evant les demandes de plus en plus nombreuses de nos internautes sur des questions courantes de français, nous avons répertorié celles qui sont récurrentes, dont vous trouverez la liste ci-dessous, ainsi que la réponse du service du Dictionnaire de l’Académie française.

     i vous vous interrogez sur d’autres points de grammaire ou de langue, le Service est là pour vous répondre. Contactez-nous.

    ’Académie française est membre de droit des commissions officielles de terminologie et néologie dont la Délégation générale à la langue française (D.G.L.F.), organe dépendant du ministère de la Culture, coordonne les travaux. Nous indiquons sur notre site les principaux avis de la Commission générale publiés au Journal officiel avec l’aval de l’Académie, ainsi que les rapports de la D.G.L.F. ou de la Commission générale. Dans son rapport annuel 1999, la D.G.L.F. explique le rôle de l’Académie française.

 

À : la voiture de Julie ou la voiture à Julie ?

À : à, en ou dans devant les noms géographiques

Accentuation des majuscules

À l’attention de, à l’intention de

Aller : quel groupe de verbes ?

An deux mil ou an deux mille ?

Anglicismes et autres emprunts

Arobase ou arrobe ?

Au jour d’aujourd’hui

Au temps pour moi

Cédérom

Cent, vingt

Ce qui reste ou ce qu’il reste ?

Ci-annexé, ci-inclus, ci-joint

Courbatu, courbaturé

Déchèterie

Dimanche : premier ou dernier jour de la semaine ?

Euro, cent

Être pour aller

Fainéant

Féminisation (Déclaration de l'Académie française, 14 juin 1984)

Féminisation (rapport sur la féminisation de la DGLF)

Le haricot ou l’haricot ?

Malgré que

Mél.

Millénaire (début du troisième)

Nombre de mots de la langue française

Nombres inférieurs à 2 : accord

Noms de localités commençant par Le ou Les

Origine du français

Orthographes recommandées de la 9e édition

Par contre

Par moments, mais trois fois par jour

Pis ou pire ?

Plein (battre son)

Plusieurs, la plupart (accord du verbe après un nom collectif suivi d’un complément)

Plusieurs, est-ce plus de deux ?

Les Rectifications de l'orthographe, publiées dans les documents administratifs du Journal officiel du 6 décembre 1990

Rectifications de l'orthographe (état de la question)

Résidant ou résident ?

Sabler ou sabrer le champagne ?

Sans chapeau, sans chaussures

Septante, octante, nonante

Tables d'équivalence alphabétique - Termes français

Tables d'équivalence alphabétique - Termes étrangers

Tout étonné, mais toute surprise

Vocabulaire de l'architecture

Vocabulaire de l'économie et des finances

Vocabulaire de l'informatique

Vocabulaire de l'informatique et de l'internet

Vocabulaire des carburants

Zone euro

À : la voiture de Julie ou la voiture à Julie ?

La préposition à marque normalement l’appartenance après un verbe (cette maison est, appartient à notre ami). On l’emploie avec la même valeur devant un pronom, seule (un ami à nous) ou pour reprendre un possessif (c’est sa manière à lui). Mais on ne peut plus l’employer entre deux noms, comme on le faisait dans l’ancienne langue, sauf dans des locutions figées (une bête à Bon Dieu), par archaïsme ou dans un usage très familier. On dira : la voiture de Julie, les fleurs de ma mère.

 

À : à, en ou dans devant les noms géographiques

L’usage des prépositions dans, en et à devant les noms géographiques, pour marquer la situation ou la direction, n’est ni tout à fait fixé ni tout à fait cohérent.

En général, cependant, on fait les distinctions suivantes :

  • devant les noms de pays masculins commençant par une consonne on emploie au : Être, aller au Brésil, au Canada. Devant Danemark, Luxembourg, on rencontre parfois en ;
  • devant les noms de pays masculins commençant par une voyelle ou féminins, on emploie en : Être, aller en Iran, en Uruguay, en Chine, en Espagne. La langue classique utilisait plus largement à : Un voyage à la Chine ;
  • devant les noms féminins de grandes îles, on emploie en : En Crète, en Sicile, en Nouvelle-Guinée. On emploie à devant les noms féminins de petites îles lointaines : À la Réunion, à Tahiti. À la Martinique même, toutefois, on dit plutôt en Martinique. Devant les noms de petites îles d’Europe et devant des noms masculins de grandes îles lointaines, on emploie à : À Malte, à Chypre, à Cuba ;
  • les noms des anciennes provinces françaises et des provinces hors de France se construisent avec en quand ils sont féminins ou quand ils commencent par une voyelle : En Auvergne, en Lombardie, en Normandie, en Anjou. Mais on dit aussi : Dans la Calabre, etc., généralement avec le sens de « dans l’intérieur de ». Quand ils sont masculins et commencent par une consonne, ils prennent en ou dans le ; rarement au : En Berry, en Brabant, dans le Berry, dans le Brabant. D’habitude, on dit dans les Flandres, mais en Flandres est attesté ;
  • devant les noms de départements français, on emploie le plus souvent dans et l’article ; Dans l’Ain, dans le Bas-Rhin, dans les Bouches-du-Rhône, dans le Cher, dans le Gard, dans le Lot, dans la Creuse, dans le Var, dans les Vosges. Les noms composés singuliers formés de deux éléments coordonnés par et admettent en, sauf lorsque le premier de ces noms est masculin : En Maine-et-Loire, en Seine-et-Marne, mais : Dans le Tarn-et-Garonne, dans le Loir-et-Cher. Certains noms simples se construisent aussi avec en : En Dordogne, en Gironde, en Vendée. En Savoie (ancienne province) et en Corse (nom d’île) sont usuels.

Enfin, on ne saurait condamner les tournures en Arles, en Avignon, bien attestées chez les meilleurs auteurs, et qui renvoient, comme en Alger, à l'époque où le nom de ces villes désignait des États souverains, ce qui explique aussi que l'on n'ait jamais dit en français en Aix : ce n'est pas un effet de l'horreur de l'hiatus, comme on le dit parfois. Il semble cependant que cet emploi de en soit en régression.

 

Accentuation des majuscules

Quant à l’utilisation des accents sur les majuscules, il est malheureusement manifeste que l’usage est flottant. On observe dans les textes manuscrits une tendance certaine à l’omission des accents. Il en va de même dans les textes dactylographiés, en raison notamment des possibilités limitées qu’offrent les machines traditionnelles. En typographie, enfin, certains suppriment tous les accents sur les capitales sous prétexte de modernisme, en fait pour réduire les frais de composition.

Il convient cependant d’observer qu’en français, l’accent a pleine valeur orthographique. Son absence ralentit la lecture, fait hésiter sur la prononciation, et peut même induire en erreur.

On veille donc, en bonne typographie, à utiliser systématiquement les capitales accentuées, y compris la préposition À, comme le font bien sûr tous les dictionnaires, à commencer par le Dictionnaire de l’Académie française, ou les grammaires, comme le Bon usage de Grevisse, mais aussi l’Imprimerie nationale, la Bibliothèque de la Pléiade, etc. Quant aux textes manuscrits ou dactylographiés, il est évident que leurs auteurs, dans un souci de clarté et de correction, auraient tout intérêt à suivre également cette règle, en tirant éventuellement parti des ressources nouvelles que peuvent offrir les traitements de texte modernes.

