CLARETIE, Jules (1840-1913) : La Divette, [suivie de] Petite Cora.- Paris : E. Guillaume, 1896.- 120 p. : ill. de L. Marold, couv. ill. ; 14,5 cm.- (Nouvelles collections Guillaume. Lotus bleu).
Saisie du texte : S. Pestel pour la collection électronique de la Bibliothèque Municipale de Lisieux (16.04.1998)
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Petite Cora
par
Jules Claretie

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I

Le petit modèle, charmante sous le grand chapeau du Directoire, avec la jolie robe collante à rayures roses, les cheveux noirs un peu crépus, ébouriffés, hochait la tête pendant que le peintre caressait sur la toile les contours de ce mince corps souple, ces lignes juvéniles apparaissant sous la transparence des étoffes d'autrefois.

- Oh ! monsieur Georges, c'est joli, bien joli, ce costume ; mais ce n'est pas comme ça que j'aurais voulu être peinte !

Elle disait zoli, avec un doux accent créole, un grasseyement léger, très tendre, et de grands yeux noirs mélancoliques dans un visage d'enfant arabe, à la pâleur cuivrée.

- Ah ! ce n'est pas comme ça ! Et comment auriez-vous voulu être peinte, mademoiselle Cora ?

Les prunelles tristes du petit modèle devinrent ardentes tout à coup, - avides devant un rêve évoqué, - et Cora répondit, la voix tremblante :

- Oh ! ce que j'aurais voulu ! C'est en soeur de charité que j'aurais voulu me voir !

- En soeur de charité ?

- Oui ; mais avec ces grandes ailes blanches qui battent des deux côtés de la figure. C'est si beau cette coiffure, si beau ! Et soeur de charité, c'est si bien d'être soeur de charité !... J'aurais voulu être, moi, soeur de charité, au lieu de...

Elle s'arrêta, et à ses yeux noirs montèrent de grosses larmes.

- Cora, si vous pleurez, ma petite Cora, vous n'aurez plus l'air d'une merveilleuse du Directoire !

C'était dans l'atelier de mon jeune ami Georges, à deux pas de l'église Saint-Vincent-de-Paul dont les deux tours apparaissaient par la grande baie vitrée, détachant leurs silhouettes grises sur un beau ciel bleu, un ciel de mai, léger, chargé de vie. Les yeux profonds de la petite Cora le regardaient, ce ciel de printemps, et regardaient aussi ces tours grises, nettement découpées, et cette horloge qui sonnait l'heure de l'église, et sous le chapeau rose du Directoire elle hochait toujours sa tête de petite Africaine, tandis que le peintre jetait dans un gai tableau représentant, sous une tonnelle fleurie, des muscadins et des merveilleuses attablés devant des sorbets, avec des chaises vertes, des étoffes rayées, un fouillis de couleurs claires, de cheveux blonds, de bas chinés, d'écharpes, d'éventails, de sourires, et, au fond, Paris, le grand Paris révolutionnaire vaguement entrevu à travers la brume et grondant sourdement aux pieds, aux petits pieds des muscadines riant là, du haut de la butte Montmartre ou de la colline de Belleville...

Le petit modèle était loin, très loin du tableau où elle figurait. Son regard, dont la mélancolie semblait toute pleine d'un infini désert, devenait fixe en s'arrêtant sur les tours de l'église.

- Soeur de charité !

Ses lèvres, d'un rouge anémié, ses grosses lèvres dont l'ourlet un peu renflé formait un dessin classiquement pur, ses lèvres les répétaient tout bas, ces mots qu'elle avait prononcés tout à l'heure très haut avec l'expression d'un regret : soeur de charité !

- Et comment va la santé ? demanda le peintre, tout en continuant son tableau, assis sur son tabouret, à la petite Cora debout à quelques pas de lui, dans la lumière.

- La santé, monsieur Georges ? Eh bien, elle ne va pas mal, la santé !... Je crois que je m'en sortirai ! Le médecin m'a donné une potion, avec de l'éther, qui me fait du bien. Je dors mieux...

Elle toussa un peu, ajoutant très vite comme pour se faire pardonner - ou s'illusionner elle-même :

- J'ai encore une toux, mais si mince !... Oh ! ça va bien, monsieur Georges, ça va bien du côté de la santé... Ce qui ne va pas...

Elle s'arrêta, essayant de sourire et son visage enfantin, le nez tout petit, les oreilles mignonnes, son visage exotique exprima une tristesse navrante sous l'effort du rictus :

- Ce qui ne va pas, c'est la tête !...

- Ou le coeur. Vous pensez donc toujours à lui ?

- Toujours, oui, toujours ! Et toujours j'y penserai, répéta la petite créole, qui gentiment prononçait : touzours.

