Rechercher sur le site
Informações em português
Imprimer le contenu de cette page
Imprimer le contenu de cette page

Le ministre Celso Amorim rencontre le ministre Français des Affaires etrangères

Aujourd’hui, 27 février, Monsieur Celso Amorim, Ministre brésilien des Relations Extérieures, et le Ministre français des Affaires Etrangères, M. Phillipe Douste-Blazy, se sont retrouvés au Quai d'Orsay, à Paris, pendant près d’une heure et demie, autour d’un petit déjeuner de travail.

Les deux Ministres se sont entretenus de la prochaine venue au Brésil du Président Jacques Chirac, prévue fin mai, et ont examiné les perspectives de coopération bilatérale dans différents domaines, comme la santé, la science et la technologie et l’industrie aéronautique. Pour ce qui est de la production de médicaments, ont été évoquées des possibilités de coopération entre pays développés et en développement, en faveur, notamment, des nations les plus pauvres du continent africain. Ont également été abordées l’idée de création d’une centrale mondiale d’achat de médicaments et les questions portant sur les mécanismes innovants de financement destinés à la lutte contre la faim et la pauvreté dans le monde.

Compte tenu du succès de l’Année du Brésil en France, où plus de 300 manifestations ont attiré un public de près de 15 millions de personnes, les deux Ministres sont tombés d’accord sur la possibilité d’organiser une Année de la France au Brésil, à une période qui sera définie en temps utile.

Les deux Ministres ont échangé des informations sur des sujets à caractère bilatéral, parmi eux, l’état d’avancement - au niveau interne de leurs deux pays - du processus visant la Construction du Pont sur l’Oyapock.
Cette rencontre a également permis d’analyser le large éventail de thèmes de l’agenda multilatéral, montrant une convergence de positions significative des deux Ministres en ce qui concerne la situation en Haïti. Les Ministres Celso Amorim et Douste-Blazy se sont penchés sur la situation au Moyen Orient, en particulier l’Iran, la Palestine, la Syrie et le Liban. Ils ont enfin passé en revue le processus de réforme du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Demain, 28 février, le Ministre Celso Amorim participera à la Conférence de Paris sur les financements innovants du développement. Lors de la session d’ouverture - qui comptera, parmi nombre d’autorités, sur la présence du Président Jacques Chirac et de M. Kofi Annan, Secrétaire Général des Nations Unies -, le Ministre Celso Amorim lira aux participants un message du Président Lula. L’après-midi, le ministre brésilien des Relations Extérieures, présidera la première réunion plénière de la Conférence, axée sur la question des "Financements innovants du développement : nouvelles ressources pour une mondialisation solidaire". La clôture de la Conférence est prévue mercredi 1er mars, en présence de M.M. Celso Amorim et Douste-Blazy, et sera suivie d’une conférence de presse conjointe.

Lire le communiqué de presse sur la visite du Ministre Celso Amorim

Service de presse de l’Ambassade du Brésil – 01 45 61 63 16 / 22
imprensa@bresil.org

www.bresil.org

Informações em português
Imprimer le contenu de cette page
Imprimer le contenu de cette page

Seconde Conférence Internationale sur la traçabilité des produits agricoles

 

Du 10 au 12 avril

Centre des Conventions Ulysses Guimarães
Brasília / DF – Brésil

Le Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de l’Approvisionnement organise à Brasília, du 10 au 12 avril, la Seconde Conférence internationale sur la traçabilité des produits agricoles intitulée : « Une alimentation sécurisée et soutenable : examen de la conformité des processus agricoles ».

La Conférence vise à renforcer les mécanismes d’échange des expériences internationales en matière de système de qualité et de régulation dans les processus agricoles. Elle abordera plus particulièrement les thèmes suivants :

a) Les échanges technico-scientifiques et d’information sur le marché concernant les systèmes d’évaluation de la conformité de la certification, de l’identification de l’origine et de la traçabilité de processus dans les chaînes de production agricoles. Ces systèmes se fondent sur des principes et des procédures telles que les Bonnes pratiques agricoles (BPA) et de fabrication, l’IPDM (« Integrated Pest and Disease Managment »), l’Analyse des dangers et la maîtrise des points critiques, les normes de qualité ISO, entre autres ;

b) Les mécanismes et les instruments visant à faciliter les actions d’harmonisation et d’intégration des normes relatives aux systèmes de qualité et les indicateurs de contrôle sanitaire et phytosanitaire, élaborés par des organismes internationaux tels que CODEX, OIE et CIPV, et qui ont des conséquences sur les échanges commerciaux internationaux;

c) L’identification et la configuration de partenariats internationaux stratégiques et prioritaires, capables de donner une impulsion à l’insertion brésilienne dans d’importants marchés mondiaux de produits issus de chaînes de production agricoles compétitives de grande qualité et à forte valeur ajoutée, selon les exigences de customisation de ces marchés.

En savoir plus

Informações em português
Imprimer le contenu de cette page
Imprimer le contenu de cette page

Participation du Ministre brésilien des Relations Extérieures à la Conférence de Paris

 

Le mardi 28 février, à 10h30, lors de la cérémonie d’ouverture de la Conférence de Paris, Monsieur Celso Amorim, Ministre brésilien des Relations Extérieures, lira un message personnel du Président Lula. À 14h15, le Ministre Amorim présidera la première Plénière de la conférence, « Les financements innovants du développement : de nouvelles ressources pour une mondialisation solidaire », au Centre de conférences internationales (19, Av. Kléber).

Le lendemain, à 12h15, au Centre de conférences internationales, M. Celso Amorim prendra part à la Cérémonie de clôture, aux côtés de Monsieur Douste-Blazy. A 13 h, le Ministre brésilien participera à la conférence de presse. 

 

L’accréditation des journalistes se fera directement auprès du Ministère de Affaires étrangères
 

Conférence Ministérielle « Solidarité et mondialisation : financements innovants pour le développement et contre les pandémies » - communiqué du 24 février


Monsieur Celso Amorim, Ministre brésilien des Relations Extérieures, participera à la Conférence Ministérielle « Solidarité et mondialisation : financements innovants pour le développement et contre les pandémies », qui se tiendra à Paris, les 28 février et 1er mars prochains. Cette manifestation qui sera ouverte par le Président Jacques Chirac et comptera sur la présence de M. Kofi Annan, Secrétaire Général des Nations Unies, et autres personnalités de portée internationale, s’inscrit dans le cadre de l’Action internationale contre la Faim et la Pauvreté, dont l’initiative revient au Président Luiz Inácio Lula da Silva, en partenariat avec les Chefs d’Etat et de Gouvernement de France, du Chili, d’Espagne, d’Allemagne et d’Algérie.

Les débats seront centrés sur la proposition de créer un projet-pilote reposant sur une légère contribution sur les billets d’avion de vols internationaux. L’idée est d’instaurer une contribution suffisamment faible pour ne pas affecter les marchés du transport aérien et du tourisme, mais dont le produit puisse être significatif pour les actions internationales d’assistance aux pays de moindre développement. On espère que ce mécanisme démontrera la viabilité de taxes appliquées aux niveaux nationaux et sous coordination internationale visant la lutte contre la faim et la pauvreté.

La Conférence devrait avoir pour résultat la création d’un "Groupe-Pilote" de pays désireux de mettre en place ce mécanisme. Est à l’étude la possibilité de destiner une partie des futurs fonds collectés à la création d’une centrale internationale d’achat de médicaments contre le SIDA et autres maladies comme la malaria, la tuberculose, afin d’assurer aux pays les plus pauvres la fourniture de traitements à prix réduits.

D’autres mécanismes de financement innovants telle l’application de taxes sur les flux financiers mondiaux et la lutte contre les paradis fiscaux, seront également examinés lors de cette Conférence Ministérielle.

M. Celso Amorim devrait présider la 1re Séance plénière de la Conférence ("Les financements innovants du développement : de nouvelles ressources pour une mondialisation solidaire"), et le ministre français des Affaires étrangères, M. Philippe Douste-Blazy, la 2e plénière ("Des financements innovants pour la sante publique : les projets pilotes de contribution internationale de solidarité sur les billets d’avion et de facilité internationale d’achat de médicaments ").

La Conférence de Paris poursuit le processus de mobilisation politique amorcé en janvier 2004, à Genève, avec la rencontre entre les Présidents du Brésil, de France et du Chili, et le Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, processus qui a connu un remarquable élan avec la Réunion des Dirigeants Mondiaux à l’instigation du Président Lula, à New York, en septembre de la même année, et à laquelle ont participé plus de 50 Chefs d’Etat et de Gouvernement.

Pour en savoir plus sur les nouveaux mécanismes de financement pour le développement :

Site en anglais du Ministère des Relations extérieures brésilien

Site de l’Ambassade du Brésil en France

Service de presse de l’Ambassade du Brésil – 01 45 61 63 16 / 22

imprensa@bresil.org

 

www.bresil.org



Informações em português
Imprimer le contenu de cette page
Imprimer le contenu de cette page

Janvier 2006

 


 

  • La Tribune, 31/01/06
    Les Vingt-Cinq soutiennent la fermeté de Peter Mandelson
    La rentabilité des sociétés pétrolières est amoindrie en Bolivie, en Argentine et au Venezuela

  • Les Echos, mardi 31/01/06
    Michelin se dote d’une réserve naturelle au Brésil
    Des clones à la rescousse de la culture de l'hévéa
    L'excédent budgétaire primaire brésilien meilleur que prévu en 2005
    Arcelor écarte toute négociation sur le prix de l'OPA de Mittal Steel
    ABN Amro affiche de solides résultats 2005
  • Le Figaro, mardi 31/01
    Désinformation autour du Brésilien tué à Londres
  • Les Echos, 30/01/06
    Davos de bric et de broc
    CVRD va investir 4,6 milliards de dollars en 2006 
  • La Tribune, 27/01/06
    Le français Tereos multiplie les acquisitions
    Le numéro deux mondial cherche à atteindre une taille critique et à développer son activité de biocarburants.
    Les prêts aux particuliers en pleine expansion dans les pays émergents
    Davos craint l'épuisement des ressources naturelles
      
  • L’Expansion, Février 2006
    Botelho, pilote virtuose du géant brésilien de l'aviation
  • Libération, 26/01/06
    Le Forum social mondial à Caracas et le Forum de Davos
  • Le Figaro, 26/01/06
    Hugo Chavez en champion du Forum social mondial
  • Libération, 24/01/06
    Le forum social mondial passe de bamako à caracas
  • La Tribune, 24/01/06
    La Coface pointe l'érosion des marges des entreprises
  • Les Echos, 24/01/06
    Amérique latine : une année à hauts risques
    ÉDITORIAL
    A nouveau monde, nouveaux risques... mais lesquels ?
    Le brésilien Embraer se sépare de ses actionnaires français
  • Le Monde, 24/01/06
    Evo Morales : "Nous sommes là pour changer l'Histoire"
    Redéploiement des diplomates américains dans le monde
    Washington s'oppose à la vente d'avions militaires au Venezuela par le constructeur brésilien Embraer
    La « revolution » Chavez est – elle exportable?
    L’Amérique latine se met à rêver d’une économie plus juste
    La région passe à gauche hésite entre la révolution bolivienne et le pragmatisme chilien
    Cinq expériences sous la contrainte des marchés
    Les nouveaux élus doivent attirer les capitaux indispensables au développement
    Olivier Dabène :
    L’influence extérieur d’Hugo Chavez reste très modeste
  • Les Echos, 23/01/06
    Les nouveaux visages de l'immigration
  • La Tribune, 23/01/06
    Renault : Ghosn instaure un pilotage par centres de profits géographiques
    Le constructeur se réorganise par grandes régions du monde avec des objectifs clairs de rentabilité. La direction réunit aujourd'hui à ce sujet les partenaires sociaux.
    Le brésilien Embraer restructure son capital
  • Le Monde, 21/01/06
    De l'Amazonie à Harvard, sur les traces de l'intuition géométrique
    Les groupes pharmaceutiques ciblent les pays émergents
    La présentation des résultats du géant suisse Novartis a donné l'occasion à Daniel Vasella, PDG, de mettre l'accent sur le rôle de locomotive des pays en développement
  • La Tribune, 20/01/06
    BRÉSIL
  • Libération, 20/01/06
    Même système politique, même désaffection : la France pourrait s'inspirer du récent scrutin.
    Les leçons de l'élection au Chili
  • Les Echos, 20/01/06
    Le Brésil a enregistré un excédent courant record l'année dernière
  • Le Point, 20/01/06
    INTERVIEW ALAIN MINC
    AMÉRIQUE LATINE
    La vague rose
    La gauche a conquis le pouvoir dans nombre de pays de l'Amérique latine mais ce phénomène recouvre des réalités très différentes.
  • Le Monde, 20/01/06
    Le président bolivien élu rend hommage à Mao et Castro, mais rassure les investisseurs
  • Le Monde, 19/01/06
    Haïti sombre dans la peur avant l'élection présidentielle
  • Libération, 18/01/06
    Vu d'ailleurs
    Un carton «country» au Brésil
  • Les Echos, 18/01/06
    Le veto de Washington aux ventes d'Embraer embarrasse Brasilia
    Embraer souhaite modifier la structure de son capital
  • La Tribune, 17/1/06
    L'Amérique latine confirme son virage à gauche
  • Libération, 17/01/06
    Amérique latine: la gauche nouvelle vague
    La tendance à l'expansion du nucléaire reste à la merci d'une résurgence de la peur.
    Nucléaire : un avenir radieux ?
  • Le Monde, 17/01/06
    Retour à un monde bipolaire ?,
    Alors que les « maîtres du monde » se retrouvent à Davos, les altermondialistes se donnent rendez-vous à Bamako puis à Caracas
    Hugo Chavez, parrain contesté du Forum social
  • Les Echos 17/01/06
    Santiago-Paris
    Espoirs en Amérique latine
  • La Tribune 16/01/06
    La Bolivie vient renforcer le camp "de l'autre développement
    La Paz mise sur ses ressources naturelles
  • Libération 14-15/01/06
    Ressources. Laurence Tubiana, économiste, pointe les dangers qui s'annoncent:
    «Un développement non viable»
    Le Brésil veut limiter la hausse du prix de l'éthanol
    Salvador de Bahia, avec armes et bagages
  • Le Figaro 14-15/01/06
    La nouvelle carte du monde
    Bric, le carré magique des marchés émergents 
  • Les Echos 13/01/06
    La croissance mondiale des OGM s'essouffle
    Les cultures génétiquement modifiées ont progressé en 2005 de 11 %, à 90 millions d'hectares. La demande en soja semble plafonner.
  • Le Figaro 13/01/06
    Pourquoi les entreprises américaines n'ont jamais été aussi profitables
    Progression des cultures d'OGM dans le monde
    Biotechnologies Les surfaces cultivées avec des plantes transgéniques sont en forte croissance dans les pays en voie de développement.
  • La Tribune 13/01/06
    BRÉSIL
    L'inflation est au plus bas depuis 1999.
    Un "Requiem" carioca
    L'éditeur K 617 sort un "Requiem" de Mozart venu de Rio de Janeiro, achevé par Neukomm et dirigé par Jean-Claude Malgoire. 
  • Libération 13/01/06
    Arts. A la Maison de l'Amérique latine, une exposition survole le parcours complexe de la peintre brésilienne.
    Tarsila Do Amaral, la cannibale culturelle
  • Le Monde 13/01/06
    La croissance des surfaces cultivées en OGM s'est ralentie en 2005
  • La Tribune, 12/01/06
    PÉTROLE - Brésil Petrobras investit 18 milliards de dollars.
  • Le Monde 12/01/06
    Le Brésil bénéficie de la très forte hausse des exportations de ses produits manufacturés
    Un monde d'insécurité énergétique, par Jean-Michel Bezat 
  • L'Express, 12/01/06
    DÉLINQUANCE - Latin gangs issues des minorités sud-américaines, les bandes ultra-violentes se multiplient en Espagne
  • Le Monde, 10/01/06
    Haïti confronté à une nouvelle vague de violences
    Arcelor pourrait surenchérir sur Dofasco avec l'appui de l'américain Nucor
    Les excédents d'épargne mondiale sont les vrais responsables des déficits des Etats-Unis
  • Le Monde, 08-09/01/06
    Le président bolivien élu, Evo Morales, en visite à Paris, veut séduire et rassurer
  • Libération, 09/01/06
    Suicide du patron de l'ONU en Haïti
    La mort du général Bacellar porte un coup dur à la politique étrangère brésilienne.
    Les intérêts agricoles de l'Europe à l'épreuve de l'OMC
    La France gagnée par le syndrome virginien
  • Le Figaro, 09/01/06
    Le chef de la mission de l'ONU retrouvé mort à Haïti
  • L'Humanité, 07-08/01/06
    Gauches au pouvoir
    Les équipes au pouvoir héritent d’une situation catastrophique » - Entretien avec Michel Rogalski, directeur de la revue Recherches internationales.
    Bolivie : Evo Morales sur le pont
  • Libération, 07-08/01/06
    XXIe siècle. Agronomie - La reconquête de l'hévéa
    Mondialisation végétale - Arbres et plantes ont été depuis toujours des butins appréciés des explorateurs. 
    Morales en Europe, avec modération - A Paris jusqu'à samedi, le nouveau président bolivien veut rassurer les Etats et les investisseurs.
    Le café brésilien contre l'UE
  • Le Figaro, 07-08/01/06
    Les projets de Gilles Pélisson pour Accor
    Les cours mondiaux du café s'emballent
    Le Forum économique de Davos a raison de mettre en avant l'«impératif créatif»
    Evo Morales, un Indien à Paris 
  • Libération, 06/01/06
    Tentations - L'hypothèse des modules
    Des objets en constante évolution et combinaison.
  • La Tribune, 06/01/06
    Encore de beaux jours pour les émergents
  • Les Echos, 06/01/06
    Legris vend une de ses deux grandes divisions au néerlandais Aalberts 
  • Les Echos, 05/01/06
    EQUIPEMENTIER DE TELECOMMUNICATIONS - SERVICES
    Alcatel se renforce au Brésil
  • Le Figaro, 05/01/06
    Pour rembourser le FMI, l'Argentine s'endette au prix fort
  • Le Monde, 05/01/06
    Gaz : la nouvelle ruée vers "l'or bleu"
    A Los Yungas, le combat des cocaleros
    Reed Brody, chasseur de dictateurs  

 

 

 


 

 

La Tribune, 31/01/06

  • Les Vingt-Cinq soutiennent la fermeté de Peter Mandelson

    À l'occasion d'un dîner, dimanche, à Bruxelles, les ministres du Commerce de l'Union européenne (UE) ont apporté "un très fort soutien" à la position de la Commission dans les négociations à l'OMC, selon le porte-parole de Peter Mandelson. Le commissaire au Commerce a souligné que la balle était dans le camp des autres protagonistes du Doha Round : alors que l'UE a déjà fait des propositions "ambitieuses" en matière agricole, il reviendrait aux pays émergents d'ouvrir leurs marchés des services.
    La France s'associe à cette "fermeté" de la Commission. Christine Lagarde, ministre déléguée au Commerce extérieur, a souligné hier à Bruxelles que l'UE doit refuser que le cycle de négociations se limite à un "Yalta pour le commerce agricole", imposé par une "alliance improbable" entre les États-Unis et le Brésil contre l'UE. "Nous devons afficher très clairement notre objectif : nous ne devons accepter aucune réduction dans la portée de la négociation", qui concerne également les produits industriels et les services, a-t-elle estimé.

  • La rentabilité des sociétés pétrolières est amoindrie en Bolivie, en Argentine et au Venezuela

    Emmanuel Dubois-Pèlerin, directeur en charge des matières premières chez Standard and Poor's, explique que les récentes évolutions politiques en Amérique Latine pèsent sur les comptes des sociétés pétrolières, en particulier sur ceux du groupe espagnol Repsol-YPF, qui a dû revoir à la baisse de 25% ses estimations de réserves en hydrocarbures.
    Pourquoi les changements politiques en Amériques Latine pèsent-ils sur la production des sociétés pétrolières?

    En Amérique Latine, si le Brésil et le Chili sont préservés des turbulences, des changements politiques importants ont eu lieu en particulier au Venezuela, en Bolivie et en Argentine. Les évolutions politiques en Amérique Latine ont lieu depuis 2002 et se sont fortement accentuées au Venezuela et en Bolivie en 2005, ayant notamment un impact sur le secteur de l'extraction d'hydrocarbures.

    Ainsi, en Bolivie, le gouvernement a augmenté les royalties sur l'extraction d'hydrocarbures de 18% à 50%, accroissant ainsi la part de la rente qui revient à l'Etat ; le nouveau gouvernement parle même de nationalisation. Au Venezuela, les changements juridiques intervenus ont tranformé obligatoirement les contrats existants en joint-ventures entre l'Etat et les sociétés étrangères majoritairement détenues par le premier. Enfin, en Argentine, en plusieurs étapes depuis 2002, le gouvernement a mis en place des taxes à l'export et un plafond sur les prix intérieurs du gaz naturel et des produits pétroliers raffinés. Par conséquent, la rentabilité des sociétés pétrolières en est nettement amoindrie dans ces pays.


    Tous les groupes pétroliers sont donc concernés...
    Dans les trois cas, toutes les sociétés pétrolières étrangères opérant dans ces pays sont concernées. Mais c'est la société espagnole Respol-YPF qui est la plus impactée, car sa production est concentrée à 85% en Amérique Latine. Outre le durcissement fiscal, les modifications juridiques ont pesé sur les réserves prouvées du groupe. Celles-ci ont été réduites de 60 millions de barils équivalent pétrole en raison de la décision du gouvernement argentin de mettre en place une société pétrolière nationale (Enarsa). En effet, cette société pourrait reprendre - à leur échéances - des licences d'exploitations accordées aujourd'hui aux sociétés privées.

    Ces phénomènes de nationalisation peuvent-ils prendre de l'ampleur?
    Non, nous n'attendons pas à ce stade d'autres changements politiques dans ces pays, concernant les hydrocarbures. En tout état de cause, dans l'analyse des sociétés pétrolières européennes, ce phénomène n'est pas systémique et concerne surtout Repsol-YPF.

    Propos recueillis par Nathalie Paul

Haut de page
 

 


 

 

Les Echos, mardi 31/01/06

  • Michelin se dote d’une réserve naturelle au Brésil

    La plantation du fabricant de pneumatiques près de Salvador de Bahia a été partiellement vendue à d'anciens salariés. Le groupe garde 4.000 hectares comme site de recherche et de conservation de la nature. Le contexte actuel de hausse des prix des matières premières devrait permettre d'équilibrer les comptes, les coûts de recherche, de conservation de la réserve et de formation des planteurs.

    DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE AU BRÉSIL
    Propriétaire de plantations d'hévéas en Amérique du Sud et en Afrique depuis les années 1920, le fabricant français de pneumatiques Michelin tente d'inventer au Brésil un nouveau modèle économique et environnemental. A la clef, la création d'une réserve naturelle de 3.000 hectares, la relance de l'agriculture agro-forestière et le maintien d'un laboratoire de recherche sur un champignon parasite qui détruit les arbres, le Microcyclus ulei. Tout a commencé par un constat sévère, la plantation Michelin de Bahia, rachetée à Fire- stone en 1984, n'était pas suffisamment rentable. Les 9.000 hectares de forêt, situés dans une région vallonnée à 200 kilomètres de Salvador de Bahia, ne permettaient pas de mécaniser le travail des « saigneurs », les ouvriers qui récoltent le latex. « La seule logique économique aurait dû conduire à vendre cette plantation, nous avons essayé de raisonner différemment », affirme Edouard Michelin, cogérant du groupe.

    Dans un premier temps, en septembre 2005, plus de 5.000 hectares ont été vendus à 12 anciens salariés de Michelin qui devront rembourser le groupe sur 8 ans avec le produit de la vente de leur caoutchouc. Montant de la transaction : 8 millions d'euros. Le fabricant conserve l'usine de transformation du caoutchouc et s'engage à leur racheter la matière première, utilisée pour ses propriétés d'adhérence à hauteur de 30 % dans les pneus poids lourds et 10 % à 15 % pour les véhicules tourisme.

    Plants résistants au Microcyclus

    Réunis en coopérative, les 12 « moyens planteurs » qui possèdent chacun environ 400 hectares ont pu négocier un prêt de 10 millions d'euros sur 10 ans afin de planter les premières générations de clones d'hévéas résistants au Microcyclus. Surtout, ils ont développé un nouveau cycle plus rentable où des pieds de cacaoyers et de bananiers sont installés au milieu des rangées d'hévéas, ce que le producteur de pneumatiques se refusait à faire jusque-là, ne souhaitant pas devenir industriel de l'agroalimentaire.

    La pépinière d'où sortent les premières générations de clones résistants est située sur le terrain - plus de 1.000 hectares - du laboratoire de recherche conservé par Michelin non loin de la réserve naturelle de plus de 3.000 hectares.

    « La législation brésilienne contraint les propriétaires fonciers à conserver 20 % de leurs surfaces intactes. Nous avons choisi de passer à 30 % et de constituer un corridor biologique à partir des 1.500 hectares de forêt atlantique primaire qui n'avaient pas été exploités. Il s'agit de l'un des systèmes forestiers les plus menacés du monde : à peine 5 % de la surface historique existe encore aujourd'hui », raconte Lionel Barré, directeur de la plantation. Un centre a été construit afin d'accueillir les scientifiques du monde entier, cinq gardes forestiers ont été formés par les autorités locales, des bourses sont accordées, la dernière portant sur la conservation du singe macaque à poitrine jaune.

    Le projet ne s'arrête pas là. Michelin a commencé à fournir des plants résistants aux petits propriétaires voisins - 20.000 pieds en 2005, plus de 200.000 à partir de 2006 -, ce qui devrait permettre en trois ans de transformer 1.500 hectares de pâturages dévastés et de créer des emplois dans une région très pauvre. En lien avec la petite ville voisine d'Itubera, un programme de construction de 136 maisons a également été lancé avec la garantie du fabricant de pneus, afin de loger les futurs employés des planteurs. Le contexte actuel de hausse des prix des matières premières devrait permettre d'équilibrer les comptes, les coûts de recherche, de conservation de la réserve et de formation des planteurs (2,5 millions d'euros) étant couverts par la marge de l'usine (entre 3 et 4 millions d'euros).

    JULIE CHAUVEAU

    Le caoutchouc dans le monde

    3 %. Tel est le taux de croissance de la production mondiale d'élastomère (mélange de caoutchouc naturel et synthétique).
    La part du caoutchouc naturel est passée de 30 % en 1980 à 40 % en 1990.8 millions d'hectares : surfacesde forêts d'hévéas en Asie, Afrique et Amérique du Sud.
    Elles produisent environ 8,6 millions de tonnes de matière première par an.30 millions de personnes vivent de la culture du caoutchouc naturel

  • Des clones à la rescousse de la culture de l'hévéa

    Les chercheurs de Michelin et du Cirad ont développé un arbre capable de résister au Microcyclus, le champignon qui ravage les plantations.

    Nom de code : « CDC 312 ». En cinq ans, cet hévéa niché en plein coeur de la forêt atlantique brésilienne a déjà pris 50 centimètres de tour de taille. Son voisin, de souche commune, ne dépasse pas la taille d'une grosse corde, et ses feuilles tombent à la moindre brise d'air. Choyé par les chercheurs de Michelin et du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) dans la plantation brésilienne d'Itubera, CDC 312 fait partie d'une série de 14 clones considérés comme superproductifs et surtout résistants au champignon Microcyclus. Cette maladie hautement contagieuse s'attaque aux feuilles de l'arbre, diminue sa capacité de production et le fait mourir à petit feu. Présente à l'état endémique dans la forêt, favorisée par le climat chaud et humide, elle a explosé dans les années 1970 au fur et à mesure de l'extension des plantations.

    Longtemps, les chercheurs ont tenté de l'éradiquer avec des produits chimiques. Mais les coûts sont trop élevés. Ensuite, ils ont sillonné les forêts, cherchant les arbres résistants afin de les cloner entre eux. D'où l'importance pour Michelin de conserver une surface de terrain suffisamment importante autour du laboratoire de Bahia. Les progrès de la biologie moléculaire ont également permis de décrypter partiellement le génome de l'arbre afin de repérer les zones de résistance.

    La course risque de s'intensifier dans les années à venir. Jusqu'à présent, les pays asiatiques échappent à la contamination, mais les chercheurs considèrent qu'un jour le champignon pourrait être transporté involontairement par des touristes, ou des conteneurs mal nettoyés. Or les arbres asiatiques, qui fournissent plus de 80 % du caoutchouc mondial, n'ont jamais été confrontés au phénomène et ne sont donc absolument pas résistants. Plusieurs spécimens brésiliens, combinant plusieurs gènes, ont été transportés l'an dernier en France afin de les placer en quarantaine dans les serres du Cirad. Une fois décontaminés, ils pourraient être transplantés l'an prochain en Asie ou en Afrique afin de servir de réserve génétique en cas d'accident.

    J. CH

  • L'excédent budgétaire primaire brésilien meilleur que prévu en 2005

    Le Brésil a dégagé en 2005 un excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) équivalant à 4,84 % du produit intérieur brut (PIB), supérieur à l'objectif du gouvernement de 4,25 % du PIB, a annoncé, hier, la banque centrale brésilienne. L'excédent primaire s'est élevé à 93,505 milliards de reals (soit 38,479 milliards de dollars au taux de change moyen de l'an dernier), contre 81,112 milliards de reals, soit 4,59 % du PIB, en 2004. Les intérêts de la dette se sont élevés l'an dernier à 157,145 milliards de reals (64,668 milliards de dollars), soit 8,13 % du PIB. Le solde budgétaire global a été déficitaire de 63,641 milliards de reals (3,29 % du PIB), contre 47,144 milliards de reals et 2,67 % du PIB en 2004.

  • Arcelor écarte toute négociation sur le prix de l'OPA de Mittal Steel

    Guy Dollé, le PDG d'Arcelor, a justifié hier le rejet de l'OPA de Mittal Steel, le numéro un mondial de l'acier, par les valeurs opposées des deux groupes, culturelles mais aussi financières. Selon Arcelor, le modèle de développement de son assaillant est à bout de souffle.

    Le dossier Arcelor monte à l'Elysée. Jacques Chirac recevra, demain, le Premier ministre luxembourgeois pour discuter de l'offre hostile de Mittal Steel, a indiqué l'Elysée lundi. Jean-Claude Juncker doit aussi rencontrer Dominique de Villepin.

    La direction d'Arcelor devrait ainsi recevoir un soutien politique de poids dans sa bataille contre Mittal Steel. Hier, le patron du groupe, Guy Dollé, a martelé un slogan simple : Arcelor ne partagera pas son futur avec Mittal. Car tout oppose, selon lui, les deux entreprises. Elles n'ont pas les mêmes valeurs. A ses yeux, aucune amélioration de l'offre de Mittal ne pourra emporter l'adhésion des administrateurs : les deux groupes sont incompatibles.

    « Je vous présente la direction générale : mon fils n'y est pas », a ainsi lancé le dirigeant d'Arcelor en arrivant à la conférence de presse tenue pour justifier son refus. Une allusion au gouvernement d'entreprise jugé douteux de Mittal Steel. Le fils du dirigeant, Aditya Mittal, y cumule les rôles de directeur financier et d'administrateur. La famille possède 88 % du capital, verrouille à double tour le contrôle en détenant 97 % des droits de vote grâce à des actions préférentielles et restera majoritaire en cas de fusion avec Arcelor. Lakshmi Mittal, habitué à ces critiques, avait pourtant tenté de désamorcer l'argument le matin même, en promettant de ramener de 10 à 2 le nombre de droits de vote dont bénéficient les actions préférentielles.