Il en va de même pour le tréma et la cédille.

 

À l’attention de, à l’intention de

La formule par laquelle, dans le langage de l’administration, on indique le destinataire d’une lettre, d’une communication, d’un envoi, est à l’attention de, pour marquer que l’on attire l’attention du destinataire, que l’on soumet cette lettre, etc. à son attention.

La locution à l’intention de (quelqu’un) signifie pour lui, dans le dessein que cela lui soit agréable, profitable, bénéfique : Il a acheté ce livre à leur intention, pour le leur offrir. On compose un poème à l’intention d’un ami. On fait dire une messe à l’intention d’un défunt.

 

Aller : quel groupe de verbes ?

En tant qu’irrégulier, le verbe aller ne saurait appartenir au « premier groupe », qui ne comporte par définition que des verbes dont la conjugaison est régulière, c’est-à-dire tous les verbes dont l’infinitif est en -er sauf aller et envoyer. Il convient donc de le ranger dans le « troisième groupe » avec tous les verbes irréguliers.

Sur ce point, voici une délicieuse anecdote que rapportait Pierre Larousse dans son Grand Dictionnaire universel:

Un Anglais se plaignait amèrement de l’irrégularité des verbes français, qu’il apprenait : le verbe aller, disait-il, est impossible. Il avait toutes les peines du monde à retenir le premier temps, qu’il récitait à tout propos, et qu’un jeune voyageur français lui avait appris ainsi :

Je vais,
Tu danses,
Il se promène,
Nous courons
Vous partez
Ils marchent.

 

An deux mil ou an deux mille ?

L’Académie n’admet (et ne privilégie) la variante mil de mille, dans les dates, que lorsque le numéral au singulier est suivi d’un ou plusieurs autres nombres.

Selon cette règle, on devrait écrire l’an mille, mais la graphie l’an mil est assez fréquente. Elle peut se justifier par l’étymologie : pour un seul millier, le latin employait mille, d’où est issue en ancien français la forme mil ; pour plusieurs milliers, le latin utilisait milia, d’où vient notre mille, autrefois prononcé comme dans famille. En outre, dès les débuts de notre langue, les deux formes mil et mille ont été employées concurremment, au singulier comme au pluriel. La règle actuelle, fixée par Oudin, est donc arbitraire. Mais elle s’est imposée au XVIIIe siècle.

En résumé, nous conseillons d’écrire non seulement l’an deux mille, mais aussi l’an deux mille dix, etc.

 

Anglicismes et autres emprunts

Il est très excessif de parler d’une invasion de la langue française par les mots anglais.

Les emprunts à l’anglais sont un phénomène ancien. Pour en donner quelques exemples :

Avant 1700 : ajourner, boulingrin, contredanse, coroner, gentleman, gentry, groom, highlander, lord, lord-maire, yard ;

— Entre 1700 et 1800 : anesthésie, bagage, balbuzard, gin, méthodisme, stick, yeoman ;

— entre 1800 et 1850 : autobiographie, bas-bleu, bifteck, cold-cream, job, mess, silicium, sinécure, speech, steamboat ;

— entre 1850 et 1900 : base-ball, building, goal, lift, lunch, spinnaker, tea gown, tea-room, visualiser ;

— entre 1900 et 1920 : autocar, chewing-gum, jingoïsme, périscope, technicolor, vamp, vitamine ;

—entre 1920 et 1940 : bulldozer, mescaline, méson, silent-bloc ;

— entre 1940 et 1960 : battle-dress, half-track, jet, off-shore, oscar, permafrost, sexy, show, station service ;

— Après 1960 : airbus, audit, crackers, hardware, permissif, shopping center, software, teddy-bear, vanity-case.

Il est vrai que les emprunts se sont accélérés depuis une cinquantaine d’années. Un sondage montre que 14 % des anglicismes d’usage courant ont été introduits en français avant 1800, 22% entre 1800 et 1850, 9 % entre 1850 et 1900, 22 % entre 1900 et 1950, 32 % depuis 1950. En outre, on a relevé dans le Petit Larousse, entre l’édition de 1949 et celle de 1960, 105 nouveaux emprunts à l’anglais contre 86 à l’ensemble des autres langues étrangères. Aux emprunts proprement dits, il convient d’ajouter les emprunts sémantiques (qui consistent à donner une nouvelle acception, anglaise en l’occurrence, à des mots français existants comme conventionnel ou négocier), les réintroductions de termes anciennement empruntés au français par l’anglais (comme chalenge), et les calques (traductions terme à terme de l’anglais comme guerre froide, cols blancs et cols bleus, homme de la rue...).

Cette extension des emprunts à l’anglais tient au fait que, utilisé comme première ou seconde langue par un milliard et demi de locuteurs, donc langue la plus parlée du monde, l’anglais est aussi la langue de la première puissance économique, politique et militaire, et l’instrument de communication de larges domaines spécialisés des sciences et techniques, des transports, etc. À cela s’ajoute que l’on concède généralement à l’anglais une concision expressive qui, si elle peut nuire parfois à la précision (surtout dans l’anglo-américain très pauvre qui sert ordinairement de langue internationale commune), s’accorde au rythme précipité de la vie moderne. Langue mondiale d’usage pratique, l’anglais (principalement l’anglo-américain) exerce une forte pression sur toutes les autres langues. Si Étiemble a popularisé en 1964 (dans son livre Parlez-vous franglais ?), le terme qu’il avait créé en 1959, on rencontre à la même époque Japlish « mélange de japonais et d’anglais », puis Spanglish « espagnol et anglais », Gerglish « allemand et anglais », Russglish, etc. Dans tous les pays, des inquiétudes se sont manifestées, parfois avec véhémence, des voix ont proclamé que la langue nationale était en danger. Or qu’en est-il vraiment ?

Un Dictionnaire des anglicismes de 1990 en enregistre moins de 3000, dont près de la moitié sont d’ores et déjà vieillis. Les anglicismes d’usage, donc, représenteraient environ 2,5 % du vocabulaire courant (60 000 mots). Un Dictionnaire des mots anglais du français de 1998, plus vaste, évalue les emprunts de l’anglais à 4 ou 5 % par rapport au lexique français courant. Si l’on considère les fréquences d’emploi de ces anglicismes, on constate que beaucoup appartiennent à des domaines spécialisés ou semi-spécialisés et sont donc assez peu fréquents dans la langue courante. Quant aux termes purement techniques d’origine anglaise en usage en France, leur pourcentage est du même ordre.

Il est en outre à noter que l’on ne considère ordinairement que le lexique pour parler d’une « invasion » de l’anglais. Mais ni le système phonologique, ni la morphologie, ni la syntaxe (à l’exception de quelques mots comme danse écrit dance, connexion écrit connection ou langage écrit language, fautes assez courantes, et à part l’abus des tournures passives et des emplois erronés des participes présents) ne sont touchés. Les anglicismes de structure, d’ailleurs, se rencontrent essentiellement dans de mauvaises traductions.