Ah ! le roman de la petite Cora ! Il y avait un roman, dans cette jolie tête pâle, dans ce coeur de femme-enfant il y avait un rêve, une souffrance, et la vie avait touché durement ce modèle au regard mélancolique ! Le vent d'amour avait soufflé sur ces cheveux noirs, un peu crépus, attristé ces lèvres charnues faites pour les baisers et le sourire...

Oui, il y avait de par le monde quelqu'un qui pour elle était lui, ce lui vers qui sa pensée allait et irait touzours, un lui qui l'avait oubliée, sans doute, qui ne se souciait plus d'elle, un lui dont elle ne savait que le petit nom, Pierre, un nom répété tant de fois, doux pour elle comme une caresse, adoré, ce nom, tout ce qui lui restait d'un passé qui n'était pas bien vieux, car, en vérité, quel âge avait-elle la petite Cora ? Dix-huit ans !

- Mais, disait-elle tristement, on est vieille à dix-huit ans, chez nous ! Surtout - et son rictus essayait encore de corriger ce que ses paroles avaient de navrant - surtout quand on n'a pas eu de chance !

II

- Ce qu'il était, Monsieur Pierre ? (Elle l'appelait encore Monsieur, comme lorsqu'il lui avait adressé la parole la première fois, là-bas, à la Réunion). Ce qu'il était ! Lieutenant dans l'infanterie ! Et si gentil ! Si bon ! Petit comme moi, très blond, la moustache mince, relevée, et que j'avais plaisir à friser, du bout de mes doigts, quand il voulait bien. Nous nous étions aimés tout de suite, car les façons, pourquoi en ferait-on quand on est libre et qu'on sent bien qu'on se plaît ? Plus de parents. Je restais là-bas chez une vieille tante qui voulait faire de moi une modiste. Ah ! la bonne idée ! Ils sont jolis, les chapeaux qu'on fait dans l'île !... Alors comme j'étais libre, je vous dis, je m'étais donnée à Pierre, ne me demandant pas et ne lui demandant pas s'il m'épouserait, je me disais seulement : «Puisqu'il m'aime, il fera bien de moi sa femme, je n'ai aimé que lui, je n'aimerai que lui, je suis une honnête fille comme il est un honnête homme !» Et je l'aimais, oh ! de toutes mes forces, de tout mon coeur ! Quand il m'avait à son bras, lui si gentil, quand je m'appuyais contre les galons d'or de sa tunique, je me sentais plus fière que si on m'avait nommée présidente de la République. Il y a de l'infanterie de marine casernée dans le faubourg Poissonnière. Quand je passe devant pour venir rue Lafayette, je m'arrête, monsieur Georges, et je les regarde, ces uniformes, ces épaulettes jaunes, et je me dis : «Je vais peut-être l'apercevoir, lui !» Quoiqu'il ne soit pas à Paris, j'espère toujours, et quand j'ai regardé un moment les petits marsouins, - vous savez, on les appelle comme ça, c'est lui qui me l'a dit, - je ne garde pas longtemps les yeux secs. Tout le passé me revient.

C'est vrai, je revois l'île, la mer, les bateaux de là-bas, notre ciel, nos arbres. Tout cela quand un fantassin passe. Ils n'ont pas, ici, l'uniforme blanc des tropiques. Mais ce sont eux, les marsouins de chez nous, ses soldats ! Alors je rêve ! Puis je me dis : «Tu es bête, ma pauvre Cora, tout cela est fini ; tu n'es plus au pays, tu es à Paris, et c'est triste, Paris, et c'est dur d'y vivre !»

Ah ! je regrette le temps où je lui servais d'interprète à lui, car j'ai fait campagne, j'ai fait colonne avec l'infanterie de marine, à Madagascar, et j'aimais ça, le danger, les fatigues ; il avait sous ses ordres les volontaires de la Réunion, à Farafate, et j'ai marché contre les Hovas, oui, moi, et je n'avais pas peur, non, je vous jure. Ça m'amusait, la canonnade à Majunga, et aussi quand les fusiliers marins attaquèrent au bord du Bonnamary. Et il fallait entendre siffler les balles. Pss ! Pss ! Mais qu'est-ce que cela me faisait, les balles ? j'étais avec lui.

