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Diversités culturelles

 

Les diversités culturelles

Par Alexandra Ioannidou

 

Il est possible que le lecteur trouve le titre de cette présentation inhabituel et peut-être même provocateur. En effet, au lieu du singulier plus traditionnellement et communément utilisé - "la culture de la Grèce" ou même "la culture grecque" -, c’est la forme plurielle qui apparaît ici.

Au cours des siècles, la Grèce a toujours été une terre d’accueil pour de nombreux groupes ethniques. L’arrivée de différents éléments culturels venant des quatre coins du monde civilisé a contribué à l’enrichissement des valeurs culturelles de la société grecque. Il serait probablement très difficile et, en un sens, hors propos d’énumérer et de systématiser toutes les raisons qui ont poussé les premiers immigrants à chercher en Grèce une nouvelle patrie. Sur le plan historique, la présence ottomane dans la péninsule des Balkans a contribué à la profonde diversification des identités culturelles, bien plus du point de vue de la religion que de celui d’une identité nationale mal définie. Jusqu’au XIXème siècle, c’est-à-dire jusqu’à l’émergence d’États nationaux, le message véhiculé par des concepts tels que "grec", "langue grecque" ou "civilisation grecque" était porteur de valeurs liées à une éducation acceptée et respectée par tous, permettant de partager la même attitude face à la vie. Cette éducation, dont le prestige s’est maintenu au fil des générations, a survécu non pas à travers le rejet, mais plutôt grâce à l’acquisition d’éléments linguistiques, religieux et esthétiques apportés, avec le temps, par différents groupes humains. De nos jours, leurs descendants n’ont rien perdu de leur amour pour la Grèce, ni de leur volonté de préserver les traditions et les particularités linguistiques autres que grecques.

Aujourd’hui, à l’aube du troisième millénaire, la Grèce, une fois encore, représente un pôle d’attraction pour le monde entier, une terre d’asile tant pour les immigrants que pour les réfugiés politiques et les migrants économiques. En outre, les progrès dans le domaine de la communication et des transports ont contribué à l’accélération de ce processus. Ces nouveaux résidents contribuent à l’enrichissement d’un paysage culturel déjà foisonnant. Cela favorise la consolidation et la réalisation de l’idée d’internationalisme, au moins parmi les générations à venir. Étant eux-mêmes voyageurs, marins, marchands et émigrants, les Grecs ont développé une tradition d’hospitalité qui est à la source de leurs bonnes relations avec les immigrants, garantissant les principes de justice sociale et de solidarité. Rejetant la xénophobie et le racisme, les Grecs ne font preuve d’aucun préjugé contre les étrangers. Bien sûr, il existe des exceptions, mais ce sont des cas isolés. Cette ambiance chaleureuse à l’égard des immigrants tient à de nombreux facteurs de grande importance, et plus particulièrement aux expériences des Grecs vivant à l’étranger. C’est par l’échange et la diffusion d’expériences vécues sur des terres et des mers lointaines et inconnues, notamment grâce à la littérature populaire, à la poésie et à la chanson et par le souvenir de la solitude dans un milieu souvent méfiant, que peut se développer un terrain fertile à l’épanouissement des valeurs et des conditions sociales précédemment mentionnées. Entre 1930 à 1950, le rapatriement progressif des émigrants et de leurs enfants chez eux a rendu les Grecs plus sensibles envers ceux qui vivent dans un autre pays que le leur.

De nos jours, on observe, en Grèce, une homogénéité à la fois linguistique et culturelle, mais aussi de points de vue. Toutefois, cette cohésion met en lumière la pérennité de certaines diversités orales, ou dialectes régionaux. La plupart de ces dialectes, utilisés parallèlement au grec, sont parlés dans des zones isolées de Grèce, comme nous le décrivons ci-dessous.