Comment se comporter vis-à-vis des emprunts ? La question n’est pas neuve : au XVIe siècle, déjà, certains s’inquiétaient des italianismes — quelques centaines de mots italiens introduits en français.

Certains emprunts contribuent à la vie de la langue, quand le français n’a pas d’équivalent tout prêt ni les moyens d’en fabriquer un qui soit commode, quand ils répondent à un besoin, et quand leur sens est tout à fait clair. C’est ainsi que Nodier, cité par Littré, remarquait que « Confortable est un anglicisme très-intelligible et très-nécessaire à notre langue, où il n’a pas d’équivalent. »

D’autres sont inutiles, comme la plupart de ceux qui relèvent d’une mode, ceux par exemple qui ont été introduits au XIXe siècle par les « snobs » et les « sportsmen »: emprunts « de luxe » en quelque sorte, qui permettent de se distinguer, alors que le français dispose déjà de l’équivalent. Ainsi bitter pour amer, speech pour discours, goal pour but (sports). On remarquera qu’il en va ici comme de toutes les modes, et que ces anglicismes-là n’ont qu’une vie éphémère; plus personne ne dit speaker (à la radio), lift (pour ascenseur) ou trench-coat, tea gown, etc.

D’autres enfin sont nuisibles quand ils sont dus à une recherche de la facilité qui ne fait qu’introduire la confusion : on emploie un anglicisme vague pour ne pas se donner la peine de chercher le terme français existant parmi plusieurs synonymes ou quasi-synonymes. C’est le cas, entre autres, de finaliser, performant, ou, pire encore, de cool, speed (jargon des adolescents).

Il y a donc un tri à opérer. L’Académie française s’y consacre, directement dans son Dictionnaire et ses mises en garde, indirectement par son rôle auprès des commissions officielles de terminologie et de néologie mises en place dans les divers ministères et de la Commission générale. Les travaux de ces commissions, instituées par le décret du 3 juillet 1996, sont soumis à l’approbation de l’Académie. Il convient de préciser que l’établissement de listes d’équivalents à substituer aux anglicismes dans les textes officiels ne représente qu’un aspect de l’activité des commissions.

 

Arobase ou arrobe ?

Bien que l'Organisation internationale de normalisation ait retenu la forme arrobe pour le français de l'informatique (ISO/CEI-1), l'usage n'est pas fixé quant à la désignation du signe typographique @, traditionnellement appelé a commercial (ligature du a et du d notant ad latin, « à » en français, dans l'écriture onciale des chancelleries, à comparer avec &, et commercial ou esperluette, ligature du e et du t). En anglo-américain, ce signe n'a d'abord été utilisé qu'en comptabilité devant les indications de prix des catalogues, des factures, etc. pour signifier at « à tel prix ». En 1972, Ray Tomlinson, inventeur du courrier électronique, le choisit pour séparer le nom de l'émetteur ou du destinataire de celui de l'organisme hébergeant sa machine, d'une part parce qu'il ne pouvait pas figurer dans un nom propre, d'autre part parce que son sens, at, « à » , était tout à fait approprié.

On rencontre aussi bien arobas ou arrobas que arobase ou arrobase. Les formes en e sont plus conformes à la prononciation française, les deux r étymologiques. On ignore par quels détours sémantiques ce terme nous est venu de l’espagnol arroba, emprunté de l’arabe, qui désigne une unité de mesure d’Espagne et d’Amérique latine, et qui figure dans divers dictionnaires français sous les formes arrobe ou arobe, qui semblent préférables. On avance cependant l'hypothèse d'une déformation de a rond bas (de casse) plutôt que d'une confusion avec l'abréviation de l'unité de mesure.

 

Au jour d’aujourd’hui

Au jour d’aujourd’hui, particulièrement redondant puisque aujourd’hui comporte déjà deux fois l’idée du « jour où nous sommes », se trouve parfois dans la langue littéraire, chez de fort bons auteurs, et très bien employée, lorsqu’il y a volonté d’insistance, pour bien marquer soit une étroite limite temporelle, soit une immédiate actualité. Ainsi chez Maurice Genevoix : « Une riche plaine bien de chez nous, aussi belle qu’au jour d’aujourd'hui ». On l’emploie souvent avec une nuance de plaisanterie. L’essentiel est de n’en pas abuser, mais en elle-même, cette tournure n’est pas incorrecte.

 

Au temps pour moi

Il est impossible de savoir précisément quand et comment est apparue l’expression familière au temps pour moi, issue du langage militaire, où au temps ! se dit pour commander la reprise d’un mouvement depuis le début (au temps pour les crosses, etc.). De ce sens de C’est à reprendre, on a pu glisser à l’emploi figuré. On dit Au temps pour moi pour admettre son erreur — et concéder que l’on va reprendre ou reconsidérer les choses depuis leur début.

L’origine de cette expression n’étant plus comprise, la graphie Autant pour moi est courante aujourd’hui, mais rien ne la justifie.

 

Cédérom

L’Académie française adopte « cédérom » (Communiqué du 31 mai 1996)

M. Maurice Druon, Secrétaire perpétuel de l’Académie française, communique :

L’Académie française constate que le sigle américain CD-ROM s’est installé dans l’usage de manière définitive pour désigner un objet d’emploi de plus en plus courant. Mas ce sigle, devenu terme en soi, comme Radar ou Laser, est jusqu’à présent transcrit d’une façon qui heurte notre graphie. L’Académie a donc décidé de le franciser en l’alignant sur la prononciation, et d’en admettre l’entrée au Dictionnaire sous la forme et avec la définition suivantes :

CÉDÉROM n. m. (le m final se fait entendre) adapté du sigle américain CD-ROM, Compact disc read only memory. Disque optique de grande capacité dont la mémoire non altérable est programmée exclusivement pour la conservation, la lecture et la consultation des informations ou données (textes, images, sons) qui y sont enregistrées. Ex. Cette œuvre a été mise sur cédérom.

 

Cent, vingt

De façon générale, on met le trait d’union entre les numéraux inférieurs à cent (et non coordonnés par et) : vingt-quatre mais vingt et un. Vingt (et cent) prennent le s quand, multipliés, ils terminent le numéral cardinal. On écrit donc : Nous étions quatre-vingts chasseurs. Quatre-vingt-trois. Quatre-vingt-seize. Cent vingt. Cinq cents. Cinq cent quatre-vingts.

Le Conseil supérieur de la langue française a proposé en 1990 de mettre le trait d’union entre tous les numéraux, mais cet usage ne semble pas se répandre.

Vingt et cent employés comme numéraux ordinaux pour vingtième et centième restent invariables : Page quatre-vingt. Les années quatre-vingt.

 

Ce qui reste ou ce qu’il reste ?

Avec les verbes susceptibles d’être construits soit personnellement, soit impersonnellement, on utilise ce qui ou ce qu’il : qui est le sujet du verbe construit personnellement, qu’il apparaît dans la tournure impersonelle. La nuance entre les deux possibilités est parfois indiscernable. Ainsi : ce qui restait d’élèves… (Pagnol) ; ce qui lui reste de sainteté (Maurois) ; ce qu’il lui restait à faire (R. Rolland) ; ce qu’il vous reste à découvrir (Duhamel).