Ses hommes l'adoraient comme moi. Le lieutenant ! Oh ! quand ils avaient dit le lieutenant, on aurait cru qu'ils avaient parlé du bon Dieu ! Partout où il leur disait d'aller, ils allaient. Il les lançait dans la brousse et, les dépassant, il marchait le premier. Lui pas très grand, moi toute petite à côté de lui, nous disparaissions presque dans les herbes. Quelquefois, nous cachés là, je l'embrassais, pendant les coups de feu. J'avais un gri gri que m'avait donné un sorcier du pays. Cela nous a préservés de tout. Le capitaine, qui m'avait autorisée à suivre la colonne comme interprète, mourut du tétanos, un soir. Il avait reçu une blessure dont il disait : «Ce ne sera rien» ; - et il marchait toujours. - Pierre le soignait mieux qu'un chirurgien. Le capitaine mourait en disant : «C'est affreux ! affreux !... Crever là ! Non, c'est face à l'Allemand que j'aurais voulu mourir !... Ah ! ce pays ! Chien de pays !... Lieutenant, je vous confie nos hommes. Ramenez-en le plus que vous pourrez en France, de ces braves garçons !» J'entends encore cette voix du capitaine, ce râle : «Crever là ! crever là !» Et comme, tout bas, je lui disais, à Pierre : «C'est affreux, c'est vrai», il me répondait gravement, lui qui riait toujours : «Qu'est-ce que tu veux ? C'est le devoir !»

Je pense encore à tout cela et je me dis : «Tout de même la fatigue, les balles, le manque d'eau, la brousse où se cachait la mort, les nuits où l'ennemi guettait, c'était le bon temps ! Je voudrais revivre ces heures-là !... Elles sont si loin !»

Et, un beau jour, la colonne rentra à Tamatave.

On avait laissé le capitaine dans un trou, très loin, avec d'autres. Pierre était le chef et revenait tout joyeux, aussi noir que moi, par exemple, brûlé du soleil et le gouverneur lui fit des compliments, ah ! des compliments, comme dans les livres !... J'étais folle de joie, moi, de ce succès-là. Je lui disais : Ils vont te nommer au moins colonel ! - Un lieutenant, y penses-tu ! Tu es donc bête, ma petite Cora ? - C'est vrai, j'étais bête ; mais on l'aurait nommé général là, tout de suite, j'aurais trouvé cela juste !

Si je m'étais doutée que cette campagne allait me séparer de lui et qu'on le rappellerait en France, à Paris, sous prétexte d'avancement ! C'est pourtant ce qui arriva. Il me l'annonça un matin, tout rayonnant, sans voir que je devenais triste... Il partait pour la France. Ça l'étonnait de me voir aux yeux des larmes. Probablement en arrivant il trouverait, disait-il, sa nomination pour la croix à l'Officiel. J'étais contente parce qu'il était content, mais j'étais désolée aussi, ah ! oui, bien, bien désolée parce qu'il ne devinait pas toute la peine que j'avais malgré sa joie... à cause de sa joie, qui sait ?

Il ne pouvait pas m'emmener, à ce qu'il paraît. Impossible. Un navire de l'État, ce n'est pas comme la brousse, on ne peut pas s'y cacher, non. Alors je me disais : «Où est la brousse, où est-elle avec le danger, les coups de fusil, les Hovas, le tétanos ? C'était meilleur !» - Mais, au moins, s'il ne pouvait pas m'emmener, il m'écrirait. Oh ! pour ça, oui ! Il me le promettait. Est-ce qu'il oublierait Cora, petite Cora ? - Si j'avais du talent, tu serais ma Rarahu !

Il disait ça, je ne comprenais pas. J'ai compris depuis. Depuis que vous m'avez prêté le livre, si joli.

Il disait encore en m'embrassant.

- Tu es à encadrer avec ta frimousse si drôle et si... si...

Oui, il disait : Charmante !...

A encadrer ! J'étais destinée à être modèle, monsieur Georges, vous voyez ! Oh ! cela lui faisait gros coeur de me quitter, je le sentais bien ! J'avais beau lui dire : - Cache-moi quelque part, emporte-moi, tu emportes bien tes bibelots ? Elle se fera si petite, toute, toute petite, ta petite Cora ; on ne la verra pas ! - Non. Toujours la même réponse : «Tu es bête !» ou : «Tu es folle !» Oui, c'est vrai, on est un peu tout ça quand on aime trop !

Et puis, voilà, le jour vint où le bateau l'emporta. Le départ, le dernier baiser, la dernière prière faite tout bas dans l'oreille : «Tu m'écriras ! tu m'écriras !» La dernière caresse de sa moustache blonde sur ma bouche : «Oui, oui, petite Cora, oui, petite Cora, je t'écrirai !» Et puis cette barque qui l'emmène, son dernier geste de la main, ce bateau où il monte et où il disparaît comme si un gros requin l'avalait. Et puis encore le bateau qui s'en va, s'en va, devient tout petit, la vapeur qu'on ne voit plus, le bateau même qui est un point, un tout petit point, qui rapetisse, rapetisse encore, et puis rien, plus rien ! Plus de Pierre ! Plus d'amour ! Petite Cora toute seule dans le monde, sur cette terre où je n'avais plus personne à aimer !

