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Bob Ménard, l'aventurier

Robert Ménard ne fait pas que des mécontents. Ainsi les abeilles aiment Robert Ménard. Hélas, Ménard a quitté le métier d’apiculteur pour devenir journaliste (peu de temps), à Radio France Hérault. Ménard est aussi écrivain. Pour bien caler le personnage, je vous recommande la lecture de son Club des 500 : les 500 qui font le Languedoc-Roussillon (éditions Ensoleillées). Entre chaque mot, on sent déjà pointer la conscience universelle. Dans Ménard, il y a du Montaigne.

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Robert « Bob » Ménard
© Mor

Mais pour que Robert dresse son chapiteau, il faut de l’argent. À la louche, le budget de Reporter Sans Frontières tourne autour des quatre millions d’euros. De quoi gonfler l’ego. Dans un article publié dans Dzerkalo Tygdnya, en Ukraine, Alla Lazaréva, ancienne correspondante de RSF, écrit : « Monsieur Ménard aspire trop à substituer sa propre personne à la cause entière de la liberté de la presse ». Allah Akbar.

De tout cet or de RSF, l’étonnant est la part utilisée pour le « fonctionnement » de ce Samu mondial de la liberté : autour de 20% ! Dans le cas de Médecins du Monde, le même poste marche très bien avec environ 5%. La différence ? Peut être les honoraires des maquilleuses ou des boîtes de communication utilisées…

Un financier copain de Kadhafi

Dans un moment d’égarement, Libération avait pourtant titré : « Pour RSF l’argent n’a pas d’odeur ». C’est pas bien de critiquer ceux qui font le bien.

Dans toute cette thune, RSF touche des dollars de la « National Endowment for Democracy » (NED). Un machin fondé par un ami de la liberté, Reagan. Cette NED se camoufle dans le cabas de « l’US Aid ». Un organisme délicieux, où l’on a vu sévir un type aussi charmant de John Negroponte, connu comme manipulateur d’escadrons de la mort au Salvador. Avant de passer proconsul en Irak, puis mamamouchi à l’ONU. Des sous pour Robert viennent aussi du « Center for Free Cuba », lui aussi alimenté par le gouvernement américain. Selon les experts – mais ce chapitre ne concerne pas notre petit Robert – cette NED et ce « Center for Free Cuba » peuvent être : « utilisés par la CIA pour monter des combines à l’étranger… » Mais que fait Gérard de Villiers ?
Naguère, Ménard a pas mal bricolé avec Omar Harfouch, un turbulent play-boy libano-ukrainien. Après avoir soutenu RSF, Omar soutien le concours de « Miss Europe », la même manière de faire le bien. Un jour, des journalistes se sont étonnés que RSF se fasse financer par le bon Omar. Ces crânes réduits ont trouvé bizarre « qu’un ami de Kadhafi, (Harfouch) finance RSF… » Ménard a retourné le passing-shot : « Harfouch aime peut être Kadhafi, mais il aime aussi RSF ! » Tout va bien.

Ne vous inquiétez pas, la France va bien

Est-ce le poids des dollars dans son entreprise ? On voit rarement Ménard escalader les façades des ambassades des États-Unis ou d’Israël et de leurs alliés, Pakistan, Arabie Saoudite, etc… ? Quand il est contraint, sauf à perdre la face, de gratouiller l’Amérique et ses amis, il adopte le ton de Marchais condamnant l’entrée des chars russes à Prague. Pour ce qui est de la liberté de la presse en France, « Bob » reste discret. Et préfère aux mises en cause de longs entretiens dans la revue Medias, avec les beaux noms de la profession… sur papier luxueux ! À lire, le dernier rapport de l’ONG, tout va bien, hormis ces blacks et beurs qui empoisonnent la vie des cameramen de TF1 quand ils vont filmer, avec les flics, en banlieue. Pourtant, cette façon qu’a Ménard de voir la presse tricolore en rose agace ses amis comme Rony Brauman et Jean-Claude Guillebaud, deux parrains de RSF. Heureusement, Robert Redeker, arrivé aux sommets de la philosophie pour avoir insulté le prophète Mahomet dans Le Figaro, reste au conseil d’administration de l’organisation. Un intellectuel que le monde nous envie, par les temps qui courent, ça se bichonne !

L’important, c’est de bien choisir ses combats

Sans doute pour ne pas froisser les Etats-Unis ou Israël, RSF a cessé de compter les journalistes blessés ou assassinés par des GI ou des soldats de « Tsahal ». Et quand Ménard publie son rapport sur l’état de la liberté de la presse dans le monde, le décompte des confrères touchés ou tués à Gaza ou Bagdad n’est pas mis au « débit » d’Israël ou des États-Unis. Ça permet à ces nations si sportives de continuer à viser le podium. Le cas Sami Al-Haj, celui d’un cameraman soudanais travaillant pour Al-Jazeera énerve Ménard. J’en ai parlé dans Bakchich, et Ménard, toujours amoureux de la presse libre, m’a téléphoné pour m’injurier. Petit rappel des faits : le 15 décembre 2001 Sami Al-Haj est arrêté par les GI en Afghanistan, puis on le retrouve à Cuba, prisonnier du bagne illégal de Guantanamo. Mais Ménard attend un an avant de demander des nouvelles du confrère. Ni en 2004, ni en 2005, le journaliste ne figure sur la liste, tenue par RSF, des « journalistes prisonniers ». Il faut attendre le printemps 2006, alors que l’Europe critique enfin Guantanamo, pour que Ménard retrouve le nom de Sami dans son carnet. Et ainsi de suite, jusqu’à la libération du cameraman, bien sûr innocent, il y a quinze jours.

Autre petit conte, le 8 avril 2003 à Bagdad, le tir délibéré d’un char US tue deux confrères : Tars Protsyuk de Reuters et José Couso de la télé espagnole. Mais, après quelques mois de parcours commun, la famille Couso vire RSF de sa défense. Dans un rapport RSF, les boys de Ménard viennent de conclure : c’est à l’insu de son plein gré que le char de Bush a tué José. Ferme, mais juste le Robert.

Disons que Ménard choisit parfois ses combats. Ménard, une vieillesse française.

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Comme dans tous les pays olé-olé avec la liberté de la presse, Robert Ménard n’est pas vraiment populaire auprès des régimes marocain et tunisien, ses deux bêtes noires au Maghreb.
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