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CHINE, Wei, « ambassadeur » de la démocratie

mercredi 30 novembre 2005

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Révolté, enfermé, exilé : Wei Jingsheng a fait de sa vie une épopée. Dix-huit ans de camp ne sont pas venus à bout de son engagement en faveur de la démocratie en Chine. Ce dissident chinois reste l’un des plus célèbres prisonniers d’opinion adoptés par Amnesty International.

Rien ne résume mieux le caractère de Wei Jingsheng que ces mots qu’il adressa le 15 juin 1989, soit dix jours après le massacre de la place Tian’Anmen, à Deng Xiaoping qui, chef tout-puissant de la Chine de l’époque, avait donné l’ordre du bain de sang : « On est responsable de la mauvaise réputation que l’on se fait à soi-même. Je sais depuis longtemps que vous êtes assez idiot pour faire ce que vous avez fait, tout comme vous savez depuis longtemps que je suis assez idiot pour m’obstiner jusqu’au bout et supporter les coups la tête haute » .

Wei purgeait alors sa onzième année de prison et n’ignorait sans doute pas que Deng avait déclaré dès 1983 : « Wei Jingsheng ne sortira jamais de prison tant que je serai en vie ». Peu importait la menace pour le plus célèbre détenu du pays, l’essentiel était de montrer à son bourreau que rien ne pourrait lui faire abandonner l’idée fixe de toute sa vie : la démocratie. Il concluait sa lettre par un défi : « Nous nous connaissons très bien, vous et moi. J’espère que vous n’allez pas mourir trop vite pour que l’on puisse se rencontrer un jour... Prenez soin de vous ».

Pour s’être distingué comme l’adversaire irréductible de Mao Zedong, Deng Xiaoping et Jiang Zemin, les trois « Empereurs » successifs de la Chine Rouge, Wei Jingsheng a fait de sa vie une épopée.

Le Révolté

Engendré au Palais d’Eté, résidence des anciens empereurs, dans le tumulte de la révolution communiste de 1949, il passe son enfance dans l’entourage direct de Mao Zedong. Son destin se dessine déjà comme celui d’un chef : fils de hauts cadres communistes, éduqué dans le sérail des futurs princes du régime, il prend naturellement la tête du groupe des Gardes rouges de son lycée lorsqu’éclate la Révolution culturelle en 1966.

Sillonnant alors la Chine dans l’intention d’exalter l’égalitarisme maoïste, il découvre la réalité du goulag chinois dans les solitudes glacées des contreforts du Tibet, la misère extrême que lui révèle, dans une gare, la vue d’une jeune mendiante vêtue de sa seule chevelure, le cannibalisme des paysans affamés de son village familial, les amours impossibles qu’engendre l’austérité imposée des mœurs.

De révolutionnaire officiel il devient alors rebelle anti-conformiste. Pourchassé par toutes les polices de son ancienne protectrice, Jiang Qing, épouse de Mao, pour leur échapper il intègre anonymement l’armée. Il s’y forgera la conviction que le régime peut et doit être transformé. Démobilisé à la fin de la Révolution culturelle, il brise les tabous du puritanisme révolutionnaire en vivant, à Pékin, en concubinage avec une princesse tibétaine, fille de prisonnier politique. Il n’est alors qu’un modeste électricien, employé du zoo de Pékin.

À la mort de Mao, il s’immisce dans le premier interstice de libération de la parole, en 1978, pour promouvoir une idée insensée dans la Chine de Deng Xiaoping : la démocratie. Alors que le pays est tout entier mobilisé autour du slogan « Les quatre modernisations » du pays, Wei placarde sur le mur de la mairie de Pékin, un dazibao (affiche en grands caractères) intitulé « La cinquième modernisation : la démocratie ». Le texte relevé par des journalistes étrangers fera le tour du monde.

Les dirigeants communistes font de lui le dissident numéro un et, à l’issue d’un procès à grand spectacle où Wei défie ses juges, le jettent en prison pour une première peine de quinze ans. Les amis de Wei, rédacteurs du journal contestataire Enquêtes qu’il, a fondé, parviennent à introduire dans la salle d’audience un petit magnétophone. La résistance - totalement inhabituelle dans la tradition de la justice communiste - de Wei Jingsheng, le pose aux yeux de tous comme le premier des opposants au régime.

L’Enfermé
Dans le quartier des condamnés à mort de la prison de Pékin où pour le briser on le détient, puis dans le désert du goulag tibétain, il maintient ce statut de premier des opposants en résistant à la torture, et surtout en écrivant. Il écrit à Deng Xiaoping, au Comité central, aux juges, à ses amis dissidents, à sa famille, à sa princesse.

Des lettres censurées, mais qu’il recopie et fera sortir et, plus tard, publier. Elles étaient lues en haut lieu. La lucidité - et l’arrogance - qui s’en dégagent firent de Wei l’objet de la vindicte personnelle de Deng Xiaoping. Celui-ci fit savoir que, de son vivant, Wei ne quitterait jamais sa geôle. Il en sortit pourtant six mois, en 1993. Son statut en fut renforcé aux yeux du monde : sa liberté fut accordée à la communauté internationale en monnaie d’échange contre l’obtention par Pékin des Jeux Olympiques de l’an 2000. Mais le marchandage échoua.