D'abord, je me disais : «Il reviendra». Ou encore : «On oublie ! Il paraît qu'on oublie !...» Mais les jours passaient et je n'oubliais pas, et il ne reviendrait jamais ! Alors si vous saviez comme je devenais triste ! Plus de goût à rien. Un ennui lourd, lourd comme un jour d'orage de chez nous, et des envies de mourir, des étouffements de tristesse. Mourir, oui, j'y ai songé plus d'une fois, allez, et sans poser, parce que j'étais trop malheureuse de vivre sans lui. Puis, dans ma tête, une idée entra, une idée folle, une idée fixe, le retrouver, aller en France puisqu'il était en France. Et sou par sou, travaillant comme je le pouvais à des chapeaux, me voilà économisant le passage sur le paquebot qui va à Marseille. Oh ! la dernière classe ! Avec les colis et les pauvres. Qu'est-ce que ça me faisait ?

Vous allez rire, je me disais : «A Paris, l'infanterie de marine est à Paris ! Je l'y retrouverai bien». Et savez-vous comment je comptais retrouver Pierre ? Sur la grand'place. Oui, ce Paris, je me le figurais comme un grand village où il y avait, ainsi que chez nous, une grande place où se tenait le marché, où l'on faisait de la musique, où l'on se rencontrait en se promenant.

Quand je répétais, sur le bateau : «Je vais chercher quelqu'un sur la grand'place, à Paris», on riait de moi, on croyait que je plaisantais. Mais je laissais rire. J'avais mon idée, je la voyais de loin, la grand'place, et Pierre s'y promenant, le sabre au côté, avec son joli casque de toile blanche.

Et c'est comme ça que je suis venue à Paris, ne restant même pas un jour à Marseille, arrivant ici tout de suite et demandant, dans le petit hôtel, près de Mazas, où j'étais descendue, mon pauvre mince bagage à la main :
- La grand'place, s'il vous plaît ?... Où est-elle, la grand'place ?

Vous devinez si la logeuse et ses garçons ouvraient des yeux. La grand'place ? Mais il y en avait plusieurs. La place de la Concorde, la place Royale, la place de la Madeleine, la place de la République... Et d'autres. Tant de maisons, tant de places ! Et toutes ces rues, tous ces boulevards ! Il me faisait peur, à présent, Paris. Où étais-je venue, mon Dieu ? Comment trouver Pierre dans ce village qui était un monde ?

J'allais çà et là, je cherchais, j'interrogeais. Et je voyais bien qu'on me prenait pour une pas grand'chose. Au ministère, on me dit : «Avez-vous les noms, prénoms, état de services, de ce Pierre ?»

- Non, je n'avais rien. Je l'appelais Pierre, et je l'aimais, voilà tout ce que je savais. Je m'étais présentée dans les bureaux, à la caserne même, la Nouvelle France on l'appelle ; mais j'y avais été si mal reçue, comme une rôdeuse, une on ne sait pas quoi, que je n'osais plus y retourner... Non, je n'y suis plus retournée... Les épaulettes jaunes, quand je voulais les interroger, dans la rue, riaient de moi ou voulaient rire avec moi, ce qui est pire... Alors je me dis : «Attendons, compte sur le hasard, ma pauvre Cora !» Ça a l'air bête et ça a l'air fou, n'est-ce pas ? Eh bien, c'est vrai, j'étais venue me jeter à ce grand Paris sans savoir rien de plus et sans avoir autre chose en poche que soixante-cinq francs, qui filaient vite...

Ah ! quand je rentrais, le soir, rue de Lyon, dans ma petite chambre, si triste avec son papier déchiré, je regrettais souvent la Réunion et même Tamatave. Et je pleurais. Mais voilà, essuyant mes yeux, je me disais : «N'importe, Cora, tu as bien fait de venir. Tu le retrouveras. Au milieu de tous ces gens qui passent, tu le retrouveras un jour ou l'autre. Du courage, ma fille !» Et j'en avais, du courage. Parmi tout ce monde où je ne connaissais personne, je me faisais l'effet d'un caillou tombé dans la mer. Puis, comment vivrais-je quand j'aurais dépensé mon dernier sou ? Des chapeaux, je n'en savais pas faire d'aussi jolis que ceux qui m'attiraient quand je passais devant les boutiques. J'avais des peurs, quand j'y songeais ! Et puis, ce quartier, le soir, où des rôdeurs, quand je rentrais, me disaient d'un ton si inquiétant, quand je passais devant un bec de gaz : «Bonsoir, la moricaude !» ou : «Eh ! grain de café ! Gentille tout de même !»

Sans le retrouver, ni sur la grand'place, vous comprenez, ni ailleurs, j'arrivai comme ça à n'avoir plus de quoi payer ma chambre, à me demander comment je mangerais demain et si je ne me flanquerais pas à l'eau ce soir. C'est vrai, monsieur Georges, j'en étais là ! Et je le dis à la logeuse, m'excusant de ne pas la solder, la priant d'attendre. Je me présenterais à toutes les modistes. Je trouverais bien de l'ouvrage. Après tout, j'étais adroite. Mais quant à m'en aller de Paris sans l'avoir revu, lui, non, je ne voulais pas, je ne voulais pas ! Ah ! à aucun prix, ça, par exemple !