    Moindre modernisation
    Mais pour Arcelor, aux valeurs culturelles s'ajoute le problème des valeurs financières. Arcelor monte, Mittal est à bout de souffle : « Nous avons attaqué avec succès depuis deux ans une phase de croissance internationale au Brésil, en Turquie, au Canada, demain en Chine, rappelle Guy Dollé. Mittal Steel a racheté à bas prix des sociétés disparates, à la rentabilité très inégale, avec d'importants besoins de restructuration et d'investissements de modernisation. Or j'ai compris de ce groupe qu'il allait baisser ses investissements. »


    Outre le potentiel de développement futur, les deux groupes aujourd'hui n'ont donc pas la même valeur, Arcelor investissant l'équivalent de 32 euros par tonne produite, quand Mittal n'investit que 17 euros. La moindre modernisation de ce dernier se reflète dans la productivité : Arcelor produit annuellement 475 tonnes d'acier par employé, contre 250 tonnes seulement pour son assaillant. Mittal est certes leader mondial en tonnage de production, mais « Arcelor est numéro un mondial en chiffre d'affaires, avec 30 % de ventes en plus, rappelle Guy Dollé. Nous ne sommes pas sur les mêmes catégories de produits. » Du fait d'aciers plus techniques, le chiffre d'affaires par tonne vendue est supérieur de 46 % chez Arcelor, et le résultat opérationnel (Ebitda) par tonne dépasse de 31 % celui de Mittal, davantage tourné vers les produits de base.

    Reste, pour convaincre les actionnaires, l'argument boursier. Sur ce plan, Guy Dollé a rappelé que, depuis 1997, Mittal a perdu 8 % alors que l'action Arcelor a grimpé de 31 %. La moindre proportion de la production de Mittal vendue sous forme de contrats à long terme l'expose aussi davantage au prix du marché. De ce fait, l'action monte plus vite lorsque le prix de l'acier grimpe, mais plus dure risque d'être la chute quand le marché sidérurgique se retournera.


    « Une offre 150 % inamicale »
    Enfin, le prix offert par Mittal aux actionnaires d'Arcelor est trompeur : la prime annoncée de 31 % par rapport au cours de Bourse d'Arcelor sur le mois précédent ne concerne que l'offre entièrement en cash. Pour l'offre principale, qui comporte un échange d'actions, elle n'est en réalité que de 19,3 %. Une nouvelle preuve pour Guy Dollé : « Nous sommes victimes d'une offre 150 % inamicale » !

    Pour y résister, Arcelor compte explorer toutes les possibilités. Cependant : « Une fusion avec notre partenaire japonais Nippon Steel n'est pas envisagée. » La seule défense consiste à convaincre les actionnaires, que Guy Dollé va rencontrer à partir d'aujourd'hui. Lakshmi Mittal prend, lui aussi, son bâton de pèlerin. Après Thierry Breton hier matin, il verra le commissaire européen à la Concurrence en milieu de semaine.

    MYRIAM CHAUVOT

  •  ABN Amro affiche de solides résultats 2005

    [ 31/01/06 - 08H03 ]

    Le bancassureur néerlandais a dégagé un bénéfice net de 4,4 milliards d'euros l'an dernier, en hausse de 13,4% par rapport à 2004 et supérieur aux attentes des analystes financiers

    ABN Amro ne faiblit pas. Après une croissance de 30% en 2004 - certes tirée en partie par les éléments exceptionnels -, le bénéfice net du bancassureur néerlandais a progressé de 13,4% l'an dernier, à 4,4 milliards d'euros. Ce montant est supérieur aux attentes des analystes financiers, qui tablaient sur 4 milliards d'euros en moyenne. Le produit net bancaire (PNB) du groupe a progressé de 15,7%, s'établissant à 19,8 milliards d'euros en fin d'année. Les frais de gestion ayant été maîtrisés, le résultat opérationnel a pu bondir de plus de 30%, à 6,3 milliards d'euros. La croissance organique enregistrée sur les marchés les plus performants d'ABN Amro, en banque comme en assurance et notamment auprès des clientèles de particuliers et de PME, a également fortement nourri cette croissance. Malgré un accroissement de près de 72% au quatrième trimestre en raison notamment de problèmes dans la filiale brésilienne, les provisions du groupe sont restées contenues, affichant une croissance de 5,2% en 2005.

    Après plusieurs mois d'une féroce bataille boursière avec l'italienne Banca Popolare Italiana (BPI) pour conquérir son homologue Banca Antonveneta, ABN Amro a emporté la mise. En tout début de mois, il détenait 55,8% du capital de cette dernière et s'apprêtait à lancer une offre publique d'achat (OPA) sur le solde. L'intégration de Banca Antonveneta sera l'une des priorités du néerlandais cette année avec notamment, souligne-t-il dans un communiqué, la poursuite de la croissance de ses résultats et la maîtrise de ses coûts. Une meilleure gestion de son capital - qui passe entre autres par la poursuite de sa stratégie de rachat d'actions - constitue également un objectif fort pour cette année. Rijkman Groenink affiche une ambition forte pour le groupe qu'il dirige : «Une banque. Pas de frontières».

 


 


 

Le Figaro, mardi 31/01

  • Désinformation autour du Brésilien tué à Londres

    Jacques Duplouich (à Londres)

    Grande-Bretagne. Abattu par erreur de sept balles dans la tête par des policiers de Scotland Yard, le 22 juillet 2005, dans le métro londonien, Jean-Charles de Menezes n'a pas été seulement victime d'une tragique méprise. Le jeune Brésilien a aussi été sciemment et indûment discrédité par la police après son décès.

    Sir Ian Blair, le patron du Yard, l'a reconnu dans un entretien hier au quotidien The Guardian. Scotland Yard «a commis une faute grave» en ne rectifiant pas des allégations infondées sur l'apparence et le comportement du jeune homme. La police soutenait, alors, que Menezes était vêtu d'un gros blouson, laissant croire qu'il pouvait dissimuler des explosifs, alors qu'il portait une veste légère en jean. Elle affirmait qu'il avait sauté par-dessus les barrières du métro et qu'il s'était mis à courir, alors qu'il lui était intimé l'ordre de s'arrêter. En fait, il avait gagné la rame de métro en marchant, sans être interpellé.

    Sir Ian considère que ces déclarations «trompeuses» auraient dû être aussitôt corrigées. Il n'en a rien été car, dit-il, ses hommes étaient «absorbés» par la chasse aux poseurs de bombes.

    Plus grave encore, l'équipe ayant identifié Menezes comme un kamikaze aurait altéré son rapport, après la bavure, pour dégager sa responsabilité. La famille du jeune homme s'indigne et réclame la démission de sir Ian. Le parquet va décider dans les semaines qui viennent s'il y a lieu de poursuivre.

    Dave Caulkin/AP.

Haut de page

 


 

 

 

Les Echos, 30/01/06

  • Davos de bric et de broc

    Le BRIC, que forment le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine, a été avec les TIC (les technologies de l'information et de la communication) la vedette du 36e Forum économique mondial, à Davos, en Suisse, du 25 au 29 janvier. Pour les 2.400 participants, dont les PDG de quelque 700 multinationales, ces deux moteurs feront encore tourner l'activité mondiale en 2006 à vive allure. Des accidents restent possibles.

    ERIK IZRAELEWICZ ET JEAN-MARC VITTORI, NOS ENVOYÉS SPÉCIAUX À DAVOS


    Moins de mousse, plus de bière » : la formule de Daniel Bouton, le PDG de la Société Générale, à la sortie du palais des congrès de Davos résume bien cette édition du Forum économique mondial. Le maître des lieux, le père fondateur de la manifestation, le professeur Klaus Schwab, avait certes invité de nombreuses stars (Angelina Jolie, Peter Gabriel, Michael Douglas...), des politiques (Angela Merkel, Bill Clinton, Shimon Peres, etc.) et des athlètes (le grand Pelé et le boxeur Mohammed Ali notamment), pour montrer, cette année, le lien de plus en plus fort entre le business et le sport. Mais les « davosiens » se sont concentrés sur leur « core business » : l'économie et l'entreprise. Pour eux, deux moteurs vont continuer à alimenter la croissance mondiale en 2006, le BRIC et les TIC. Le BRIC, c'est le club des quatre grands pays émergents - le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine, qui constituent désormais la locomotive du monde. Les TIC, ce sont les nouvelles technologies, pas seulement dans l'information, qui améliorent la puissance de cette locomotive.
    Golf ancestral en Inde
    « La démocratie de marché en plus forte croissance. » Ce slogan à la gloire de l'Inde s'étale partout, de l'aéroport de Zurich aux bus de Davos. Impossible d'y échapper. Un pied de nez adressé, à l'évidence, à la grande rivale, la dictature chinoise. Samedi soir, dans un palais des congrès métamorphosé, les Indiens ont offert un buffet royal. Leurs ministres et leurs patrons étaient omniprésents. Les saris aux couleurs vives égayaient la soirée. Qu'on se le dise : le monde ne s'est pas encore remis de l'émergence de la Chine que l'Inde envahit déjà Davos ! Pékin affirme avoir pour les entreprises une armée de réserve de 400 millions de personnes ? Delhi annonce 650 millions de ruraux. La plupart devront quitter l'agriculture. Ses gourous en management noyautent les « business schools » américaines depuis deux décennies. Ses dirigeants parlent tous anglais. Et leurs ambitions sont loin de se limiter à l'informatique, l'OPA géante lancée par le sidérurgiste Mittal sur Arcelor, son rival franco-luxembourgo-espagnol, au milieu du forum en donnant une illustration éclatante.
    Palaniappan Chidambaram, son brillant ministre des Finances passé par Harvard, sait que le pays doit éradiquer une pauvreté effroyable, dompter une bureaucratie redoutable et régler la crise du Cachemire. Mais il parle avec confiance. On a envie de croire en cette « dream team » qui gouverne l'Inde, en cette roue de la vie qui tourne. L'ouverture du pays devient une réalité, trop lentement sans doute mais sûrement. L'investissement étranger est espéré - pas encore dans le commerce de détail, mais déjà dans les infrastructures. Si l'Inde est en retard, elle a aussi de l'avance. Robert Trent Jones le rappelle à sa manière : « L'Inde a eu des terrains de golf bien avant les Etats-Unis. » Il sait de quoi il parle : il a déjà conçu plus de 200 terrains de golf dans le monde.

    Sino-sumo à la montagne
    Un vice-Premier ministre, le patron de la banque centrale, un « PPDA » local, quelques universitaires, des chefs d'entreprise aussi : avec plus de 80 personnes, la délégation chinoise était cette année particulièrement fournie. A Davos aussi, le nouveau sumo de l'économie mondiale a montré... ses muscles. Une croissance de 10 %, un surplus commercial de 100 milliards de dollars, des réserves de change qui vont atteindre les 1.000 milliards ! S'il se veut modeste, il impressionne néanmoins. Et, tout doucement, il s'impose. Il impose aussi ses normes !
    Depuis trente-cinq ans, l'anglais était devenu la langue unique du forum ; il y a désormais une seconde langue officielle, le mandarin. Depuis trente-cinq ans aussi, Davos a lieu le dernier week-end de janvier. Or c'est le moment du nouvel an chinois, fête familiale sacrée dans l'empire du Milieu. Cette année encore, les participants chinois se sont éclipsés avant la fin de la manifestation pour être en famille dès samedi. Klaus Schwab est serein : les trois prochaines années, le nouvel an chinois est un peu plus tardif. Mais après, devra-t-il, lui aussi, céder au sumo et s'aligner sur le calendrier chinois ? La décision de Google de censurer ses sites mandarins pour pouvoir travailler en Chine ne lui a pas échappé. Eric Schmidt, le patron de Google, s'explique : « Comme toute entreprise, comme dans tous les pays, nous devons accepter les règles et les lois locales. Nous aurions pu priver les dizaines de millions d'internautes chinois de notre savoir-faire. Nous avons choisi le moins pire des maux. » Pour plaire aux Chinois, pour s'assurer de leur précieuse présence, Klaus Schwab devra peut-être bientôt interdire la distribution dans la station, à la veille du forum, du magazine de Falun Gong, une secte pourchassée par Pékin.


    Double de tennis façon high-tech
    En dépit des Chinois et des Cassandre, à Davos, le chef garde pour l'instant la main. A la tribune, il y a d'un côté Bill Gates (Microsoft) et John Chambers (Cisco), de l'autre Eric Schmidt (Google) et Niklas Zennström (Skype). Entre les deux équipes, c'est à un véritable match de tennis que le public, nombreux, assiste. Un double, brillant, qui oppose l'ancienne et la nouvelle génération du Net. Objet du litige : la gratuité. Les premiers, fabricants de logiciels et d'équipements, interrogent longuement les seconds sur leur « modèle économique ». On sent comme un flottement : les jeunes s'embrouillent et parlent indifféremment d'usagers, de clients, de consommateurs. « D'où viennent vos revenus ? », demandent les anciens, convaincus que les usagers finiront par devenir des clients, conscients aussi que cette nouvelle phase de la révolution technologique va bouleverser bien des industries.
    Toujours à la pointe, le forum lui-même pourrait s'en trouver menacé. Sa force, c'est d'être un lieu rare de rencontres directes et informelles entre PDG du monde entier. Aujourd'hui, au moindre break, au lieu de nouer la conversation avec un voisin, un confrère ou un concurrent, chaque patron se précipite sur son BlackBerry, son mobile ou son Companion (un agenda électronique fourni par Davos) et se connecte à l'autre bout du monde. A quoi bon se « retrouver » dans cet inaccessible village helvète ?

    L'Allemagne veut la Coupe
    « Assisterait-on à un boom en Allemagne ? » A la question d'un journaliste allemand, Jim O'Neill répond par un énorme éclat de rire, sonore - inattendu chez un économiste, chez le « chief economist » de Goldman Sachs plus précisément ! Un boom en Allemagne, il n'en est évidemment pas question. Mais le gourou de la banque d'affaires américaine reconnaît que le pays, redevenu champion du monde en matière d'exportation, a retrouvé un certain punch. Faut-il y voir, par anticipation, un « effet Coupe du monde » ? La première économie de l'Union européenne a en tout cas aligné à Davos une équipe en forme.
    Si le quotidien « Die Welt » s'est amusé à en présenter le coach, la chancelière Angela Merkel, en duo avec le chanteur Bono, celle-ci n'en a pas moins fait une bonne impression lors de son discours d'ouverture. « Il faudra voir si les résultats suivront », commente, en off, l'un des PDG, français, conviés à déjeuner avec elle. A la tribune, l'appel à la libéralisation des énergies et de l'économie, en Allemagne et ailleurs, séduit. Même si ses interviewers d'un jour, comme Michael Dell (Dell) ou Henry McKinnell (Pfizer), lui reprochent une « remise en forme trop lente » dans un monde qui change si vite. L'Allemagne a repris confiance en elle. Elle a réalisé ces dernières années, selon Jim O'Neill, « des gains de productivité absolument considérables ». Elle a retrouvé aussi le goût de l'innovation.

    L'innovation, justement, c'est l'idée fixe du nouveau patron de Siemens, Klaus Kleinfeld. A quelques journalistes, il présente un nouvel appareil d'imagerie médicale ultra-sophistiqué sorti de l'un des laboratoires du groupe, situé à Forsheim. En Allemagne. « Il n'y a pas qu'à Shanghai que l'on développera de nouveaux produits », explique-t-il. La preuve, selon lui, que l'équipe d'Allemagne, motivée et libérée de certaines contraintes, peut encore gagner.
    Catch sur l'eau à l'Ecole alpine
    Pour être mieux accepté par la population locale, le forum a pris l'habitude, depuis deux ans, de sortir du bunker qu'est son palais des congrès. Il organise avec quelques associations un forum ouvert à tous, dans les locaux de l'Ecole suisse alpine de la station, non loin de là. Peter Brabeck-Letmathe, le PDG de Nestlé, en est un habitué. Il y fait passer le même message que dans le « forum in » : le problème majeur de la planète n'est pas l'énergie, mais l'eau.
    Dans l'auditorium où se sont entassées plus de 300 personnes, l'ambiance est tendue. Un petit groupe applaudit sans discontinuer dès que le patron du numéro un mondial de l'agroalimentaire affiche ce qui pourrait passer pour de bons sentiments. Mais Brabeck-Letmathe, gueule de play-boy et chemise au col ouvert, ne se laisse pas démonter. Il faut faire venir le capital privé pour aider à bâtir les infrastructures nécessaires dans les pays où les pauvres n'ont pas accès à l'eau. Les applaudissements redoublent.
    Brabeck-Letmathe n'en a cure. Calmement, il continue. Cet homme-là a des nerfs d'acier ! « Le privé n'est présent que dans 3 % des systèmes de distribution d'eau. Si le problème était seulement à ces endroits-là, il serait minime. » L'argument porte, mais l'auditoire, composé de nombreux militants écologistes, a du mal à l'admettre. Il écoute plus volontiers Nancy Birdsall. Présidente d'une ONG de Washington, elle raconte une histoire vécue dans une grande ville d'Amérique latine. En centre-ville, une famille riche remplit sa piscine, avec de l'eau gratuite livrée au robinet. Dans un bidonville, à quelques kilomètres de là, les familles dépensent 5 dollars par semaine pour acheter de l'eau livrée par camion. « Il faut donner un prix à l'eau », affirme Nancy Birdsall. Qui poursuit l'histoire. Une compagnie privée a installé un réseau d'eau - payante. Les pauvres ont protesté. Mais le nombre de décès d'enfants a fortement diminué dès l'ouverture du réseau. Dans le public, une femme en fourrure s'indigne : « Pourquoi est-ce si compliqué ? »

    Jeux vidéo et sport virtuel
    Retour au palais des congrès, pour une très officielle session du forum. L'ambiance est celle d'une réunion de parents d'élèves anxieux de l'avis des professeurs. La question est grave : « Les jeux vidéo exercent-ils une influence néfaste sur la jeunesse d'aujourd'hui ? » Les concepteurs de jeux protestent. « Ils aident les enfants à se concentrer », affirme l'un d'eux. « Ils permettent de se frotter aux dangers virtuels. Les gens apprennent que leurs actes peuvent avoir des conséquences », affirme un autre. L'assistance est dubitative. Peut-on faire confiance aux industriels ? Troy Duster, président de l'Association américaine de sociologie, confirme. « Oui, les enfants qui prennent des médicaments qui les aident à se concentrer en classe passent des heures sur les jeux vidéo. » Un professeur du prestigieux MIT prend le relais. « En science, les interfaces sont de plus en plus graphiques. C'est vrai pour les jeux vidéo... comme pour la chirurgie. » Un autre chercheur souligne que les jeux apprennent à anticiper. Un écrivain à succès affirme carrément que « les jeux vidéo comme Sims, où il s'agit de développer une communauté humaine, aident à penser la complexité. » S'il y a une aptitude qui va être de plus en plus nécessaire, c'est bien celle-ci.
    Les participants, parmi lesquels de nombreux parents, commencent à souffler. Toutes ces heures, ces nuits, ces semaines entières passées devant l'écran pourraient ne pas être nuisibles ! Le remords commence à poindre chez ceux qui ont rudement sermonné leurs enfants. Reste un défi - et une question. Comment passer du jeu à l'éducation, cette éducation qui constitue sans doute l'obsession la plus partagée des dirigeants, privés et publics, présents cette année à Davos ? Et comment inciter les chères petites têtes blondes à faire un peu d'exercice physique en dehors de la maison ? Le sport, c'était décidément le thème de l'année !

  • CVRD va investir 4,6 milliards de dollars en 2006

    Dividendes.
    Le principal producteur mondial de minerai de fer, le brésilien Companhia Vale do Rio Doce (CVRD), a l'intention d'investir 4,626 milliards de dollars en 2006, contre 4,161 milliards en 2005. Ce montant comprend les 800 millions de dollars déboursés en décembre pour le rachat de Canico. Ses investissements seront consacrés à hauteur de 77 % à la croissance organique. Des 3,558 milliards de dollars réservés à ce poste, 3,067 milliards seront dépensés pour le développement et l'expansion de projets existants et 491 millions pour la R&D.
    En outre, 1,068 milliard de dollars servira au maintien et à l'entretien des sites existants. Le minerai de fer absorbera 46 % des investissements, soit 2,118 milliards de dollars. L'aluminium comptera pour 17 % du total des dépenses programmées, la logistique pour 17 %, les non-ferreux pour 9 %. Au cours des cinq dernières années, CVRD a investi pour 10,5 milliards de dollars. Parallèlement, la société a versé 4,4 milliards de dollars de dividendes à ses actionnaires. Les dépenses en capital planifiées en 2006 représentent une nette accélération par rapport aux années précédentes.

Haut de page


Tribune 27/01/06 

  • Le français Tereos multiplie les acquisitions
    Le numéro deux mondial cherche à atteindre une taille critique et à développer son activité de biocarburants.


    Pour survivre au nouveau Régime Sucre européen, qui va à partir de juillet faire sensiblement baisser le prix garanti aux producteurs de l'Union européenne et limiter drastiquement leurs exportations vers les pays tiers, le numéro deux mondial, le sucrier français Tereos (ex-Union SDA-Béghin-Say), multiplie les acquisitions afin d'atteindre une taille critique. Après avoir fusionné l'été dernier avec le français SDHF, qui lui a offert la deuxième place sur le podium européen derrière l'allemand Südzucker, Tereos va acquérir une sucrerie en République tchèque et vient de prendre pour 20 millions d'euros une participation de 50 % dans une sucrerie du Mozambique. De plus, il a annoncé la construction d'une troisième usine au Brésil, pays qui a fortement contribué à la hausse de 2,7 % de son chiffre d'affaires global en 2005, à 1,76 milliard d'euros pour un résultat d'exploitation de 139,9 millions d'euros en baisse de 18 %. "Nous sommes ouverts à toutes autres opportunités", a précisé Philippe Duval, président du directoire de Tereos.
    Production d'éthanol. Depuis que la France a fait part de son intention d'incorporer, dès 2008, 5,75 % de biocarburants dans les essences, Tereos mise beaucoup sur la production d'alcool et en particulier d'éthanol (alcool de betterave) qui, une fois mélangé à l'essence, permet de faire office de carburant. Avec deux nouveaux sites de production qui devraient voir le jour d'ici à deux ans dans l'Aisne et en Seine-Maritime, le groupe espère d'ici à 2009 réaliser 35 % de son chiffre d'affaires (contre 15 % aujourd'hui) dans la production d'alcool.
    Reste pour atteindre de tels objectifs à obtenir au préalable de la part des pouvoirs publics français de nouveaux agréments. Une nouvelle attribution va avoir lieu d'ici à fin février.
    H. Di, à Longuenesse (Pas-de-Calais)

  • Les prêts aux particuliers en pleine expansion dans les pays émergents
    Standard and Poor's prévoit une croissance moyenne de 20 % à 30 % par an de l'encours des crédits aux particuliers dans les principaux pays émergents.

    Un nombre de plus en plus important de ménages dans les pays en voie de développement se met à souscrire des prêts auprès des banques. Cet engouement pour le crédit, devenu notable depuis le début de la décennie, devrait continuer à s'affirmer dans les prochaines années, selon une enquête que vient de publier l'agence de notation Standard and Poor's (S&P).
    D'après cette dernière, l'encours total des prêts individuels (pour le logement, l'achat d'une voiture ou d'autres biens de consommation) a déjà triplé dans les "Bric" - Brésil, Russie, Inde, Chine - entre 2001 et 2005, pour atteindre 477 milliards de dollars. Ce montant demeure certes limité quand il est comparé à celui d'économies plus matures comme l'Allemagne, où les crédits aux particuliers représentent 1.700 milliards de dollars en 2005. Mais la dynamique de croissance est plus marquée dans les pays du Sud. "La vitesse d'expansion et le potentiel énorme des marchés émergents sont remarquables", souligne Scott Bugie, analyste crédit de S&P et responsable de l'étude. Celle-ci montre que la croissance annuelle de l'encours des prêts aux particuliers dans ces pays devrait atteindre au minimum 20 % à 30 % sur le moyen terme. Au-delà du Brésil, de la Russie, de l'Inde et de la Chine, la plupart des régions du monde semble gagnée par la fièvre de l'emprunt, qu'il s'agisse de l'Europe centrale et orientale, du Moyen-Orient, de l'Amérique latine et de l'Asie du Sud-Est.
    Plusieurs facteurs expliquent l'optimisme de Standard and Poor's au sujet de ces pays. Tout d'abord, la croissance économique particulièrement soutenue de nombreux États en voie de développement représente la cause principale de l'attrait croissant pour le crédit. En outre, cette activité économique dynamique se conjugue avec une progression régulière de la part de la population susceptible d'être servie par une banque.
    Autre élément favorable, selon Scott Bugie, "le niveau d'endettement des clients est peu important dans la plupart des pays émergents, à la différence d'États comme le Royaume-Uni ou les États-Unis, où la capacité d'endettement des ménages arrive à saturation". Enfin, l'implantation des banques occidentales contribue, elle aussi, à dynamiser et à moderniser ces marchés, notamment en y introduisant des produits et des techniques nouvelles.
    Cadre juridique incertain.Si les perspectives sont encourageantes, des contraintes continuent néanmoins de freiner l'augmentation des souscriptions de prêts par les particuliers. Dans de nombreux États, telle la Russie, l'accès aux crédits hypothécaires demeure limité, à la différence du crédit à la consommation qui se révèle plus rentable pour les banques et plus accessible pour des ménages aux ressources encore faibles. L'un des freins à l'expansion des prêts immobiliers demeure l'environnement juridique incertain de certains États émergents, qui rend la gestion des impayés coûteuse pour les établissements financiers. Mais le contexte légal devrait se renforcer progressivement, parallèlement à l'enrichissement des États.
    Christophe Canton

  • Davos craint l'épuisement des ressources naturelles
    La sécurité des approvisionnements énergétiques a été l'un des thèmes dominants du forum de Davos. Au-delà du pétrole et du gaz, les dirigeants internationaux s'inquiètent aussi des risques pour l'eau.
    A Davos, en 2006 comme en 2005, on parle surtout de la Chine. De la Chine et de l'Inde certes, ces deux "marchés émergents" qui forment, avec le Brésil et la Russie, les fameux "BRICs", ces pays qui font 8 % à 10 % de croissance annuelle. Mais "avant tout de la Chine", confie Bertrand Collomb, le président de Lafarge, l'un des grands patrons français présent dans la station suisse des Grisons, "parce que c'est le marché pour l'instant le plus prometteur". Le président de la banque centrale chinoise a d'ailleurs promis que son pays va "encourager la consommation intérieure", et mettre en oeuvre un "filet de sécurité" social dans les domaines de la retraite, de la santé et de l'éducation.
    Jeu de rôle. En 2005, l'Afrique et le développement avaient dominé un Davos compassionnel et "people". En 2006, la planète économique s'inquiète surtout pour elle-même. Alors que le pétrole caracole juste en dessous des 70 dollars le baril, la persistance des tensions dans les grandes zones de production (Iran, Irak, Nigeria) et le poids croissant de la demande des pays émergents font craindre pour la sécurité énergétique. La coïncidence d'un hiver particulièrement rigoureux, qui rappelle à l'Europe l'importance stratégique du gaz russe, et de l'annonce des résultats spectaculaires de la croissance chinoise a frappé le fameux "esprit de Davos".
    Cette inquiétude sur la sécurité des approvisionnements en pétrole et en gaz devait même faire l'objet hier soir d'une sorte de jeu de rôle : des chefs d'entreprise, dont Thierry Desmarest, PDG de Total, et des hauts responsables internationaux devaient simuler leur réaction à un scénario catastrophe dans lequel des attaques terroristes simultanées sur des sites de production et des pipelines feraient flamber le prix du baril à plus de 120 dollars...
    Au cours d'un débat sur l'eau, sujet qui devrait être à l'honneur de l'édition 2007 du forum de Davos, le PDG de Nestlé, Peter Brabeck, a lancé un véritable cri d'alarme sur cette question. À ses yeux, elle est plus urgente que celle du pétrole et nécessite un investissement global de quelque 100 milliards de dollars, ce qui est finalement assez réduit à l'échelle de la planète, afin d'endiguer le risque de pénurie. Et de souligner que la question est avant tout politique puisque liée à l'agriculture, utilisatrice de 70 % des ressources en eau de la planète. La France s'est pris du coup un petit coup de griffe : "Quand j'entends le ministre français de l'Économie, Thierry Breton, se dire prêt à parler des subventions sauf celles à l'agriculture, c'est bien que le problème est politique."
    Philippe Mabille et Olivier Provost, à Davos

Haut de page



 

L’Expansion Février 2006

  • Botelho, pilote virtuose du géant brésilien de l'aviation

    Rusé comme un Indien, ferme comme un banquier, cordial comme un Brésilien, Mauri cio Botelho est tout cela à la fois. Il est aussi un industriel incontournable. Même quand George Bush passe moins de vingt-quatre heures au Brésil, il trouve le temps de prendre le petit déjeuner en sa compagnie. Au salon aéronautique du Bourget, on le retrouve aux côtés de Jacques Chirac. A 61 ans, Mauricio Botelho s'est imposé comme une figure du monde des affaires brésilien. Cet homme aussi jovial que discret sur sa vie privée est un poids lourd de l'aéronautique, puisqu'il a hissé Embraer (Empresa brasileira de aeronautica) au quatrième rang mondial des fabricants d'avions. Porté aux commandes de l'entreprise après sa privatisation, en 1994, ce descendant d'Indiens bororos et d'immigrés portugais a en effet sauvé cet ancien groupe public de la faillite, et il le pilote d'une main de fer depuis dix ans.
    Tout au long de cette période, il a transformé Embraer en une multinationale compétitive. Le pari était pourtant loin d'être gagné. Fondée en 1969 par les militaires, alors au pouvoir, l'entreprise produisait des avions qui ne trouvaient pas souvent preneur à l'étranger. Sous la direction de Botelho, Embraer a investi massivement sur le créneau des avions de transport régional (35 à 100 places), tout en se diversifiant dans la défense et sur le marché du jet privé. Aujourd'hui, il livre environ 150 avions par an, emploie 17 000 salariés, et il a réalisé un chiffre d'affaires de 3,5 milliards de dollars en 2004.