On peut donc écrire aussi bien : nous verrons ce qui se passera ou ce qu’il se passera.

 

Ci-annexé, ci-inclus, ci-joint

1. L’accord se fait normalement :

a) lorsque ces locutions adjectives, avec la fonction d’épithète, suivent immédiatement le nom auquel elles se rapportent : La lettre ci-annexée. La note ci-incluse apporte les précisions nécessaires. Veuillez remplir la déclaration ci-jointe. Ne communiquez à personne les pièces ci-jointes.

b) lorsqu’elles sont attributs du sujet : Votre lettre est ci-jointe.

2. Inversement, elles demeurent invariables lorsqu’elles ont une valeur nettement adverbiale (elles sont alors traitées sur le modèle des locutions adverbiales ci-après ou ci-contre), ce qui est le cas notamment lorsqu’elles sont placées :

a) en tête d’une phrase sans verbe, devant un groupe nominal (avec ou sans déterminant) : Ci-annexé la copie des pièces demandées. Ci-inclus les photocopies du document. Ci-joint l’expédition du jugement. Ci-joint les deux quittances exigées. Ou encore : Ci-joint copie du rapport. On écrira cependant : Ci-incluses, ces pièces vous sont communiquées pour information (tour rare, il est vrai), la locution étant ici en apposition.

b) à l’intérieur d’une phrase, avec un nom sans déterminant (qu’elles précèdent ordinairement) : Je vous adresse ci-inclus quittance de votre versement. Vous trouverez ci-joint copie du contrat. La circulaire dont vous trouverez copie ci-inclus.

3. Dans les autres cas, lorsque ces locutions sont employées, dans le corps de la phrase, avec un substantif accompagné d’un déterminant, l’usage n’est pas fixé. Selon qu’on leur accorde une valeur adjective ou adverbiale — sans qu’il soit jamais possible de trancher—, on fait ou non l’accord. La huitième édition de l’Académie (1935) ne manquait pas de rendre compte d’une telle latitude : vous trouverez ci-incluse la copie que vous m’avez demandée (article CI). Vous trouverez ci-inclus une lettre de votre père (article INCLUS). On écrira donc : Je vous fais parvenir ci-joint, ou ci-joints plusieurs exemplaires de mon mémoire. Il en va de même lorsque CI-ANNEXÉ, CI-INCLUS ou CI-JOINT peuvent être considérés comme l’attribut d’un pronom antéposé : Retournez-moi les formulaires que vous trouverez ci-joints. La lettre que vous trouverez ci-incluse. Mais l’invariabilité —Retournez-moi les formulaires que vous trouverez ci-joint. La lettre que vous trouverez ci-inclus — apparaissant aussi pleinement justifiée, aucune des deux graphies ne saurait être tenue pour fautive.

L’incertitude observée dans l’usage, qui ne doit rien, on le voit, à l’hésitation ou à l’arbitraire, peut cependant être levée en fonction de connotations diverses tenant au contexte, ou parfois même à la recherche de tel ou tel effet stylistique. Si Bernanos écrit à l’un de ses correspondants : « Vous trouverez ci-joint les pages dactylographiées de mon roman », Hugo préfère : «  Je vous envoie ci-incluses des paroles prononcées ici par moi au moment de la proscription ». on se plaît à relever chez Musset (Nouvelles, « Margot », I) l’exemple suivant : « Je prends la liberté de vous envoyer ci-jointes des rillettes ».

 

Courbatu, courbaturé

Les mots courbatu et courbaturé sont corrects mais, bien que l’on emploie souvent l’un pour l’autre, ils ne sont pas tout à fait synonymes. Le Dictionnaire de l’Académie française (neuvième édition, en cours de publication), donne les définitions suivantes :

COURBATU,-UE adj. XIVe siècle. Déformation de court-battu, composé de court, pris adverbialement, et de battu, proprement « battu à bras raccourcis », « bien battu ».

Qui éprouve une grande lassitude du corps et surtout des jambes. Après cette longue marche, je me sentais tout courbatu.

COURBATURE n. f. XVIe siècle. Dérivé de courbatu. Raideur musculaire provoquée par la fatigue ou la maladie. Avoir des courbatures.

COURBATURER v. tr. XIXe siècle. Dérivé de courbature.

Provoquer des coubatures. Généralement au participe passsé. Il est tout courbaturé d’être resté longtemps penché.

 

Déchèterie

Considérant que le suffixe utilisé dans ce genre de cas est -erie, forme élargie de -ie, et qu’il n’existe pas de suffixe -terie, l’Académie française a choisi la forme la plus simple et la plus conforme à l’esprit de la langue en orthographiant déchèterie.

C’est la forme que préconise, entre autres, l’Assemblée des districts et des communautés de France.

 

Dimanche : premier ou dernier jour de la semaine ?

Le dimanche (du latin chrétien dies dominicus, « jour du Seigneur ») était encore défini par la septième édition (1878) du Dictionnaire de l'Académie française comme le premier jour de la semaine. Dans la huitième édition (1932), il devenait le dernier. La neuvième édition, en cours de publication, indique :

Traditionnellement, et aujourd'hui encore dans la langue religieuse, premier jour de la semaine qui commémore la résurrection du Christ ; il comportait aussi la prescription du repos. Dans la langue courante, septième et dernier jour de la semaine.

Dans l'usage courant, du fait du sentiment que l'on a que le repos dominical vient après la semaine de travail, c'est le lundi qui est devenu le premier jour de la semaine. Ce sentiment se traduit dans une recommandation de l'Organisation internationale de standardisation (ISO), et dans la présentation des agendas, où le dimanche figure en fin de page ou de double page.

 

Euro, cent (Consultez le site de la D.G.L.F.)

 

Être pour aller

Être s’emploie parfois dans le sens du verbe aller :

  • dans l’usage littéraire au passé simple et au subjonctif imparfait ;
  • dans l’usage familier aux temps composés.

Cet emploi est attesté chez des contemporains tels que F. Mauriac, J. Green, M. Tournier. Il remonte aux origines de la langue ; on le rencontrait déjà en latin. Molière, Bossuet, Montesquieu en offrent des exemples, ainsi que Voltaire, qui pourtant le condamnait chez Corneille.

 

Fainéant

Si, de fait, les formes faignant ou feignant sont aujourd’hui « populaires », elles sont les premières attestées, et c’est fainéant qui a constitué une altération populaire, d’après fait (forme verbale de faire) et néant, de faignant, feignant, participe présent de feindre, au sens ancien de « se dérober (à la tâche), rester inactif ».

 

Féminisation (Déclaration de l'Académie française, 14 juin 1984)

L'Académie a appris par la presse l'existence d'une Commission de terminologie, créée à l'initiative du Gouvernement (décret du 29 Février 1984), « chargée d'étudier la féminisation des titres et des fonctions et, d'une manière générale, le vocabulaire concernant les activités des femmes ».