C'était une brave femme, la logeuse. Elle me dit comme cela de compter sur elle. Elle verrait, tâcherait de me caser. Et, de fait, c'est elle qui m'a empêchée de mourir de faim, mais comment ?... Oui, voilà : il y avait parmi ses locataires un ancien directeur de théâtre de Cherchell, ou de Blidah, ou de Biskra, enfin, je ne sais quoi, une ville en Algérie. Il était venu à Paris avec toute une cargaison de costumes arabes, de robes de gaze, de foulards, de colliers de sequins, de babouches de pacotille, et deux grosses juives d'Alger, deux soeurs, je crois, qu'il traînait à Paris en leur disant qu'il voulait fonder un concert algérien à l'instar des musicos tunisiens de la rue du Caire... M. Castelbiel cherchait un local et une troupe. Le local, il l'avait trouvé, faubourg Saint-Martin. Une petite brasserie qui venait de faire de mauvaises affaires. On la décorerait d'étoffes algériennes, on draperait, au fond de la salle, quelques planches qui formeraient estrade. On mettrait sur la porte, en peignant des croissants dorés et des caractères arabes : Concert du Prophète. Boissons et danses de premier choix. Et les deux juives, en costumes de leur pays, chanteraient des chansons algériennes...

Mais elles ne pouvaient pas danser, les deux grosses personnes massives. Ou elles danseraient mal. «Trop de ventre, disait M. Castelbiel lui-même. Avec elles, la danse du ventre serait la danse des grosses caisses !» C'est alors que le directeur du Concert du Prophète songea à moi, qu'il avait vue passer, et en parla à Mme Souverain, la logeuse. Est-ce que je ne voudrais pas entrer avec lui dans la brasserie du faubourg Saint-Martin ? Cent sous par jour, des costumes de choix, et pour cela il me suffisait de danser.

- Mais, madame, disais-je à Mme Souverain, qui m'en parlait, je ne sais pas danser, moi ! Je n'ai jamais dansé ! Jamais !

- M. Castelbiel prétend qu'il ne faut pas savoir danser pour danser la danse du ventre. Il déclare : il suffit de donner un torticolis à son corps.

- Mais, madame, la danse du ventre, pensez donc !...
- Oh ! ma chère petite, répondait Mme Souverain, l'année de l'Exposition, c'était tellement à la mode que toutes les grandes dames du faubourg Saint-Germain la dansaient chez elles pour être agréables à leurs invités !

Elle me disait tout cela, qui m'étonnait un peu et elle me troublait en me répétant, ce qui est vrai, qu'on ne trouve pas facilement cinq francs par jour. Et puis M. Castelbiel arriva là-dessus. Un Marseillais, tout feu, tout flamme, et parlant fort et parlant tout le temps !

«Savez-vous bien ce que je vous offre, mon enfant ? Ce n'est pas seulement la vie assurée, c'est le premier échelon vers la gloire ! A Paris on arrive à tout, pourvu qu'on débute. Vous êtes jolie, vous avez un type, - oui, un type ; - qui sait si, en dansant au Concert du Prophète, vous ne faites point le premier pas vers les planches de l'Opéra ? Marie Sasse, - vous avez bien entendu parler de Marie Sasse - est sortie d'un concert du faubourg du Temple pour entrer à l'Académie impériale de musique ! Qui sait si vous n'y entrerez pas de même, maintenant qu'elle est devenue nationale ? (Oh ! je me rappelle tout ce qu'il me disait). Vous ne savez pas danser assurez-vous ? Erreur ! toutes les femmes savent danser, comme tous les canards savent nager. La danse fait partie des charmes de la femme. Vous n'avez jamais dansé la danse du ventre ? Eh bien, vous ferez semblant de la danser. Vous danserez des bras, vous danserez des épaules. Avec vous, ce sera toujours bien. Elles étaient moins agréables à voir que vous, les almées de la rue du Caire ! Et puis vous aurez un si joli, si joli costume ! De la gaze, une ceinture d'or, des pantoufles roses ! vous voulez retrouver à Paris quelqu'un qui vous est cher ? Mais c'est un moyen de le retrouver, précisément. C'est même le meilleur moyen. Il doit aimer l'art, votre inconnu. Quand il verra annoncer l'ouverture du Concert du Prophète, qui nous dit qu'il ne viendra pas faubourg Saint-Martin ? Et comment voulez-vous qu'il sache que vous êtes à Paris ? Une aiguille dans une botte de foin ! Tandis que s'il lit sur une affiche, en grosses lettres - la vedette, je vous promets la vedette : Débuts de Mlle Cora Berthier, danseuse orientale ; je dis orientale pour ne pas tromper le public. Vous êtes Orientale, vous n'êtes pas Algérienne. Fatma et Medjé sont Algériennes... s'il lit cette affiche, parbleu, il accourt, il vous applaudit, il saute sur l'estrade, il vous embrasse et vous l'avez retrouvé !»