Dans certains villages d’Épire, de Thessalie et de Macédoine se trouvent des populations d’origine valaque, qui, outre le grec, parlent le valaque. Regroupées sous forme de sociétés culturelles, ces dernières s’attachent à maintenir et à faire connaître leurs traditions, en Grèce et ailleurs, par divers évènements et festivals. Les racines latines des dialectes valaques (koutsovalaque ou aroumain) sont aujourd’hui au cœur de débats scientifiques. Si certains considèrent ces racines comme les vestiges de la langue orale des colons de Rome, d’autres y voient des traces de dialectes employés par les Roumains, par des colons venus de Dacie ou même par d’anciens habitants illyriens de la région. À l’université de Thessalonique, des cours particuliers de valaque sont proposés. Malheureusement, les statistiques officielles des dernières décennies n’incluent aucune information sur le nombre de personnes parlant le valaque en Grèce. Certains des plus grands bienfaiteurs et personnages historique nationaux, tels que Pavlos Melas, Evangelos et Constantinos Zappas, Stefanos et Ion Dragoumis, sont issus de familles valaques. Pourtant, les visions contradictoires quant à la nature et l’origine de leur langue, lorsqu’elles s’ajoutent aux volontés de chaque sous-groupe de promouvoir l’une ou l’autre thèse, compromettent une véritable politique de préservation de leur civilisation. À l’heure actuelle, des études impartiales et représentatives des Valaques de Grèce font encore défaut.

À l’ouest, au centre et, en moindre proportion à l’est de la Macédoine, une partie de la population grecque, qui se dénomme elle-même "dopii" ("natifs" en grec moderne) utilise, en plus du grec, quelques-uns des très nombreux dialectes slaves du sud. Dans la linguistique slave, ces dialectes sont associés au bulgare ou au slavo-macédonien, la langue de l’ancienne République slave de Macédoine. Les thèses sur les "dopii" de Grèce sont nombreuses, néanmoins, aucune recherche détaillée sur la structure de leurs dialectes et sur leurs caractéristiques n’a été menée, de même qu’aucun programme de maintenance de leur identité culturelle n’a été mis en place avec le soutien du gouvernement grec. Les sensibilités impliquées font de la question de l’identité culturelle des "dopii" en Grèce un défi intéressant pour les défenseurs d’une Europe multiculturelle. À leur tour, ces Grecs de langue slave semblent avoir des opinions conflictuelles, un petit groupe ayant été jusqu’à former un parti politique dont les membres revendiquent leur différence ethnique, si ce n’est leur identité nationale propre. On ne connaît pas le nombre total de Grecs parlant des dialectes slaves ; du moins, les analyses démographiques officielles n’avancent aucun chiffre.

Les populations pomaques vivant en Thrace occidentale peuvent aussi être classées parmi les Grecs parlant slave. Les Pomaques sont considérés comme appartenant à la minorité musulmane de Thrace et parlent, en plus du grec et du turc, un dialecte slave du sud, le pomaque. Au cours de ces dernières années, des efforts ont été entrepris pour donner une forme écrite à ce dialecte. Des grammaires et des ouvrages linguistiques ont été édités, suscitant des réactions diverses parmi les groupes pomaques.

La minorité musulmane de la Thrace de l’ouest, reconnue par le Traité de Lausanne, comprend, outre les Pomaques et les populations d’origine turque, les musulmans Roma. Ces derniers parlent romain, grec et turc. Dans les deux cent trente-quatre écoles primaires musulmanes, seule la langue turque est enseignée, puisque c’est l’unique langue normalisée de cette minorité. Par ailleurs, la Grèce a récemment élaboré une série de mesures destinées à rehausser le niveau culturel de cette minorité, en raison des nombreux problèmes d’éducation que rencontre celle-ci et des diverses difficultés d’intégration que cela lui pose au sein de la société grecque. Une disposition légale, adoptée fin 1995, en est un exemple caractéristique : des quotas avantageux sont appliqués, au moment de leur inscription à l’université, en faveur des jeunes issus de cette minorité.