    Embraer, une valeur sûre pour Moody's

    L'expérience de Mauricio Botelho au sein du Groupe Bozano Simonsen, une banque d'investissement de Rio de Janeiro, a été déterminante pour la remise sur pied de l'avionneur, basé à 100 kilomètres de Sao Paulo. « C'est une bête en matière de finances, et il sait bien vendre l'entreprise auprès des investisseurs », résume Ozires Silva, un des fondateurs d'Embraer.
    L'agence Moody's vient de classer l'entreprise, qui réalise plus de 90 % de son chiffre d'affaires à l'export, au rang de valeur sûre, un privilège rare pour un groupe brésilien. Embraer s'est allié il y a six ans à des partenaires européens (20 % du capital est détenu par EADS, Snecma, Dassault et Thales), histoire de rester dans la course en matière de technologie.
    Depuis 1998, Embraer n'a cessé de dégager des bénéfices. L'entreprise est ainsi devenue le symbole d'un pays en plein développe ment qui exporte des avions et de la technologie dans le monde entier en plus du soja et du minerai de fer. C'est une multinationale désormais implantée en Chine et qui, au passage, complique la vie de ses concurrents - le canadien Bombardier l'a traînée sans succès devant les tribunaux de l'Organisation mondiale du commerce. Aujourd'hui, lorsqu'il signe des contrats avec Air Canada, Mauricio Botelho savoure sa revanche... Hugo Nin, à Sao Paulo 

Haut de page
 


 

 

Libération 26/01/06

  • Le Forum social mondial à Caracas et le Forum de Davos
    Au Venezuela, les alters rêvent d'un élan coopératif
    Le mouvement cherche un nouveau modèle de production.
    par François MEURISSE
    Caracas correspondance

    Depuis deux ans, c'est la rengaine : le Forum social mondial s'assoupit. Inflexible dans la contestation du néolibéralisme, il serait trop pauvre en propositions de contre-modèles et son avenir s'obscurcirait. A Caracas, l'intérêt pour la «révolution bolivarienne» du président Chavez réveille les espoirs altermondialistes. Avec une nouvelle coqueluche, tirée du fond des âges industriels : les coopératives.
    Le coopérativisme connaît en effet un regain de forme dans le pays. Entre 2000 et 2006, leur nombre a été multiplié par cent. Elles seraient aujourd'hui 100 000 sur le territoire. Chavez a puisé 5,5 millions d'euros dans les revenus pétroliers pour en financer. Elles rencontrent un grand succès dans les transports, mais l'agriculture avec 18 000 coopératives et la petite industrie 8 000 sont aussi concernées. Si la lutte des sans-terre vénézuéliens n'a pas la même ampleur que chez leurs voisins, les paysans constituent un des groupes les plus fragiles du pays. Très régulièrement, des militants combattant les latifundio sont encore assassinés par des mercenaires. Le cadre légal des coopératives a permis de les sortir de leur statut de «sans rien».
    Autogestion. Le mouvement coopératif n'est pas que vénézuélien. Argentine et Uruguay sont les deux pays du continent où il s'est le plus développé et ceci sans revenus apportés par la rente pétrolière. «On fait pleinement partie de ce processus à travers le mouvement des usines récupérées [reprises par les travailleurs à l'occasion de faillites, ndlr], explique Carlos Ugarte, membre argentin du Mouvement socialiste des travailleurs. Nous sommes venus à Caracas avec les représentants d'un hôtel et d'une entreprise de céramique récupérés par leurs travailleurs.» Coopérativisme rimerait donc un peu avec autogestion, comme au temps de Lip en France, ou plus loin encore avec la Yougoslavie de Tito. Les Brésiliens, eux, y voient une solution à la question agraire. Ana Maria Dubeux est professeure à l'université fédérale rurale du Pernambouc: «Je ne connais pas bien l'exemple vénézuélien, mais ce qui est difficile chez nous, c'est surtout que les petits producteurs ont des problèmes de réseau de commercialisation. Ils doivent en rester au local, et ce sera très long de changer cela.» Surtout dans un pays de forte exportation comme le Brésil.
    Impact sur le PIB. Le concept de «développement endogène» a été élaboré en 2004 au Venezuela. Est-il tout à fait nouveau ? «Le développement endogène, c'est en fait ce qu'on appelait "la substitution d'importations" dans les années 50, 60 et 70, explique Eric Toussaint, président du Comité pour l'annulation de la dette du tiers monde. Cette politique visant à dynamiser le marché local avait été menée dans de nombreux pays du tiers monde. Mais la grande différence aujourd'hui au Venezuela, c'est que le développement endogène soutient les petits et moyens producteurs, pas des grands projets. C'est de l'économie solidaire.» Cependant, de l'aveu même de José Jesus Negron, coordinateur général des coopératives de l'Etat de Miranda (Venezuela), «il faut que les bénéficiaires aient un impact plus fort sur le PIB du pays». En clair, qu'ils rapportent aussi de l'argent sonnant et trébuchant. «ça prendra du temps, mais on y arrivera. Nous continuerons à respecter l'entreprise privée, mais nous sommes certains que ce modèle économique est idéal.»

Haut de page

 



 

Le Figaro 26/01/06

  • Hugo Chavez en champion du Forum social mondial
    Altermondialisme Hôte de la réunion annuelle des altermondialistes, le leader de la gauche radicale latino-américaine s'impose dans les débats.
    Lamia Oualalou

    LEUR ACCENT et leur application font rire tous les Latino-américains. A la sortie du métro «Ciudad universitaria», point de départ de la manifestation «antiguerre et anti-impérialiste», ils sont une vingtaine d'Américains à brandir des photos de Georges W. Bush, au cri de «terrorista !», en tentant désespérément de rouler les «r». Leurs délégations, venues de Chicago, San Francisco ou New York donnent le ton : comme à Porto Alegre, au Brésil, où est né le Forum social mondial en 2001, en réponse au Forum de Davos qui réunit la majorité des décideurs économiques, cette sixième édition prend une coloration fortement «anti-Bush». «Mais, ici, à Caracas, c'est encore mieux», s'exalte Sandy, venue d'Australie, «car Chavez est vraiment un des seuls à lui tenir tête». Hugo Chavez, le président vénézuélien, est ici doublement chez lui : il est l'hôte du Forum et sa «révolution bolivarienne» et anti-américaine y est encensée.
    Il est près de 17 heures et, avec deux heures de retard, la petite foule, estimée entre dix et vingt mille personnes, s'ébranle. Les Américains sont nombreux, mais la majorité est ici latino-américaine. Venus de Buenos Aires, Montevideo, Mexico ou Sao Paulo, les plus chanceux, qui se sont offert l'avion, ont pu mettre le doigt sur le retard de l'intégration latino-américaine symbolisé par la pauvreté de liaisons aériennes entre leurs capitales, pourtant toutes reliées à Paris, Madrid et Miami.
    Brigade de choc
    Les manifestants estiment que le jeu en vaut la chandelle. L'année 2006 n'a-t-elle pas bien commencé ? Evo Morales a été intronisé premier président indien de Bolivie. La socialiste Michelle Bachelet a brillamment remporté le second tour à Santiago. Les plus vieux répriment une larme quand une poignée de Chiliennes s'époumonent «On le sent, Allende est présent.» Après la mort du président Salvador Allende, renversé par Augusto Pinochet en 1973, la majorité des pays du continent a connu la nuit des dictatures. En 2002, l'élection de Lula da Silva au Brésil a incarné l'espérance face à des inégalités croissantes. Mais Lula a déçu la gauche. Les regards se tournent vers Hugo Chavez et sa «révolution» financée grâce au boom pétrolier.
    Partout, la figure de leader bolivarien revient, obsédante, sur les tee-shirts et les casquettes, souvent associée d'ailleurs au Che Guevara. A la sortie du Théâtre Teresa Carreno, où se tient l'essentiel des activités du Forum, des vendeurs ambulants proposent la panoplie du «petit révolutionnaire» : écharpes, constitution «bolivarienne», que Chavez a fait adopter en 1999, chants populaires et recueils de pensées du pionnier de l'indépendance latino-américaine, Simon Bolivar. Les participants sont invités à déambuler sur l'avenue Bolivar, transformée en gigantesque hall d'exposition des «accomplissements de la révolution bolivarienne». On saura tout des «missions», ces brigades de choc que le régime a mis en place pour lutter contre l'analphabétisme ou l'absence de médecins dans les quartiers pauvres. La fermeture du viaduc qui conduit de l'aéroport à la capitale a contraint tous les visiteurs à passer par une interminable route au coeur des bidonvilles accrochés à la montagne. Le périple a dû en faire méditer plus d'un sur l'efficacité des «missions» ou du moins sur le travail qui reste à accomplir.
    Un continent qui bascule
    Ce débat agace des organisateurs du Forum, qui craignent que la discussion du «cas Chavez» occulte le caractère mondial de la manifestation. La direction du Forum est déchirée. La moitié de ses fondateurs insiste sur la distance à maintenir envers les gouvernements, fussent-ils «progressistes». L'autre moitié estime que la formule trouve ses limites et qu'il faudrait s'entendre sur des actions communes, s'appuyant sur certains gouvernements.
    Dans la manifestation, l'écrivain britannique spécialiste de l'Amérique Latine, Richard Gott, résume : «Le Forum, c'était bien quand nous n'avions aucun autre espace, mais tout a changé depuis 2002, maintenant, il faut laisser place à la politique.» Depuis 2002, c'est tout le continent qui bascule vers la gauche. Outre Chavez au Venezuela, il y a eu Lula au Brésil, Kirchner en Argentine, Vasquez en Uruguay, Morales en Bolivie, Bachelet au Chili. A Caracas, la foule de manifestants, peu intéressée par les luttes intestines du Forum, piaffe en attendant le résultat, dans les mois qui viennent, des élections au Pérou et au Mexique. Dans les deux cas, la gauche pourrait encore l'emporter.

Haut de page



 

 

Libération 24/01/06

  • Le forum social mondial passe de bamako à caracas
    Chez Chávez, le forum prend un tour politique
    Le volet Amériques du FSM débute aujourd'hui au Venezuela, avec en vedette son omniprésent président.
    par François MEURISSE

    C'était écrit, le volet Amériques du Forum social mondial 2006 sera politique. Après Bamako au Mali et en attendant Karachi au Pakistan en mars, les participants au rassemblement de Caracas qui sera inauguré aujourd'hui sont invités à débattre autour de six grands axes. Au premier rang desquels «Pouvoir, politique et luttes pour l'émancipation sociale». Vient ensuite «Stratégies impériales et résistances des peuples». Au Venezuela d'Hugo Chávez, ça n'a rien d'étonnant. Le charismatique président, son opposition à l'administration Bush et l'expérience qu'il mène séduisent de plus en plus la gauche antilibérale internationale... et même une partie de la droite.
    En réalité, la rencontre entre altermondialisme et «révolution bolivarienne» était, tôt ou tard, inévitable. Dès 1999, la nouvelle constitution vénézuélienne entrouvrait quelques portes : démocratie participative, garantie de droits élémentaires pour les populations marginalisées ¬ notamment indiennes ¬, etc. Mais l'idéologie chaviste était floue : à la fois sociale et nationaliste, «ni de droite ni de gauche».
    Aile droite. A l'automne 2001, Chávez, en tournée en France, rencontre les animateurs du mouvement altermondialiste, Ignacio Ramonet, directeur du Monde diplomatique, notamment. Quelques semaines plus tard, l'aile droite du gouvernement est écartée et des mesures radicalement de gauche sont prises : décret-loi sur les terres, la pêche artisanale, les hydrocarbures... Dès lors, «l'anti-impérialisme» se fera de plus en plus insistant dans le discours d'Hugo Chávez. L'an dernier, enfin, Chávez fait un triomphe à Porto Alegre... et vole la vedette au président brésilien Lula. Un Lula qui, cette année, fait l'impasse sur le forum de Caracas (comme sur celui de Davos), officiellement pour des raisons d'agenda. Pour le moment, aucun visiteur latino-américain de marque n'est confirmé. C'est pourtant le beau fixe pour les différentes gauches sud-américaines : elles tiennent le Venezuela, l'Argentine, le Brésil, l'Uruguay, la Bolivie et le Chili. Et les prochaines élections au Pérou pourraient confirmer la tendance. Mais les différents leaders craignent peut-être un forum trop tourné vers la «rupture» et l'omniprésent leader vénézuélien.
    Enjeu. Maite Llanos, représentante de l'Alliance sociale continentale, réseau de syndicats et d'associations de toute l'Amérique latine, reconnaît que le risque existe : «Il y a beaucoup de gens qui viennent surtout voir Chávez et l'expérience vénézuélienne. Il y a globalement un fort appui sur le continent mais aussi quelques doutes, c'est l'occasion de voir sur place.» Voir surtout en quoi consistent les programmes clés de la politique du gouvernement Chávez : les «missions» d'alphabétisation, de médecine de proximité grâce à des médecins cubains, de vente de produits de première nécessité à bas prix. Mais Maite Llanos ne croit pas à un Chávez qui tire à lui toute la couverture du forum. «C'est aussi et surtout l'occasion pour les organisations vénézuéliennes de se confronter au reste du mouvement altermondialiste, bien souvent pour la première fois.» Et les participants d'espérer que ces échanges régénéreront le concept même de forum, accusé d'essoufflement lors des dernières éditions. L'enjeu pour le FSM de Caracas est de dépasser clairement la stricte dénonciation des méfaits du néolibéralisme et d'avancer des propositions alternatives concrètes. Les 120 000 participants attendus dans la capitale vénézuélienne ont jusqu'à dimanche pour cela.

Haut de page



 

 

La Tribune 24/01/06

  • La Coface pointe l'érosion des marges des entreprises
    Selon l'organisme qui garantit le financement des exportations, les sociétés chinoises sont elles aussi soumises aux aléas de la concurrence et du prix des matières premières.

    La Coface, l'organisme qui garantit les prêts à l'exportation, publie comme chaque année son rapport. Celui d'aujourd'hui comporte de bonnes nouvelles, telle l'amélioration de quelques notes, dont celle de l'Allemagne (de A2 à A1), de la Roumanie (de B à A4), de l'Algérie (idem) et de l'Argentine (de D à C). De même que des mauvaises, telle la dégradation des entreprises exportatrices italiennes.
    Ce secteur, de la maroquinerie à la chaussure et à l'électroménager, mal adapté, est en effet de plus en plus malmené par la concurrence asiatique. Or, la compétitivité ne peut plus, comme par le passé, se régler par une dévaluation de la lire... Quant à l'Allemagne, c'est grâce aux restructurations, et par conséquent à une meilleure rentabilité, qu'elle réussit à améliorer sa note. Même constat de la Coface pour le Japon, d'ailleurs.
    Recul du dollar. Concernant les entreprises américaines, la Coface est inquiète des déficits budgétaire et de la balance commerciale. Toutefois, cette situation étant de nature à peser sur le dollar, les entreprises américaines ne peuvent qu'en profiter à l'exportation. En revanche, si la Coface envisage bien un nouveau recul du billet vert cette année, elle en exclut une chute brutale.
    Pour les pays émergents, l'amélioration spectaculaire de l'accès aux marchés de capitaux au Brésil, en Turquie ou aux Philippines, permet à la Coface d'envisager, à l'avenir, de revoir à la hausse sa note sur les risques de ces pays.
    Quoi qu'il en soit, au-delà d'une situation propre à chacun, nombreux sont les pays qui sont confrontés au même problème, celui de la concurrence des pays émergents d'une part, et, de l'autre, à l'augmentation des prix des matières premières, énergie en tête. Autant d'éléments qui ne peuvent que peser sur leurs marges. Reste que l'envolée du prix du brut ne profite pas franchement aux pays producteurs, englués qu'ils sont pour la plupart dans des problèmes structurels ou géopolitiques. Du coup, seule l'Algérie, grâce à sa stabilité politique et la bonne orientation de son économie, se voit mieux classée.
    Enfin, maigre consolation pour les victimes du rouleau compresseur chinois, les entreprises chinoises sont elles aussi soumises à l'envolée des prix de l'énergie, de même qu'elles subissent les effets de la concurrence sur le marché intérieur. D'où le risque de faillites. Leur note reste pour l'instant inchangée, à A3.
    L. J. B.

Haut de page



 


 

Les Echos 24/01/06

  • Amérique latine : une année à hauts risques
    L'année 2005 a été décisive pour l'Amérique latine. De plus en plus nombreux sont les pays de la région qui paraissent déterminés à suivre une voie conforme à leurs intérêts, sans faire cas des desiderata des Etats-Unis. L'élection de José Miguel Insulza au poste de secrétaire général de l'Organisation des Etats américains (OEA), aux dépens du candidat qui avait les faveurs du gouvernement Bush, montre on ne peut plus clairement le déclin de l'influence américaine sur le continent sud-américain. Les Etats-Unis ont non seulement perdu le contrôle de l'OEA, mais ils ne sont pas parvenus à persuader le sommet américain 2005 de Mar del Plata, en Argentine, de signer une déclaration unanime en faveur de leur politique dans la région. Ce revers est d'autant plus frappant que ce sommet avait été organisé pour soutenir la position des Etats-Unis.
    Tout au long de l'année écoulée, les tentatives du gouvernement Bush pour mettre au pas le Venezuela ont également échoué. Le président Bush a tout simplement été incapable d'obtenir le soutien d'autres pays dans sa politique d'isolation du gouvernement du président Chavez. De même il n'a pas obtenu l'aide d'autres pays de la région pour sa politique d'intervention directe dans le conflit intérieur de la Colombie.
    Certes, l'Amérique n'a pas tout perdu. Washington a réussi à obtenir l'élection du Colombien Luis Alberto Moreno à la présidence de la Banque interaméricaine de développement, ce qui signifie que la Banque va poursuivre sa politique néo-libérale très orthodoxe. Mais il y a maintenant un clivage net entre les pays d'Amérique latine qui veulent poursuivre l'intégration régionale en toute indépendance et ceux qui souhaitent y parvenir sous la direction des Etats-Unis. Les premiers - avec en tête le Brésil, suivi par l'Argentine et le Venezuela - veulent construire une communauté des Nations d'Amérique du Sud. Les pays du Mercosur - le Brésil et l'Argentine, ainsi que le Paraguay et l'Uruguay - veulent défendre leurs intérêts nationaux respectifs et aller vers un ordre international plus juste et plus démocratique : ils ne cherchent de confrontation avec personne. Les seconds - les pays qui ont une relation privilégiée avec Washington - comportent deux groupes : ceux qui agissent isolément, comme la Colombie, l'Equateur et le Pérou, et ceux qui agissent dans une perspective régionale, essentiellement les pays d'Amérique centrale, ainsi que la République dominicaine. Mais ils sont tous dans la ligne politique initiée par le Mexique et, à un moindre degré, par le Chili.
    Après les élections chilienne et bolivienne, le paysage idéologique de la région offre des contrastes marqués. Si la confrontation entre le Venezuela et les Etats-Unis devait s'aggraver et si le Front sandiniste de libération nationale remportait une victoire électorale au Nicaragua, l'onde de choc pourrait affecter politiquement toute la région. Le gouvernement Bush pourrait considérer la formation possible d'un triangle formé par Cuba, le Venezuela et le Nicaragua comme une menace directe vis-à-vis de la stabilité régionale, et placer l'Amérique latine dangereusement en tête de son agenda sécuritaire. Le triomphe du Mouvement pour le socialisme d'Evo Morales en Bolivie ne peut qu'alimenter cette anxiété.
    Certes, on ne peut considérer l'Amérique latine d'aujourd'hui qu'à l'aune de ses relations avec les Etats-Unis. La situation interne de nombreux pays, comme Haïti, l'Equateur et la Bolivie, qui sont en crise politique et institutionnelle quasi permanente, est des plus préoccupantes. Malheureusement, les causes structurelles de ces crises ne vont pas disparaître en 2006. Différents problèmes internes vont sans doute exacerber les tensions régionales. En 2005, le Chili et le Pérou se sont opposés sur la question de leurs frontières maritimes. En Bolivie, un courant revanchard se développe en utilisant les exportations de gaz comme moyen de pression pour récupérer un accès à la mer qui lui a été ravi par le Chili au cours du XIXe siècle. Le conflit entre le Costa Rica et le Nicaragua au sujet de la navigation sur le San Juan, ainsi que la crise de nature juridictionnelle entre la Colombie et le Venezuela ne font qu'aggraver les tensions régionales. Toutes ces tensions menacent d'entraîner une nouvelle course aux armements, cela alors que les premiers problèmes qui se posent à la région sont la pauvreté, les inégalités et la marginalisation des peuples indigènes. Si on ne leur apporte pas de solution, la région pourrait s'en trouver déstabilisée.
    Enfin, une émigration massive ne fait que renforcer les inquiétudes concernant la région. Ce n'est pas seulement une question d'immigration clandestine vers les Etats-Unis. Ces mouvements de population engendrés par la misère et également, surtout dans le passé, par une violence à grande échelle, interviennent aussi entre les pays d'Amérique latine eux-mêmes. Il ne sera pas facile aux dirigeants de la région d'éviter qu'ils n'entraînent des violences dans les mois et les années à venir. Dans toute l'Amérique latine, si rien n'est fait pour lutter contre la pauvreté et la violence, les tensions vont croître. La région se trouve à la croisée des chemins : on verra cette année si l'Amérique latine replonge dans le chaos du passé ou si, dans le respect de la démocratie et des libertés, elle parvient à créer sa propre voie vers la croissance et la stabilité.
    RAOUL ALFONSIN a été le premier président élu démocratiquement après la chute de la dictature militaire en Argentine.

  • ÉDITORIAL
    A nouveau monde, nouveaux risques... mais lesquels ?


    PAR JEAN-MARC VITTORI
    Perpétuel étonnement que de voir l'économie mondiale aller toujours aussi vite ! Redevenus les premiers exportateurs mondiaux, les industriels allemands prévoient d'accroître leurs ventes de marchandises à l'étranger de 7 à 8 % cette année. La Chine affiche une croissance voisine de 10 %, et certains experts estiment qu'elle est encore plus forte. L'Inde accélère elle aussi. La montée en puissance des deux mastodontes est d'ailleurs inscrite en tête de liste des thèmes de réflexion du Forum économique mondial de Davos, qui commence demain. Le Moyen-Orient profite du pétrole cher. L'Amérique latine consolide son redressement, du Brésil au Mexique en passant par l'Argentine. La Coface, qui publie aujourd'hui sa carte mondiale des risques-pays, constate une amélioration.

    En réalité, le monde est devenu beaucoup plus plastique, beaucoup plus résistant aux chocs qu'avant. Malgré un krach boursier colossal en 2000, les attentats du 11 septembre 2001, une épidémie majeure venue d'Asie en 2003, un triplement des prix du pétrole, l'activité économique se développe à un rythme effréné. Comme si l'ouverture croissante des frontières permettait de faire tourner la machine Monde avec plus d'efficacité, en facilitant la circulation des marchandises et des capitaux.
    En même temps, les inquiétudes montent, car tout ne va pas bien. Le constructeur automobile américain Ford a annoncé 25.000 à 30.000 licenciements hier. Le pétrole s'approche à nouveau des 70 dollars, alors que le club des pays producteurs, l'Opep, visait un objectif de 25 dollars il y a à peine trois ans. Les déséquilibres financiers mondiaux s'accroissent encore, avec une Chine qui dépassera les 1.000 milliards de dollars de réserves de change cette année et des Etats-Unis qui pourraient franchir la barre des 1.000 milliards de dollars de déficit courant l'an prochain. Les marges des entreprises sont sous pression, ce qui se retrouve sur des marchés boursiers plus hésitants. Les tensions sur les prix incitent les banques centrales à resserrer leurs politiques monétaires alors que l'expansion est alimentée par un incroyable flot de liquidités.
    Dans un monde plus plastique, les acteurs économiques peuvent poursuivre leurs projets... mais aussi leurs erreurs, comme un endettement excessif. D'où ce climat de crainte devant tant d'énergie déployée. Le monde devient un peu comme l'« Hydroptère », ce voilier qui a traversé la Manche l'an dernier plus vite que le mythique avion de Louis Blériot un siècle plus tôt : une vitesse accrue se paie par des fragilités nouvelles et le pilotage devient essentiel (d'où les inquiétudes suscitées par la succession d'Alan Greenspan à la tête de la banque centrale des Etats-Unis). Dans un jeu plus ouvert, les dangers se propagent beaucoup plus loin. Ce qui appelle de nouvelles formes de gouvernance mondiale, encore plus difficiles à discerner aujourd'hui que les nouveaux risques.

  • Le brésilien Embraer se sépare de ses actionnaires français
    La future structure du capital exclura EADS, Dassault, Thales et Safran du conseil d'administration. Le groupe mettra plus l'accent désormais sur les jets privés que sur la défense.
    DE NOTRE CORRESPONDANT À SÃO PAULO

    Désireux d'augmenter ses investissements et de rester dans la course sur le marché mondial de l'aéronautique, dont il est le quatrième acteur après avoir investi 2,3 milliards de dollars en onze ans, le brésilien Embraer prépare sa révolution actionnariale. Fin mars, l'assemblée générale des actionnaires devra se prononcer sur une nouvelle structure, déjà approuvée par son conseil d'administration qui permettra de « pulvériser » le capital en Bourse et sera accompagnée d'une refonte des instances dirigeantes. Dassault, Thales, Safran et EADS perdront les deux sièges qu'ils détenaient au conseil d'administration depuis l'acquisition de 20 % des droits de vote en 1999.
    « Il s'agit de l'événement le plus important depuis la privatisation » de l'entreprise en 1994, affirme son directeur général, Mauricio Botelho, placé aux commandes il y a dix ans, qui cumulera ses fonctions avec celles de président du conseil d'administration pendant une transition d'un an. Il demeurera ensuite à la tête du conseil pendant deux ans de plus, avant de quitter le groupe. L'Etat, qui détient une « golden share » depuis la privatisation, conservera son droit de veto, y compris sur toute éventuelle OPA. En revanche, « l'approbation de la nouvelle structure par les membres du conseil d'administration a été unanime », informe le président du conseil sortant Vitor Sarquis.
    Opérations rentables en Chine
    L'obtention du statut de « catégorie investissement non spéculatif » décerné par Moody's à la fin de l'an dernier permettra sans doute à Embraer de se reposer davantage sur les marchés des capitaux pour financer son développement à moindre coût. Après avoir livré 141 appareils l'an dernier (dont 120 pour l'aviation commerciale civile), contre 148 en 2004, le groupe va mettre davantage encore l'accent sur les jets privés que sur la défense.
    Après avoir annoncé la vente de cinq Embraer 145 à China Eastern Airlines Wuhan, le constructeur a démenti l'abandon éventuel de son joint-venture à Harbin. « La Chine passe par une phase de transition vers un marché plus flexible, mais l'application des nouvelles règles est plus lente que nous l'espérions, explique Horacio Forjaz, le vice-président. Nos opérations en Chine tournent moins vite que prévu, mais elles sont rentables. »
    THIERRY OGIER

Haut de page



 

 

 

Le Monde 24/01/06

  • Evo Morales : "Nous sommes là pour changer l'Histoire"

    La main droite sur le coeur, le poing gauche levé, Evo Morales, très ému, a prêté serment devant le Congrès, dimanche 22 janvier, à La Paz. A 46 ans, le dirigeant syndical est devenu le premier président indien de Bolivie. "Nous sommes là pour changer l'Histoire", a-t-il assuré, en rendant hommage aux Indiens, qui représenteraient 62 % de la population, selon le dernier recensement. "Ces peuples ont été marginalisés et humiliés, a-t-il dénoncé. Mais la résistance menée depuis 500 ans valait la peine. Aujourd'hui, c'est nous qui prenons le pouvoir pour 500 ans." Dans un long discours, le nouveau président a promis d'en finir avec "les discriminations", "l'Etat colonial" et "le néolibéralisme".
    Onze chefs d'Etat avaient fait le déplacement, mais le président vénézuélien, Hugo Chavez, et son homologue brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, ont été les plus sollicités par les Boliviens. La présence du président chilien, Ricardo Lagos, en dépit de vingt-huit ans de rupture des relations diplomatiques entre le Chili et la Bolivie, a été saluée par M. Morales.
    Après la cérémonie, le président a rejoint, à pied, la place des Héros, où l'attendaient des milliers de personnes. Au son de la musique andine, les Boliviens ont dansé toute la soirée à la gloire d'"Evo", comme ils l'appellent familièrement. Samedi, les communautés indiennes lui avaient rendu hommage, lors d'une célébration mystique, devant les ruines préincas de Tiahuanaco, à l'ouest de La Paz. Les chefs aymaras avaient remis à M. Morales le "bâton du commandement", faisant de lui la plus haute autorité communautaire. Venus des quatre coins de la Bolivie, mais aussi du Pérou, d'Argentine et d'autres pays, des milliers de Quechuas et d'Aymaras, avaient suivi le rituel sacré, agitant le drapeau indien multicolore.
    "Evo Morales n'est pas comme les autres hommes politiques, c'est un paysan comme nous", souligne Alejandra Mamani, une agricultrice installée à La Paz, convaincue que le nouveau président "apportera l'eau et l'électricité dans les campagnes". "Il va changer les choses car il a lui-même souffert de la pauvreté, et cela ne s'oublie pas", jure Jimena Callejas, secrétaire à El Alto, ville-dortoir perchée au-dessus de La Paz. "On a au moins l'espoir qu'il y ait des jours meilleurs", confie Carlos Condori, assistant municipal à El Alto.
    "QU'IL N'Y AIT PLUS DE CONFLITS"
    Créer des emplois, reprendre le contrôle des ressources naturelles, promulguer une nouvelle Constitution et lutter contre la corruption sont les réformes les plus attendues. "Qu'il n'y ait plus de conflits et qu'il dialogue avec tous les secteurs", exige aussi Deisy Loza, une institutrice d'El Alto qui rêve de "paix sociale".
    Alors que, depuis 2002, deux présidents ont été forcés de démissionner sous la pression de la rue, Evo Morales bénéficie d'une forte légitimité obtenue dans les urnes. "Tant qu'il nous écoutera, on le soutiendra, avoue Cecilia Choque, une institutrice de 30 ans à El Alto. En revanche, s'il ne nous écoutait pas..."
    "Tout le monde attend qu'Evo règle l'ensemble des problèmes mais cela ne dépend pas de lui mais d'un Etat qui n'a pas les ressources nécessaires, avertit la politologue Jimena Costa. Il va devoir apprendre à dire "non" à certaines exigences sociales. On verra alors comment réagissent les syndicats."
    Tout devrait donc dépendre des premières mesures que prendra le nouveau chef d'Etat. Samedi, il a promis qu'il convoquerait l'Assemblée constituante avant mars. "On ne saura pas avant plusieurs semaines si de véritables changements sont mis en oeuvre, estime Hervé Do Alto, doctorant en sciences politiques. Aujourd'hui, on peut déjà constater que des mineurs, des Indiens et des représentants d'associations de quartier sont entrés en nombre au Parlement."
    "L'important est de laisser à Evo Morales le temps de gouverner, conclut Ernesto Chavez, un agronome d'El Alto. Tout processus de changement en a besoin pour se mettre en place."
    Chrystelle Barbier

  • Redéploiement des diplomates américains dans le monde

    Une centaine de diplomates américains vont quitter leur poste en Europe pour aller exercer dans des avant-postes reculés de Chine ou d'Afrique. Un an après son arrivée au département d'Etat, la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, a annoncé une réforme visant à mettre son ministère au diapason du nouvel ordre du monde.
    Les nouveaux diplomates devront prêcher la démocratisation souhaitée par le président George Bush. "L'Amérique a besoin d'une diplomatie hardie, qui ne se contente pas de prendre acte du monde tel qu'il est, mais qui cherche à le changer", a dit Mme Rice en présentant son projet de "diplomatie transformationnelle", le 18 janvier, aux étudiants de l'Université de Georgetown.
    Mme Rice a pris l'exemple de la fin de la guerre froide quand les Etats-Unis ont ouvert quatorze nouvelles ambassades dans les anciens pays de l'Est. L'époque actuelle lui apparaît comparable, avec l'émergence de pays tels que l'Inde, la Chine, le Brésil, l'Indonésie ou l'Afrique du Sud qui "façonnent de plus en plus le cours de l'histoire". La "ligne de front de notre diplomatie apparaît plus clairement, a-t-elle dit, dans les pays en transition".
    Plusieurs centaines de diplomates vont être réaffectés. Les cent premiers, dès cette année. Ils seront envoyés en Chine, en Inde, au Nigeria et au Liban. Les diplomates ne devront plus se cantonner aux capitales et aux antichambres ministérielles. Mme Rice a mentionné près de deux cents villes de plus de 1 million d'habitants où les Etats-Unis ne sont pas représentés. "C'est là qu'est l'action aujourd'hui et c'est là que nous devons être." Plutôt que des consulats, le département d'Etat créera des "postes de présence américaine", moins coûteux, voire de simples "postes de présence virtuelle", qui verront "de jeunes diplomates ouvrir des sites Internet focalisés sur des centres de population clés".
    SITUATION DE POST-CONFLIT
    Les diplomates devront aussi travailler en coopération plus étroite avec les militaires et s'occuper de reconstruction. Mme Rice a estimé que l'armée américaine portait depuis quinze ans "une part démesurée" des responsabilités dans les situations de post-conflit, faute d'avoir les personnels civils adéquats. "Cela s'est vérifié en Somalie, en Haïti, en Bosnie, au Kosovo, et cela se vérifie encore partiellement en Irak et en Afghanistan", a-t-elle dit. Au sein du département d'Etat, une nouvelle unité, le Bureau de stabilisation et de reconstruction, a été dotée de 100 millions de dollars. Il devra déployer des catégories de civils allant des électriciens aux policiers, banquiers ou experts électoraux — des missions habituellement dévolues aux agences de l'ONU.
    Autre volet de la réforme : l'aide internationale. Mme Rice a annoncé que l'agence d'aide au développement américaine (USAID) allait désormais être chapeautée par le département d'Etat, afin de rationaliser la distribution de programmes d'assistance (19 milliards de dollars). Les ONG ont fait remarquer que Mme Rice n'avait pas évoqué la pauvreté et craignent que l'aide au développement pâtisse de la prioritaire accordée à la "démocratisation".
    Corine Lesnes

  • Washington s'oppose à la vente d'avions militaires au Venezuela par le constructeur brésilien Embraer

    L'avionneur brésilien Embraer garde l'espoir de vendre ses avions militaires au Venezuela. Exposé au veto des Etats-Unis, le président d'Embraer se veut rassurant, en expliquant que les appareils convoités par Caracas ne sont pas des avions d'attaque. "Au contraire, souligne Mauricio Botelho, le Super-Tucano sert à faire respecter la loi, notamment pour lutter contre les trafics d'armes et de drogue, et cette lutte intéresse aussi les Etats-Unis. "
    En Amazonie, l'armée brésilienne utilise ses Super-Tucano depuis un an. Des composantes sensibles fournies par les Américains équipent l'avion, et permettent un veto de Washington.
    Le contrat n'a pas encore été signé. Il se monterait à 200 millions de dollars (164 millions d'euros), pour livrer une vingtaine d'appareils. La vente de matériel militaire ayant besoin de l'aval des autorités, Embraer dit avoir abandonné l'initiative des négociations au gouvernement de Brasilia. Réalisant l'essentiel de son chiffre d'affaires en territoire américain, M. Botelho déclare : "Nous devons être pragmatiques, car cette position ne vise ni Embraer ni le Brésil, c'est un problème entre les Etats-Unis et le Venezuela."
    En recevant son homologue vénézuélien, jeudi 19 janvier, le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a rappelé son désaccord avec la position américaine. Son ministre des relations extérieures, Celso Amorim, négocie avec la secrétaire d'Etat américaine, Condolezza Rice, défendant le contrat avec le Venezuela, pays qui n'est ni visé par un embargo ni enclin au terrorisme.
    D'autant qu'Embraer vient d'enregistrer une autre déconvenue : allié au groupe américain Lockheed Martin, le groupe devait produire des avions espions pour l'US Army. Mais le programme a été annulé et les Brésiliens ont renoncé à construire une usine en Floride.
    Quatrième constructeur mondial, Embraer reconnaît que le marché de la défense est devenu trop limité et trop politisé. L'avionneur préfère donc miser sur les avions d'affaires, "un secteur d'avenir" alors que la défense stagne à 20 % de son chiffre d'affaires. En novembre 2005, Embraer a lancé deux prototypes de jets d'affaires, Phenom 100 et 300, pour étoffer la gamme encore réduite au Legacy, la version luxueuse du modèle qui a remporté un grand succès international, l'ERJ 145.
    Et, pour investir plus massivement et plus facilement, Embraer est en pleine restructuration de son capital. Les actions seront lancées sur le marché international, mais le pouvoir restera aux mains des Brésiliens : le poids des votes des étrangers sera limité à 40 %. Actuellement, les seuls étrangers actionnaires, Dassault, EADS, Thales et Safran (ex-Snecma), détiennent 20 % du capital.
    Depuis sa privatisation, en 1995, Embraer, qui emploie plus de 16 000 salariés, a investi 2,3 milliards de dollars et décuplé ses résultats. M. Botelho, président depuis cette date, a annoncé qu'il abandonnera ses responsabilités en avril 2007.
    Annie Gasnier

  • La « revolution » Chavez est – elle exportable?