Wei retourna en détention dans des mines de sel jusqu’après le décès de Deng. Au lendemain de sa libération définitive, il écrira à Amnesty International : « Merci à tous mes amis d’Amnesty... Quand j’étais en prison, le traitement que je subissais variait de temps en temps, parfois meilleur, parfois pire. Au début, je ne savais pas, mais plus tard, je compris que les pressions exercées par la communauté internationale jouaient un rôle important dans ces variations... Votre travail est d’une valeur inestimable pour ceux qui souffrent de l’oppression politique. Son succès est peut-être plus grand que vous ne l’imaginez... »

Durant sa détention, Wei Jingsheng sera proposé au Prix Nobel de la Paix, se verra décerner in abstentia le Prix Sakharov des droits de l’Homme par le Parlement européen. Aux yeux du monde, ce résistant de longue date prend la stature d’un Havel ou d’un Mandela. Trop gênant en prison pour Jiang Zemin, à qui il refusa l’achat de son silence, il est expulsé de Chine en novembre 1997. Le temps d’un vol transpacifique, il passe de l’enfer des camps au faste du Bureau ovale, à Washington, où le reçoit Bill Clinton...

L’Exilé

Tout juste sorti de dix-huit années de souffrances carcérale, le célèbre dissident déclare : « Ne croyez pas pour autant que je me sente libre. Je le serai quand il me sera possible de déambuler dans une ville de mon pays ». Depuis, Wei Jingsheng vit aux États-Unis, dans une ferme de Virginie, mais passe la majeure partie de son temps à sillonner le monde afin de promouvoir la cause de la démocratie en Chine.

Chaque année, en tant que président de la Coalition de la démocratie chinoise outre-mer, il passe six semaines, de mars à avril, à Genève, pour œuvrer - en vain - à ce que la Commission des droits de l’Homme (CDH) des Nations unies vote une résolution condamnant la Chine pour ces innombrables atteintes à ces droits : poursuite des condamnations pour délit d’opinion ; libertés d’expression, de réunion, de presse constamment bafouées ; application massive de la peine capitale (Wei Jingsheng fut le premier à révéler la pratique des prélèvements d’organes sur les condamnées à mort) ; répression des minorités tibétaines, mongoles et ouïgoures ; violations multiples des droits économiques et sociaux, qui se traduisent par des milliers de morts suite aux accidents de travail, des mises au chômage massives, des normes de production dignes de l’esclavagisme, des syndicalistes opprimés.

En décembre 2004, il rencontra Georges Becker, le président du puissant syndicat des métallurgistes des États-Unis, pour appeler à une solidarité internationale avec le mouvement ouvrier autonome en Chine : « Des drames continueront à se produire en Chine. Il y aura des arrestations, des coups seront donnés et des militants licenciés. Mais il faut continuer, ne jamais renoncer. Si les ouvriers tiennent le coup, s’ils arrivent à s’organiser, pas à pas, ils finiront par remporter la victoire ».

Huit ans se sont écoulés depuis l’expulsion de Chine de Wei Jingsheng, et durant ces années, l’impressionnante croissance économique de la Chine tend à répandre dans le monde occidental l’idée que la modernité et l’élévation progressive du niveau de vie, généreront tôt ou tard la démocratie et des droits de l’Homme adaptés à la culture chinoise. Et qu’il suffit d’attendre. Une opinion qui révolte Wei Jingsheng : « Les soi-disant valeurs historiques et culturelles avancées par les dirigeants chinois pour contester le caractère universel des droits humains et la démocratie, et prôner un développement économique sans liberté, n’ont aucun sens. L’Histoire même en apporte le démenti : le peuple français n’avait ni le niveau de vie ni les moyens d’information des Chinois d’aujourd’hui quand il a fait la révolution de 1789. L’aspiration des Chinois n’est pas seulement de s’enrichir ».

Bernard Debord

Bernard Debord et Marie Holzman viennent de publier une biographie de Wei Jingsheng qui se lit comme un roman d’aventures. S’y ajoutent un avant-propos de Wei Jingsheng et une post-face de son frère Wei Xiaotao, lui aussi militant des droits de l’Homme contraint à l’exil à Paris.

Wei Jingsheng Un Chinois inflexible, Éditions Bleu de Chine, 357 pages, 21 euros, disponible en libraire ou à Bleu de Chine, 2 place Alphonse Laveran 75005-Paris, www.bleudechine.fr).

Wang Dan

Etudiant leader d’opinion, emprisonné pour avoir participé en 1989 aux manifestations de la place Tiananmen. « Ca marche ! Je pense que mon cas est un bon exemple de l’efficacité d’Amnesty International. Grâce à l’action urgente que vous avez menée, j’ai pu bénéficier d’un meilleur traitement que les autrs prisonniers ».

Wang Youcai

« Je vous remercie infiniment de votre aide, de vos appels et de votre intérêt pour les droits de l’Homme en Chine. Je vous remercie tout particulièrement de l’intérêt que vous avez exprimé pour mon affaire et des appels que vous avez faits. Merci à Nicole, Patrick, Sabine et les innombrables amis qui se sont préoccupés de nous. Je suis arrivé dans la libre Amérique, je me dévouerai à la cause des droits de l’Homme, de la liberté et de la démocratie en Chine. Je trouverai à coup sûr un moyen d’y retourner »
Fondateur du Parti démocratique chinois, condamné à 11 ans de prison et à la privation de ses droits civiques pour trois ans en décembre 1998.
Libéré en février 2004 pour des raisons de santé.

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