C'est vrai, j'ai dans l'oreille toutes ces paroles de M. Castelbiel comme si je les entendais encore ! Ah ! langue de miel ! L'idée que je pouvais, en mettant mon nom sur une affiche, retrouver Pierre, attirer son attention, le revoir, emporta tout. Tant pis ! Je danserais. Je me mettrais des sequins dans les cheveux et je montrerais mes bras nus, sous la gaze. Et je dansai. Il paraît que M. Castelbiel a raison : toutes les femmes dansent bien, puisque je ne dansais pas mal. La danse du ventre, dans la fumée de la petite brasserie, avec les applaudissements accompagnés de bruits de cuillers sur le verre des bocks. Et, tous les soirs, dans cet air chaud, sentant le tabac, qui me prenait à la gorge et me faisait déjà tousser ; tous les soirs, regardant la foule, du haut de l'estrade, pour voir, à travers le brouillard, la poussière, s'il n'était pas venu, lui, attiré par la belle affiche où figurait mon nom, écrit très gros, et si, parmi tous ces visages inconnus, je ne découvrirais pas le sien, celui de Pierre ! Ah ! bien oui ! J'avais beau chercher, aller d'une figure à l'autre, jamais je ne l'ai vu, jamais. Et d'ailleurs, s'il était venu, s'il avait été là, je n'aurais pas eu à attendre pour l'apercevoir, je l'aurais deviné, avec mon coeur, sinon avec mes yeux. Tout mon moi eût été à lui.

Non, la danse du ventre, les tambourins frappés par Fatma et Medjé, les chansons d'Alger accompagnant mes déhanchements, et voilà tout, pas de Pierre. Et je rentrais chaque minuit dans la petite chambre que j'avais louée faubourg Saint-Martin, plus triste qu'autrefois dans l'hôtel de la rue de Lyon où j'allais encore très souvent interroger Mme Souverain : par hasard, - n'était-il pas venu me demander là - est-ce qu'on sait ?

Je n'étais pas heureuse, pensez ! Il m'ennuyait, ce métier de saltimbanque ! Mais, que voulez-vous ? il faut vivre. C'est ce que me disait un vieux comédien, M. Brichanteau, que M. Castelbiel avait engagé, et qui récitait des poésies entre deux de nos danses. M. Castelbiel appelait ça le numéro classique.

- Mais voilà le problème, me disait-il, M. Brichanteau. Durer, mon enfant, il faut durer. Quand on dure, on a sa revanche. Vous l'aurez, vous qui êtes jeune ; je l'aurai, moi qui suis vieux ! Pensez que j'ai joué la tragédie avec Rachel en Amérique, moi, - j'étais tout gamin, - que je suis élève et émule de Beauvallet, mon professeur jaloux de moi, et que cependant, vous le savez, je dis des vers dans un café-concert, fidèle à Corneille jusque dans un caboulot. Résignons-nous, mon enfant, patientons, croyons à l'art, nous avons l'avenir !

Et, comme je lui répondais que l'art, je ne m'en inquiétais pas, moi, et que la danse du ventre, ce n'était pas mon métier, çà, il répliquait - parce que je lui avais conté mon histoire avec Pierre :

- Eh bien, vous aurez votre revanche, absolument comme moi ! Vous à dix-huit ans, moi à soixante ! J'aurai la gloire et vous aurez l'amour !

Pauvre M. Brichanteau, si bon, si paternel, me disant : «Vous valez mieux que ça... comme moi. Nous sommes les otages du destin ! Vous ridiculisez votre beauté par des torsions, je verse à la muse, au lieu d'ambroisie, des bocks de bière !» Il me faisait sourire, - oh ! je ne me moquais pas de lui ! - il me consolait.