    Du 24 au 29 janvier, le président vénézuélien accueille la deuxième étape du sixième Forum social mondial. Alors que, scrutin après scrutin, l'Amérique latine confirme son virage à gauche, la « révolution bolivarienne » offre l'expérience la plus radicale de remise en cause du cadre néolibéral. Mais les moyens dont disposent les autres pays de la région sont loin de ceux du cinquième pays exportateur de pétrole. Persistance d'un lourd endettement et besoin de capitaux pour financer le développement risquent de brider les rêves de justice sociale et de souveraineté PAGES II ET III

  • L’Amérique latine se met à rêver d’une économie plus juste
    La région passe à gauche hésite entre la révolution bolivienne et le pragmatisme chilien

    BOGOTA, CORRESPONDANTE

    Effigies du Libertador Simon Bolivar, graffitis anti-impérialistes et fresques à la gloire de la révolution s'étalent sur les murs de Caracas, qui s'apprête à accueillir le Forum social mondial. Pour sa sixième édition, la grande réunion de l'altermondialisme a choisi de se démultiplier entre le Mali - où elle s'est tenue la semaine dernière -, le Venezuela, du 24 au 29 janvier, et le Pakistan, en mars. Entre 70 000 et 100 000 personnes sont attendues dans la capitale vénézuélienne. Chantre de l'anti-néolibéralisme, bête noire de Washington, le charismatique Hugo Chavez occupe le devant de la scène politique latino-américaine. Sa drôle de « révolution bolivarienne » séduit les partisans du développement alternatif.
    Sur fond de boom pétrolier, le Venezuela, cinquième exportateur de brut mondial, aligne des indicateurs économiques à faire pâlir d'envie. Après l'effondrement des années 2002-2003 (dû à la grève pétrolière décrétée par l'opposition), la croissance a redémarré en flèche. Elle a atteint 9,4 % en 2005, après avoir frôlé 18 % en 2004. Taux de chômage en franc recul (8,3 %), inflation maintenue sous la barre des 15 % et excédent budgétaire, M. Chavez s'est félicité de la « réussite » de l'économie vénézuélienne. Les caisses de la banque centrale sont pleines et les 30 milliards de réserves internationales pourraient permettre au pays de rembourser une bonne partie de sa dette extérieure. Soucieux de défendre la « souveraineté économique » de son pays, le président a serré la vis des compagnies pétrolières multinationales, tenues de renégocier les contrats d'exploitation en cours pour permettre une participation majoritaire de l'entreprise publique Petroleos de Venezuela (PDVSA). Admis au Mercosur, la principale union commer¬ciale sud-américaine, le Venezuela a multiplié les accords bilatéraux - avec le Brésil, la Chine, l'Iran - pour diversifier investissements et partenaires. Les États-Unis res¬tent le premier client du pays.
    Recul de la pauvreté
    Financés par l'excédent pétrolier, les programmes sociaux en matière d'éducation, de santé et de vente d'aliments subventionnés ont touché 16 millions de Vénézuéliens. L'Unesco s'est félicitée de l'éradication de l'analphabétisme. La Banque mondiale érige désormais en exemple le programme de médecine de proximité qui a permis aux habitants des quartiers défavorisés de se faire soigner gratuitement, grâce à la présence de milliers de médecins cubains. Les chiffres indiquent un léger recul de la pauvreté, qui continue de toucher les deux tiers de la population. Dans l'enthousiasme et le désordre, la réforme agraire s'accélère, les coopératives se multiplient, la « cogestion » est instaurée dans quelques entreprises publiques. La révolution bolivarienne a du charme et des mérites.
    Mais, dans l'ensemble, les économistes latino-américains restent sceptiques. « L'expérience du Venezuela est de peu d'utilité pour les pays qui n'ont pas de pétrole », remarque Beethoven Herrera, de l'Université centrale du Venezuela (UCV). Au Brésil, la contrainte extérieure pèse lourd sur le prudent gouvernement d'Inacio Lula da Silva. Seule la Bolivie, riche de son gaz, pourrait tenter de copier le modèle social vénézuélien, « mais la marge de manoeuvre politique et économique d'Evo Morales est plus réduite », rappelle M. Herrera
    L'improvisation qui règne à Caracas et l'absence d'une stratégie cohérente de développement suscitent critiques et déceptions. « La redistribution de la rente pétrolière vers les secteurs défavorisés ne garantit pas, à elle seule, une croissance sou¬tenue et soutenable », affirme l'économiste Leonardo Vega, de l'UCV. « Les programmes sociaux du gouvernement ont amorti les conséquences les plus désastreuses du néolibéralisme, mais elles n'ont pas modifié en profondeur les structures de l'économie vénézuélienne, qui reste plus que jamais dépendante du pétrole », ajoute un ancien ministre du plan, Enzo Del Bufalo. Mise en avant par le gouvernement, la croissance du produit intérieur brut (PIB) non pétrolier en 2005 (l0,3 %) résulte indirectement de l'injection massive de liquidités pétrolières dans l'économie.
    Riche (trop riche ?), la révolution bolivarienne peut dépenser sans se soucier d'efficacité. Personne ne sait avec certitude combien coûtent les missions sociales. Les fonds sont directement ponctionnés des caisses de PDVSA, sans passer par le budget de l'État. « Faute d'une administration efficace et de contrôles pour freiner la corruption, tout permet de penser que le gâchis est énorme », souligne M. Del Bufalo.Aterme, PDVSA pourra-t-elle continuer à financer la politique sociale du gouvernement et procéder aux investissements nécessaires à sa modernisation
    Amorcé il y a quinze ans avec l a libéralisation, le déclin du secteur industriel vénézuélien se poursuit. « Ce ne sont pas les coopératives et autres organisations alternatives de production, peu qualifiées, qui vont permettre de diversifier l'économie et de la rendre compétitive », considère M. Vega. Justifiée pour des raisons politiques, l'entrée du pays dans le Mercosur pourrait porter un nouveau coup à l'industrie locale lorsqu'elle devra affronter la concurrence des produits brésiliens et argentins. « Les politiques du gouvernement sont souvent contradictoires », note M. Del Bufalo. Il cite l'exemple de la distribution d'aliments subventionnés importés qui déstabilise les producteurs agricoles locaux, contredisant l'objectif proclamé de la réforme agraire. « Le président, qui excelle dans le discours politique, méprise experts et technocrates. Or, administrer une économie exige des compétences, la transformer encore plus », rappelle un de ses anciens collaborateurs. Le pétrole et la bonne volonté ne suffisent pas.
    MARIE DELCAS

  • Cinq expériences sous la contrainte des marchés
    Les nouveaux élus doivent attirer les capitaux indispensables au développement


    A gauche toute ! Scrutin après scrutin, l'Amérique latine poursuit son virage politique. Le 15 janvier, la victoire de la socialiste Michelle Bachelet a confirmé l'ancrage du Chili au centre gauche. Quelques semaines après qu'Evo Morales, un ancien syndicaliste, porte-parole des pro¬ducteurs de coca, a donné à la Bolivie son premier président indien. Depuis 1998, si l'on met de côté le Chili, qui depuis la fin de la dic¬tature, en 1989, fait preuve d'une grande continuité, cinq pays - Venezuela, Bolivie, Brésil, Argentine et Uruguay - ont choisi par la voie des urnes de confier leur avenir à des gouvernements affichant avec plus ou moins de force leur volonté de prendre des distances avec les politiques néolibérales menées depuis les années 1980.
    Car le bilan des thérapies de choc engagées pour juguler l'hyper¬inflation et restaurer les grands équilibres macroéconomiques est loin d'être à la hauteur des résultats attendus. La croissance est restée faible, la pauvreté a peu reculé et les inégalités se sont creusées. Selon un récent rapport de la Ban¬que mondiale consacré aux liens entre « équité et développement », cette mauvaise inéquitable des fruits de la croissance ne serait d'ailleurs pas étrangère aux contre- performances de la région, tandis qu'à l'inverse la plus grande cohésion sociale observée en Asie serait une des clés de sa réussite.
    Il ne faut pas s'étonner, alors que le sous-continent a renoué depuis 2004 avec une croissance inégalée depuis longtemps, que s'exprime partout le mécontentement social des traditionnels exclus et des clas¬ses moyennes paupérisées par les récentes crises financières.
    Mais ce désir de justice sociale et de liberté à l'égard des institutions financières internationales - qui, tout au long de ces dernières années, a balisé étroitement le che¬min à suivre - ne se fait plus au nom d'une idéologie ou de la nostalgie d'un modèle qu'il faudrait instaurer. Et si le président vénézuélien pousse le plus loin le discours de la rupture, il lui reste à donner à son « socialisme du siècle » un contenu dont lui-même convient qu'il ne l'a pas encore inventé.
    La gauche ou, plus exactement, les gauches latino-américaines - dans leur expression radicale au Venezuela ou en Bolivie, ou plus proche d'une social-démocratie à l'européenne comme au Chili - sont à la recherche d'un équilibre entre l'économie de marché dont nul n'imagine pouvoir totalement s'affranchir et l'exigence d'une société plus juste. « La remise en question de l'économie de marché n'est plus d'actualité, explique Carlos Quenan, chercheur à l'Institut des hautes études d'Amérique latine (Iheal). Ce qui est enjeu, c'est le retour de l Etat à travers des politiques plus ou moins interventionnistes. »
    Besoins de capitaux
    En cela il y a bien ici un laboratoire d'expériences qui explique que le mouvement altermondialiste, après avoir rêvé avec le Brésilien Inacio Lula da Silva, se tourne avec intérêt vers MM. Chavez ou Morales, dont les discours plus radicaux font écho à leur désir d'un « autre monde ». L'expérience de Lula montre cependant que l'euphorie des lendemains de victoire peut vite se fracasser sur une réalité économique qui, pour le Brésil comme pour d'autres pays de la région, reste marquée par les contraintes d'un lourd endettement et d'un important besoin de capitaux étrangers pour financer le développement. A l'exception de M. Chavez qui surfe sur la rente pétrolière, les équipes au pouvoir y sont, à des degrés divers, confrontées.
    Elu en novembre 2004, Tabaré Vasquez, le premier président socialiste de l'Uruguay, a dû signer en juillet 2005 auprès du Fonds monétaire international (FMI) un accord de prêt de 1,1 milliard de dollars pour trois ans qui inscrit la politique économique du pays dans la continuité et soumet les finances publiques à une cure d'austérité qui ne laisse aucune place à la satisfaction des attentes sociales. Les tensions n'ont pas tardé à apparaître au sein du Front élargi, la coalition au pouvoir.
    En Bolivie, M. Morales, à la tête du pays le plus pauvre de la région, devra vite composer avec les équipes du FMI, de la Banque mondiale ou de la Banque interaméricaine de développement (BID), qui sont le pays n'ayant pas accès aux marchés financiers internationaux –les principaux bailleurs d'une économie sous perfusion d'aides étrangères.
    L'Argentine et le Brésil se sont dégagés de la tutelle du FMI en remboursant de façon anticipée leurs créances, mais, si les inten¬tions de Nestor Kirchner demeurent floues, Lula a en revanche montré depuis son élection en 2002 qu'il avait opté pour une parfaite orthodoxie monétaire et qu'il misait avant tout sur une insertion réussie dans l'économie mondiale pour financer ses promesses sociales. Quitte à décevoir ses électeurs.
    La mise en cause d'une libéralisation à tout va qui traverse le sous-continent se traduit par un rejet de son symbole le plus fort : la place occupée par les multinationales dans le secteur des matières pre¬mières. Gaz en Bolivie, eau en Argentine et en Uruguay... là encore un équilibre est attendu entre la volonté populaire de se réappro¬prier une source de richesse ou un besoin vital et la nécessité de ne pas faire fuir les investisseurs étrangers. « La Bolivie veut investir. Elle a besoin des investisseurs, a déclaré M. Morales le 13 janvier, mais les investisseurs doivent être des partenaires du gouvernement. » Il s'adressait à... Lula, inquiet du sort de la compagnie nationale brésilienne Petrobras, implantée en Bolivie et responsable de 44 % de la fourniture de gaz dans le pays, aux côtés de Total, Repsol ou Exxon, dont le nouveau président bolivien a indi¬qué qu'il souhaitait renégocier les contrats. Après le départ de la française Suez d'Argentine, de l'américaine Bechtel de Bolivie, c'est sur ce terrain que l'Améri¬que latine de gauche a pour l'instant marqué sa différence.
    L. C.

  • Olivier Dabène :
    L’influence extérieur d’Hugo Chavez reste très modeste


    Le président vénézuélien, Hugo Chavez, se pose en rassembleur de la gauche radicale latino-américaine.
    Quel est son véritable pouvoir d'influence ? Il faut distinguer les gesticulations d'Hugo Chavez de son influence réelle sur la scène latino-américaine, qui reste très modeste. Son arrivée au pouvoir marque un véritable tournant pour le pays, mais son expérience ne peut avoir valeur d'exemple, car la situation du Venezuela est particulière.
    M. Chavez a permis de nettoyer le pays d'une classe politique corrompue qui avait accaparé la rente pétrolière. Il a redonné la parole aux pauvres et montré aux partis politiques établis qu'ils ne peuvent éternellement se prévaloir d'incarner une' démocratie représentative en excluant une grande partie de la population. Cela étant, il reste dans une tradition populiste et anti-impérialiste à laquelle ne souscrivent pas les gouvernements de la gauche dite progressiste du continent. Et si sa liberté de ton peut séduire, car elle lui permet de dire tout haut beaucoup de ce que ses voisins préfèrent penser tout bas, la radicalité de son discours antilibéral limite son influence.
    Lorsqu'il propose de former « l'axe du Bien » avec Cuba et la Bolivie contre les Etats-Unis, le Brésil dénonce immédiatement ce discours de confrontation. Il ne faut pas oublier par ailleurs que, derrière un discours anti-Bush, Chavez continue de vendre du pétrole aux Etats-Unis et que, lorsqu'il est en visite à l'étranger, il ne manque pas de rencontrer les milieux d'affaires pour les rassurer et les inciter à investir.
    L'envolée des revenus pétroliers ne lui a-t-il pas permis d'appuyer ses ambitions régionales sur des inves¬tissements concrets, dans le domaine de l'énergie notamment.
    Il est clair que les dollars de Chavez ne laissent pas indifférent et qu'il sait s'en servir pour conduire une diplomatie régionale très active. Mais son projet d'Alternative bolivarienne des Amériques (ALBA) n'est pas de taille face au projet d'intégration des Amériques porté par Washington depuis dix ans. Jusqu'à présent, seule Cuba en est signataire. Peut-être Evo Morales, qui vient d'être élu en Bolivie, s'y joindra-t-il, mais je ne crois pas que cela aille beaucoup plus loin. L'intégration commerciale entre l'Amérique du Nord et l'Amérique latine à travers le projet d'Accord de libre commerce des Amériques (ALCA) est certes en panne, comme l'a montré l'échec du Sommet des Amériques, à Mar del Plata (Argentine) en novembre, mais les Etats-Unis parviennent à contourner cette paralysie en concluant des accords de libre-échange bilatéraux. Outre le Mexique et le Chili, cinq Etats d'Amérique centrale ainsi que la République dominicaine ont déjà signé avec Washington. Seuls les pays du Mercosur - Argentine, Brésil, Paraguay Uruguay - restent à l'écart.
    Le Mercosur, auquel le Venezuela adhérera prochainement ?
    Oui, M. Chavez joue pleinement la carte du rapprochement avec ses voisins du Mercosur, dont la dynamique a été relancée depuis 2001. L'élection de gouvernements de gauche au Brésil, en Argentine et en Uruguay y a contribué, car il existe entre les dirigeants de ces pays le sentiment d'appartenance à une même famille. Tous partagent le point de vue que l'Etat a un rôle à jouer et que le continent est allé trop loin sur la voie de la libéralisation depuis les années 1980. D'où l'idée de créer des fonds structurels pour aider les régions en grande difficulté. Mais cet approfondissement du Mercosur ne s'accompagne pas d'une remise en cause du libre-échange ou d'une volonté de moindre ouverture par rapport au reste du monde. Ces gouvernements - à l'exception de M. Chavez - ont compris que c'est en marquant des points sur la scène internationale qu'ils pourront obtenir des marges de manoeuvre leur permettant de conduire des politiques redistributives au plan national. C'est pour cela, par exemple, que le Brésil se bat avec autant d'énergie dans les négociations commerciales internationales.
    PROPOS RECUEILLIS PAR LAURENCE CARAMEL

Haut de page


 

 

 

Les Echos 23/01/06

  • Les nouveaux visages de l'immigration
    A travers la planète, les migrations se diversifient et s'internationalisent au rythme de la mondialisation. Les migrants sont prêts à parcourir des milliers de kilomètres, parfois au péril de leur vie, pour tenter leur chance dans des pays qui, eux, ont tendance à fermer leurs frontières. A l'origine des départs : les conflits et les déséquilibres économiques, sociaux et démographiques entre le Nord et le Sud. Enquête, en cinq volets, sur les diférentes facettes du phénomène.
    CARINE FOUTEAU

    A pied, en avion, par voie de mer, en camion ou en autocar... des milliers de personnes - réfugiés, cadres expatriés, travailleurs, étudiants, femmes seules - riches ou pauvres, en situation régulière ou non, décident chaque jour de quitter leur pays pour aller s'installer à l'étranger. A l'arrivée, près de 200 millions de personnes résident ailleurs que là où elles sont nées. 200 millions sur quelque 6,5 milliards d'hommes et de femmes. A peine plus de 3 % des habitants de la planète. Et si ce chiffre augmente de façon continue - 77 millions en 1965, 105 millions en 1985, 175 millions en 2000 -, c'est dans des proportions analogues à la hausse de la population mondiale.

    Ce qui change n'est donc pas d'ordre quantitatif : les mouvements se mondialisent et se complexifient, tandis que les frontières des pays d'« accueil » se ferment au gré de politiques nationales et régionales de plus en plus imprégnées de préoccupations sécuritaires. Autrement dit : les trajectoires s'internationalisent et se diversifient malgré des contrôles de plus en plus stricts aux limites des Etats et des zones d'entrée. Gérard Noiriel, historien spécialiste de l'immigration, souligne la « contradiction fondamentale qu'a provoquée cette double révolution : d'une part, avec les progrès techniques et le développement du capitalisme, les déplacements humains sont devenus plus rapides et plus faciles. D'autre part, les Etats-nations n'ont cessé de renforcer les barrières afin de mieux protéger les intérêts de leurs ressortissants » (1).

    Renversement des flux migratoires
    Les migrations n'ont jamais cessé - elles ont même été plus intenses au XIXe siècle -, mais les bouleversements s'accélèrent : il n'y a même pas soixante ans, l'Europe était encore le principal pôle de départ. A l'exception de la France, l'une des plus anciennes terres d'immigration, presque tous les autres Etats du Vieux Continent étaient des pays d'émigration. Cependant, avec le « renversement des flux migratoires » analysé par Alfred Sauvy, les pays du Sud sont devenus les principaux pourvoyeurs de candidats à l'exil (près des trois quarts), l'Asie arrivant en tête, devant l'Afrique et les Caraïbes. Le Mexique s'impose comme le premier pays de départ (6 millions d'émigrés), devant le Bangladesh (4 millions), l'Afghanistan (4 millions) et les Philippines (3 millions). La Chine prend une part croissante depuis son ouverture au capitalisme, mais difficile à mesurer faute de statistiques fiables. Même tendance pour l'Inde, malgré le mouvement de retour au pays des plus qualifiés.

    A l'autre bout de la chaîne, trois ensembles régionaux polarisent les arrivées : l'Amérique du Nord, l'Union européenne et le golfe arabo-persique. Les Etats-Unis continuent d'être le pays le plus attractif au monde, avec environ 35 millions d'habitants nés à l'étranger en 2000, soit 12 % de sa population, devant la Russie (13 millions, soit 9 %, parmi lesquels de nombreux ressortissants d'Etats de l'ex-URSS), l'Allemagne (7 millions, 12 %), l'Inde (6 millions, 0,5 %) et le Canada (6 millions, 19 %). La France suit de loin, puisque 3,5 millions de personnes de nationalité étrangère (5,8 %) y vivent, mais devance néanmoins la Grande-Bretagne (2,4 millions, 4 %).

    Des Ukrainiens en Turquie...
    Cette donne migratoire se traduit par une multiplication des pôles de départ et d'accueil, comme l'indique le géographe Gildas Simon (2). Les relations autrefois exclusives entre deux zones (la France et le Maghreb, la Grande-Bretagne et le Commonwealth, etc.) se sont élargies, sans pour autant faire disparaître les liens historiques et culturels issus des colonisations. De nouveaux acteurs apparaissent : l'Asie centrale et orientale, l'Europe de l'Est et l'Afrique centrale, auparavant minoritaires dans les « flux », prennent une place de premier plan. Le géographe évoque aussi le cas de l'Ukraine, de la Biélorussie, mais également de certaines provinces chinoises. Les Equatoriens, durement affectés par l'effondrement de leur système bancaire, supplantent désormais les Marocains en Espagne. Outre les Ukrainiens au Portugal ou en Turquie, on peut citer l'exemple des Polonais venus en nombre en Irlande, jusqu'à former la première communauté immigrée du pays (120.000).

    ... et des Indiens au Brésil
    La forte mobilité des migrants est une autre caractéristique du paysage actuel. Le démographe François Héran souligne cette capacité « à prospecter, à tenter sa chance dans plusieurs pays, à recommencer, tels les Mexicains prêts à franchir deux ou trois fois la frontière avec les Etats-Unis pour parvenir à leurs fins ». Plus qualifiés, des Indiens, ingénieurs ou informaticiens, vont travailler au Brésil mais ne s'y installent pas, grâce aux vols « low cost » qui leur permettent de faire des allers-retours. Le démographe Hervé Le Bras évoque également le cas des élites d'Afrique noire dont les préférences vont désormais aux Etats-Unis et au Canada, « plus accueillants à l'égard des migrants » que la vieille Europe. De même, les étudiants indiens s'inscrivent en priorité dans les universités américaines et servent de « go-between » entre les deux pays. A Paris, au ministère de l'Intérieur, où l'on traque les « abus » (les « faux » réfugiés), l'accent est mis sur d'autres tendances. Parmi elles, l'afflux des demandes d'asile « pas toujours fondées » en provenance de l'Est de l'Europe (Ukraine, Arménie, Moldavie, Géorgie, Tchétchénie), et aussi d'Afrique centrale (RDC, Burundi, Rwanda), d'Haïti, de Chine. Autant de mouvements que l'on explique par « l'instabilité politique croissante dans ces zones » mais surtout par « le développement des mafias ».

    A l'encontre d'une vision euro-centrée assez répandue, 60 % des migrants partent vers un pays du Sud. Des Etats très pauvres hébergent leurs voisins en crise. Ainsi, le Malawi, où plus de 1 million de réfugiés mozambicains ont trouvé refuge au début des années 1990. Des relais régionaux s'organisent, autour du Moyen-Orient et de l'Afrique du Sud par exemple. Ou encore, conséquence de l'allongement des parcours, des pays deviennent des zones de transit, tels la Turquie, le Mexique, la Malaisie, le Sénégal. La Libye, la Tunisie, le Maroc et l'Algérie apparaissent désormais comme des terres d'immigration et de passage pour les populations d'origine subsaharienne.

    Loin d'être harmonieuse, la géographie des migrations est traversée par de profondes lignes de fracture. En Amérique, la région du Rio Grande, entre les Etats-Unis et le Mexique, fait office de cercueil à ciel ouvert : plus de 3.600 cadavres ont été découverts au cours des dix dernières années dans les zones arides qui bordent le fleuve. Ce qui laisse supposer un nombre de victimes deux à trois fois supérieur. Le passage des Mexicains vers les Etats-Unis constitue en effet le plus important mouvement de population de la planète. Comme dans la plupart des pays riches, ces déplacements se sont traduits par un durcissement des contrôles aux frontières. Sous l'effet des attentats du 11 septembre 2001, le Congrès américain vient même d'approuver un projet de loi prévoyant la construction d'un « mur de sécurité » de plus 1.000 kilomètres. George W. Bush poursuit un double objectif : rassurer son électorat ultraconservateur en luttant contre l'immigration illégale, et satisfaire les milieux économiques à la recherche d'une main-d'oeuvre bon marché en créant un statut légal temporaire pour les sans- papiers employés dans l'agriculture, l'hôtellerie et la construction.

    La Méditerranée, fracture Nord-Sud
    Entre l'Europe et l'Afrique, la logique est la même. La Méditerranée, où périssent chaque année des centaines de migrants, matérialise cette cassure. Tout comme les barbelés meurtriers de Ceuta et Melilla, enclaves espagnoles au Maroc, sous les feux des projecteurs cet automne. Fin novembre à Barcelone, le dernier sommet des chefs d'Etat des pays du pourtour méditerranéen s'est révélé décevant, à l'image du dialogue engagé il y a dix ans. Comme si les déclarations d'intention ne parvenaient pas à masquer les écarts économiques, sociaux et politiques entre les deux rives (chômage, croissance du PIB, démocratisation, protection sociale, etc.). Alors que l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) estime qu'un Africain sur dix pourrait vivre hors de son pays d'origine en 2025, l'Institut pour l'environnement et la sécurité humaine (lié à l'ONU) évalue à 50 millions le nombre de personnes appelées à se « déplacer » d'ici à 2010 en raison de la désertification, des inondations et des tempêtes liées aux changements climatiques. Pour Claire Rodier, juriste au Groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti), ces déséquilibres expliquent en bonne part les départs des migrants. Selon elle, « c'est une illusion de croire que l'Union européenne parviendra à limiter les mouvements de population par des contrôles policiers. Pour agir, les pays du Nord doivent prendre leurs responsabilités et mettre tout en oeuvre afin d'enrayer les facteurs d'exil dont ils ont la maîtrise : c'est évidemment le cas pour ce qui est du réchauffement de la planète et des phénomènes de désertification, qui découlent directement de leurs choix économiques et environnementaux ».

    Un marché souterrain du « passage »
    Plus encore que les Etats-Unis, les pays de l'Union européenne, exception faite de l'Espagne et de l'Italie, multiplient les filtres afin de « mieux choisir » les étrangers. Or les politiques migratoires ont beau se durcir, elles ne parviennent pas à décourager ceux qui n'ont rien à perdre. A terme, elles risquent même de se révéler contre-productives en limitant les possibilités d'aller et retour avec les pays d'origine. « Le système des visas imposé depuis 1986 aux pays du Sud bloque la mobilité des échanges entre les populations des deux (suite page 13) rives, tout en favorisant la sédentarisation aléatoire de ceux qui ont réussi à pénétrer en Europe », estime Catherine de Wenden, directrice de recherche au CNRS-Ceri (3). Gildas Simon analyse lui aussi les « effets pervers des durcissements des politiques d'admission dans l'Union européenne et en Amérique du Nord ». Selon lui, « de véritables marchés souterrains de la migration se sont ainsi constitués », les obstacles ayant pour conséquence de renchérir le coût des « voyages » illégaux. Pour venir en France lorsque l'on est Chinois, il faut compter entre 10.000 et 20.000 euros : un « forfait » comprenant un « package de prestations », selon la politologue, allant « du trajet aux vrais-faux papiers en passant par l'emploi au noir dans les ateliers clandestins à Paris ou la prostitution » ; le prix de la traversée de la Méditerranée, de la Tunisie vers l'Italie, peut atteindre 1.500 euros, tandis que le franchissement de la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis est estimé à 3.000 dollars. Dans l'Union européenne, « cette économie du passage dégage 4 milliards d'euros de profits par an », d'après Michael Jandl, chercheur au Centre international pour le développement des politiques migratoires, installé à Vienne (Autriche).

    Une Europe qui vieillit
    La question de la fermeture des frontières en télescope une autre : celle des disparités démographiques entre le Nord et le Sud, en particulier entre l'Europe et l'Afrique. Les pays de la rive nord de la Méditerranée ont vu leur population augmenter d'un tiers entre 1950 et 2000, et passer ainsi à 212 millions de personnes. Dans le même temps, la population des rives Est et Sud a été multipliée par trois, de 73 à 244 millions, malgré un ralentissement de l'accroissement naturel. En Afrique du Nord, la moitié des habitants ont moins de vingt-cinq ans. Or cet écart semble devoir se creuser dans les prochaines années : d'ici à 2025, la population du Maghreb devrait croître de 48 %, contre 3 % pour celle de l'Union européenne.

    Ces perspectives ont ouvert la voie à une interrogation qui taraude les milieux économiques et politiques : les pays les plus riches peuvent-ils se passer de la main-d'oeuvre étrangère pour maintenir leur croissance économique ? L'Europe est vieillissante et déclinante. Sa population est certes importante : avec l'adhésion de dix nouveaux membres, l'Union a atteint le seuil des 455 millions d'habitants, ce qui la place au troisième rang mondial, derrière la Chine et l'Inde. Mais elle ne doit plus aujourd'hui sa croissance démographique qu'à l'apport migratoire, plus de 11 millions de personnes depuis la fin des années 1980. Un pays comme l'Allemagne verrait sa population diminuer si son bas niveau de fécondité n'était compensé par l'arrivée d'étrangers. Dans ce paysage, la France fait figure d'exception, avec un dynamisme interne (807.000 naissances pour 537.000 décès) réduisant à 25 % la part de l'immigration dans la croissance démographique. Ce qui n'empêche pas, là comme ailleurs, la population de vieillir, avec une espérance de vie en hausse continue. Aussi, les vagues de départs à la retraite font-elles craindre une baisse de la population active à partir de 2010 ou 2015, ce qui, à terme, pourrait avoir un impact sur la croissance.