Le décret précise que « la féminisation des noms de professions et des titres vise à combler certaines lacunes de l'usage de la langue française ».

On peut craindre que, ainsi définie, la tâche assignée à cette commission ne procède d'un contresens sur la notion de genre grammatical, et qu'elle ne débouche sur des propositions contraires à l'esprit de la langue.

Il convient en effet de rappeler qu'en français comme dans les autres langues indo-européennes, aucun rapport d'équivalence n'existe entre le genre grammatical et le genre naturel.

Le français connaît deux genres, traditionnellement dénommés « masculin » et « féminin ». Ces vocables hérités de l'ancienne grammaire sont impropres. Le seul moyen satisfaisant de définir les genres du français eu égard à leur fonctionnement réel consiste à les distinguer en genres respectivement marqué et non marqué.

Le genre dit couramment «  masculin »est le genre non marqué, qu'on peut appeler aussi extensif en ce sens qu'il a capacité à représenter à lui seul les éléments relevant de l'un et l'autre genre. Quand on dit « tous les hommes sont mortels », « cette ville compte 20 000 habitants », « tous les candidats ont été reçus à l'examen », etc..., le genre non marqué désigne indifféremment des hommes ou des femmes. Son emploi signifie que, dans le cas considéré, l'opposition des sexes n'est pas pertinente et qu'on peut donc les confondre.

En revanche, le genre dit couramment « féminin » est le genre marqué, ou intensif. Or, la marque est privative. Elle affecte le terme marqué d'une limitation dont l'autre seul est exempt. A la différence du genre non marqué, le genre marqué, appliqué aux être animés, institue entre les sexes une ségrégation.

Il en résulte que pour réformer le vocabulaire des métiers et mettre les hommes et les femmes sur un pied de complète égalité, on devrait recommander que, dans tous les cas non consacrés par l'usage, les termes du genre dit « féminin »- en français, genre discriminatoire au premier chef - soient évités ; et que, chaque fois que le choix reste ouvert, on préfère pour les dénominations professionnelles le genre non marqué.

Seul maître en la matière, l'usage ne s'y est d'ailleurs pas trompé. Quand on a maladroitement forgé des noms de métier au féminin, parce qu'on s'imaginait qu'ils manquaient, leur faible rendement (dû au fait que le cas non marqué contenait déjà dans ses emplois ceux du cas marqué) les a très vite empreints d'une nuance dépréciative : cheffesse, doctoresse, poétesse, etc. On peut s'attendre à ce que d'autres créations non moins artificielles subissent le même sort, et que le résultat aille directement à l'encontre du but visé.

Il convient enfin de rappeler qu'en français la marque du féminin ne sert qu'accessoirement à rendre la distinction entre mâle et femelle. La distribution des substantifs en deux genres institue, dans la totalité du lexique, un principe de classification, permettant éventuellement de distinguer des homonymes, de souligner des orthographes différentes, de classer des suffixes, d'indiquer des grandeurs relatives, des rapports de dérivation, et favorisant, par le jeu de l'accord des adjectifs, la variété des constructions nominales... Tous ces emplois du genre grammatical constituent un réseau complexe où la désignation contrastée des sexes ne joue qu'un rôle mineur. Des changements, faits de propos délibéré dans un secteur, peuvent avoir sur les autres des répercussions insoupçonnées. Ils risquent de mettre la confusion et le désordre dans un équilibre subtil né de l'usage, et qu'il paraîtrait mieux avisé de laisser à l'usage le soin de modifier.

 

Féminisation (Consultez sur le site de la D.G.L.F., Le rapport de la Commission générale de terminologie et de néologie)

 

Le haricot ou l’haricot ?

Le h de haricot est « aspiré », c’est-à-dire qu’il interdit la liaison, impose que ce mot soit prononcé disjoint de celui qui le précède, au singulier comme au pluriel. On écrit et dit : le haricot, non l’haricot ; un beau haricot, non un bel haricot. Tous les dictionnaires indiquent par un signe conventionnel quels h (généralement d’origine germanique) sont aspirés et quels h (généralement d’origine gréco-latine) ne le sont pas. Pour certains mots, l’usage est indécis. Ce n’est pas le cas de haricot : la liaison est incontestablement une faute.

La rumeur selon laquelle il serait aujourd’hui d’usage et admis que l’on fasse cette liaison a été colportée par un journal largement diffusé dans les établissements scolaires, L’Actu (n°8 du jeudi 3 septembre 1998, p.7), qui n’a pas jugé bon de publier de rectificatif.

 

Malgré que

Malgré que s’emploie bien dans la langue soutenue, mais seulement avec le verbe avoir conjugué au subjonctif. Malgré que j’en aie, quelque mauvais gré, si mauvais gré que j’en aie ; en dépit de moi, de ma volonté : Je reconnais les mérites de mon rival, malgré que j’en aie. Malgré qu’il en ait, nous savons son secret. Elle ne put cacher son dépit, malgré qu’elle en eût.

En revanche, encore que de nombreux écrivains aient utilisé la locution conjonctive Malgré que dans le sens de Bien que, quoique, il est recommandé d’éviter cet emploi.

 

Mél. (Consultez le site de la D.G.L.F.)

 

Millénaire (début du troisième)

Vous vous préoccupez de savoir si le XXIe siècle commence le 1er janvier 2000 ou le 1er janvier 2001. Dans sa 8e édition, le Dictionnaire de l’Académie française écrit : « (Siècle) se dit particulièrement d’une période de cent ans, comptée à partir d’une ère donnée, spécialement de l’ère chrétienne » et donne l’exemple suivant, qui répond à votre question : « Le siècle actuel a commencé le premier jour de l’année 1901 et finira le dernier jour de l’année 2000 ».

Un millénaire est une durée de mille ans ou dix siècles. Un millénaire, comme un siècle, ne peut être complet qu’à l’achèvement de sa dernière année. L’ère chrétienne commence, selon la définition actuelle, au 1er janvier de l’an un et non d’un an zéro qui n’a jamais existé dans la chronologie. De même que le XXe siècle, le troisième millénaire commencera donc le 1er janvier 2001.

Toutes les autorités s’accordent sur ce point, du Bureau des longitudes, chargé de l’établissement des éphémérides, aux normes nationale AFNOR et internationale ISO.

 

Nombre de mots de la langue française

La définition même de « mot » fait difficulté, ce qui vide de sens la question de la « richesse » relative du vocabulaire des diverses langues : les langues dites « agglutinantes », par exemple, peuvent créer une infinité de « mots » dont chacun équivaudrait pour nous à une phrase entière. Qu’entend-on, deuxièmement, par langue française ? Est-ce la langue moyenne parlée en France aujourd’hui, faut-il y ajouter l’ensemble des formes enregistrées dans les divers pays francophones ou dans les textes les plus anciens ?

Il est en outre impossible de fournir un dénombrement de l’ensemble des formes qu’offre une langue. Certains termes n’ont qu’une existence virtuelle, d’autres se créent ou disparaissent chaque jour, le vocabulaire spécialisé des sciences (nomenclature des espèces, composés chimiques, etc.) est en constant développement. En revanche, les dictionnaires de la langue courante comportent environ 60 000 « entrées », en français comme en anglais ou en chinois.