Et voilà : les jours passaient, les mois, des mois qui n'en finissaient pas, et ils passaient comme si j'avais rêvé. C'était si long et ça allait si vite ! Le Concert du Prophète ne réussit pas. On ferma les portes. M. Castelbiel partit, allant on ne sait où, laissant sur le pavé les deux juives, sans compter M. Brichanteau. Lui, Brichanteau, se réfugia où il put, entra comme figurant à l'Ambigu, je crois. Et puis on nous offrit, à Medjé, à Fatma et à moi, de danser au Moulin-Rouge, toujours la danse du ventre, dans l'intérieur d'un grand éléphant, d'un éléphant monstre, acheté à un établissement qui n'avait pas réussi pendant l'Exposition, le Pays des Fées. C'est là que vous m'avez vue, monsieur Georges, moi dansant toujours, - dans le ventre d'un éléphant, cette fois, - et toujours regardant s'il ne viendrait pas, si je ne le reconnaîtrais pas... Ah ! je désespérais de tout quand vous m'avez rencontrée ! Malade, d'ailleurs, avec une mauvaise toux prise là-bas, au Concert du Prophète... Puis, si ennuyée de danser éternellement au son du même tambourin des deux grosses juives accroupies là et si bêtes !... Aussi, quand vous m'avez proposé de poser pour vous, vous avez vu, oui, vous avez vu comme ça m'a fait plaisir. C'est vrai, ça me changeait. Je respirais un autre air. J'étouffais là-bas. Et puis j'ai mal là, dans la poitrine, ça me brûle. Je n'aime pas l'hiver, le brouillard de Paris ; il me faut du soleil, à moi, vous comprenez. La chaleur de votre poêle, c'est bon, n'est-ce pas ? Ça me réchauffe le dos, mais cela me cuit dans la gorge un peu. Je voudrais qu'il fût fini, l'hiver, pour aller prendre du soleil à la campagne, quoiqu'il soit bien pauvre, le soleil de France, à côté de celui de chez nous ! Mais, du soleil, ah ! du soleil, quel qu'il soit, j'en ai soif, j'en ai besoin !

Et, pendant qu'elle parlait, la petite Cora, ses yeux, - ces grands yeux noirs où de l'alanguissement navré traînait comme de la brume, - ses yeux s'animaient, s'allumaient. L'espoir de revoir du soleil les enflammait comme si l'idée même de ce soleil, de cette chaleur et de cette clarté fût liée à l'image de l'officier disparu, de ce Pierre cherché dans la *grand'place*, du cher et doux autrefois resté là-bas, si loin, au delà de la mer immense !

Puis, un sourire d'enfant, un désir d'enfant, venant tout à coup à cette petite tête de créole frêle et anémiée :

- Oh ! et puis ce que je voudrais aussi, je vous le répète, oui, ce que je voudrais, ce que je voudrais tant et tant, c'est mon portrait en soeur de charité ! Être soeur des pauvres, j'aurais aimé ça, moi !

- Votre portrait, petite Cora, avec la coiffe blanche, vous l'aurez !

- Vrai ?

Elle frappait des mains, toute joyeuse, comme une toute petite à qui l'on eût promis un jouet.

- Oui, vous l'aurez !

- Tout de même, voyez, voyez comme on est drôle ! dit-elle, tout à coup redevenue mélancolique. Pierre ! Je ne le reverrai plus, je ne le retrouverai pas, c'est sûr ! Eh bien, l'idée de me voir en soeur de charité, ça me console. Il y en avait, là-bas, des soeurs de charité, qui soignaient les soldats de France quand ils mouraient d'une insolation, d'une colique ou d'une balle. Il me semblera que c'est moi qui le soigne !

III

J'avais, de cette vision de la petite Cora, de ce petit corps grêle et exquis, de ces yeux profonds, si tristes, de cette douce voix zézayante, de cette fille d'Afrique costumée de la robe de soie d'une muscadine, emporté un souvenir touché, tant il y avait de charme tendre, de résignation fataliste dans cette jolie créature qui, pour retrouver l'ami perdu, s'était livrée aux hasards de la vie de Paris comme un chien se fût jeté à la nage pour suivre son maître emporté par le bateau, - et qui, partant de là-bas, naïve, confiante, était tombée dans le brouhaha, le fourmillement, l'engrenage de ce monstre qu'est Paris, en disant :

- Connaissez-vous un gentil officier blond qui s'appelle Pierre, et où est la grand'place du village que je l'y retrouve ?

Pauvre fille ! de la soeur de charité, elle n'avait pas seulement l'appétit du costume elle avait aussi la vocation et le coeur. Puis je l'avais à peu près oubliée, souriant parfois cependant, quand j'y songeais par hasard, de cette folie de confiance qui l'avait poussée à traverser les mers pour courir après l'amour. Un soir, à la Porte-Saint-Martin, dans Cléopâtre, parmi les esclaves groupées autour de la reine étendue sur sa terrasse, allongée comme un serpent au soleil, je crus reconnaître le petit modèle de l'atelier ami, et la regardant plus longuement à la lorgnette, je la retrouvai, en effet, la petite Cora, non plus sous le costume de soie rayée de la Merveilleuse, mais entourée, caressée des plis transparents d'un vêtement de danseuse égyptienne, des ornements d'or au front, aux poignets, aux chevilles ; et pendant que la reine alanguie suivait d'un oeil morne, au fond du ciel bleu, comme un vol d'ibis, son insatiable rêve, la danseuse d'Égypte dansait, sur un air monotone et lent, cette danse de la rue du Caire, qu'elle avait mimée et dansée, pour vivre, dans le cabaret fumeux de Castelbiel.