    Besoins de main-d'oeuvre
    Au niveau européen, le nombre de travailleurs pourrait chuter de 20 millions entre 2010 et 2030, d'après le Livre vert paru il y a un an. La Commission de Bruxelles n'a pas tardé à prendre la mesure de ce bouleversement. Tout en engageant les salariés à travailler plus longtemps, elle a invité les Ving-Cinq à relancer, de manière coordonnée, l'appel aux travailleurs étrangers.

    Selon les niveaux d'intervention, des conflits d'intérêts se manifestent : les Etats-nations s'efforcent de ménager - ou d'instrumentaliser - des opinions publiques tentées par la xénophobie et le repli sur soi ; les zones régionales, comme l'Union européenne, cherchent à accroître leur influence dans le monde et craignent de voir leur croissance s'amollir faute de main-d'oeuvre ; quant aux migrants, ils répondent à leur propre logique, celle d'un vivre-mieux qu'ils estiment inaccessible dans leur pays d'origine. Contraints de fuir un danger, déterminés à trouver un emploi ou une situation meilleure, soucieux de se libérer des carcans familiaux, ils partent, nourris par l'imaginaire d'un eldorado européen.

Haut de page


 

 

 

La Tribune 23/01/06

  • Renault : Ghosn instaure un pilotage par centres de profits géographiques
    Le constructeur se réorganise par grandes régions du monde avec des objectifs clairs de rentabilité. La direction réunit aujourd'hui à ce sujet les partenaires sociaux.

    Renault s'apprête à une grande réorganisation géographique. C'est aujourd'hui que la direction du constructeur doit consulter les partenaires sociaux à ce sujet. Objectif : piloter l'entreprise par grandes régions du monde (France, Europe, Amérique latine...), chacune responsable des profits attendus sur les marchés concernés, avec des engagements clairs de rentabilité. Un pas majeur dans la nouvelle structuration du groupe, dont Carlos Ghosn, le PDG, annoncera les détails à la presse le 9 février à 8 heures du matin, rue du Vieux-Pont-de-Sèvres à Boulogne-Billancourt. 350 journalistes sont attendus.
    Pertes dans le Mercosur. À cette date seront aussi dévoilés les résultats financiers du constructeur au titre de 2005, lesquels auront été préalablement communiqués, le 6 février, au conseil d'administration. Avec la réorganisation par zones de profit géographiques, Carlos Ghosn veut éviter la relative opacité d'aujourd'hui et, surtout, mettre clairement en relief des objectifs chiffrés ainsi que les solutions pour remédier aux pertes chroniques dans certaines régions. Renault n'arrête pas de perdre de l'argent dans le Mercosur - marché commun sud-américain composé essentiellement du Brésil et de l'Argentine -, avec un "déficit très significatif encore" en 2004, comme l'avait expliqué Louis Schweitzer lors de la conférence de bilan 2004. L'ex-PDG n'escomptait pas un laborieux équilibre avant 2006.
    Les mauvais résultats de Renault dans le Mercosur sont un des exemples que Carlos Ghosn aime à citer. Le nouveau patron rappelait en effet, dernièrement, devant quelques journalistes que si l'ex-Régie a investi dans cette zone, elle n'y a "jamais gagné d'argent en dix ans. Nous avons 2,5 % de parts de marché à peine au Brésil. Or, quand nous investissons, nous devons croître pour que cela contribue positivement aux résultats. Les projets en cours sont stratégiquement bons. Mais il faut être sûr que les retours sur investissement sont à la hauteur".
    Légers bénéfices en Corée. En 2004, Renault s'était affiché juste à l'équilibre (en opérationnel) en Roumanie, siège de la filiale Dacia qui produit la Logan, et très légèrement bénéficiaire en Corée. Carlos Ghosn juge d'ailleurs que la contribution de la filiale sud-coréenne Renault-Samsung aux profits du groupe n'est "pas significative jusqu'à présent".
    Ce nouveau pilotage est rendu d'autant plus nécessaire que, avec l'"intercontinentalisation" croissante du projet de voiture ultra-économique Logan et le développement de Renault-Samsung, les activités hors d'Europe occidentale et centrale prennent de plus en plus d'ampleur, représentant 27 % des ventes du groupe l'an dernier, contre 20 % en 2003, 11 % en 1999. Par ailleurs, 72 % des volumes ont été réalisés hors de France en 2005. Les ventes hors Europe occidentale et centrale ont augmenté de 21 % l'an dernier à 689.000 unités - et de 47 % sur deux ans -, avec des croissances de moitié en Europe orientale, de 36,3 % en Asie- Pacifique, de 11,8 % sur l'ensemble de l'Amérique latine.
    Alain-Gabriel Verdevoye

  • Le brésilien Embraer restructure son capital

    Le PDG d'Embraer, Mauricio Botelho, s'est montré vendredi confiant dans le maintien des actionnaires européens Dassault Aviation, Thales, Safran et EADS au capital du groupe aéronautique brésilien, après le bouleversement de sa structure actionnariale. "L'opération ne présente que des avantages en offrant aux actionnaires européens une liquidité accrue", a-t-il indiqué. Les quatre groupes européens détiennent ensemble 20 % des actions ordinaires d'Embraer et 7,66 % du capital total avec les actions préférentielles. Les actions ordinaires représentent actuellement 34 % du capital. Embraer a annoncé une restructuration de son capital qui sera achevée au 31 mars et qui doit notamment conduire à la conversion des actions préférentielles (66 % du capital actuellement) en actions ordinaires avec droit de vote. Aucun actionnaire ne pourra détenir plus de 5 % des droits de vote et les actionnaires étrangers ne pourront contrôler plus de 40 % des droits de vote. L'État conservera une action spécifique et le pacte d'actionnaires entre les fonds de pension qui constituaient le "groupe de contrôle" sera aboli.

Haut de page




Pétrole, or, sucre... les prix des

 

 

Le Monde, 21/01/06 

  • De l'Amazonie à Harvard, sur les traces de l'intuition géométrique

    Son âme devait posséder dès l'origine cette connaissance." Ainsi concluait Socrate, après avoir conduit un esclave à découvrir les relations entre les aires de carrés tracés sur le sable, comme le raconte Platon dans son Ménon (environ 380 avant notre ère). La géométrie est-elle bien une capacité spontanée de l'esprit humain ? Pour le savoir, une équipe franco-américaine — qui cite explicitement Platon — s'est tournée vers des cerveaux supposés plus vierges encore de notions mathématiques que celui de l'esclave de Socrate : ceux des Mundurucus, des Indiens d'Amazonie, qui n'ont que quelques mots pour exprimer des grandeurs fixes (Le Monde du 18 octobre 2004).
    Stanislas Dehaene, du service hospitalier Frédéric-Joliot d'Orsay (Inserm-CEA) et ses collègues publient dans la revue Science les résultats d'une série de tests non verbaux appliqués à ces Indiens par le linguiste Pierre Pica (CNRS-Paris VIII). Ces épreuves, du type "cherchez l'intrus", ont été conçues pour évaluer leurs capacités à manipuler, sans forcément en avoir conscience, divers concepts géométriques. Les scores des enfants et des adultes Mundurucus ont ensuite été comparés à ceux d'enfants et d'adultes nord-américains, testés par Elizabeth Spelke (Harvard University).
    Les chercheurs poursuivaient ainsi l'étude des capacités mathématiques de ces Indiens, afin de voir si leur lexique très pauvre en la matière allait constituer un handicap. En 2004, Stanislas Dehaene et Pierre Pica avaient en effet montré que, s'ils évaluaient aussi bien que les Occidentaux des quantités indistinctes (des nuages de points), ils avaient beaucoup de difficultés à effectuer des opérations arithmétiques simples (6 — 4, par exemple), probablement faute d'un lexique adapté pour les nombres au-delà de 5.
    Conclusion de la nouvelle étude ? Point n'est besoin de disposer de termes comme "triangle", "parallèle", "symétrie", etc., pour maîtriser ces concepts : les résultats montrent en effet que les enfants indiens et nord-américains ont des capacités similaires à distinguer des figures géométriques, des axes de symétrie, des propriétés de distance et des transformations géométriques. Les adultes mundurucus se situent au même niveau, tandis que les adultes de Harvard obtiennent des scores significativement plus élevés.
    "Nous voulions explorer les limites de l'intuition géométrique, résume Stanislas Dehaene. Il apparaît que, pour un certain nombre de concepts, c'est une compétence spontanée et rapide — je n'aime pas le terme d'inné, qui n'explique rien, car il laisse en suspens une immense question : celle du lien entre les gènes et les représentations mentales." De plus, ajoute le chercheur, il est très difficile de distinguer ce qui relèverait d'un apprentissage précoce, même si le test avait été conçu pour éviter de donner des indices, ou une méthode, pour résoudre les questions posées.
    Une seconde épreuve consistait à tester les capacités topologiques des Mundurucus, en leur proposant de retrouver, parmi trois boîtes disposées en triangle, isocèle ou rectangle, celle contenant un objet, à partir d'une carte représentant grossièrement la scène. Là encore, les scores sont comparables pour l'ensemble des Mundurucus et les enfants nord-américains, les adultes de Harvard obtenant des résultats plus élevés. Comme si à compétence initiale égale, l'éducation et la familiarité avec les concepts et les cartes amélioraient la performance.
    Certains animaux présentent-ils les mêmes capacités ? Probablement pas. "Un oiseau peut apprendre à picorer sur un triangle, note Stanislas Dehaene. Mais dans notre étude, c'est une connaissance qui s'applique sans aucun entraînement. Comme il s'agit de tests non verbaux, il pourrait être intéressant de tenter de les appliquer à d'autres primates, comme le chimpanzé."
    Les résultats des Mundurucus prouvent en tout cas qu'"un noyau de connaissance géométrique tout comme une arithmétique de base sont des constituants universels de l'esprit humain", conclut l'article de Science. Cette conclusion reste à affiner, reconnaît Stanislas Dehaene, qui espère aussi explorer la géométrie non euclidienne.
    Reste une question importante, que n'élude pas Stanislas Dehaene. Celle de l'"idéal" du primitif "présocratique" représenté par les Mundurucus. De fait, il ne faut pas les voir comme des sujets immunisés contre le monde moderne, prévient le chercheur : "Ce ne sont pas des chasseurs cueilleurs totalement isolés. Des missionnaires les fréquentent et le Brésil essaie d'implanter des écoles. On constate une résistance assez forte de cette culture. Mais grâce aux rapports établis par Pierre Pica, ils sont fiers de contribuer à nos connaissances en répondant à nos tests."
    Hervé Morin

  • Les groupes pharmaceutiques ciblent les pays émergents
    La présentation des résultats du géant suisse Novartis a donné l'occasion à Daniel Vasella, PDG, de mettre l'accent sur le rôle de locomotive des pays en développement


    La tendance était déjà visible dans les résultats 2004. Elle apparaîtra plus nettement encore dans les résultats 2005 des laboratoires pharmaceutiques : l'Europe centrale, la Chine, les pays d'Asie et l'Amérique latine ont commencé à compenser la baisse de régime enregistrée par les grands laboratoires sur leurs marchés de prédilection d'Europe et des Etats-Unis.
    Jeudi 19 janvier à Bâle, lors de la présentation des résultats du groupe pharmaceutique suisse Novartis, il apparaissait toutefois clairement que les grands marchés traditionnels — les Etats-Unis, le Japon et les pays d'Europe de l'Ouest — continuaient de se tailler la part du lion.
    Sur des ventes totales de 32,21 milliards de dollars (26,6 milliards d'euros), en hausse de 14 %, et un résultat net de 6,1 milliards de dollars, en progression de 19,1 %, les Etats-Unis accaparent 39 % du chiffre d'affaires de Novartis. L'Europe de l'Ouest (37 %) reste elle aussi et pour longtemps encore le deuxième client du géant pharmaceutique suisse.
    Mais, désormais, les patrons de laboratoires ont l'oeil attiré par les taux de croissance à deux chiffres de ce qui apparaît dans leurs comptes comme "le reste du monde".
    Daniel Vasella, le PDG de Novartis, a souligné que, pour son entreprise, le taux de croissance du "reste du monde" a été de 17 % en 2005, alors qu'en Europe "hors croissance externe, il n'était que de 9 %". L'Amérique latine a un taux de croissance de 11 %, l'Asie de 13 %. Et, dans la présentation des résultats, la catégorie "reste du monde, y compris le Japon" était cataloguée comme apportant désormais un bon quart (24 %) du chiffre d'affaires. Ainsi, quand le groupe pharmaceutique helvétique présente les résultats de ses principaux médicaments, il n'hésite pas à citer la place de numéro un que le Diovan, un antihypertenseur, occupe au Brésil.
    NOUVELLES ZONES DE CROISSANCE
    Sur le marché des génériques — Novartis est le numéro deux mondial du secteur sous la marque Sandoz —, les anticipations de recettes sont encore plus fortes. L'Europe de l'Est, qui a représenté un marché global pour tous les génériqueurs de 8 milliards de dollars en 2005, devrait peser 12 milliards en 2010 (+ 50 %), tandis que le "reste du monde" passerait de 21 milliards de dollars à 36 milliards de dollars sur la même période (+71 %).
    Pour Sandoz, sa croissance future repose désormais autant sur la consommation des pays riches que sur celle des pays en développement.
    Ce positionnement énergique de Novartis sur les nouvelles zones de croissance n'a rien d'étonnant. Selon une étude du cabinet Precepta, consacrée au "redéploiement des groupes pharmaceutiques mondiaux", il apparaît que, sur les sept "big pharma" les mieux implantés dans les principaux pays émergents (Chine, Mexique, Brésil, Corée, Inde...), six sont européens. Sanofi Aventis " arrive en tête devant les deux leaders mondiaux Pfizer et GlaxoSmithKline, ainsi que Novartis", écrit Emmanuel Seve, l'auteur de l'étude.
    Les principaux leaders, selon Precepta, se taillent des parts de marché non négligeables sur ces marchés émergents : 4,9 % pour Sanofi Aventis, 4,4 % pour Pfizer, 4,4 % pour GlaxoSmithKline (GSK) et 4 % aussi en moyenne pour Novartis. Le suisse Roche (2,8 %), le britannique AstraZeneca (2,1 %) et l'allemand Bayer (2,1 %) sont plus loin derrière. Selon Precepta, le rôle de locomotive du marché américain est remis en question au profit de certaines zones émergentes.
    Yves Mamou

Haut de page


 

 

La Tribune 20/01/06

  • BRÉSIL
    Cinquième baisse consécutive des taux.
    La Banque du Brésil a poursuivi l'assouplissement monétaire engagé à la fin de l'été dernier, abaissant son taux directeur, le Selic, de trois quarts de points à 17,25 %. Cette baisse, la cinquième consécutive, a été décidée à l'unanimité. U institut d'émission avait amorcé un mouvement de décrue des taux en septembre après trois mois de stabilité, succédant à une série de hausses mensuelles qui avaient conduit le Selic de 16% en septembre 2004 à 19,75 % en mai 2005.

Haut de page



 

 

Libération 20/01/06

  • Même système politique, même désaffection : la France pourrait s'inspirer du récent scrutin.
    Les leçons de l'élection au Chili
    par Georges COUFFIGNAL
    Georges Couffignal est professeur de science politique à l'Institut des hautes études de l'Amérique latine (université Paris-III Sorbonne nouvelle).

    La nette victoire de Michelle Bachelet, candidate de la coalition de centre gauche (Concertacion) à l'élection présidentielle au Chili, dimanche dernier, est riche d'enseignements, dans de nombreux domaines.
    Premier point, et non le moindre, la page Pinochet est définitivement tournée. 2005 aura été pour ce dernier l'annus horribilis. Joaquin Lavin, candidat de la formation qui avait été créée pour défendre son héritage (UDI) et qui avait perdu de très peu les élections en 1999, est arrivé après Sebastian Pinera (droite libérale), qui avait appelé en 1988 à voter non au référendum plébiscitaire de Pinochet. 2005, c'est aussi la réforme de la Constitution et la suppression des «enclaves autoritaires» qui garantissaient un rôle tutélaire des forces armées sur le gouvernement. C'est la révélation des millions de dollars qu'il avait placés dans des paradis fiscaux et continuait à gérer en dépit de sa prétendue sénilité. C'est le revirement de la Cour suprême qui autorise les juges à l'inculper pour violations aux droits de l'homme. En 2004, la publication du rapport de la commission Valech recensant 35 000 cas de torture (la commission Rettig avait, en 1991, révélé 3 197 morts ou disparus) avait amené le commandant en chef de l'armée, le général Emilio Cheyre, à faire un mea-culpa historique au nom de son corps. Pinochet est aujourd'hui en arrêt domiciliaire et politiquement n'existe plus.
    L'élection de Michelle Bachelet n'était pas gagnée d'avance. Elle a bénéficié de son excellent passé comme ministre, dans un gouvernement plébiscité par l'opinion (plus de 70 % d'opinions favorables pour le président Ricardo Lagos). Plus que le portefeuille de la Santé, c'est dans celui des forces armées qu'elle a donné la mesure de ses talents. Elle a su s'imposer et ramener définitivement les militaires dans les casernes. Appartenir à une coalition ayant réussi, en quinze ans, à réduire de moitié la pauvreté (passée de 38 % en 1990 à 19 % en 2004), la rendait certainement plus crédible, dans le champ social, que son adversaire, homme d'affaires richissime, venant d'une droite libérale très méfiante dès que l'on parle d'intervention de l'Etat. L'un des grands défis qu'elle aura à affronter est celui de la réduction des inégalités. Cette région du monde est la plus inégalitaire, et le Chili y occupe une place de choix, immédiatement après le Brésil...
    Cette élection vient après celles de Evo Morales en Bolivie et de Tabaré Vazquez en Uruguay. Une dizaine de scrutins présidentiels auront lieu cette année en Amérique latine, et tout porte à croire que l'ancrage à gauche sera majoritaire. Seule la Colombie devrait faire exception, avec la réélection de Alvaro Uribe. Cela signifiera-t-il la naissance d'actions concertées dans le champ international ? On peut en douter, tant les différences sont grandes entre Chavez (Venezuela), Lula (Brésil), Kirchner (Argentine), Morales, Tabaré Vasquez, Bachelet, et peut-être demain Lopez Obrador (Mexique). Deux choses seulement sont communes à tous ces dirigeants. D'une part, la volonté d'oeuvrer dans le social et de redonner à l'Etat des moyens d'intervention, après quinze ans de politiques néolibérales. Celles-ci n'ont pas réussi (sauf dans le cas chilien) à réduire la pauvreté et elles ont eu partout des coûts sociaux considérables. D'autre part, la nouvelle donne politique de respect des procédures démocratiques dans l'ensemble du continent affaiblit considérablement le traditionnel pouvoir de tutelle des Etats-Unis sur leurs gouvernements. Le Mexique et le Chili, pourtant liés par des accords de libre échange avec les Etats-Unis, ont ainsi voté en 2003 contre l'intervention américaine en Ira k au Conseil de sécurité de l'ONU.
    Michelle Bachelet sera confrontée, dès sa prise de fonctions, à des dossiers qui empoisonnent les relations du Chili avec ses voisins proches. Avec la Bolivie, il s'agit de l'accès à la mer, revendication majeure de Evo Morales. Avec l'Argentine, c'est l'approvisionnement en gaz, Kirchner ne respectant pas les accords qui lient les deux pays en la matière. Avec le Pérou, il s'agit de l'extension unilatérale par ce pays de ses eaux territoriales. Cela étant, Michelle Bachelet est, comme Ricardo Lagos, consciente de l'importance, pour un Chili souffrant depuis longtemps du fait de sa géographie d'un complexe d'isolement (les Chiliens parlent d'insularité), de la nécessité d'une concertation régionale renforcée.
    Au-delà de l'intérêt que les Français ont de façon constante manifesté pour le Chili depuis la victoire puis le renversement de Allende, cette élection est pour nous riche d'enseignements sur au moins deux points. Le Chili est le seul pays en Amérique latine à avoir depuis longtemps un système de partis comparable au nôtre. Ceux-ci connaissent, comme en France, une désaffection forte, mais qui ne va pas, comme dans d'autres pays européens ou latino-américains, jusqu'à les balayer de la scène électorale. Mais dans cette présidentielle, les électeurs ont privilégié le facteur humain, la confiance qu'inspirait la candidate pour conduire le pays et faire face aux imprévus, sachant que l'on connaissait ses options de fond grâce à son affiliation partisane. Les deux candidates pour la Concertation, Michelle Bachelet (PS) et Soledad Alvear (DC), n'étaient pas membres des appareils. Elles ont été imposées par l'opinion aux directions de leurs partis, qui ne les auraient pas désignées sans leur cote élevée dans les sondages. Peut-être Ségolène Royal, en allant soutenir Michelle Bachelet, allait-elle aussi observer l'art et la manière de s'imposer à une direction de parti.
    Cette élection révèle en outre un Chili d'une étonnante stabilité politique. La Concertation gouverne depuis 1990, deux socialistes ayant succédé à deux démocrates-chrétiens. Cette stabilité est certainement due aux bons résultats économiques de ces divers gouvernements (5,5 % de croissance en moyenne depuis 1990). Mais elle est aussi le fruit d'une méthode de gouvernement faite d'une recherche constante de consensus sur les grandes questions, quitte à prendre des années pour l'obtenir. Quitte aussi à être accusé par son propre camp de lenteur. Cette méthode était imposée par l'absence de majorité claire au Congrès. Pour la première fois dans l'histoire politique du Chili, Michelle Bachelet disposera d'une telle majorité. La réforme annoncée du système électoral binominal, dernier héritage de l'ère Pinochet, entraînera probablement la fin de la bipolarisation. Cela changera-t-il sa manière de gouverner ? Compte tenu de son tempérament et de ses deux expériences ministérielles, où elle dut composer avec des corporations a priori hostiles, il y a fort à parier que cette méthode perdurera pour l'essentiel. On est très loin de notre culture gouvernementale française...

Haut de page


 

 

Les Echos 20/01/06

  • Le Brésil a enregistré un excédent courant record l'année dernière

    La balance des transactions courantes du Brésil a dégagé un excédent historique de 14,2 milliards de dollars en 2005, a annoncé hier la banque centrale. Il a ainsi enregistré son troisième excédent consécutif, à la faveur du boom des exportations. En 2004, le solde positif s'était élevé à 11,7 milliards. Pour 2006, la banque centrale table sur une réduction de cet excédent courant à 6,1 milliards. Elle s'attend en effet à une baisse du surplus commercial à 35,5 milliards, contre 44,757 milliards en 2005. Le compte de capital et financier a dégagé un solde négatif de 10,8 milliards de dollars, principalement en raison du remboursement anticipé au FMI de 15,5 milliards. Les investissements directs étrangers ont baissé de 16,4 % par rapport à 2004, à 15,2 milliards.

Haut de page


 

 

Le Point 20/01/06

  • INTERVIEW ALAIN MINC
    Essayiste
    Dans son opuscule «Le crépuscule des petits dieux » (Grasset), Alain Minc prétend que l'élite classique, c'est fini. Pour l'auteur, le temps est à l'extension du domaine du populisme. Les puissances électives et argentées, la cléricature, seraient responsables de cette « étrange défaite » devant les pouvoirs de la notoriété.

    Le Point: Vous n'exagérez pas un peu en affirmant que la richesse est contre-productive d'un point de vue politique?
    Alain Minc: Je vous donne un exemple à l'étranger. Aux Etats-Unis, les Ford, Rockefeller, JP Morgan voulaient modeler ce pays à l'image de ce qu'ils estimaient utile. Aujourd'hui, Bill Gates investit sa rente dans le compassionnel, sans aucun poids sur la société américaine.

    En France?
    Quand les capitalistes ont une proximité personnelle avec le pouvoir politique, ça n'est plus un avantage, c'est un handicap. A cause de la transparence. Cela participe de la démocratisation qui arase l'existence d'une classe dirigeante regroupant les détenteurs du capital financier, intellectuel, social
    ou politique.
    « Dis-moi qui sont tes parents, je te dirai qui tu es», la reproduction bourdieusienne des élites, cela n'est plus une réalité?
    Les mécanismes de transmission se perpétuent, certes. Mais les riches peuvent être privilégiés, ils n'en constituent pas pour autant une classe dominante. La classe dirigeante n'a plus conscience d'elle-même. Or une société sans conscience de classe ne fonctionne pas très bien. Les personnes qui s'enrichissent aujourd'hui sont individualistes, consuméristes et indifférentes au destin collectif. Pour vous, le sommet de l'Etat ne détient plus le pouvoir, juste ses attributs.
    Il y a eu par exemple un instant de peur collective au moment des émeutes dans les banlieues. Ce pays est fragile: on l'a mesuré. Nous pouvons rendre grâce au couple improbable mais efficace, Villepin et Sarkozy. Imaginez ce qui serait arrivé si nous avions eu au pouvoir à ce moment-là Raffarin et Douste-Blazy.
    Cela n'empêche pas l'esprit de cour.
    L'esprit de cour, qui remonte au XVIIe siècle, est à mon avis une des grandes faiblesses des élites françaises. Le fonctionnement institutionnel en France est une anomalie chromosomique. Cela me fait mal au coeur d'avoir un point d'accord avec Arnaud Montebourg, mais je suis pour une VIe République, un régime parlementaire avec élection au suffrage universel direct d'un président de la République, une sorte de reine d'Angleterre.
    Qui est l'auteur de la pensée dominante qui, selon vous, supplante les élites?
    La pensée unique a changé de camp. En 1995, Chirac a fait de moi le grand prêtre d'une pensée dominante. C'était peut-être exact, mais ça ne l'est plus. La pensée dominante était européenne, plutôt libérale. Aujourd'hui, nous sommes minoritaires. Ceux qui dominent refusent le marché. Le président de la République, qui a décidé de terminer son quinquennat à la gauche de Lula, est le porte-parole de cette pensée dominante. Chirac aurait été le plus à gauche des ministres d'Etat du gouvernement Jospin. Cela déplace la gauche plus à gauche et fait marcher le système à cloche-pied.

    Vous êtes un « décliniste », un tenant de la thèse du déclin?
    Le déclin de la France n'est pas celui qu'on croit. Du point de vue économique, il n'est pas si grave qu'on le dit, il est rattrapable. En revanche, la France s'est protégée derrière les mâchicoulis de l'exception culturelle. Cette ligne Maginot-là nous a empêchés de voir que la culture s'inscrit aussi dans le domaine de la compétition. Le système culturel français fabrique des bulles d'autosatisfaction sans besoin de se confronter au monde. D'où un déclin sidérant.
    Que répondez-vous à la question de Lénine: «pue faire?»
    Voici les deux grandes réformes indispensables pour cette année, et qui, je vous rassure, ne seront pas faites. D'abord, fondre les grandes écoles dans un équivalent du MIT. La bataille mondiale ne consiste pas en priorité à fabriquer des ronds de serviette, mais à former les chefs de demain. Comment demander à un jeune Chinois qui peut aller à Harvard de revêtir un uniforme pour fréquenter les bancs d'une école militaire comme l'X? Je suis aussi partisan d'une réforme de gauche que la gauche ne proposera pas: instaurer une cotisation syndicale sur le modèle de l'impôt religieux en Allemagne, c'est-à-dire appliquée a priori, mais que l'on est en droit de refuser. Car nous avons besoin d'acteurs sociaux
    PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTOPHE DELOIRE

  • AMÉRIQUE LATINE
    La vague rose
    La gauche a conquis le pouvoir dans nombre de pays de l'Amérique latine mais ce phénomène recouvre des réalités très différentes.
    PAR YVES CORNU

    C’est, selon ses propres termes, <• une Chilienne, ni plus ni moins que des millions d'autres-, que ses compatriotes ont élue dimanche à la magistrature suprême. Pourtant, lorsque la socialiste Michelle Bachelet prendra officiellement ses fonctions de présidente de la République, le 11 mars, elle entrera du même coup dans l'histoire de son pays. En devançant son adversaire de droite, Sebastian Pipera, de plusieurs longueurs (53,5% des suffrages exprimés), elle a en effet aidé le Chili à tourner une page.
    Une consécration personnelle et une confirmation sur le plan politique. Michelle Bachelet succède à un autre socialiste, le président sortant Ricardo Lagos, et son élection renforce l'emprise grandissante des partis de gauche en Amérique latine, phénomène qui devrait s'accélérer au cours de cette année.
    Le Venezuela est dirigé depuis 1998 par le putschiste repenti Hugo Chavez ; en 2002, les Brésiliens ont porté à la présidence l'ancien syndicaliste Luiz Inacio Lula da Silva; les Argentins ont fait de même avec le péroniste Nestor Kirchner l'année suivante, et le <•cocalero» Evo Morales sera officiellement intronisé président de la Bolivie dimanche prochain. Les scrutins qui s'annoncent ont toutes les chances de confirmer cette tendance. Ollanta Humala, un ancien officier au discours anti-impérialiste, fait figure de grand favori pour la présidentielle du 9 avril au Pérou, de même que le populiste Andres Manuel Lopez Obrador au Mexique en juillet. La fin de l'année pourrait même tourner au cauchemar pour l'administration américaine si deux de ses vieux ennemis l'emportent d'abord le revenant gauchiste Daniel Ortega, qui avait déjà dirigé le Nicaragua dans les années 80, puis l'imprévisible Hugo Chavez, qui brigue un nouveau mandat à la tête du Venezuela.
    Antiaméricanisme croissant. Ce retour de balancier qui fait suite à la vague libérale des années 90 ne dissimule pourtant aucune opération concertée. La «théorie des dominos», lancée par Henry Kissinger pour expliquer la chute des pays d'Asie du Sud-Est aux mains des communistes, dans les années 70, n'est plus de mise depuis la fin de la guerre froide et avec elle du prosélytisme agressif de Moscou. En outre, le socialisme sud-américain recouvre d'une capitale à l'autre des réalités bien différentes.
    Ainsi, Michelle Bachelet devrait suivre la ligne réformiste de son prédécesseur, aux antipodes de l'idéologie anti-impérialiste, pratiquée par un Hugo Chavez qui a fait de Castro son modèle. De même, un monde semble séparer Evo Morales, qui ne manque pas une occasion de vitupérer les Yankees, et Lula, dont le pays vient de rembourser la totalité de sa dette au FMI et qui, l'an dernier, s'est fait un devoir d'inviter Bush pour un barbecue dans sa résidence.
    Le coup de barre à gauche constaté dans la plupart des pays de la région n'est pas pour autant le fruit du hasard. Plusieurs facteurs ont contribué à cette relative uniformisation du paysage politique. En premier lieu, un accroissement des inégalités. A l'instar du Chili ou de l'Argentine, la plupart des Etats sud-américains connaissent une croissance soutenue qui a peu de risques de faiblir dans un avenir proche. Au Chili, elle a été de 6 % en 2005 et l'excédent budgétaire de 4 %. Dans toute l'Amérique latine, le fossé social n'a pourtant jamais été aussi profond, en dépit des promesses faites par des dirigeants précisément élus pour le combler. Ainsi, la Banque mondiale soulignait récemment que la croissance n'a pas eu de réel impact sur la réduction de la pauvreté au Brésil, tandis qu'au Chili 10 % de la population concentre près de la moitié des revenus.
    Au mécontentement des populations les plus défavorisées s'ajoute un antiaméricanisme croissant que les leaders les plus populistes cultivent avec succès. Choyé par les Etats-Unis pendant des décennies, le sous-continent a été en grande partie délaissé par l'administration Bush après les attentats du 11 septembre. Une prise de distance qui aurait dû mettre Washington à l'abri de toute accusation d'impérialisme; il n'en a rien été. La guerre en Irak, le sort des prisonniers de Guantanamo ont suscité la réprobation des opinions, et les tentatives menées par la Maison-Blanche pour imposer un accord de libre commerce à l'ensemble du continent ont irrité la plupart des dirigeants.
    «Il n'est pas facile de me recevoir-, avait reconnu George Bush lors du Sommet des Amériques à Mar del Plata en novembre dernier, alors que des dizaines de milliers de manifestants le conspuaient. La pragmatique Michelle Bachelet devra manoeuvrer finement pour ne pas décevoir son électorat tout en ménageant l'Oncle Sam