 

Nombres inférieurs à 2 : accord

Un nom précédé d’une indication chiffrée inférieure à 2 (avec virgule) reste au singulier. On écrit donc : 1,5 milliard ; 1,9 milliard, ce qui, d’ailleurs, se lira plutôt : un milliard et demi et un milliard neuf cent millions ou un milliard virgule neuf.

 

Noms de localités commençant par Le ou Les

Quand un nom de ville commence par l'article défini masculin ou pluriel, cet article se contracte avec la préposition à ou de : Aller du Havre au Touquet et non de Le Havre à Le Touquet ; être né aux Lilas ; revenir des Deux-Alpes ; la plage des Issambres, la poste des Rousses, la mairie des Sables dOlonne.

 

Origine du français

La langue française est une langue indo-européenne, comme l’allemand et l’anglais ou le russe. Mais c’est une langue romane, issue du latin, comme l’italien, l’espagnol, etc., tandis que l’allemand et l’anglais appartiennent au groupe des langues germaniques (plus précisément, au germanique occidental), bien que l’anglais doive une bonne part de son vocabulaire au français.

Le serment de Strasbourg (842) marque la fin des luttes entre les petits-fils de Charlemagne. Après avoir vaincu Lothaire, Charles le Chauve et Louis le Germanique se rencontrent à Strasbourg afin de confirmer leur alliance, devant leurs troupes, par ce serment. Charles et les soldats de Louis le prononcent en langue tudesque (qui est déjà de l’allemand) ; Louis et les soldats de Charles le prononcent en langue romane (qui est déjà du français). Les formules de ce serment, consignées par l’historien Nithard, constituent donc les plus anciens textes qui nous soient parvenus en langue française et en langue allemande.

 

Par contre

Condamnée par Littré d’après une remarque de Voltaire, la locution adverbiale Par contre a été utilisée par d’excellents auteurs français, de Stendhal à Montherlant, en passant par Anatole France, Henri de Régnier, André Gide, Marcel Proust, Jean Giraudoux, Georges Duhamel, Georges Bernanos, Paul Morand, Antoine de Saint-Exupéry, etc.

Elle ne peut donc être considérée comme fautive, mais l’usage s’est établi de la déconseiller, chaque fois que l’emploi d’un autre adverbe est possible.

Ce n’est pas toujours le cas. Gide remarquait à ce propos : Trouveriez-vous décent qu’une femme vous dise : «  Oui, mon frère et mon mari sont revenus saufs de la guerre ; en revanche j’y ai perdu mes deux fils ? ».

 

Par moments, mais trois fois par jour

Par est suivi du singulier quand il indique vraiment une répartition, une distribution, c'est-à-dire quand on considère chacun à part tous les éléments d'un ensemble. Prendre un médicament trois fois par jour, chaque jour. Une production de n tonnes par hectare, pour chaque hectare. Payer tant par personne. Avoir une filiale par secteur de marché, etc. Le pluriel sera préférable et plus courant, en revanche, si l'on considère non plus chaque élément, mais certains d'entre eux : Par endroits, par places, la neige a fondu, à certains endroits. Par moments, on ne comprend plus, à certains moments.

 

Pis ou pire ?

On ne saurait considérer la tournure il y a pire comme fautive, elle est simplement moins littéraire que il y a pis. En effet, on constate que dans la plupart des emplois, pis, comparatif de supériorté de mal, est supplanté dans l'usage par pire, comparatif de supériorité de l'adjectif mauvais, ou par plus mal :

  • Comme adverbe : De mal en pire, de pire en pire, généralement condamnés, se rencontrent cependant chez de bons auteurs, à commencer par Nerval ;
  • Comme adjectif : C'est pire, ce sera pire, bien pire, etc., sont employés par Barbey d'Aurevilly, Taine, Gide, Cocteau, Mauriac, Montherlant, le général de Gaulle, et le Dictionnaire de l'Académie, dans sa huitième édition (1935), à l'article Pis, indique : «  Il s'emploie encore substantivement et signifie Ce qu'il y a de pire ». Comme atrribut d'un nom, pis a d'ailleurs toujours été rare ;
  • Comme nom ou, sans article, faisant fonction de nom (quelque chose de pis) : Le pire est que ; en mettant les choses au pire ; faire pire, redouter bien pire, etc., se trouvent chez Péguy, Martin du Gard, Malraux, Mauriac, le général de Gaulle…

 

Plein (battre son)

Si l'expression battre son plein a naguère encore suscité quelques controverses, tous les spécialistes s'accordent aujourd'hui à donner raison à Littré. Dans cette expression empruntée à la langue des marins, son est bien un adjectif possessif et plein un substantif, les meilleurs auteurs se rangent à ce point de vue. Le plein, c'est la pleine mer, et l'on dit que la marée bat son plein lorsque, ayant atteint sa plénitude, elle demeure un temps stationnaire. On dit donc bien les fêtes battent leur plein.

 

Plusieurs, la plupart (accord du verbe après un nom collectif suivi d’un complément)

Ce problème d’accord se présente dans de nombreux cas où le sujet est formé d’un nom et de ce qu’on peut appeler, suivant la terminologie du Bon Usage de Maurice Grevisse, un «  pseudo-complément » : l’accord se fait soit avec le nom, soit avec son «  pseudo-complément », selon que celui-ci ou celui-là frappe le plus l’esprit, et que l’on considère les êtres ou les objets dont il s’agit ou bien comme formant essentiellement un ensemble, ou bien en détail, dans leur pluralité. Ainsi : Une foule de malades accourait (c’est une foule qui accourt) mais : Une foule de gens diront qu’il n’en est rien (chacun d’eux dira…). Dans ce dernier cas, la subordination logique l’emportant sur la subordination grammaticale, on parlera d’accord par syllepse. Cet accord par syllepse est parfois obligatoire : après nombre, la plupart, quantité, l’accord se fait avec le «  pseudo-complément ». Dans le cas d’ensemble, on écrira aussi bien : l’ensemble des intéressés a ou ont protesté.

L’accord dépend du sens des mots, mais aussi de l’intention de l’auteur. On trouvera donc : Un grand nombre de soldats fut tué dans ce combat (Littré) et Un grand nombre de soldats périrent dans ce combat (Académie).

En particulier dans le cas d’un nom numéral au singulier suivi d’un complément au pluriel, l’accord peut se faire avec ce complément ou avec le terme quantitatif quand la personne qui écrit arrête son attention sur celui-ci plutôt que sur son complément. L’Académie admet les deux possibilités : Une quinzaine de francs suffira ou suffiront pour sa dépense.

 

Plusieurs, est-ce plus de deux ?

Plusieurs signifie «  un certain nombre, un nombre indéfini supérieur à un et le plus souvent à deux » (Dictionnaire de l'Académie française, 8e édition). Le contexte l'oppose parfois explicitement soit à un, soit à deux : Sur un ou plusieurs registres (Code civil, art.40) ; avoir pour objet deux ou plusieurs choses alternatives (Code civil, art.1584).