Cora ! la petite Cora ! le petit modèle qui avait pour chimère de se voir peinte en soeur de charité ! Elle m'apparaissait là, transformée, son teint brun éclairé par la rampe d'une lueur pâle, et les torsions de son mince corps de créole donnaient vraiment la sensation d'une almée d'Égypte à ce public accouru et ne se doutant guère du pauvre roman d'amour qui attristait cette pâle petite tête aux cheveux dénoués et faisait battre ce petit coeur enfantin sous les vêtements de gaze et les maillots du costumier.

Et je me disais :

- Bah ! maintenant roulée par la vie de Paris, emportée, prise, dans l'engrenage du théâtre, elle oubliera, la petite Cora ! Et adieu donc à l'ami Pierre !

Elle n'était plus sans doute la petite ignorante débarquant dans le grand village pour retrouver le «bien-aimé» ; elle était la danseuse applaudie de Cléopâtre et j'allais rencontrer, quelque jour, sa photographie à la vitrine des papetiers.

Puis encore des mois passèrent, et plus que des mois, et j'avais oublié la petite danseuse, lorsqu'une lettre vint me la rappeler, lettre touchante, poignante, écrite par elle sur un ton très doux de prière... Elle demandait une apostille pour une pétition qu'elle adressait au ministre de la marine.

Malade, poitrinaire, disait-elle, la mort à Paris lui faisait peur. Elle voulait retourner à la Réunion, revoir le pays, retrouver son ciel, le soleil d'autrefois, la vie. Elle en avait assez de ce Paris qui la tuait. Elle avait peur de la misère et de ce qu'elle traîne à ses jupes trouées, la maigre mégère. Partir ! Elle mettait, la petite Cora, autant de fièvre à vouloir s'enfuir qu'elle en avait mis à venir ici chercher Pierre. Mais voilà, pour partir, il fallait de l'argent. Elle tremblait de se retrouver, avec cette toux qui la minait et «ce mal partout» qu'elle avait, dans l'entrepont étouffant du navire. Et elle sollicitait du ministre le rapatriement, avec la grâce de n'être pas mise à la troisième classe, de pouvoir humer l'air libre de la mer et regarder, la nuit, les étoiles.

Le paquebot devait quitter Marseille le 3 avril. Cora demandait à partir dès les jours froids de janvier. Elle savait sans doute que c'est long à revenir, les réponses officielles. La demande de la pauvre fille ne regardait pas le ministère de la marine ; mais - comme on lui répondait en style administratif - elle «rentrait, par son objet, dans les attributions de M. le sous-secrétaire d'État des colonies, à qui, par suite, elle était transmise...»

Et, toussant, dans quelque chambre triste, la petite Cora attendait, vivant des quelques sous économisés depuis les soirs de la Porte-Saint-Martin et se demandant si ses économies - et ses forces, pauvre fille - iraient jusqu'à ce mois d'avril, ce départ de printemps vers le soleil. Elle n'avait même plus le goût de poser pour son portrait en coiffe blanche... Soeur de charité ?

- Non.

Trop fatiguée. Et trop maigre. Je serais si laide !

- Non, non, disait-elle, je vous laisserai ma photographie du temps que je pouvais me croire jolie. Vous lui mettrez la coiffe blanche de la soeur et vous ferez le portrait de mémoire...

Vous me l'enverrez là-bas !

C'est bien loin, là-bas !

Elle est partie, par ce mois d'avril, la petite Cora, partie pour le pays où est né son rêve. Ce fantôme d'amour qu'elle a poursuivi, elle le retrouvera encore là-bas, elle le retrouvera plus sûrement que dans les rues boueuses du grand village.

Et je pense souvent à elle, à cette fine tête d'enfant, à ces yeux rêveurs, à cette voix caressante de créole si douce, à cette supplication du petit modèle :

- Oh ! monsieur Georges, en soeur de charité, c'est si zoli ! C'est comme ça que j'aurais voulu être peinte !

Et je me dis aussi que, peut-être, sur l'oreiller blanc où la petite créole aura laissé tomber sa tête brune, quelque coiffe blanche de soeur de charité s'est déjà penchée, là-bas, la grande coiffe qu'elle trouvait si jolie, la coiffe aux larges ailes de papillon blanc, - et qu'une voix de femme aussi douce que la sienne, une voix murmurante et consolatrice aura dit tout bas au petit modèle, à la petite Cora si fatiguée, si fatiguée et fermant ses yeux pour toujours :

- Dormez, petite Cora, dormez bien !

Et elle se sera endormie ainsi, la petite Cora, sous l'aile de la Zolie coiffe blanche, elle se sera endormie pour rêver du bon ami Pierre qu'elle cherchera encore sur la grand'place d'un plus grand village, de cet autre monde plus vaste encore et plus inquiétant que le nôtre : l'infini !

Rêvez toujours, petite Cora !


La Divette
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