de cet homme de 68 ans, résidant en Suisse depuis quarante-huit ans,dont l’épouse est domiciliée dans la région de Nyon.

La Tunisie aurait-elle pu intercéder pour son ressortissant? Le Ministère des affaires étrangères tunisien n’apporte pas de réponse. «Le sujet a été abordé entre diplomates, indique une voix bernoise. Mais il semble que la Tunisie n’a pas envie de se brouiller avec son voisin pour une personne considérée comme Suisse par Tripoli.»


 

Le premier ministre «consacre tout son temps» au dossier suisse

Pour faire plaisir au guide Mouammar Kadhafi, plusieurs clans du pouvoir libyen se verraient bien résoudre la crise diplomatique ouverte avec la Suisse après l’interpellation à Genève d’Hannibal, le remuant fils du colonel.

Dans cette affaire d’honneur familial et tribal, le premier ministre Baghdadi al­Mahmoudi aurait repris personnellement l’affaire en main, «consacrant tout son temps au dossier et négociant directement avec Berne», selon la lettre Maghreb confidentiel.

Dans le même temps, le premier ministre – qui est en Libye un technicien aux ordres du palais (le cabinet de Kadhafi) – a récemment «démissionné» Chokri Ghanem, le patron de la National Oil Corp. Ce dernier, allié de Saif al-Islam, le fils «réformateur» du guide, avait tenté une méditation avec Berne, court-circuitant le premier ministre. Baghdadi al-Mahmoudi a aussi appuyé la nomination de Mohamed Siala à la tête du fonds d’investissement libyen pour l’Afrique, principal instrument d’influence de Tripoli sur le continent. Ce qui confirmerait la montée en puissance de ce clan. Un des otages suisses fréquentait en privé Al-Mahmoudi, le signataire de la fameuse lettre promettant une libération des deux hommes d’affaires suisses avant la fin août.

«Si le premier ministre a bien fait de ce dossier sa priorité, c’est qu’il y a des perspectives de règlement technique», commente Luis Martinez, directeur de recherches à Sciences-Po Paris (CERI). Le spécialiste de la Libye ne croit d’ailleurs pas du tout que l’engagement de Berne dans un règlement pacifique du conflit tchadien ou soudanais (l’arrière-cour libyenne selon Kadhafi), entre en ligne de compte dans la crise. «Il faudrait que Tripoli arrête 500 personnes de plusieurs pays si tel était le fond du problème. A commencer par des Français très impliqués au Tchad. Et ce n’est pas le cas», conclut-il.

O. BOT




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