Cet oiseau, souvenons-en, avait disparu de nombreuses montagnes en Europe. Il y a un peu plus de trente ans, il était au bord de l’extinction dans les Pyrénées. La loi sur la protection des rapaces (1974), le travail de nombreux bénévoles et l’adhésion du monde des éleveurs à l’idée de leur sauvegarde a permis à la population pyrénéenne de se renforcer, au point qu’aujourd’hui, elle sert à la réintroduction ou au renforcement de population dans d’autres régions de France ou même d’autres pays d’Europe. Mais n’en déplaisent à ceux qui parlent déjà de régulation de l’espèce par intervention humaine, nous sommes encore bien loin d’une surpopulation. Tout se passe dans l’auto régulation en fonction de l’espace et de la nourriture : si surpopulation il y avait en fonction des opportunités de nourriture, il y aurait plus de casse chez les jeunes de l’année, moins de naissances l’année suivante. Par contre, le Vautour, nous n’aurons pas la malhonnêteté intellectuelle de le nier, peut le cas échéant être opportuniste. On peut imaginer qu’à certaines occasions, ils puisse s’approcher d’un animal malade ne remuant plus ou presque plus. Mais c’est tout. Le délire autour de l’idée d’une charge de Vautours sur une vache se tenant debout tient de l’invention ou de l’hallucination.

Certes, un grand nombre d’éleveurs Aragonais ont cessé de porter en montagne les carcasses d’animaux morts pour que les charognards se chargent du nettoyage, certes c’est regrettable et les écologistes ne peuvent que le déplorer, mais à ce jour si les Vautours étaient affamés dans notre région, les Centres de Sauvegarde de la Faune Sauvage auraient l’occasion d’en recueillir. Or, le Centre Hegalaldia, sis à Ustaritz, habitué à soigner nombre de ces oiseaux, nous assure qu’il ne s’est jamais trouvé dans ce cas de figure. Les Vautours recueillis par les soins de ses permanents sont des jeunes de l’année qui ne savent pas bien se débrouiller à la sortie du nid et qui n’arrivent plus à décoller des fonds de vallée.

Nous ne pouvons que nous étonner du fait que les « témoignages » ( !) concernant ces attaques ne soient jamais accompagnés de la moindre photographie. Ceci est d’autant plus surprenant dans le cas de l’agriculteur d’Ilharre, qui s’était déjà plaint d’une pareille affaire il y a deux ans, et déjà à proximité de son habitation. Etrange

D’ailleurs, à ce jour, aucune des plaintes n’a pu être prouvée par une image quelconque, ce qui est étonnant de la part d’éleveurs que l’on nous dépeint comme vivant dans la terreur et l’angoisse permanentes. Jamais les gardes assermentés de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage ou ceux du Parc National des Pyrénées n’ont confirmé une seule des ces allégations. Loin de nous l’idée de mettre tous les éleveurs dans le même panier. Nous avons bien trop de respect pour ce métier. Mais force est de constater qu’une infime minorité d’entre eux a, elle, aussi, comme le Vautour, le sens de l’opportunisme. Sachant que les assurances ne prennent en compte les cas de mortalité que s’il y a retournement de matrice, on ne s’étonne plus de voir que c’est ce qui est reproché aux Vautours dans la majorité des plaintes. Laissons donc les gardes de l’ONCFS et ceux du Parc National faire leur travail avant de colporter par voie de presse des comptes à dormir debout.

On connaît bien le triste rôle joué par l’IPHB (Institut Patrimonial du Haut Béarn) et par le député Jean Lassalle, dans la désinformation et l’intoxication psychologique concernant le dossier de l’ours et son cinglant désaveu par Madame Ollin, ex-Ministre de l’Ecologie et du Développement Durable. Dès lors, pas de surprise devant la montée au créneau de Didier Hervé, Directeur de l’IPHB , ancien Directeur du Centre Départemental Ovin et proche de Jean Lassalle. Comment apporter un quelconque crédit aux paroles de ce Monsieur qui, au journal de France 3 Aquitaine, se prend les pieds dans le tapis et parle du Vautour Fauve comme d’un oiseau---migrateur ! Les Verts s’interrogent : Après la faillite honteuse du dossier ours, l’IPHB n’est-il pas en train de tenter de redorer son image et de sauvegarder quelques postes honorifiques et grassement payés en trouvant un autre bouc-émissaire, le Vautour Fauve ? Ne s’agit-il pas là également, d’une enième tentative de « doubler » le Parc National dans une lutte de pouvoir mortifère pour la nature comme pour le monde paysan ?

Alors que tous les politiques se rangent derrière leurs leaders qui ont signé le Pacte Ecologique de Nicolas Hulot pour la sauvegarde de la biodiversité, donc pour la survie de l’être humain sur cette planète, nous constatons encore une fois que ces signatures n’étaient que mascarade, bouffonnerie et que, comme le dit la sagesse populaire « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient »

Par ailleurs, avant la prise de parole de Monsieur Hervé, dans le même journal télévisé, toute l’Aquitaine a pu assister à un reportage où l’on parlait du Vautour Fauve sur des images vraisemblablement déjà anciennes, qui montraient ---des Percnoptères, une espèce de Vautours bien plus petits que les Fauves, bien moins populeuse et dont la survie est très loin d’être assurée. Ces inexactitudes et ces erreurs nous semblent être dommageables pour ces espèces.

Enfin, nous estimons que cette question doit être abordée en la débarrassant de la lourde charge émotionnelle qui existe dans nos sociétés envers les charognards et les grands prédateurs ainsi que des intérêts bassement politiciens de ceux qui n’hésitent pas à l’utiliser à leur profit.

Répétons que le rôle sanitaire des Vautours est primordial dans nos montagnes où se pratique l’agropastoralisme, un merveilleux exemple d’entraide entre l’éleveur et le charognard. Et rendons un hommage appuyé aux bergers et aux éleveurs qui l’ont compris depuis longtemps et considèrent ces oiseaux comme leurs auxiliaires.