 

Rectifications orthographiques (1990), état de la question

Un ensemble de rectifications orthographiques ont été recommandées par le Conseil supérieur de la langue française et publiées en décembre 1990 dans les «  Documents » du Journal officiel.

Dans sa séance du 17 janvier 1991, L’Académie française a adopté la déclaration suivante :

L’Académie française rappelle que le document officiel, souvent improprement appelé «  réforme », document qu’elle a, après examen de sa commission du dictionnaire, approuvé à l’unanimité dans sa séance du 3 mai 1990, ne contient aucune disposition de caractère obligatoire. L’orthographe actuelle reste d’usage, et les «  recommandations » du Conseil supérieur de la langue française ne portent que sur des mots qui pourront être écrits de manière différente sans constituer des incorrections ni être considérés comme des fautes. Elle estime qu’il y a avantage à ce que lesdites recommandations ne soient pas mises en application par voie impérative et notamment par circulaire ministérielle. Selon une procédure qu’elle a souvent mise en oeuvre, elle souhaite que ces simplifications et unifications soient soumises à l’épreuve du temps, et elle se propose de juger, après une période d’observation, des graphies et emplois que l’usage aura retenus. Elle se réserve de confirmer ou d’infirmer alors les recommandations proposées.

En 1992 a paru le premier tome de la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (de A à Enzyme). La Préface, qui figurait déjà dans le fascicule de 1986, est suivie d’un Avertissement dans lequel Monsieur Maurice Druon, Secrétaire perpétuel écrit :

[...] nous n’avons inscrit à titre définitif que les modifications qui visaient principalement à harmoniser l’accentuation de certains mots, tels allègement, allègrement, etc., avec leur prononciation habituelle. Procédant aux rectifications de cet ordre nous avons indiqué, chaque fois que l’usage nous paraissait hésitant, l’existence ou la possibilité de deux graphies (évènement ou événement).

L’Académie signale par un losange et repertorie, dans ce volume ainsi que dans les fascicules publiés depuis, les orthographes modifiées qu’elle n’introduit pas en entrée.

Tout le contenu des «  recommandations » est donc intégré à cette neuvième édition, sous deux formes : le remplacement de é par è dans un certains nombres d’articles est adopté définitivement (ainsi par exemple que les nouvelles graphies de chausse-trappe et imbécilité); les autres modifications restent «  soumises à l’épreuve du temps ».

L’usage ne tranche que peu à peu. La lecture de la presse montre une fréquence variable selon les titres, mais élevée, de formes commes évènement, cèdera ou révolver. D’autres modifications apparaissent çà et là, mais moins systématiquement.

Les dictionnaires courants, qui ont une édition annuelle, semblent considérer que la circonspection s’impose, même quand leurs éditeurs étaient représentés au Conseil supérieur de la langue française et en ont approuvé les travaux. Aucun, en tout cas, ne reprend intégralement les recommandations de 1990, même en variantes; aucun ne signale à ses lecteurs toutes les formes nouvelles autorisées; mais aucun non plus n’ignore complètement les rectifications et ne s’en tient strictement à la norme du Dictionnaire de l’Académie française (huitième édition) de 1935.

D’une maison à l’autre, d’une année à l’autre, la pratique varie, et elle n’est pas toujours cohérente. On enregistre partout, au moins en variantes, évènement, allègement, crèmerie, etc. ; mais certains, pour règlementaire, attendent que l’Académie arrive à la fin de l’alphabet. On accepte chausse-trappe, mais pas toujours déciller. Personne ne va jusqu’à imprimer assoir. Le Petit Robert use d’une formule ambiguë : «  on écrirait mieux charriot » (id. pour bonhommie, combattif, imbécilité, vènerie, les participes absout, dissout, etc.). Les recommandations concernant le tréma et le circonflexe sont largement ignorées. La grammaire des composés et inégalement modernisée : brise-glace, brise-jet, brûle-gueule, brûle-parfum, casse-pipe, cure-ongles, etc. ne perdent pas partout ou pas tous leur invariabilité. La francisation des emprunts (allégro, condottière), les soudures de composés (apriori, arcbouter) sont peu suivies. Dans les tableaux de conjugaisons, une note discrète signale en général les formes nouvelles de céder.

Nous sommes donc encore en période d’observation quant à une grande partie de ces «  rectifications ».

 

Résidant ou résident ?

On s’accorde à écrire : Les membres résidants et les membres correspondants d’une académie, et : Les résidents français au Canada, en Australie. Mais force est de constater que dans bien d’autres cas, et chez les meilleurs auteurs, l’unanimité est encore loin de régner. C’est que l’usage est seulement en train de se fixer. L’Académie y contribue.

Dans la huitième édition de son Dictionnaire, publié en 1935, elle faisait de Résidant un adjectif ; mais elle ajoutait : «  On écrit aussi Résident ». Elle faisait de Résident un nom ; mais elle ajoutait : «  Il s’emploie aussi adjectivement ».

En 1993, la Commission du Dictionnaire, interrogée sur ce point, a constaté que, comme il était souhaitable, la graphie résident l’emportant décidément, dans l’usage, pour le nom, tout flottement pouvait être éliminé : résidant est adjectif, résident est nom. Et aux acceptions anciennes du nom, elle a ajouté celle-ci : «  Personne qui habite une résidence, qui vit habituellement dans une résidence ou y est hébergée », avec ces exemples : «  Les résidents d’un foyer, d’une maison de retraite. Les résidents de la Cité universitaire de Paris ».

Dans les expressions médecin résident ou pharmacien résident (celle-ci d’ailleurs, se rencontrant souvent avec le trait d’union), résident doit s’interpréter comme un nom en appostiion, et non pas comme un adjectif, au même titre que dans ministre résident : on a toujours dit indifféremment le ministre résident ou le résident.

 

Sabler ou sabrer le champagne ?

Le verbe sabler signifiait entre autres, au XVIIe siècle, «  couler dans un moule fait de sable ». C'est probablement par allusion à la matière en fusion versée dans le moule que sabler a pu prendre le sens de «  boire d'un trait » (1615).

Le Dictionnaire de l'Académie française (8e édition, 1935) indique, à l'article Sabler : «  Boire tout d'un trait, fort vite. Sabler un verre de vin. Sabler le champagne ».

Puis sabler le champagne s'est employé pour signifier, par extension, «  célébrer un évènement en buvant du champagne ».

Sabrer une bouteille de champagne ou sabrer le champagne, absent du Dictionnaire de l'Académie française (8e édition), est toutefois attesté dans certains dictionnaires récents au sens de : «  ouvrir une bouteille de champagne en tranchant le goulot d'un coup de sabre ». L'expression et l'action elle-même, opération dangereuse qu'il est sans doute judicieux de laisser à qui sait manier un sabre, semblent d'apparition récente : probablement au début de notre siècle.

Il résulte de ces indications que les expressions Sabler le champagne et Sabrer le champagne ne peuvent être considérées comme équivalentes ; leurs sens sont même très différents.