La Mosquée de Ioannina


Un autre groupe, les Arvanites, conserve, en plus du grec, sa langue orale dite "arvanitika", une forme ancienne de la langue albanaise ("l’arvanitika" remonte à l’albanais du XIVème siècle). Quant aux Arvanites, on a prétendu, à tort, qu’ils constituaient une "minorité albanaise" nourrissant des sentiments nationaux très poussés et qu’ils étaient différents des autres Grecs. De telles revendications sont infondées ; de fait, les sentiments nationaux des descendants de vieilles familles arvanites de Grèce (installées principalement en Épire, en Béotie, en Attique, à Corinthe et en Eubée) ne diffèrent en rien de ceux des autres Grecs. Enfin, notons qu’à l’occasion de diverses festivités culturelles, il est possible d’entendre parler les dialectes arvanites, qui font d’ailleurs l’objet de recherches scientifiques minutieuses. De même, ces dernières années, des recueils de chansons et des ouvrages présentant les traditions et les coutumes des Arvanites ont été publiés.

Les Arméniens ont également développé une forte présence culturelle en Grèce. D’après le dernier recensement (1951) incluant des informations sur la religion et la langue des populations de Grèce, ce groupe comptait pratiquement 9 000 membres. Chassée de Turquie à la suite de la guerre gréco-turque de 1922, la communauté arménienne s’est réfugiée en Grèce. Durant la Guerre civile grecque de 1946-1949, un grand nombre d’Arméniens rejoignirent la République soviétique d’Arménie. De nos jours, la communauté arménienne de Grèce dispose de ses propres associations culturelles, écoles et églises.

Enfin, n’omettons pas de mentionner la communauté juive de Grèce, qui jouit d’une très forte présence culturelle, particulièrement à Thessalonique, à Athènes et à Larissa. Les Juifs de Grèce sont arrivés au XVème siècle, après leur expulsion d’Espagne par les Rois Catholiques Ferdinand et Isabelle. Durant la Seconde Guerre mondiale, la communauté juive de Grèce a été terriblement éprouvée. Elle est aujourd’hui représentée par des écoles privées, des synagogues et des sociétés.

Les immigrants et les réfugiés politiques forment un autre groupe, dont la présence a contribué à la formation d’un environnement culturel multinational en Grèce. Or, il est nécessaire, pour ces derniers, d’avoir de plus amples informations sur l’opinion publique grecque face aux sujets et aux problèmes qui les concernent. La Grèce doit désormais prendre de nouvelles mesures pour la protection et l’intégration sociale des émigrants de Turquie, d’Iraq, de Pologne, d’Iran, de Roumanie, d’Albanie, des Philippines et d’autres pays, venus s’installer en Grèce pour des raisons politiques ou économiques. Bien que l’on observe encore des cas isolés de xénophobie tout à fait regrettables, la Grèce se dote progressivement de l’infrastructure stable et appropriée lui permettant d’accueillir ces nouveaux arrivants, conformément aux normes internationales. Actuellement, les programmes gouvernementaux grecs prévoient la construction d’écoles et le soutien des événements culturels. Le législateur a introduit récemment une "carte verte" pour tous les travailleurs étrangers en Grèce. Cette carte a résolu tant bien que mal le problème de la sécurité sociale des migrants économiques.

La Grèce a d’ores et déjà signé une série de conventions et de traités internationaux concernant les Droits de l’Homme, tant dans le cadre des Nations Unies que dans celui de l’Union européenne. Outre la Déclaration des Droits de l’Homme des Nations Unies, dont on célèbre cette année le cinquantième anniversaire, la Grèce s’est engagée sur de nombreux autres textes essentiels plus récents, tels que la Déclaration de Vienne (1989), le Document de Copenhague (1990), et l’Acte Final d’Helsinki (1992). En 1997, la "Convention-cadre pour la protection des minorités nationales" proposée par le Conseil de l’Europe a également été ratifiée par la Grèce.

 

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Dernière modification : lundi 26 janvier 2004

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