 

Haut de page


 

 

Le Monde 20/01/06

  • Le président bolivien élu rend hommage à Mao et Castro, mais rassure les investisseurs

    Je tiens à remercier les chefs d'Etat qui m'ont conseillé, a déclaré Evo Morales, mardi 17 janvier, à Buenos Aires, au terme d'une rencontre avec le président argentin, Nestor Kirchner. Il ne s'agit pas de subordination, mais plutôt de recevoir des recommandations." Le président élu de Bolivie a ainsi conclu une tournée internationale commencée fin décembre et achevée juste avant son investiture, prévue pour le dimanche 22 janvier. De Cuba à l'Argentine en passant par le Venezuela, l'Espagne, la Belgique, les Pays-Bas, la France, la Chine, l'Afrique du Sud et le Brésil, Evo Morales a parcouru quatre continents.
    A La Havane, il a salué en Fidel Castro "le maître, le sage". A Caracas, il s'est joint "à la lutte anti-impérialiste et antilibérale" menée par le président Hugo Chavez. A Brasilia, il a rappelé son admiration à l'égard de son "frère aîné", le président Luiz Inacio Lula da Silva. A Pékin, il a exprimé son "respect" pour Mao et proclamé son "alliance politique et idéologique" avec le régime communiste, tandis qu'en Afrique du Sud il a comparé la discrimination à l'égard des populations indigènes boliviennes à l'apartheid.
    En Europe, Evo Morales a cherché à rassurer les investisseurs, inquiets par son discours sur l'exploitation des ressources naturelles, en leur garantissant la "sécurité juridique". "La question n'est pas la nationalisation des hydrocarbures, mais comment se passera cette nationalisation. Or, Evo Morales s'est toujours opposé aux expropriations", précise l'ambassadeur du Brésil à La Paz, Antonino Mena Gonçalves. La compagnie brésilienne Petrobras, qui contrôle 14 % des ressources énergétiques boliviennes, ne quittera pas le pays.
    "Cette tournée internationale a rassuré à l'étranger mais aussi en Bolivie, souligne le journaliste politique Jaime Iturri. Pendant la campagne électorale, beaucoup ont prétendu que le monde isolerait le pays si Evo Morales était élu, ce qui n'est pas le cas." Cuba, l'Union européenne, les Pays-Bas et l'Espagne ont promis des aides en matière d'éducation, de coopération ou de lutte contre la pauvreté. Le Venezuela devrait fournir le gazole nécessaire à l'ensemble des Boliviens en échange de produits agricoles. De retour en Bolivie, Evo Morales bénéficie d'un étonnant soutien du milieu financier et des chefs d'entreprise. "Ce consensus a été forgé par sa victoire incontestable dans les urnes", estime un diplomate européen en poste à La Paz.
    "L'important est qu'il y ait eu un gagnant clair lors des élections", explique Emilio Unzueta, vice-président de la Banque commerciale de Bolivie. Avec près de 54 % des voix, le leader du Mouvement pour le socialisme (MAS, gauche) jouit d'une légitimité qu'aucun président bolivien n'avait eue depuis le retour de la démocratie en 1982. "Evo Morales dispose aujourd'hui de l'autorité pour imposer l'ordre et la paix sociale dont les Boliviens ont besoin", assure le banquier Emilio Unzueta. "Des gens de tous les secteurs sont prêts à le soutenir pour éviter les mouvements sociaux des dernières années", renchérit Carlo Caraffa, directeur d'entreprises.
    "Evo Morales est en train de se rendre compte qu'il ne représente plus seulement sa base, mais que le MAS a été élu grâce au vote des classes moyennes et de certains entrepreneurs", souligne la politologue Ximena Costa. Au fil de ses voyages, Evo Morales est passé du statut de dirigeant syndical à celui de président de la République, et à un discours plus modéré.
    Alors que le jour de son élection, le 18 décembre, il finissait son discours par "A bas les Yankees", Evo Morales laisse entrevoir, début janvier, un dialogue possible avec les Etats-Unis. "Je pardonne au personnel de la Maison Blanche pour tant d'humiliations, tant d'accusations, je pardonne car il faut parier sur un dialogue cherchant la paix et la justice sociale", a-t-il déclaré, tout en soulignant que la Bolivie ne voulait pas de "relations internationales de soumission ou de subordination".
    Après avoir discuté avec les présidents du Brésil et d'Argentine, avec qui il renégociera le prix du gaz, Evo Morales devrait tenter un rapprochement avec le Chili, afin d'obtenir un débouché sur la mer, perdu par la Bolivie lors de la guerre du Pacifique (1880). Le président chilien, Ricardo Lagos, a annoncé qu'il serait présent dimanche à La Paz pour assister à l'investiture d'Evo Morales. Une annonce de bon augure pour la reprise des relations diplomatiques et des négociations entre les deux pays.
    Chrystelle Barbier

Haut de page




 

Le Monde, 19/01/06 

  • Haïti sombre dans la peur avant l'élection présidentielle
    Près de deux ans après le départ en exil de l'ancien président, Jean-Bertrand Aristide, et à la veille d'élections quatre fois reportées avant d'être fixées au 7 février, les Haïtiens sombrent dans la peur et la confusion. "Surtout ne descendez pas vers la mer, les bandits s'approchent parfois de l'aéroport", conseille le loueur de voitures. La route qui descend mène à Cité Soleil, le plus vaste bidonville de Port-au-Prince, où deux casques bleus jordaniens ont été tués, mardi 17 janvier, par les tirs d'un gang de ce bidonville, qui sert de refuge aux partisans armés de l'ancien président et aux trafiquants. Parfois tout juste adolescents, drogués au crack, les "soldats" des gangs disposent d'une vaste panoplie d'armes de guerre.
    "Depuis décembre, on est reparti dans un cycle de violence insensé", confirme Ali Besnaci, le chef de mission de Médecins sans frontières à Port-au-Prince. Dans une grande maison jaune, MSF a improvisé un centre de soins pour les victimes de ces violences. "En octobre 2005, nous avions reçu 68 blessés par balles, en décembre, 122. De Cité Soleil, mais aussi de Martissant et d'autres quartiers, toute la ville est sous tension", ajoute-t-il.
    A la guérilla urbaine sporadique que mènent les bandes armées s'est ajoutée une recrudescence des enlèvements, qui touchent toutes les classes sociales et n'épargnent plus les étrangers. Parmi les personnes kidnappées, certaines ont été torturées et assassinées, d'autres libérées après paiement de rançons. Selon le chef de la police, Mario Andrésol, des trafiquants de drogue colombiens, des responsables politiques et des policiers sont impliqués dans ces enlèvements.
    "A peu près les trois quarts des kidnappings dans la région de Port-au-Prince sont le fait de gangs qui se réclament du président déchu. Dans certains cas, des hommes d'affaires, comme Stanley Handal, se sont lancés dans cette activité lucrative avec des policiers corrompus", affirme Pierre Espérance, qui dirige une organisation de défense des droits de l'homme. "Le chef de la police s'efforce d'épurer l'institution, mais la corruption de la justice favorise l'impunité. Des criminels arrêtés par la police achètent leur liberté", poursuit-il.

    "PASSIVITÉ" DE L'ONU
    Face au nouveau déferlement de violences, le patronat et les groupes anti-Aristide dénoncent "la passivité" de la Mission de stabilisation des Nations unies (Minustah), qui compte 7 000 militaires et près de 2 000 policiers. A leur appel, une grève générale a paralysé le pays le 9 janvier et plusieurs centaines de manifestants ont participé à un sit-in face au siège de la Minustah, une semaine plus tard.
    "Dans ce climat de peur, la population de Cité Soleil ne pourra pas voter librement", craint André Apaid, un chef d'entreprise devenu porte-parole du "Groupe des 184", un rassemblement d'organisations de la société civile. Réginald Boulos, le président de la chambre de commerce, et "Andy" Apaid concentrent leurs critiques sur le Chilien Juan Gabriel Valdés, représentant du secrétaire général de l'ONU, et sur René Préval, qui fut président d'Haïti de 1995 à 2000.
    En tête de la course à la présidence, M. Préval a été proche d'Aristide avant de s'en éloigner. Accusé par M. Apaid de recevoir l'appui de certains chefs de gang, M. Préval se dit victime d'une "campagne de dénigrement et d'accusations sans fondement". Quant à M. Valdés, on lui reproche de ne pas assumer "la responsabilité politique" de l'insécurité. Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a condamné "cette campagne de diffamation", relayée par la radio.
    Les zones d'ombre entourant la mort du général brésilien Urano Teixeira da Matta Bacellar, le commandant des casques bleus, alimentent les rumeurs. Si la thèse du suicide a été confirmée par les Nations unies et par la mission d'enquête venue de Brasilia, ses éventuelles raisons n'ont pas été rendues publiques. La veille de sa mort, le général Bacellar avait participé à une réunion houleuse, au cours de laquelle un représentant du secteur privé l'avait sommé de lancer "des opérations chirurgicales" pour en finir avec les gangs de Cité Soleil.
    "Il y a un problème jordanien d'obéissance aux ordres du commandement brésilien", confient des sources haïtiennes et étrangères. Fort de 1 518 soldats, le contingent jordanien est déployé autour de Cité Soleil. Selon des témoignages de victimes d'enlèvements, des casques bleus postés aux points d'entrée du bidonville auraient fait preuve de "connivence" avec les ravisseurs. Des bruits font état de ventes d'armes par des soldats de l'ONU. "Ces rumeurs sont sans fondement et relèvent de la campagne de désinformation contre la Minustah menée par des secteurs qui veulent retarder ou empêcher les élections", réplique David Wimhurst, porte-parole de la Minustah.
    Jean-Michel Caroit

Haut de page


 

 

Libération 18/01/06

  • Vu d'ailleurs
    Un carton «country» au Brésil

    par Chantal RAYES

    Avec 5,3 millions d'entrées en 2005, 2 Filhos de Francisco («2 fils de Francisco»), premier long métrage de Breno Silveira, est le film brésilien le plus vu depuis 1990. Et le Brésil l'a choisi pour briguer une nomination à l'oscar du meilleur film étranger. 2 Filhos raconte l'histoire véridique de Zézé di Camargo et de son frère Luciano, stars de la musique sertaneja, la country brésilienne. Ou plutôt la détermination de leur père, Francisco, simple paysan, à faire d'eux, dès leur plus jeune âge, des stars de la chanson pour les soustraire à la misère.
    Ce succès, confirmant le renouveau du cinéma brésilien, a surpris : les couches moyennes éduquées, principal public des salles, jugent a priori vulgaire la sertaneja. C'est d'ailleurs pour vaincre leurs préjugés que Zézé di Camargo a confié la bande sonore à Caetano Veloso, «un label de qualité». Ce film grand public a également conquis la critique, et des personnalités des milieux artistique et intellectuel. Veloso s'est ainsi enflammé : «C'est un film fort, vrai, la chose la plus profonde et merveilleuse que j'aie jamais vue.»
    «Plus qu'une success story, genre très prisé ici, 2 Filhos raconte ce Brésil profond et sans cynisme dont nous avons la nostalgie», note le critique José Geraldo Couto, éditorialiste respecté de la Folha de São Paulo, le plus important journal du pays, qui livrait cette critique enthousiaste : «Le film parle aussi de la douleur du déracinement, vécu par des millions de Brésiliens et qui fait passer les Camargo de la misère tranquille de la campagne à celle, inquiète, de la ville.» Servi par une brillante distribution , 2 Filhos est paru en DVD avant Noël avec des bonus de concert. 500 000 copies légales se sont écoulées, et au moins 400 000 en version pirate.

Haut de page



 

Les Echos 18/01/06 

  • Le veto de Washington aux ventes d'Embraer embarrasse Brasilia
    DE NOTRE CORRESPONDANT À SÃO PAULO.

    Téhéran et Caracas figurent sur la liste noire de Washington. Mais l'Iran et le Venezuela ont un autre point commun : ils sont inscrits sur le carnet de commandes de l'avionneur brésilien Embraer. Ce qui n'est pas du tout du goût de la Maison-Blanche, qui joue de son influence pour bloquer de telles transactions, comme elle tente également de le faire à l'égard de la livraison de matériel militaire espagnol au bouillant colonel Hugo Chavez.

    Non seulement le style provocateur du président vénézuélien irrite George W. Bush, mais son régime musclé financé par la manne pétrolière contrarie les intérêts américains dans la région. Washington s'arroge le droit de s'opposer à de tels contrats commerciaux car les avions d'Embraer (comme ceux d'EADS-Casa dans le cas espagnol) sont équipés de matériel américain considéré comme sensible.

    C'est Hugo Chavez qui, le premier, a dénoncé cette intervention contre la commande de 36 avions au constructeur brésilien, au sein duquel EADS et trois autres entreprises françaises (Dassault, Snecma et Thales) possèdent une participation de 20 % au capital votant. « Les Etats-Unis n'autorisent pas Embraer à faire des avions pour le Venezuela parce qu'Embraer emploie de la technologie américaine, comme ils ont essayé d'empêcher les Espagnols de nous vendre des navires et des avions de transport », a-t-il lâché il y a une semaine. L'an dernier, Madrid avait déjà livré des kalashnikovs au Venezuela, ce qui avait irrité Washington. Les dossiers iraniens et vénézuéliens sont traités de manière distincte par la diplomatie brésilienne, surtout gênée par cette intrusion des Etats-Unis dans les relations entre le Brésil et le Venezuela, précisément au moment où Washington semblait compter sur Lula pour jouer le rôle de modérateur auprès de Chavez. « Le Brésil est contre les restrictions de transfert de technologie, surtout quand il n'y a pas de sanctions internationales, comme c'est le cas du Venezuela », a souligné le ministre brésilien des Relations extérieures, Celso Amorim. Si les Etats-Unis mettaient leurs menaces à exécution, Chavez serait disposé à se tourner vers la Chine.

    Une commande significative
    Commercialement, la commande est aussi significative pour Embraer et pour les exportations brésiliennes. Le montant total du contrat, qui prévoit la livraison de 12 avions de combat AMX-T et de 24 patrouilleurs Super Tucano, s'élève en effet à près de 500 millions de dollars. Outre la technologie israélienne qui équipe leur dispositif de surveillance, les avions d'Embraer incorporent également un système de vision nocturne, un moteur et des hélices « made in USA ».

    Se plier au veto américain représenterait ainsi une perte financière, mais le quatrième avionneur mondial peut difficilement s'exposer à un éventuel embargo dans la mesure où les exportations vers les Etats-Unis représentent 80 % de son chiffre d'affaires. D'où les efforts des diplomates pour arrondir les angles entre Washington et Caracas.
    THIERRY OGIER

  • Embraer souhaite modifier la structure de son capital

    Embraer va proposer à ses actionnaires de transformer tous les titres en actions ordinaires dotées de droit de vote et de mettre fin au contrôle du groupe aéronautique brésilien par un bloc d'actionnaires. Dans un premier temps sera créée une nouvelle société qui absorbera les actions ordinaires détenues par le noyau de contrôle composé par la compagnie Bozano et des fonds de pension Previ et Sistel. Tous les actionnaires recevront ensuite des actions ordinaires de la nouvelle société tandis que le pacte d'actionnaires sera supprimé. Le nouveau statut prévoit de « pulvériser » le contrôle d'Embraer en interdisant à chaque actionnaire de détenir plus de 5 % des droits de vote. Il limitera aussi la participation d'actionnaires étrangers à 40 % des droits de vote.


 

 

La Tribune 17/1/06

  • L'Amérique latine confirme son virage à gauche

    Michelle Bachelet, candidate victorieuse de la coalition de centre gauche à la présidentielle chilienne, renforce le basculement à gauche de l'Amérique latine. Avec le socialiste d'origine indienne Evo Morales, élu récemment en Bolivie, elle rejoint donc le "club" des présidents de gauche du sous-continent : Lula au Brésil, Kirchner en Argentine, Chavez au Venezuela et Vazquez en Uruguay.
    Après les années 90, marquées par les modèles néolibéraux sous l'égide du Fonds monétaire international (FMI), la région confirme ainsi une émancipation clairement revendiquée début novembre lors du Sommet des Amériques, à Mar del Plata (Argentine). Notamment à l'égard de Washington, qui n'a pu faire entériner son projet de zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), face à l'hostilité de plusieurs pays.
    Le Mexique, qui était jusque-là partisan des États-Unis pour défendre cette vaste union douanière, semble lui aussi sur le point de basculer. Le maire de Mexico, Andres Manuel Lopez Obrador, candidat de la gauche pour la présidentielle de juillet, trône depuis plusieurs mois en tête des sondages.
    Divisée entre des leaders plus ou moins radicaux, la gauche latino-américaine n'offre pas le même visage dans les pays où elle a conquis le pouvoir. Au Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva, qui tentera d'arracher à l'automne une réélection compromise par les scandales de corruption ayant éclaboussé son parti, incarne un progressisme modéré, avec des orientations orthodoxes en matière économique.
    Hydrocarbures. Beaucoup plus radical, le Vénézuélien Hugo Chavez se veut le nouveau porte-drapeau de la "révolution socialiste du XXIe siècle". Bien décidé à contrecarrer leurs visées dans la région, il est devenu la bête noire des États-Unis. Le président bolivien, Evo Morales, qui affiche son amitié avec Hugo Chavez et Fidel Castro, dont il partage les positions antilibérales, a quant à lui déjà annoncé une révision de tous les contrats d'exploitation d'hydrocarbures passés avec les multinationales.
    Au Pérou, un ancien militaire, Ollanta Humala, sympathisant de Chavez, s'est rapidement hissé en tête des sondages pour les élections du 9 avril. Il compte, lui aussi, revoir l'ensemble des privatisations et les contrats des entreprises multinationales (gaz, pétrole, mines...) conclus dans les années 90.
    Le virage à gauche du sous-continent pourrait faire boule de neige également en Amérique centrale, notamment au Nicaragua, où les sandinistes de Daniel Ortega semblent bien partis pour récupérer le pouvoir aux élections de novembre.
    C. A.

Haut de page



 

 

Libération 17/01/06 

  • Amérique latine: la gauche nouvelle vague
    Comme Chávez au Venezuela ou Morales en Bolivie, Michelle Bachelet, élue au Chili, incarne une autre façon de faire de la politique.
    par Marie-Laure COLSON

    Devant la foule en liesse rassemblée devant son QG de campagne, Michelle Bachelet a promis dimanche soir d'être «la présidente des citoyens» et de mener «un nouveau style de politique nationale, plus participative». Les résultats de l'élection présidentielle venaient de tomber, la candidate de la Concertación, coalition de centre gauche, était désormais assurée de l'emporter avec 53 % des suffrages, contre 47 % pour son rival, le candidat de l'opposition de droite Sebastián Piñera.
    Hier, la plupart des journaux chiliens titraient sur le «triomphe historique» de Michelle Bachelet. Seize ans après la fin de la dictature militaire, le Chili s'est en effet choisi pour présidente une ex-militante trotskiste. Le temps a passé, la pédiatre a depuis occupé les fonctions de ministre de la Santé, puis de ministre de la Défense. Mais elle reste, dans la configuration politique chilienne, quelqu'un dont on attend qu'elle fasse de la politique «autrement», et pas seulement parce qu'elle est une femme. Comme on l'attend d'Evo Morales, élu en décembre à la tête de la Bolivie, parce qu'il est indien et fut syndicaliste.
    Depuis l'élection, en 2002 au Brésil, de Luiz Inácio Lula da Silva, l'Amérique latine et plus précisément l'Amérique du Sud semble amorcer un virage à gauche. Hugo Chávez au Venezuela, Néstor Kirchner en Argentine, Tabaré Vasquez en Uruguay, Morales en Bolivie... D'autres pourraient rejoindre le groupe en 2006, avec des élections prévues notamment au Costa Rica, au Pérou, au Mexique et au Nicaragua.
    Mais qu'y a-t-il de commun entre les diatribes anti-impérialistes d'un Chávez et les discours modérés d'une Bachelet ou d'un Kirchner ? «On met dans le même sac des pays qui ont des trajectoires politiques totalement différentes, estime David Recondo, spécialiste de l'Amérique latine au Centre d'études et de recherches internationales (Ceri). Certains de leurs dirigeants se définissent comme antilibéraux et anti-impérialistes, ce qui n'est pas du tout le cas de Bachelet, Kirchner, Lula ou Vasquez. Eux soutiennent le libéralisme, ils cherchent simplement à en négocier les règles.» De façon générale, leurs pays entretiennent d'assez bonnes relations avec l'administration Bush, sauf le Venezuela, qui n'en est pas moins l'un des principaux fournisseurs de brut des Etats-Unis.
    Tous symbolisent en revanche un certain renouvellement de la classe politique. Même si Michelle Bachelet appartient à une coalition (socialiste et démocrate-chrétienne) au pouvoir depuis seize ans, même si Néstor Kirchner est un ancien péroniste, ce ne sont pas des barons de leurs partis. «Les transitions démocratiques en Amérique latine ont été marquées par des pactes entre élites, rappelle David Recondo. Les anciens dictateurs, en général militaires, négociaient leur sortie de scène avec les partis traditionnels. Ces pactes ont créé un désenchantement pour la politique, une usure.» Les nouveaux venus, Chávez y compris, sont des outsiders, dit-il, qui bâtissent leur légitimité sur une autre manière de faire de la politique, l'idée d'une autre répartition des revenus, d'une autre relation entre gouvernants et gouvernés. L'émergence des zapatistes au Mexique en 1994, la crise argentine en 2001, qui ont donné une visibilité à ceux qui n'en avaient pas (les pauvres, les Indiens) et poussé à l'action des classes moyennes paupérisées, ont été des avertissements, entendus par ces nouveaux venus.
    Interrogée hier sur un éventuel virage à gauche de la coalition au pouvoir, la nouvelle présidente chilienne a joué l'ouverture, comptant «sur l'appui des autres forces politiques pour des initiatives importantes qui n'ont pas de couleur politique». Elle a dit avoir «très bonne mémoire» et se souvenir que ses adversaires de droite avaient souvent des idées communes aux siennes. De la même manière, Michelle Bachelet n'a «ni mépris ni peur pour "l'autre gauche" qui, comme les centristes, cherche aussi à lutter contre la pauvreté», relève Renée Fregosi de l'Institut des hautes études sur l'Amérique latine. Michelle Bachelet devrait tenter de faire mieux en terme de lutte contre les inégalités et les discriminations que son prédécesseur Ricardo Lagos. Première mesure, elle a annoncé hier qu'elle formerait un gouvernement paritaire composé d'autant d'hommes que de femmes. Mais c'est avant tout une pragmatique qui, prévoit Renée Fregosi, «va défendre le renforcement de la concertation régionale autour du Mercosur (le marché commun d'Amérique du Sud, ndlr), qui est un instrument essentiel pour développer les politiques sociales, tout en restant dans le cadre d'une économie ultralibérale».

  • La tendance à l'expansion du nucléaire reste à la merci d'une résurgence de la peur.
    Nucléaire : un avenir radieux ?

    par Marie-Hélène LABBE
    Marie- Hélène LABBE est professeure à l'Institut d'études politiques (IEP) de Paris.

    La dégradation des conditions de sécurité, assez logiquement, et la mondialisation, de façon plus paradoxale, ont conduit les Etats à rechercher l'indépendance nucléaire à la fois dans les domaines civil et militaire. Cette tendance qui relance la prolifération et bénéficie à l'industrie nucléaire reste toutefois à la merci d'une résurgence de la peur nucléaire. Paradoxale dans un monde interdépendant, l'indépendance est à nouveau recherchée et la plus symbolique l'indépendance nucléaire l'est par les Etats qui peuvent l'envisager. Cette recherche d'indépendance concerne aussi bien le nucléaire civil que le nucléaire militaire.
    Le nucléaire civil présente un double avantage. Il permet de faire un pas vers l'indépendance énergétique et de lancer une passerelle vers le nucléaire militaire.
    Le nucléaire civil ne s'est pas effondré sous les attaques des écologistes. Aujourd'hui, les Suédois semblent désireux d'apporter des inflexions au référendum de 1980, et si, en Allemagne, madame Merkel a rappelé que l'arrêt du nucléaire faisait partie de l'accord de coalition, la date prévue est suffisamment lointaine pour permettre des infléchissements de politique. On assiste au contraire à un redémarrage. La Finlande confirme son choix d'un nouveau réacteur nucléaire, les Etats-Unis reconsidèrent favorablement l'installation de nouvelles centrales nucléaires et en France, le président de la République vient de se prononcer en faveur du réacteur de 4e génération.
    Affirmée à tous les niveaux pendant de nombreuses années, la séparation entre le nucléaire civil et le nucléaire militaire est en réalité tout sauf étanche. C'est bien pourquoi la plupart des Etats ont créé une seule entité qui englobe le civil et le militaire (CEA en France, Minatom en Russie). Tous les Etats, sauf Israël, ont établi des vases communicants entre les deux versants d'une même aventure. Le cas le plus célèbre étant celui de l'Inde, qui utilisa pour son essai de 1974 le plutonium séparé à partir des combustibles irradiés produits par un réacteur canadien.
    Le nucléaire militaire offre la garantie de la défense des intérêts vitaux.
    La doctrine gaullienne n'a pas pris une ride et ne souffre d'aucun démenti : les cinq Etats reconnus comme Etats dotés de l'arme nucléaire par le TNP ont sanctuarisé leur territoire et jouent un rôle majeur parfois hors de proportions avec leur poids réel sur la scène internationale. Quant aux nouveaux Etats nucléaires, ils avaient chacun de bonnes raisons de sanctuariser leur territoire : Israël contre le monde arabe et l'Iran, l'Inde contre la Chine et accessoirement contre le Pakistan, le Pakistan contre l'Inde. Et la leçon irakienne l'invasion à deux reprises d'un Etat dépourvu d'armes nucléaires a été méditée dans tout le Moyen-Orient, et au-delà.
    Cette quête de l'indépendance est, de façon paradoxale, favorisée par la mondialisation qui avait pourtant semblé, un temps, la rendre obsolète ou absurde.
    Les réseaux de fournisseurs rendent les mécanismes de contrôle dépassés.
    Si les raisons de la quête de l'arme nucléaire restent multiples et complexes, les modalités relèvent tout simplement des échanges économiques : troc par la Corée du Nord de la technologie des missiles balistiques contre celle de l'enrichissement de l'uranium, maîtrisée par le Pakistan ; transfert par la Chine d'une technologie d'enrichissement de l'uranium au Pakistan ; vente par la Russie de réacteurs pour la centrale iranienne de Busheher. Derrière ces deals, publics ou désormais connus, se profile un vaste réseau mondial qui permet la rencontre de l'offre et de la demande nucléaires. Maîtrisant les techniques de délocalisation, multipliant les fournisseurs, les acteurs de ces réseaux à l'instar du «père de la bombe pakistanaise», le Dr Khan mêlent fierté nationale, compétence technique, ressentiment contre les Etats dotés de l'arme nucléaire et cupidité personnelle.
    Ces réseaux de biens et technologies nucléaires rendent les mécanismes de contrôle des exportations nucléaires complètement obsolètes. Leur composition comme leur fonctionnement (gentlemen agreement) sont d'une autre époque.
    L'AIEA n'a jamais pu s'affranchir de sa double mission contradictoire: promotion de l'énergie nucléaire, et contrôle de l'usage qui en est fait. Le TNP, conçu comme un instrument de lutte contre la prolifération nucléaire, est de plus en plus contesté par les Etats non nucléaires respectueux de leurs engagements qui se sentent «floués» par l'absence de sanctions infligées à la Corée du Nord et à l'Iran. La conférence d'examen de 2005 a été un échec et on peut se demander si le TNP n'est pas déjà dépassé. Quant au Club de Londres, cartel d'exportateurs fondé en 1975 à l'instigation des Etats-Unis qui comprend 44 membres, il ne regroupe, à l'exception de l'Argentine, du Brésil, de la Turquie et de l'Afrique du Sud, que des pays «du Nord» et ne prévoit pas de sanctions en cas de violation des directives qu'il émet..
    Toutefois tout peut basculer à nouveau si la peur revenait.
    Occultée, la peur du nucléaire civil a reculé. Même si les sites d'enfouissement des déchets donnent lieu à des controverses, ils ne font plus l'objet d'un rejet massif de la population, et l'événement fondateur de la peur du nucléaire civil l'accident de Tchernobyl vient de donner lieu à un rapport de l'ONU très lénifiant sur le nombre «réel» de victimes.
    Or les risques d'accident vont se multiplier avec le vieillissement des centrales occidentales (35 ans pour les plus anciennes centrales françaises) et celui des centrales d'Europe de l'Est, construites sur le modèle de Tchernobyl et dont les défauts, maintes fois constatés, n'ont que rarement conduit à une fermeture définitive. Autre source d'inquiétude, la privatisation. Ne va-t-elle pas conduire, au nom de la compétitivité, à un relâchement des contraintes de sûreté, coûteuses ?
    De même, la peur de l'arme nucléaire incarnée par les corps brûlés des hibakushas semble s'éloigner. La commémoration du 60e anniversaire de Hiroshima n'a en rien eu l'ampleur de celle du débarquement en Normandie. L'horreur s'évanouissant, la peur semblant appartenir à la période de la guerre froide, reste le sentiment que cette arme est extraordinaire, à la fois «propre» puisqu'elle n'a pas vocation à être utilisée et efficace puisque le «faible» qui en est doté peut dissuader le «fort».
    Et pourtant, un accident pourrait rappeler que les armes nucléaires ne sont pas tout à fait des armes comme les autres. La radioactivité les en distingue fondamentalement. Or les armes sont, elles aussi, touchées par le vieillissement, et l'absence d'essais réels en amoindrit la sûreté.
    Quant à la possession d'armes nucléaires par un plus grand nombre d'Etats, rien ne dit que la dissuasion qui a prévalu entre les Etats-Unis et l'URSS s'appliquerait. Rien ne garantit non plus que ces armes seront équipées de «verrous» suffisants pour éviter qu'elles ne tombent dans des «mains non autorisées», que ce soit une minorité au sein d'un gouvernement ou une formation terroriste.
    Dans la relation dialectique entre la raison, qui joue en faveur de l'expansion du nucléaire et la passion, en l'occurrence la peur, qui conduirait à la contenir, c'est pour le moment la raison qui l'emporte. Il n'est pas dit que la passion ne reviendra pas troubler les calculs des stratèges.