 

Sans chapeau, sans chaussures

Sans peut, selon le sens, être suivi du singulier ou du pluriel. On écrira toujours au singulier les noms dits abstraits : Être sans pitié. Cela se comprend sans peine. Un orateur est sans passion quand il n'est pas animé par la passion. Cet homme est sans passions s'il ignore les passions. On opposera un couteau sans manche, qui devrait en avoir un, mais un seul, à un gilet sans manches, qui en aurait deux, s'il en avait. Il est sorti sans chapeau ni chaussures. Dans de nombreux cas, cependant, la nuance de sens est si mince que l'on trouvera aussi bien le singulier que le pluriel : C'est un acteur sans défaut ou sans défauts (Littré). De même : Cet homme est mort sans enfant, sans héritier, ou sans enfants, sans héritiers. Pourtant, dès lors que ce dont on parle peut suggérer l'idée de pluralité, c'est le pluriel qui est le plus fréquent. On écrira : Un devoir sans fautes, en jugeant qu'un tel devoir aurait d'ordinaire comporté plusieurs fautes (qu'une faute ne vient jamais seule), plutôt qu'un devoir sans faute, sauf si l'on veut insister sur le caractère exceptionnel de la chose, comme on dirait : sans aucune faute, sans la moindre faute.

 

Septante, octante, nonante

Vous vous interrogez sur une des bizarreries les plus célèbres de la langue française. Pourquoi en effet dire soixante-dix, quatre-vingts, quatre-vingt-dix, lorsque nos voisins belges et suisses, en accord tout à la fois avec le latin, le système décimal et le simple bon sens, utilisent septante, octante (ou huitante), nonante ?

Notre vocabulaire porte ici la trace d’un usage très ancien et aujourd’hui disparu : au Moyen Âge, on avait coutume en France de compter de vingt en vingt. Aussi trouvait-on les formes vint et dis (30), deux vins (40), trois vins (60), etc. Saint Louis fonda, par exemple, l’hospice des Quinze-vingts (des 300 aveugles). Ce système, dit « vicésimal », était utilisé par les Celtes et par les Normands, et il est possible que l’un ou l’autre de ces peuples l’ait introduit en Gaule.

Dès la fin du Moyen Âge, les formes concurrentes trente, quarante, cinquante, soixante se répandent victorieusement. Pourquoi l’usage s’arrête-t-il en si bon chemin ? Aucune explication n’est vraiment convaincante. Peut-être, tout simplement, a-t-on éprouvé le besoin de conserver la marque d’un « calcul mental » qui eût été mieux adapté aux grands nombres (70=60+10, 80=4x20, 90=80+10). Reste la part du hasard et de l’arbitraire, avec laquelle tout spécialiste de la langue sait bien qu’il lui faut composer...

C’est au XVIIe siècle, sous l’influence de Vaugelas et de Ménage, que l’Académie et les auteurs de dictionnaires ont adopté définitivement les formes soixante-dix, quatre-vingts, quatre-vingt-dix au lieu de septante, octante, nonante. Il est à noter pourtant que les mots septante, octante, nonante figurent dans toutes les éditions du Dictionnaire de l’Académie française. Encore conseillés par les Instructions officielles de 1945 pour faciliter l’apprentissage du calcul, ils restent connus dans l’usage parlé de nombreuses régions de l’Est et du Midi de la France, ainsi qu’en Acadie. Ils sont officiels en Belgique et en Suisse (comme en outre, dans ce pays, huitante). Rien n’interdit de les employer, mais par rapport à l’usage courant en France, ils sont perçus comme régionaux ou vieillis.

 

Tables d'équivalence alphabétique - Termes français (Consultez le site de la D.G.L.F.)

 

Tables d'équivalence alphabétique - Termes étrangers (Consultez le site de la D.G.L.F.)

 

Tout étonné, mais toute surprise

La variabilité de Tout, adverbe, devant un mot féminin commençant par une consonne, constitue une singularité bien révélatrice de la résistance de l'usage, produit d'une histoire, à une «  logique » grammaticale qui ne souffrirait pas d'exceptions.

Dans l'ancienne langue, qui traitait les mots selon leur nature, Tout employé adverbialement, mais considéré dans sa «  nature » d'adjectif indéfini, s'accordait ordinairement avec l'adjectif qu'il modifiait.

À l'époque classique, cet ancien usage survit, mais se voit concurrencé par une tendance à l'invariabilité que les grammairiens s'efforcent de généraliser — non sans difficultés ni contradictions.

Dans la première édition du Dictionnaire de l'Académie française (1694), il était dit : «  En ce sens, Tout se décline lorsque l'adjectif qui le suit est féminin […] Quelques-uns cependant ne déclinent point Tout devant les adjectifs féminins qui commencent par une voyelle. » Le sentiment de l'Académie paraît donc être, à la fin du XVIIe siècle, que l'usage dominant oppose le masculin invariable tout, prononcé [tut] devant la voyelle et [tu] devant la consonne, au féminin variable toute-toutes, prononcé [tut] dans tous les cas — ce qui revient à dire que le e du féminin se fait entendre. Le problème devient alors : faut-il noter graphiquement cette marque du féminin ? Et, si oui, peut-on noter une variation de genre sans noter la variation de nombre ?

Dans les commentaires joints aux Remarques de Vaugelas publiées par elle en 1704, l'Académie établit la règle actuelle : «  Il faut dire et écrire elles furent tout étonnées […] quoiqu'on demeure d'accord qu'il faut mettre toute et toutes devant les adjectifs qui commencent par une consonne : «  Cette femme est toute belle, ces étoffes sont toutes sales ».

Cette position est confirmée dans la deuxième édition (1718) et reprise ensuite par toutes les grammaires et tous les dictionnaires. Elle représente un sage compromis entre la «  bizarrerie » de l'usage et la «  logique » grammaticale puisque :

  1. Elle pose l'invariabilité en règle ; la forme tout est étendue au féminin devant voyelle car la prononciation [tu] allant de soi, il n'est pas nécessaire de l'indiquer par -e ;
  2. Elle juge cependant nécessaire de conserver la marque graphique de la prononciation d'usage [tut] devant consonne ;
  3. Le féminin étant noté graphiquement, elle décide logiquement de noter aussi le pluriel éventuel.

Ce compromis était sans doute assez judicieux, puisqu'il a survécu au temps, et permet de prendre en compte la survivance effective d'un usage fort ancien dans la langue parlée d'aujourd'hui. Tout au plus peut-on noter, curieusement, et chez de bons auteurs, la marque du féminin devant voyelle : Elle en est toute étonnée, mais au singulier seulement, car on sent bien qu'au pluriel, la liaison ferait comprendre Elles en sont toutes étonnées comme Toutes en sont étonnées.

 

Vocabulaire de l'architecture (Consultez le site de la D.G.L.F.)

Vocabulaire de l'économie et des finances (Consultez le site de la D.G.L.F.)

Vocabulaire de l'informatique (Consultez le site de la D.G.L.F.)

Vocabulaire de l'informatique et de l'internet (Consultez le site de la D.G.L.F.)

Vocabulaire des carburants (Consultez le site de la D.G.L.F.)

Zone euro (Consultez le site de la D.G.L.F. )

 

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