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Le "putsch médical" qui destitua Bourguiba


Newsport, vendredi 7 avril 2000


"P
our le socialistes italiens et pour Bettino Craxi en particulier il fut un ami fraternel et sincère..." Bobo Craxi, le fils de l'ancien Premier italien Bettino qui trouva refuge en Tunisie, jusqu'a sa mort, pour échapper aux poursuites des juges de "mains propres", se rappelle ainsi de l'ex-président tunisien, disparu hier à l'age de 96 ans. Il aurait été intéressant de recueillir l'avis du défunt Bourguiba pour connaître son opinion sur ses "amis" italiens... Il n'est pas sûr que les termes "fraternels et sincères" auraient été également au rendez vous...

En effet, ce fut surtout grâce aux agissements des services secrets italiens que le grand combattant tunisien perdit son royaume. Bettino Craxi était le président du Conseil italien, quand, au début de l'année 1985, il rencontra le président algérien Chadli Bendjedid. Ce dernier expliqua au dirigeant italien que la situation en Tunisie était en train d'échapper au contrôle de l'ancien héros de la lutte de libération nationale. Selon Bendjedid, Bourguiba n'était plus en mesure de faire face à la montée des groupuscules islamistes et cela était intolérable pour la nomenklatura au pouvoir à Alger qui considérait que leurs intérêts stratégiques étaient menacés. L'armée algérienne était donc prête à envahir la partie du territoire tunisien où transite le pipeline qui conduit le gaz algérien jusqu'en Sicile! Craxi, après s'être consulté avec le ministre des affaires étrangères de l'époque, l'incontournable Giulio Andreotti, chargea Fulvio Martini, le directeur du Sismi (le service secret militaire italien) de rechercher une solution politique. Les services italiens organisèrent donc une série de contacts entre différents pays du bassin méditerranéen, y compris la France. A l'époque, le patron des services militaires français était le général René Imbot. "Il fit une erreur impardonnable. Il me traita avec arrogance. Il me dit que l'Italie ne devait même pas s'approcher de la Tunisie car celle-ci faisait encore partie de l'empire français..." déclara l'amiral Fulvio Martini au quotidien "La Repubblica" en expliquant que les services italiens arrivèrent à garantir l'appui politique de l'Algérie et de la Libye à la solution concoctée par Rome.

Il s'agissait d'organiser un coup d'Etat, le plus invisible possible et c'est ainsi que l'idée d'un "putsch médical" prit forme. L'Italie avait garanti le ralliement du Premier ministre tunisien Ben Ali, et ce choix avait rencontré l'approbation des Algériens, ainsi que des voisins libyens. Ce fut ainsi que dans la nuit du 6 novembre 1987, un "commando" de sept médecins tunisiens signèrent un rapport médical qui certifiait l'incapacité mentale du président Habib Bourguiba. La nuit même, son "fidèle" Premier ministre Ben Ali le remplaça à pied levé. Silencieux et invisible le coup d'Etat avait fonctionné.

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