Haut de page


 

 

Le Monde 17/01/06

  • Retour à un monde bipolaire ?,
    par André Fontaine

    Dans son message de Nouvel An, en nous expliquant tout le bien que la France pouvait tirer de la mondialisation, Jacques Chirac s'est bien gardé d'insister, dans les homélies qui ont suivi, sur le thème de ce monde multipolaire dont il s'était fait le champion face au monde unipolaire cher au président américain et à son ami Tony Blair. L'Europe, fermement tenue en main par le couple franco-allemand, devait bien entendu en être l'un des pôles principaux. Ces images étaient bien hardies, un globe ne comportant habituellement que deux pôles : ceux qui bordent l'axe autour duquel il tourne. De toute façon, elles ont fait long feu. La polémique, qui avait atteint des sommets, est considérablement retombée : la France a un ambassadeur à Bagdad, elle a fait remise à l'Irak d'une grande part de sa dette. La visite à Paris, au printemps, de la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice a été placée sous le signe du sourire et de la réconciliation, et les frites servies au restaurant du Sénat de Washington ont retrouvé leur appellation de "French fries".
    D'une manière générale, George W. Bush, a fortement tempéré l'arrogance qui avait marqué son premier mandat, ce qui s'explique entre autres par la dégelée de critiques qui s'abattent sur lui dans tous les domaines et sur lesquelles la presse nord-américaine, bien revenue dans sa grande majorité de son suivisme d'hier, s'étend à longueur de colonnes. Plus le temps passe, en effet, et plus il lui faut constater la véracité du vieux proverbe selon lequel qui trop embrasse mal étreint. Il n'y a pas que l'Irak ou l'Afghanistan. L'hémorragie cérébrale du premier ministre israélien, Ariel Sharon, a fait voler en éclats les espoirs de paix que sa remarquable évolution avait suscités. Gaza a sombré dans le chaos. Ce qui se passe en Amérique latine, où l'élection à la présidence de la Bolivie d'un Indien planteur de coca, Evo Morales, vient compléter, en attendant celle, probable, d'hommes de gauche à la tête du Mexique et du Nicaragua, la liste des revers infligés aux Etats-Unis par l'arrivée de Lula à la tête du Brésil et le discours de plus en plus castriste du président du Venezuela, Hugo Chavez, à qui son pétrole donne des pouvoirs dont n'a jamais pu rêver Fidel Castro.
    La modification, au moins symbolique, du langage de la Maison Blanche sur l'environnement est significative de la nécessité où elle se trouve de se montrer moins directive. Il en est de même quant au soin que prend "Condie" de rassurer les capitales européennes légitimement émues d'apprendre que la CIA utilisait leurs aéroports pour transporter, sans ménagements et en parfaite illégalité, des terroristes présumés.
    Les Etats-Unis, qui détiennent 70 % de l'épargne mondiale, créent annuellement quelque 2 millions d'emplois et prévoient une croissance de 3,5 % de leur PIB, ont une fantastique longueur d'avance dans des domaines aussi décisifs que la recherche, les armements, les bases militaires. La démographie joue en leur faveur, avec un taux de fécondité de 2,1, qui laisse loin derrière l'Allemagne, la Russie, l'Italie et le Japon, et une politique d'immigration très libérale. C'est sans doute assez pour que paraisse encore valable la prophétie déjà ancienne de "Zbig" Brzezinski, le talentueux Henry Kissinger de Jimmy Carter, selon laquelle "il est peu probable que leur statut de première puissance mondiale puisse être défié pour plus d'une génération par qui que ce soit".
    RECORDS DE DÉVELOPPEMENT
    Mis à part l'étrange personnage que les Iraniens ont placé à leur tête, le temps n'est plus où l'Oncle Sam était ouvertement défié. Par l'URSS. Par le Japon, avec lequel de grands économistes annonçaient avec assurance que la guerre était inévitable. Par le général de Gaulle et par les couples franco-allemands qui, pendant un quart de siècle, ont pris tant bien que mal sa relève. Que le monde ne soit plus unipolaire ne signifie donc pas qu'il soit devenu multipolaire. Mais n'est-il pas en train de redevenir, tout bonnement, bipolaire ? Si Alexis de Tocqueville revenait sur terre, ne serait-il pas tenté de remplacer la vieillissante Russie, dans sa description de l'avenir, par une Asie qui bat actuellement tous les records de développement ?
    Mais l'Asie existe-t-elle autrement que sur les cartes ? A la différence de l'Europe, qui présente si peu d'obstacles physiques à la circulation des hommes, des biens, des idées et des hégémonies, l'Himalaya divise inexorablement le continent en quatre segments qui ne s'interpénètrent qu'à leurs marges. Aussi bien n'y a-t-il eu à ce jour aucune tentative pour l'unifier, alors qu'il existe, en dehors de l'Union européenne, une Organisation des Etats américains et une de l'Unité africaine, dans l'esprit de la charte des Nations unies, favorable à la constitution d'ensembles régionaux. La Sibérie prolonge la Russie d'Europe, le Moyen-Orient l'Afrique du Nord, l'Inde et ses voisins ont droit au titre de sous-continent. Reste le quart le plus peuplé, et pour certains de ses éléments le plus riche, cette Asie du Sud-Est, qui a pour la première fois tenu un sommet en décembre 2005. Un sommet sans Américains...
    Etaient présents à cette réunion, en Malaisie, les dix membres de l'Asean, du traité du Sud-Est asiatique, de Myanmar aux Philippines et du Vietnam à l'Indonésie, plus l'Inde, la Chine, la Corée du Sud, le Japon, et, histoire pour ce dernier pays de se sentir moins seul, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, dont le niveau de vie est comparable au sien. Non moins importante était la présence à ce sommet de l'Inde, qui, pendant des décennies, a considéré la Chine comme son ennemie et dont le nom est aujourd'hui associé au sien comme image de la rapide émergence d'une force formidable.
    Quelles que soient leurs complémentarités, cependant, rien ne laisse prévoir que les nations de l'Asie du Sud-Est — Chine, Japon et Inde compris — pourraient, dans un avenir proche, bâtir entre elles une union comparable à celle qui, grâce notamment à la chancelière Angela Merkel, est en train de retrouver quelques couleurs en Europe. Seule la Chine, maintenant quatrième puissance économique du monde, a une chance de se donner les moyens de rivaliser avec ces Etats-Unis qui ont apparemment renoncé à la convertir à la démocratie et sont bien aises de la trouver là pour les aider à s'accommoder de déficits budgétaire et commercial insensés. Et la question de Taïwan, à elle seule, comme le niveau élevé du budget militaire de la République populaire de Chine, dont les fusées peuvent atteindre New York, ou les projets nucléaires de la Corée du Nord, empêchent de tenir la paix pour acquise dans cette partie du monde.
    ANDRÉ FONTAINE

  • Alors que les « maîtres du monde » se retrouvent à Davos, les altermondialistes se donnent rendez-vous à Bamako puis à Caracas
    Hugo Chavez, parrain contesté du Forum social


    Beaucoup auraient bien fait une pause, laissé passer une année. Mais la perspective d'offrir ce petit plaisir aux partisans du Forum économique mondial de Davos les en a finalement dissuadés. Dans quelques jours, le face-à-face entre le Forum social mondial (FSM) et les « maintes du monde » aura donc bien lieu pour la sixième année consécutive. Sans d'ailleurs que ces derniers ne semblent plus vraiment impressionnés ou inquiétés par cette interpellation persistante. Après avoir planché en 2005 sur le thème de la pauvreté, les hommes d'affaires réunis dans la station suisse, du 25 au 29 janvier, seront invités à réfléchir sur l« impératif créatif », ce que le service de communication traduit de façon moins ésotérique par «comment survivre dans un monde complexe en faisant preuve de créativité ».
    Les altermondialistes, pour leur part, inaugureront une nouvelle version de leur rassemblement en proposant un Forum mondial « polycentrique » censé offrir un compromis entre l'événement unique de type Porto Alegre - très visible médiatiquement mais peu accessible aux sympathisants demeurant loin du Brésil - et les Forums régionaux trop repliés sur des enjeux locaux, selon le conseil international du FSM qui réunit les grandes organisations du mouvement. A partir du 19 janvier, les opposants à la libéralisation tous azimuts de l'économie mondiale se réuniront ainsi à Bamako, au Mali, puis, à partir du 24, à Caracas, au Venezuela. Le rendez-vous de Karachi, prévu dans la foulée, a dû être reporté au mois de mars, les organisations non gouvernementales (ONG) pakistanaises étant mobilisées par les secours à apporter aux victimes du séisme survenu dans la région du Cachemire en octobre. Des forums mondiaux sur plusieurs continents en même temps, telle est, en somme, l'ambition de l'édition 2006 du FSM. Paradoxalement, cet objectif semble avoir découragé nombre d'organisations, et non des moindres, qui avouent ne pas avoir les moyens de financer l'envoi de délégués au quatre coins du monde. « Ces forums nous coûtent cher pour des retombées moindres », explique ainsi un représentant de Greenpeace à Paris en ajoutant: « Nous avons décidé de laisser passer cette année. Nous n'enverrons que notre correspondant brésilien à Caracas. »
    Quoi qu'il en soit, Bamako et Caracas d'un côté, Davos de l'autre promettent sans surprise de donner une lecture opposée des effets de la mondialisation. Mais il n'est pas sûr en revanche que les 70 000 militants attendus dans la capitale de la révolution bolivarienne d'Hugo Chavez et que les 30 000 espérés au Mali fassent le même diagnostic des avancées de la lutte contre le néolibéralisme qu'ils combattent en commun.
    2005 a été une année chargée pour le mouvement altermondialiste. Rassemblées dans la campagne d'Action mondiale contre la pauvreté, les ONG, profitant d'un agenda international placé sous le signe du développement, n'ont cessé de se mobiliser pour faire pression sur les gouvernements et les institutions internationales. L'annulation de la dette multilatérale des pays les plus pauvres a été actée par la communauté internationale, et le Fonds monétaire international (FMI) a mis en oeuvre cette décision pour dix-neuf pays au début du mois. Des engagements ont été pris pour augmenter l'aide publique au développement, en particulier à destination de l'Afrique subsaharienne, qui devrait voir le montant qui lui est alloué doubler d'ici à 2010.
    Mais, rien ou très peu a été concédé pour rééquilibrer les règles du commerce mondial en faveur des pays les plus pauvres, qui restent largement exclus de l'accroissement rapide des échanges mondiaux De cela, il sera beaucoup question au Mali, qui avec ses voisins appartient à ce continent exclu de la mondialisation. « Malgré la déception, la société civile africaine ne baisse pas les bras, constate Philippe Mayol, du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD). On assiste à une éclosion de mouvements qui interpellent de plus en plus souvent leurs gouvernements. Des réseaux transnationaux sur les questions de l'immigration, de la dette, sur le rôle des multinationales, etc., se sont constitués. »
    A Caracas, le ton devrait être résolument plus optimiste. L'élection du syndicaliste Evo Morales en Bolivie a été accueillie comme une bonne nouvelle par les altermondialistes, qui, après le Brésil, l'Argentine et le Venezuela, voient un autre pays afficher ses distances avec le consensus de Washington. L'activisme du président Chavez pour créer un front anti-Bush lui vaut d'ailleurs une popularité qu'a progressivement perdue le Brésilien Lula, jugé trop timoré dans les réformes qu'il a menées et fragilisé par le financement illégal de sa campagne électorale. Si le radicalisme de Chavez séduit certains - Ignacio Ramonet, l'un des fondateurs d'Attac et directeur de la rédaction du Monde diplomatique, invite ses lecteurs à découvrir la révolution bolivarienne dans son éditorial de janvier-, il en inquiète d'autres, soucieux de ne pas voir le FSM « récupéré » par le turbulent commandante, dauphin revendiqué de Fidel Castro dans la lutte contre l'impérialisme. « L'indépendance du mouvement doit être préservée, et l'interférence de Chavez, qui financera en bonne partie le Forum, est une préoccupation », reconnaît Simon Ticehurst, représentant de PONG Oxfam à Mexico. La venue d'autres chefs d'Etat « amis » était évoquée pour diluer l'effet Chavez et préserver la diversité du FSM.
    LAURENCE CARAMEL

Haut de page


 

 

Les Echos 17/01/06

  • Santiago-Paris
    La chronique de favilla
    L'élection de Michelle Bachelet à la présidence du Chili est un grand honneur pour ce pays. Non pas que celle de son opposant libéral eût été déshonorante ; la campagne de Sebastian Pinera et la manière dont il a salué la victoire de sa concurrente ont été, au contraire, empreintes d'une rare élégance. Mais le parcours de cette femme force l'admiration. L'assassinat de son père, général d'aviation fidèle au président Allende, les violences qu'elle-même et sa mère ont subies, auraient pu briser sa vie et l'enfermer dans une haine passéiste de la dictature de Pinochet. Or, à l'instar de son pays, elle a surmonté cette terrible épreuve pour se tourner vers l'avenir. Malgré les trois mille morts de la dictature, les milliers de torturés et d'exilés politiques, la page des années noires a été tournée. Elle l'a d'abord été pendant une décennie par des gouvernements de démocratie chrétienne puis, il y a six ans, par un social-démocrate, le président Ricardo Lagos, auquel Michelle Bachelet va succéder. A Paris, les membres de la gauche française saluent cette élection avec des accents de Front populaire, les uns pour célébrer une victoire de la gauche unie, les autres pour souligner un nouveau recul de l'influence nord-américaine sur le sud du continent. Mais cette captation d'héritage est doublement fallacieuse. D'abord parce que la coalition politique dirigée par Michelle Bachelet est principalement composée de la social-démocratie et de la démocratie chrétienne. Alors qu'en France les trotskistes et les communistes représentent près de 15 % de l'électorat et entraînent toute la gauche, socialistes inclus, dans une vision défensive de l'économie mondiale, à Santiago, la social-démocratie chilienne n'est pas du tout sur cette longueur d'onde. Elle a marginalisé l'extrême gauche et a pleinement intégré l'univers de l'économie de marché. Elle vise, à la manière d'une démocratie espagnole, à en redistribuer les richesses d'une manière plus sociale, plus équitable. C'est une ambition de réforme, pas de rupture. Quant à la diplomatie chilienne, il est certain qu'elle observe avec intérêt la place que le grand voisin brésilien, sous la conduite du président Lula da Silva, est en train de conquérir sur l'échiquier mondial. Mais de là à en déduire que Michelle Bachelet, comme d'ailleurs Lula, serait partante pour un front commun anti-Bush, aux côtés de Fidel Castro et du président vénézuélien Hugo Chavez, il y a plus qu'un pas, un gouffre, à franchir. Son regard n'est pas du tout tourné vers les chimères révolutionnaires mais vers la construction patiente, professionnelle, d'une puissance économique moderne. Le Chili a d'ailleurs déjà commencé de tisser des liens commerciaux importants avec la Chine. C'est l'émergence d'une nouvelle Amérique du Sud, moderne, démocrate, libérale, ouverte sur le monde. Bref, le contraire de Pinochet mais aussi le contraire du péronisme de gauche qui fait fureur à Caracas. On ferait bien, à Paris, de le comprendre.

  • Espoirs en Amérique latine
    JAVIER SANTISO

    Les Chiliens viennent de se rendre aux urnes et, pour la première fois dans l'histoire de leur pays, ils ont élu une femme à la tête de l'Etat. Derrière cet événement, une première en Amérique du Sud, on peut se réjouir d'une autre belle nouvelle : la subtile et profonde transformation qui a lieu au Chili et en Amérique latine, à la suite de l'émergence du pragmatisme économique. Si l'on met en perspective les décennies récentes, ce qui apparaît avec le plus de netteté, ce sont les transformations qui ont fait naître des « bias for hope », comme dirait Albert Hirschman, là où régnait la « fracasomanía », le syndrome de l'échec.
    La faiblesse des taux d'intérêt, le coût élevé des matières premières et les taux de croissance asiatiques ont certes contribué à relancer la région. Mais il faut noter que cela fait un quart de siècle que l'Amérique latine cherche un chemin vers la croissance, à travers des politiques économiques pragmatiques. Elle invente et crée des mâts institutionnels, elle cherche des ancres monétaires et fiscales, et elle le fait en dehors des sentiers battus.
    A cet égard, le cas chilien est exemplaire et peut-être unique, car la privatisation des fonds de pension a eu lieu dans un cadre réglementaire et institutionnel de très haute tenue. Pas à pas, le système a subi des ajustements et des modifications. Aujourd'hui, l'organisme de régulation chilien, la Superintendencia, est l'une des institutions les plus crédibles du pays, ce qui en fait un mât institutionnel solide.
    Cette réforme est un parfait symbole du profond changement survenu durant ces dernières décennies : l'invention d'une politique économique progressive et pragmatique, en opposition aux raz de marée idéologiques du passé. Dans les années 1970, les révolutions sociales et libérales se sont multipliées, cherchant à exécuter des paradigmes rigides inventés ailleurs. Le bon libéral n'était que l'autre face du bon révolutionnaire, tous deux ayant en commun la recherche de politiques économiques irréalisables. Pendant les années 1980, et surtout 1990, le pragmatisme économique a prévalu. Avec le retour à la démocratie, en 1989, on aurait pu connaître la tentation de créer encore un autre modèle. Ce ne fut pas le cas. Les démocrates chiliens décidèrent de continuer les réformes en cours et tentèrent de combiner un système monétaire et fiscal orthodoxe avec des réformes sociales et une croissance équilibrée. Après 1989, non seulement on ne revint pas sur les réformes, mais on les intensifia et on les adapta si nécessaire.
    La leçon à tirer de l'exemple chilien est l'extraordinaire combinaison du pragmatisme et de la continuité, l'émergence d'un « possibilisme », d'une nouvelle façon de faire de l'économie politique. C'est une combinaison que d'autres pays, en particulier le Mexique et le Brésil, cherchent à partager, comme on l'a souligné dans un récent ouvrage (« Amérique latine : révolutionnaire, libérale, pragmatique », Autrement, Paris, 2005).
    Au Mexique, le pragmatisme a brillé au milieu des années 1990, avec le traité de libre-échange signé avec les Etats-Unis. Pour la première fois, un pays du Sud signait un traité commercial avec un pays du Nord. S'attacher les mains à une grande démocratie fut un apport majeur pour le pays. A l'instar de l'Espagne avec l'Union européenne, ce processus lui a permis de bénéficier d'une ancre de crédibilité externe. En 2000, le Mexique réussit à changer de gouvernement sans crise économique, un événement inédit pour le pays, où le cycle politique était accompagné de turbulences économiques. Le pays compte désormais une panoplie de stabilisateurs institutionnels. En matière économique, l'indépendance de la banque centrale mexicaine se reflète par une politique monétaire orthodoxe et par la séparation de l'institution et du cycle politique : le mandat du gouverneur ne coïncide pas avec celui du président. Peu importe qui succédera à Vicente Fox, le gouverneur restera en poste jusqu'en 2009.
    De la même façon, les derniers gouvernements brésiliens ont mis en place d'importantes mesures pragmatiques. Les plus spectaculaires furent celles du gouvernement Lula. En 2002, les marchés financiers craignaient son arrivée au pouvoir. L'orthodoxie de sa politique monétaire et fiscale fut une surprise pour tout le monde. En 2004, Lula a réussi à élever le taux de croissance du pays aux environs de 5 %. L'élan réformateur a été puissant et plusieurs réformes, celles de la fiscalité, du système bancaire et des retraites, ont passé avec succès l'épreuve du feu au Parlement. Ses investissements en infrastructures, bien que critiqués, étaient fidèles aux promesses faites par le gouvernement en vue d'une meilleure et plus efficace distribution des niveaux de croissance. Au-delà du tumulte politique des derniers mois, ce qui peut être retenu de son mandat reste la combinaison de politiques monétaires et fiscales orthodoxes et de politiques sociales. Ce mélange a attiré l'attention des marchés financiers et des investisseurs étrangers, mais aussi celle des dirigeants latino-américains. Ainsi, en Uruguay, la gauche est arrivée au pouvoir en se réclamant de ce pragmatisme. On ne sait pas encore si Lula sera réélu en 2006, et peu importe qui remportera l'élection (l'actuel favori est le candidat du PSDB, José Serra) : les réformes pragmatiques en cours se poursuivront. La politique économique du possible lancée au Brésil pourrait se répandre dans tout le continent, dans le sillage de politiques économiques fondées sur la continuité, le pragmatisme, la gradation. Dans un continent déstabilisé par les trop nombreux changements idéologiques, ce serait une bonne nouvelle.
    Des pays comme le Chili, le Brésil et le Mexique ont désormais des boussoles fiables pour conserver leur cap et se tenir à l'écart des récifs où cherchent à les entraîner les sirènes populistes. Ce trio pourrait en inspirer d'autres. En 2006, alors que la plupart des pays vont élire leurs nouveaux dirigeants, et que certains suivront d'autres traces à l'instar d'un Evo Morales en Bolivie, désormais foulant les pas du Vénézuélien Hugo Chávez, souhaitons que cette émulation ne disparaisse pas.
    JAVIER SANTISO est chef économiste et directeur adjoint du Centre de développement de l'OCDE.

Haut de page

 


 

 

La Tribune 16/1/06

  • La Bolivie vient renforcer le camp "de l'autre développement

    Tan cerca de los Estados Unidos y tan lejos de Dios" : l'émergence de gouvernements socialistes en Amérique latine pourrait bien faire mentir ce dicton bien connu : "Si près des États-Unis mais tant abandonné de Dieu", appliqué au Mexique, d'abord, mais aussi à toute la zone - arrière-cour des Américains. Dernière élection en date, celle d'Evo Morales, premier Indien (et syndicaliste) bolivien à être élu à la présidence depuis la Conquête espagnole, il y a cinq cents ans, et qui pourrait être suivie par d'autres triomphes, comme celui de Michelle Bachelet, socialiste d'origine française, au Chili, de Lopez Obrador au Mexique, sans oublier un autre Indien, Ollanta Humala, au Pérou, entre autres.
    Rejet du modèle néolibéral. La vague rose comprend évidemment déjà, au-delà de Fidel Castro à Cuba, Hugo Chavez au Venezuela, Lula au Brésil, Nestor Kirchner en Argentine, ou encore Tabaré Vaquez en Uruguay... Mieux, même s'il existe autant de "socialismes" que d'élus dans cette région, la vague s'inscrit dans un mouvement mondial qui a pris naissance dans la foulée de la crise asiatique. Car à cette époque, que ce soit en Malaisie ou en Thaïlande, les dirigeants ont décidé de faire fi des recettes traditionnelles de Washington, en particulier en matière de contrôle des changes. Il s'agit maintenant, alors que les grandes institutions multilatérales sont elles-mêmes, au moins partiellement, revenues de l'orthodoxie monétariste, après l'échec patent de l'Argentine, d'aller plus loin dans la révision du traditionnel modèle de développement. Bref, de proposer, comme le fait la Bolivie, une autre mondialisation que celle que veulent imposer les libéraux, par le biais du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et de l'Organisation mondiale du commerce.
    Evo Morales, qui prend ses fonctions le 22 janvier prochain, n'a pas dit autre chose, lors de sa tournée mondiale, qui l'a conduit aussi bien à Madrid que Paris, Pékin et Pretoria, en déclarant : "Le modèle néolibéral ne convient pas à notre Bolivie." Pourtant, Dieu sait s'il a été appliqué dans le pays le plus pauvre de l'Amérique latine (le PNB par tête s'élève à 960 dollars selon les dernières statistiques de la Banque mondiale et la pauvreté touche 64 % des 9,1 millions d'habitants, à majorité indienne), que ce soit sous la forme de privatisations à tous crins, notamment des ressources naturelles (ce que les Chicago Boys n'ont jamais réussi à obtenir du Chili des militaires), mais aussi de l'eau, ce qui a donné lieu à une révolte paysanne ces dernières années, ou dans le cadre des programmes du FMI et d'allégements de la dette... Selon la Banque mondiale, l'extrême pauvreté a d'ailleurs crû de 5,8 % entre 1999 et 2002 en Bolivie...
    Ressources mieux partagées. "Nous ne venons pas demander réparations pour les cinq cents ans de colonisation, d'exploitation, de tentatives d'éradication de notre culture, a assuré Evo Morales lors de sa visite en Europe, mais nous venons affirmer que nous voulons désormais une Bolivie digne. Nous ne voulons pas simplement vivre mieux, mais vivre bien - et cela sans exploiter personne, sans voler personne", a-t-il ajouté, avant d'exposer en aymara, sa langue natale, les lois ancestrales de son peuple : "ne pas voler, ne pas mentir, ne pas être paresseux", qui conduiront son action à la tête de la nation.
    De façon concrète, pour un pays qui affiche les plus grandes réserves de gaz naturel du continent après le Venezuela, cela signifie parvenir, avec les compagnies pétrolières étrangères présentes sur place, à un partage plus équitable des ressources qu'a donné la Pacha Mama, la Terre nourricière. Le gouvernement bolivien a donc l'intention de mettre en oeuvre de nouvelles règles du jeu, dans le gaz, notamment, avec Total, Repsol, Petrobras, BP, Exxon... Si La Paz ne transigera pas, cela ne veut pas dire non plus qu'elle fermera la porte aux négociations. L'heure, en effet, en Amérique latine, est au pragmatisme. Salvador Allende est bien mort... Et Evo Morales, s'il considère Fidel Castro et Hugo Chavez comme ses "grands frères", semble plutôt vouloir suivre la ligne du brésilien Lula, qui refuse de s'associer à l'antiaméricanisme de Caracas. Reste que pour pouvoir améliorer la situation sociale, et, in fine, espérer un environnement politique plus stable, la Bolivie (qui a une longue histoire de coups d'État et de dictatures) ainsi que les autres pays de la région "auront besoin à la fois de dirigeants extrêmement habiles et d'une croissance économique plus importante", remarque Sebastian Briozzo, spécialiste de la zone chez Standard and Poor's, à New York. L'envolée des cours des matières premières fournit actuellement la deuxième condition. Reste à avoir la première.
    Réconcilier des contraires. S'ils ont été, surtout à leurs débuts, considérés comme de dangereux radicaux par les investisseurs internationaux, les leaders latinos ont su démystifier la gauche. Certains ont prouvé leurs talents d'équilibristes en maîtrisant à la fois la rhétorique du changement, pour le peuple, tout en sachant rassurer, à coups de discipline budgétaire, les investisseurs. Mais la tâche n'est pas aisée, d'autant que les citoyens, malmenés depuis tant d'années, attendent un miracle en matière de lutte contre la pauvreté, en Bolivie comme ailleurs. À cet égard, si Hugo Chavez achète la paix sociale avec les revenus du pétrole, l'exemple de Lula au Brésil, où les programmes sociaux ont encore du mal à porter leurs fruits, sera à méditer pour Evo Morales.
    Lysiane J. Baudu avec P. A. S.

  • La Paz mise sur ses ressources naturelles
    Alors que les prix des matières premières s'envolent, le nouveau président bolivien compte sur les ressources naturelles, en particulier son gaz, pour développer l'économie.
    Au cours de la tournée internationale effectuée par le nouveau président bolivien, Evo Morales, ses interlocuteurs européens, le président français, Jacques Chirac, et Javier Solana, haut représentant de l'Union européenne (UE) pour la politique étrangère, n'ont eu de cesse de lui demander des assurances quant à la présence des sociétés étrangères exploitant les ressources naturelles locales. Car si la Bolivie est le pays le plus pauvre de l'Amérique du Sud, son sous-sol en revanche compte parmi les plus prometteurs, et son nouveau président entend bien en tirer les recettes nécessaires au développement du pays (lire ci-dessous).
    Multiplier ses clients. Ses réserves en gaz naturel lui assurent en effet le deuxième rang du sous-continent derrière le Venezuela, avec 890 milliards de mètres cubes (0,5 % des réserves mondiales). Entre 2003 et 2004, la production annuelle a bondi de près de 50 % pour atteindre 8,5 milliards de mètres cubes, soit 0,3 % de l'offre mondiale de gaz cette année-là. Cette exploitation, située principalement dans la région de Tajira (sud du pays) et dans une moindre mesure celle de Santa Cruz (centre-est), est menée par vingt-six sociétés internationales, au premier rang desquelles l'espagnol Repsol, le brésilien Petrobas, le britannique British Gas, le français Total et l'américain Exxon Mobil.
    Pour le moment, cette production est principalement livrée via gazoducs aux pays voisins, l'Argentine et le Brésil. Mais la Bolivie souhaite augmenter la liste de ses clients internationaux. Seul problème, le pays est enclavé et a l'impérieux besoin d'un accès à la mer, en l'occurrence la côte Pacifique en traversant le Chili. En liquéfiant son gaz, et en le chargeant sur des méthaniers, La Paz pourrait livrer un produit en constante demande vers n'importe quel point de la planète.
    Au niveau du pétrole, si la Bolivie sort du sol près de 40.000 barils chaque jour, elle n'est pas autosuffisante. Mais le grand frère vénézuélien devrait lui assurer des livraisons afin de couvrir ses besoins.
    La Bolivie compte également d'autres ressources minérales très attrayantes : l'étain, dont il est le quatrième producteur mondial de minerai, et le septième du métal raffiné, et qui fut durant des décennies pourvoyeur de devises pour l'État - grâce aux mines de Potosi, aussi fameuses pour leurs richesses que malfamées compte tenu des conditions de travail des mineurs. Et enfin, des métaux moins courants, comme l'antimoine et le tungstène, utilisés en alliage, et dont la Bolivie est le cinquième fournisseur de la planète.
    L'irruption du soja. Par ailleurs, de nombreux groupes miniers étrangers exploitent l'or - les réserves sont estimées à entre 370 et 400 tonnes -, l'argent, le zinc ou encore le plomb. En outre, un riche gisement estimé à 40 milliards de tonnes de minerai de fer et 10 milliards de tonnes de magnésium (soit 70 % des réserves mondiales) a été mis au jour dans la région d'El Mutun, près de la frontière avec le Brésil.
    Enfin, les produits agricoles pourraient aussi connaître un fort développement, la plus grande partie de la population andine étant paysanne. Outre le café, et le cas spécifique de la feuille de coca (lire page 39), la Bolivie a développé la production de soja, en particulier dans la région de San Pedro, à l'est du pays. Entre 1987 et 1999, la superficie consacrée à cet oléagineux est passée de 70.000 à 610.000 hectares, faisant bondir la production de 130.000 à 970.000 tonnes. Pour la seule année 2004, les exportations de soja ont atteint 420 millions de dollars, soit presque 20 % des recettes générées par les exportations. Une part loin d'être négligeable.
    Robert Jules

Haut de page




 

Libération 14-15/1/06 

  • Ressources. Laurence Tubiana, économiste, pointe les dangers qui s'annoncent:
    «Un développement non viable»

    par Christian LOSSON

    Directrice de l'Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales), Laurence Tubiana est également membre du Conseil chinois du développement durable, rattaché à Pékin.
    La planète est-elle trop petite pour que le monde entier se développe ?
    Ce qui est sûr, c'est qu'à moins d'un illusoire miracle technologique, le développement reposant sur une base énergétique abondante et bon marché n'est pas viable pour plus de 2 milliards d'habitants qui auraient des niveaux de consommation par personne équivalents à ceux de l'Europe ou des Etats-Unis. Car au-delà de l'énergie, les ressources halieutiques et forestières sont elles aussi menacées. Pour autant, il n'y a pas qu'un modèle unique de développement : Japonais, Européens ou Américains montrent qu'il existe plusieurs modèles possibles. Le coût énergétique des villes compactes comme Londres ou Paris n'est pas le même que celui de Los Angeles... Des alternatives sont possibles pour les grands pays intermédiaires.
    Comment faire pour que certains ne crient pas au retour du «péril jaune» ?
    Le risque est réel de voir se dresser une sorte de «cordon sanitaire» commercial, énergétique ou alimentaire autour de la Chine. Les Chinois en sont conscients. En 2000, Pékin assurait vouloir quadrupler son PIB d'ici à 2020, grâce à un taux de croissance jugé vital pour intégrer les ruraux et assurer la stabilité politique. Ce discours a évolué. Le dernier colloque du PCC a d'ailleurs porté sur «La Chine et les ressources» avec cette idée : il ne faut pas calquer notre développement sur le développement des pays riches, et la question de la soutenabilité du développement chinois pose aussi des questions internes.
    Que signifie le rapprochement sino-indien?
    Il est capital. New Delhi et Pékin ont jeté les bases d'une coopération techno-politique pour un nouveau modèle de croissance. Bien sûr, les deux pays vont chercher les ressources là où elles sont, à l'image des investissements pétroliers chinois au Soudan. Mais cela ne va pas les empêcher de plancher sur des alternatives innovantes. Les bus à Pékin ou les taxis à Bombay fonctionnent au gaz, pas à Paris ou New York. Si le gouvernement adopte des normes contraignantes, cela change tout.
    La Chine ou l'Inde peuvent reprendre le leitmotiv américain, théorisé par Bush père en 1992 : «Notre mode de vie n'est pas négociable»...
    Ils ne s'en privent pas. Pékin manie le double discours : multilatéral lors de la conférence de Montréal en décembre sur l'après-Kyoto ; plutôt nationaliste à Sydney cette semaine à l'occasion du Partenariat Asie-Pacifique qui regroupe des pays non signataires de Kyoto.
    La solution ne passe-t-elle pas par la voie d'une «décroissance» ?
    Ce chemin n'est pas audible pour des pays comme l'Inde, la Chine, le Brésil ou l'Afrique du Sud... Cette utopie n'est pas encore mobilisatrice dans nos pays, pourquoi le serait-elle dans ces grands pays émergents ? La vraie question est double : comment repenser d'autres sentiers vertueux de développement? Et quelle gouvernance internationale mettre en place pour gérer les ressources de la planète ? Une chose est sûre : Chine et Inde sont désormais incontournables sur ce sujet-là, comme sur d'autres.

  • Le Brésil veut limiter la hausse du prix de l'éthanol
    Le gouvernement brésilien et la filière de la canne à sucre ont conclu cette semaine un accord pour limiter la hausse des prix de l'éthanol, victime de son succès auprès des automobilistes en raison de l'emballement des prix du pétrole. L'accord annoncé mercredi par le ministère de l'Agriculture prévoit que les producteurs d'éthanol plafonneront le prix de vente de gros aux distributeurs à 1,05 real (0,46 dollar) le litre au lieu de 1,08 real actuellement. Le prix de l'éthanol à la pompe a grimpé de 10,3% en un mois, selon le quotidien Folha de Sao Paulo. (AFP)

  • Salvador de Bahia, avec armes et bagages
    Les églises protestantes poussent comme des champignons, les balles se perdent, les bikinis font fureur... La capitale brésilienne de l'Etat de Bahia appelle mille épithètes: toquée, baroque, lyrique et redoutable.
    par Jean-Louis LE TOUZET
    Salvador de Bahia envoyé spécial

    En débarquant par la mer, l'homme peut perdre facilement la raison devant la beauté baroque des églises, et aussi son portefeuille, dans l'ascenseur monumental Lacerda (du nom de son ingénieur) qui relie la ville basse à la ville haute. Comment ne pas être séduit par une ville dans laquelle on trouve dans la même boutique cercueils et petit électroménager. Salvador est une invention des jésuites, qui comme d'habitude se sont surpassés. Salvador, c'est à la fois l'Agnus Dei et le candomblé, ce culte afro-brésilien. Pour 40 reais (14 euros), un tour-opérateur très sérieux propose par exemple «trois heures de culte» et l'assurance de retrouver son sac à main à la sortie : «Avec nous, pas de surprises désagréables.» C'est déjà ça. La puissance d'envoûtement de la capitale de l'Etat de Bahia est toujours intacte, malgré les 863 homicides de 2004, un chiffre fourni par le très respecté journal A Tarde. Mais, à franchement parler, il y a plus de chance de perdre son maillot de bain dans les grosses vagues de l'océan Atlantique que de perdre la vie dans une fusillade. Cela écrit, en deux ans, la ville est passée du 20e au 7e rang «des villes les plus violentes du pays». «Un saut de 13 places !» titrait d'ailleurs le même quotidien.
    Les flics tombent comme des mouches et le bikini s'exporte
    Pour autant on ne se canarde pas de favelas à favelas comme dans les mégapoles de Rio ou São Paulo. Il ne s'agit pas d'effrayer le touriste qui souhaiterait se rendre à Salvador. Donc pas question pour lui de descendre de l'avion en battle-dress car, faut être honnête, Salvador n'est pas soumis à la coupe réglée des bandits. Enfin, pas encore. Selon le journaliste Antonio Jorge, Bahianais de souche, «ce sont les conditions de vie qui se sont dégradées et ont engendré cette violence par balles, surtout le samedi soir, quand les gens ont trop bu». En quarante ans, la ville est passée de 600 000 habitants à près de 3 millions. Le touriste, brûlé par le soleil torride, ne doit pas se sentir glacé par les statistiques. Il serait quand même dommage que l'on en vienne à visiter le Pelourinho, le centre historique fondé au XVIe siècle et classé Patrimoine culturel de l'humanité, dans une cage de verre blindée. «La Rome nègre», comme on appelle Salvador, c'est évidemment ce fameux Pelourinho qui draine chaque jour des colonnes de touristes, mais Salvador c'est aussi le pèlerinage à l'église de Nosso Senhor do Bonfim, les rubans noués au poignet et la figure d'Irmã Dulce, la soeur béatifiée par Jean Paul II, qui orne les boîtes de panettone dans les supermarchés. Jorge Amado, le romancier bahianais, a raconté, dans Suor, son Pelourinho comme une cour des miracles. Salvador était déjà tout là dans ce roman : toqué, noir et baroque. Depuis maintenant dix ans, la municipalité a fait place nette. Les vendeurs à la sauvette sont agréés et des policiers en faction mettent en garde le touriste qui s'engagerait imprudemment hors des limites triangulaires matérialisées par la magnifique église São Francisco et son couvent, la Catedral Basílica et l'église Nossa Senhora do Rosário dos Pretos, «où chaque année est célébrée une messe en l'honneur de la femme bahianaise, messe qui mêle rite catholique et rite du candomblé», comme l'explique le père Joseval Lemos Barbosa.
    Fin novembre, un policier militaire tombait devant une pharmacie de la ville sous les balles d'un braqueur. La presse, qui tient la compatibilité, dénombrait fin novembre trente et un assassinats de policiers. On dit que, pour éviter une balle perdue, il faut toujours monter par l'arrière dans les bus (1,75 real le ticket) «car seuls les retraités et les policiers montent par l'avant : d'abord c'est gratuit pour eux, et c'est toujours le flic que les braqueurs de bus suppriment d'abord», explique un passager que plus rien n'effraie. Il y a quand même des nouvelles excellentes, et pas seulement pour les entreprises de pompes funèbres, car «le bikini bahianais part à la conquête du monde», si l'on en croit la Tribuna da Bahia. Tout cela se tient car Salvador, c'est aussi 25 kilomètres de plages et de paillotes aux noms parfois inattendus. On citera juste la gargote Roma Vaticano pour la beauté du nom et son poisson grillé à 35 reais (12 euros).
    Comment est la ville ? Immense et traversée par des voies rapides le long desquelles poussent de nouvelles églises évangélistes qui assurent qu'il faut tourner le dos aux icônes. La tâche s'annonce considérable dans ce pays catholique, mais ces églises protestantes américaines sont pleines à craquer. Partout c'est le règne de Dieu. Ces églises disent que grâce à l'Esprit saint des ailes pousseront aux nouveaux convertis et qu'il ne faut pas s'inquiéter plus que de raison car c'est chose normale au début. Si bien que tout est normal : les flics tombent comme des mouches et le bikini s'exporte.
    «Le peu que nous sommes ici, sommes fous. On ne peut rien pour nous.»
    Vu de la côte, Salvador tiendrait d'une Manhattan tropicale avec d'immenses centres commerciaux d'un luxe inouï. Et les gens ? Foncièrement prévenants et bons. Ce qui tombe bien car on ne saurait trop alerter le touriste qui empruntera la rue pavée Alfredo de Brito, dans le Pelourinho, de passer son chemin devant le n° 16. La rue de Brito conduit le visiteur vers la maison de Jorge Amado disparu en 2001. Devant le n° 16, un policier. Il interdit l'accès de ce boyau appelé «la bouche de l'enfer». La favela de la Rocinha débute là. Elle est tenue par un tatoué aux muscles dorsaux très développés qui tient commerce de substances illicites. On peut lire sur un mur : «Le peu que nous sommes ici, sommes fous. On ne peut rien pour nous. Seul Dieu peut nous juger.»
    La Rocinha, Pierre Demoulière la connaît bien. Il vit à Salvador depuis presque quarante ans : «Ce sont les plus pauvres des pauvres qui n'ont pas voulu être reclassés quand le Pelourinho a été réhabilité», dit-il. Cet ancien prêtre-ouvrier confirme toutefois le caractère «très dangereux» de l'endroit. Lui vit aussi dans une favela. A «favela», il préfère le terme «invasion», «un terrain sur lequel ont poussé des logements en tôle qui sont devenus des habitations en dur», explique-t-il. Les pouvoirs sacerdotaux de Pierre ont été cassés par l'Eglise catholique il y a trente ans quand il a commencé à manifester contre l'arbitraire du régime militaire : «Je n'ai pas quitté l'Eglise : c'est elle qui n'a plus voulu de moi.» Il est ensuite devenu soudeur puis, tant que sa vue le lui permettait, a fait le taxi pour les touristes français. Pierre va sur ses 73 ans et s'occupe toujours des plus démunis. Il s'est marié et a fondé une famille : «Les enfants des rues ne sont pas plus durs qu'avant mais c'est la vie qui est plus dure qu'avant. Il y a encore quelque temps, ces jeunes trouvaient des petits boulots. Aujourd'hui, plus rien...» Pierre raconte aussi que sa ville gonfle atrocement : «On parle de 50 000 nouveaux migrants chaque année à Salvador alors que le pôle pétrochimique de Camaçari, au nord de la ville, n'emploie plus que 5 000 ouvriers contre 25 000 il y a encore vingt ans lorsque j'étais soudeur-métallurgiste !»
    Voilà donc Salvador grandiose, lyrique et redoutable. Pour finir, on conseillera plutôt le taxi que la voiture de location pour se balader dans cette ville si belle et si grande. D'abord les chauffeurs ont un talent certain pour éviter les cyclistes qui roulent à contre-sens et ensuite, vu la beauté des Bahianaises, conduire le long du front de mer, c'est vraiment risquer d'emboutir la voiture dans un réverbère.

    Y aller, dormir, manger...
    vec le Guide du Routard «Brésil 2006» pour ses bons plans
    y aller
    Avion : Paris-Salvador (via São Paulo, 2 vols/jour) à partir de 933 € TTC A/R. TAM : 01 42 25 17 17.
    Vols directs à partir de 505 € A/R sur www.bdv.fr (offre limitée dans le temps).
    Formalités : passeport valable 6 mois après la date de retour.
    Dormir
    Pousada das Flores : dans le centre historique, 9 chambres ravissantes. Petit déjeuner somptueux. Autour de 80 € la nuit. 00 55 71 243 1836. pflores@pflores.com.br
    Pousada Arthemis : au dernier étage d'un immeuble des années 60, superbe vue sur la ville. Entre 15 et 20 € la nuit (mais attention aux vols). Excellente caipirinha. Sur Praça da Sé, entre l'ascenseur Lacerda et la place Terreiro de Jesus. arthemis@arthemis hotel.com.br
    Hôtel Catussaba : assez éloigné du centre (25 min de voiture), dans le joli quartier Itapua. Idéal pour deux jours de repos après une visite intensive de Salvador. Plage privée. Location de planches de surf. Piscine. Chambre luxe. Environ 90 € la nuit. www.catussaba.com.br
    Manger
    Casa da Dinha : cuisine régionale à prix raisonnable. Plats pour 2 autour de 25 Rl. Fermé dim. soir et lun. Rua Joao Gomes, 25 ; 00 55 71 33 34 05 25. (A deux pas, au centre du largo de Santana, Dinha tient aussi un stand de restauration rapide célèbre pour ses acarajès).
    Recanto da Lua Cheia : dans la ville basse, resto de fruits de mer, terrasse avec panorama. Le samedi soir, concert acoustique de musique populaire brésilienne. Fermé lun. et mar. Rua Rio Negro, 2 ; 00 55 71 33 16 39 86.
    Restaurant Marc Le Dantec : salué à deux reprises comme le meilleur restaurant par les journalistes gastronomiques de Salvador, le chef breton Marc Le Dantec s'est installé à son compte dans le quartier de bord de mer d'Ondina. 3 001, avendia Oceanica, Flat Pier Sul ; 00 55 71 33 31 38 54.
    Acheter
    1 € = 2,76 Rl (real, reais au pluriel).

Haut de page


 

 

Le Figaro 14-15/1/06/1/06

  • La nouvelle carte du monde
    L'éditorial
    par Pierre Rousselin
    L'Irak a cessé de définir la carte du monde. C'est aujourd'hui à propos du danger nucléaire iranien que l'on compte ses alliés, et que vont se redessiner les camps antagonistes, qui, d'un enjeu à l'autre, divisent la communauté internationale.
    La dernière provocation de Téhéran, en vue d'une reprise de ses activités d'enrichissement de l'uranium, a mis fin aux négociations engagées en 2003 par la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne. Désormais, le Conseil de sécurité de l'ONU sera saisi. Avant l'imposition de sanctions, chaque pays devra se déterminer. Tel est le voeu des Européens, soutenus depuis un an par les Américains.
    Angela Merkel était hier à Washington pour remettre sur un bon pied les relations entre l'Allemagne et les États-Unis, pratiquement détruites par la crise irakienne. Sur beaucoup de sujets, la nouvelle chancelière est proche de Washington, mais il est significatif que leur première rencontre à la Maison-Blanche intervienne le jour où s'impose la question iranienne. Elle peut, sur ce point, se faire l'interprète d'une Europe rassemblée, très différente de celle qui s'était déchirée à propos de l'Irak.
    Ces retrouvailles transatlantiques sont spectaculaires. Elles ne sont pas le produit du hasard, mais résultent d'un travail effectué de part et d'autre depuis des mois. Les États-Unis ont fini par laisser les Européens négocier pour mieux isoler Téhéran et rassembler un plus large consensus autour des principes de non-prolifération. Que ce partage du travail entre alliés n'ait pas été couronné de succès ne doit pas le condamner. Le contre-exemple désastreux de l'Irak est là pour en témoigner.
    Reste à convaincre un maximum de pays que l'on ne peut laisser la république islamique se doter de la bombe. Au conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), il doit être possible de trouver une majorité de pays favorable à la saisine du Conseil de sécurité.
    Le 24 septembre à l'AIEA, pour une résolution qui envisageait déjà le recours à l'ONU, l'Inde et le Japon ont voté avec les Occidentaux. La Russie et la Chine se sont abstenues. Le Venezuela a été seul à voter contre. Ainsi s'esquisse la nouvelle carte du monde.
    Parmi les cinq grands du Conseil de sécurité, et malgré une démarche concertée, la Russie et la Chine hésitent. Moscou dénonce l'attitude de Téhéran mais ne veut surtout pas perdre un gros client. Pékin tient à ses fournitures en pétrole iranien. Les «non-alignés» sont divisés : l'Inde, le Brésil, l'Afrique du Sud, l'Indonésie penchent du côté occidental ; d'autres formeront, derrière l'Iran, le nouveau front du refus : Venezuela, Cuba, Syrie... Quant aux autres pays arabes, ils tremblent devant l'extrémisme chiite de Téhéran.
    En Iran, le président Ahmanidejad table sur la faiblesse des Européens et sur les difficultés de George W. Bush en Irak. Le calcul pourrait bien être faux : par ses provocations répétées, il ne fait qu'accroître son isolement.

  • Bric, le carré magique des marchés émergents
    Chronique
    Brésil, Russie, Inde, Chine... Le spectaculaire essor de ces futures grandes puissances mondiales révolutionne l'approche des marchés émergents.

    ENVIRON 43 % de la population mondiale, une croissance deux fois plus rapide que celle du reste du monde, des ressources énormes et un statut à nul autre comparable, celui de grandes puissances régionales... Fin 2003, une étude de Goldman Sachs soulignait le formidable potentiel du groupe Bric (Brésil, Russie, Inde et Chine). Quatre géants en devenir qui, selon la banque américaine, pourraient dominer l'économie mondiale d'ici à 50 ans, avec un produit intérieur brut supérieur à celui des Etats-Unis, du japon et des grands pays européens. « Et pourtant, aujourd'hui, ces futures puissances mondiales comptent pour bien peu dans capitalisation boursière mondiale. Le rattrapage est inévitable », constate Charles Firmin-Didot, gérant des fonds Talents chez Axa.
    Depuis deux ans, l'insolente santé économique de ces pays a conforté la prédiction. Il n'en fallait pas plus pour que les gestionnaires internationaux s'emparent du concept. Fin 2004, au printemps ou à l'automne 2005, HSBC, DWS et Axa ont successivement lancé des fonds « Bric ».
    De quoi faire réfléchir les investisseurs, comblés ces dernières années par les superbes performances des marchés émergents. « Se concentrer sur les quatre pays qui offrent les plus belles perspectives est plus pertinent qu'une approche globale des marchés émergents, qui, elle, fait une large place à des nations comme Taïwan ou la Corée du Sud, déjà très développées, et qu'il est d'ailleurs question de sortir du périmètre de l'indice MSCI Marchés émergents », explique Robert Kalin, gérant actions émergentes chez DWS Investments.
    Concentrer un portefeuille sur Bric, c'est enfin, affirment les défenseurs du concept, jouer une dynamique économique spécifique, interne au groupe, dont les liens commerciaux ne cessent de se renforcer : le Brésil fournit les produits agricoles et les matières premières, la Russie l'énergie, la Chine les produits manufacturés, l'Inde les services. « Ces pays ont des avantages compétitifs différents, et c'est pourquoi, même si le commerce entre eux s'intensifie, on continue à vérifier, mois après mois, que leurs marchés boursiers sont fort peu corrélés entre eux », observe Christian Déséglise, responsable des pays émergents chez HSBC Halbis. Un argument toujours séduisant pour les investisseurs, qui savent que la décorrélation réduit le risque.

    Une petite place pour la Turquie ou la Corée ?
    Pragmatisme oblige, le concept Bric est toutefois joué avec souplesse. Pour baptiser son fonds, Axa a par exemple ajouté aux quatre initiales de Bric une cinquième, le K de « Korea ». « Parce qu'il y a des valeurs intéressantes sur le marché coréen, et parce qu'en anglais, Brick, c'est l'image de la solidité, qui correspond bien à ces grandes économies de moins en moins dépendantes de l Europe ou des Etats-Unis », rappelle Charles Firmin-Didot. Chez DWS, près d'un tiers du portefeuille peut même en théorie s'investir hors Bric, pour « jouer certains thèmes ou parce que, tout simplement, il est parfois plus judicieux d'acheter des valeurs chinoises cotées à Hong-kong ou New York plutôt qu'en Chine », précise Robert Kalin.
    Mais, au-delà des nuances, l'idée d'une autre approche, plus sélective, des marchés émergents fait bel et bien école. Cette semaine, Raiffeisen Capital Management annonçait en France l'arrivée de son fonds Eurasia, qui sera Tric (Turquie, Russie, Chine, l'Inde). Et d'autres, ici ou là, s'attellent à Bricet (Brésil, Russie, Inde, Chine, Europe de l'Est, Turquie).
    ANNE BODESCOT

Haut de page


 

 

Les Echos 13/1/06

  • La croissance mondiale des OGM s'essouffle
    Les cultures génétiquement modifiées ont progressé en 2005 de 11 %, à 90 millions d'hectares. La demande en soja semble plafonner.

    Les surfaces de cultures génétiquement modifiées continuent d'augmenter à un rythme important dans le monde, mais leur développement marque le pas. Les cultures OGM ont progressé de 11 %, pour atteindre 90 millions d'hectares en 2005, selon l'Isaaa, une fondation américaine financée par les majors de l'agrochimie, telles que Monsanto, Syngenta, DuPont, Novartis, qui s'attachent au développement des OGM dans les pays émergents.
    La hausse enregistrée en 2005 témoigne toujours d'une croissance à deux chiffres, mais c'est la plus faible enregistrée en huit ans. Certains experts veulent y voir « un début de saturation du marché » en semences résistantes aux herbicides et aux insecticides. D'autres expliquent cet essoufflement apparent par l'hostilité manifestée par l'opinion publique de certains pays, en particulier en Europe. Peu sensibles aux arguments de productivité qui ont rallié les 8,5 millions d'agriculteurs utilisant des semences OGM à travers le monde, les consommateurs redoutent des effets inconnus sur la santé et la contamination des cultures classiques. Les cultures génétiquement modifiées sont pratiquées sur 100.000 hectares en Europe aujourd'hui.
    Le soja en tête
    Loin devant le maïs (24 % des surfaces), le coton (11 %) et le colza (5 %), le soja demeure la culture génétiquement modifiée la plus répandue. Elle totalise à elle seule 60 % des surfaces OGM recensées dans le monde. Aux Etats-Unis, berceau des OGM, cette proportion atteint 80 %, tandis qu'en Argentine le chiffre est de 90 %. Longtemps interdit au Brésil, le soja OGM s'y est d'abord développé illégalement pour être finalement autorisé depuis trois ans. Les Australiens ont résolument adopté cette technique pour la culture du coton et utilisent des semences génétiquement modifiées dans 90 % des cas. Dans le riz, les OGM ont plus de mal à faire leur chemin. Les pays où il sert de nourriture de base craignent de découvrir un risque a posteriori.
    A ce stade, seul l'Iran, qui fait figure de nouvel arrivant dans la sphère OGM, a franchi le pas et commercialise du riz génétiquement modifié. La Chine a, elle, retardé son agrément aux variétés de riz à deux reprises au cours des derniers mois. L'empire du Milieu n'en reste pas moins une cible de choix pour l'Isaaa, aux côtés des autres géants agricoles que sont l'Inde, le Brésil et l'Argentine.
    M.-J. C.

Haut de page


 

 

Le Figaro 13/1/06

  • Pourquoi les entreprises américaines n'ont jamais été aussi profitables
    L'analyse d'Yves de Kerdrel*

    Voici revenue la saison où s'accumulent les publications de comptes annuels des grands groupes américains. Cette année, c'est Alcoa qui a donné le coup d'envoi dès le 9 janvier, avec des résultats en demi-teinte, grevés en partie par la forte hausse des prix de l'énergie. C'était ensuite au tour d'Apple de communiquer les siens le 12 janvier, moins de deux semaines après la clôture de l'exercice. Mais, comme chaque année, c'est General Electric, l'une des sociétés les plus emblématiques de Wall Street, qui marquera vraiment le temps fort de cette saison avec une publication prévue le 20 janvier. Et avec un bénéfice par action qui devrait marquer une croissance d'au moins 10% par rapport à celui enregistré il y a un an.
    Car la plupart des analystes financiers qui ont déjà fait tourner leurs calculatrices dans tous les sens n'attendent pas de surprises à l'occasion de ce ballet de publications. C'est ce dont témoignent les travaux récemment menés par le groupe de bases de données financières Thomson Financial. Celui-ci, comme l'a récemment rapporté le Financial Times, s'attend pour le quatrième trimestre 2005 à une progression moyenne de 13,4% des bénéfices par action parmi les entreprises qui composent l'indice Standard & Poor's 500.
    Si ces chiffres sont avérés, et il y a peu de raisons pour qu'ils soient démentis, cela signifierait que les Etats-Unis viennent de connaître dix trimestres d'affilée durant lesquels les résultats par action des entreprises américaines ont connu une progression à deux chiffres. Cela peut paraître banal, mais c'est en fait très important, dans la mesure où cela témoigne du dynamisme du capitalisme américain et de la bonne santé des entreprises outre-Atlantique. C'est aussi à marquer d'une pierre blanche, puisqu'une telle longévité n'a été observée qu'à deux reprises jusqu'ici : durant les années 70, puis au milieu de la dernière décennie.
    Tout semble par ailleurs montrer que ce mouvement ne va pas s'arrêter là. Toujours selon les calculs de Thomson Financial, les bénéfices par action des groupes américains devraient à nouveau croître de 12,6% au cours du premier trimestre 2006, puis de 11,7% au cours du deuxième trimestre et de près de 15% lors du troisième trimestre. Et là encore, si rien ne vient infirmer cette tendance, c'est une croissance record dont s'apprêtent à faire preuve les entreprises américaines. Puisque jamais, depuis que de telles séries statistiques ont vu le jour, il y a près de soixante ans, on n'aura observé une période aussi longue durant laquelle les résultats par action marquent des augmentations à deux chiffres. Un phénomène qui s'explique par cinq raisons bien précises.
    D'abord, il y a la bonne santé de l'économie américaine. A la différence de l'Europe, les Etats-Unis ont pleinement tiré parti de la croissance mondiale record qui se manifeste depuis deux ans avec l'émergence des fameux Bric (Brésil, Russie, Inde et Chine). Le produit intérieur brut a augmenté de 3,1% en 2003, de 3,3% en 2004, sans doute de 3,6% en 2005, et il devrait à nouveau progresser de plus de 3% cette année. Ce dynamisme, illustré notamment par une très bonne tenue de la consommation, a largement profité aux entreprises. Il a eu d'autant plus d'impact qu'il intervenait après deux années de restructurations intervenues dans le sillage du dégonflement de la bulle Internet.
    La deuxième raison est liée à la baisse du dollar. Pour les entreprises américaines, et notamment les plus exportatrices ou les plus implantées à l'étranger, ce phénomène a eu un double impact. D'abord, en améliorant la compétitivité de leurs produits, et donc en dopant leurs ventes sur les marchés extérieurs. Ensuite, en augmentant les bénéfices réalisés dans les filiales européennes ou japonaises, avant qu'ils ne soient intégrés dans les comptes consolidés des groupes américains.
    La troisième raison tient au formidable accroissement de la productivité des entreprises américaines. Depuis le début de la décennie, on enregistre un véritable bond dans les gains de productivité réalisés outre-Atlantique, par rapport à une tendance à très long terme observée par la plupart des économistes. Ces gains sont supérieurs au rythme de 4% l'an. Et ils trouvent leur origine dans l'importance des investissements en technologie réalisés au moment de la bulle Internet. Tout se passe comme si la «nouvelle économie» dont on a tant parlé il y a six ans, au plus fort de cette vague spéculative, se manifestait maintenant par cette productivité sans cesse accrue, et donc par cette croissance record des bénéfices des entreprises.
    Une autre raison purement américaine tient à la fois aux effets des délocalisations menées au cours des cinq dernières années par de nombreux grands groupes américains et à la modération salariale qui les a caractérisés. Entre 2001 et 2003, ce sont près de trois millions d'emplois nets qui ont été supprimés aux Etats-Unis. Et si, à l'inverse, le nombre de créations d'emplois a dépassé la barre des deux millions au cours des deux dernières années, les tensions sur le salaire horaire ne sont apparues que récemment, permettant aux entreprises d'accroître largement leur rentabilité pendant cette période.
    La dernière raison, enfin, est liée à la multiplication des rachats d'actions. Ces opérations, qui consistent à reverser de l'argent aux actionnaires, n'augmentent pas la profitabilité des entreprises. En revanche, elles permettent de diminuer le nombre de titres en circulation et, de fait, d'accroître de manière mécanique le bénéfice par action.
    En 2004, les entreprises du S & P 500 avaient consacré le montant exceptionnel de 197 milliards de dollars à ces rachats d'actions. Un record pulvérisé l'an passé, puisque les principaux groupes américains auraient consacré 315 milliards de dollars à de telles opérations. Ce phénomène n'est pas près de s'atténuer, et il va encore produire ses effets en 2006, même si la conjoncture venait à ralentir. Ce qui contribue largement à l'optimisme des analystes financiers et de Wall Street dans son ensemble.
    * Editorialiste du Figaro.

  • Progression des cultures d'OGM dans le monde
    Biotechnologies Les surfaces cultivées avec des plantes transgéniques sont en forte croissance dans les pays en voie de développement.
    Marc Mennessier

    DIX ANS après leur lancement, les cultures de plantes génétiquement modifiées (PGM) n'en finissent pas de progresser. Même si la hausse s'est ralentie, leurs surfaces ont encore augmenté de 11% l'an passé par rapport à 2004, avec un total de 90 millions d'hectares (ha) répartis dans 21 pays, selon les chiffres publiés avant-hier par l'Isaaa, une fondation à but non lucratif soutenue en partie par les sociétés de biotechnologies.
    Les principales productions concernées sont avant tout le soja (60% des superficies totales), le maïs (24%), le coton (11%) et le colza (5%). Il s'agit dans l'ensemble de variétés résistantes à un herbicide ou capables de sécréter une molécule insecticide (le Bt) à même de les protéger contre certains ravageurs.
    8,5 millions d'agriculteurs d'OGM
    Toujours d'après l'Isaaa, 8,5 millions d'agriculteurs ont eu recours l'an passé à ces OGM, soit 250 000 de plus qu'en 2004, principalement dans les pays en développement. «Les cultures transgéniques ont accru les revenus de 7,7 millions de fermiers pauvres de Chine, d'Inde, d'Afrique du Sud et des Philippines», se félicite, dans un communiqué, le Canadien Clive James, président-fondateur de l'Isaaa dont l'une des missions consiste à promouvoir l'utilisation des PGM dans les pays du Sud.
    En Chine, 6,4 millions de paysans ont ensemencé quelque 3,3 millions d'hectares de coton Bt, soit une moyenne de 0,5 ha par exploitation. En Inde, les surfaces ont quasiment triplé en un an passant de 500 000 à 1,3 million d'ha cultivés par un million d'agriculteurs pour la plupart très modestes. Même scénario en Afrique du Sud, où la culture de coton Bt est surtout le fait de petits planteurs.
    Mais c'est au Brésil que l'Isaaa enregistre la plus forte hausse en volume avec 9,4 millions d'ha de soja contre 5 millions en 2004 (+ 88%). Un chiffre qui place ce pays devant le Canada (5,8 millions) et la Chine, mais loin derrière l'Argentine (17,1 millions) et surtout les Etats-Unis (49,8 millions d'ha) qui représentent à eux seuls plus de la moitié des surfaces toutes cultures confondues.
    Globalement la croissance est cependant moins forte que les années précédentes (11% contre 20% en 2004) : certains pays comme les Etats-Unis, dont 90% du soja est transgénique, ont quasiment fait le plein et d'autres, comme ceux de l'Union européenne sont réticents.
    Quatre nouveaux pays se sont néanmoins lancés en 2005 sur de petites superficies (moins de 50 000 ha). Il s'agit du Portugal, de la France (voir ci-dessous), de la République tchèque et de l'Iran.
    La République islamique a implanté un peu plus de 40 000 ha de riz transgénique, devenant ainsi le premier pays au monde à recourir à des variétés génétiquement modifiées de cette céréale qui est à la base de l'alimentation de 1,3 milliard d'êtres humains parmi les plus démunis.
    «Le riz biotech pourrait contribuer de manière substantielle au formidable défi du millénaire lancé par les Nations unies consistant à réduire la pauvreté, la faim et la malnutrition de 50% d'ici à 2015», a déclaré Clive James lors d'une téléconférence en soulignant que la Chine s'apprête à approuver à court terme des variétés de riz transgénique.
    L'association écologiste, les Amis de la Terre, a aussitôt qualifié le rapport de l'Isaaa d'opération de «pure propagande» estimant que «ces dix années ont montré que la sûreté des OGM ne peut pas être assurée et que ces cultures ne sont ni moins chères ni de meilleure qualité.»
    Pour autant, aucun problème d'ordre sanitaire ou environnemental n'a été détecté à ce jour dans les pays où les cultures transgéniques sont massivement utilisées, comme les Etats-Unis par exemple (1).

Haut de page




 

La Tribune 13/01/06

  • BRÉSIL
    L'inflation est au plus bas depuis 1999.
    La hausse des prix à la consommation au Brésil a atteint 5,7 % en 2005, le taux le plus faible enregistré depuis 1999, selon l'Institut brésilien de géographie et statistiques (IBGE). Ce résultat marque la troisième réduction annuelle consécutive de l'inflation, qui est passée de 12,5 % en 2002 à 9,3 % en 2003 puis à 7,6 % en 2004.

  • Un "Requiem" carioca
    L'éditeur K 617 sort un "Requiem" de Mozart venu de Rio de Janeiro, achevé par Neukomm et dirigé
    par Jean-Claude Malgoire.

    Un Requiem de Mozart retrouvé complété à Rio ? La nouvelle peut sembler un épisode de plus dans la saga rocambolesque de cet ultime chef-d'oeuvre du compositeur surpris par la mort le 4 décembre 1791. Il faut toute la foi d'Alain Pacquier, directeur du label K 617, qui l'a enregistré en public dans son QG du couvent de Saint-Ulrich, en Moselle, sous la direction de Jean-Claude Malgoire, pour défendre pareille trouvaille. "J'étais à Rio pour mes recherches sur le baroque latino-américain lorsque j'ai eu vent d'un "Requiem” terminé par un "Libera me” et donné en 1819. Ce "Requiem” a été retranscrit dans un manuscrit signé du compositeur autrichien Sigismund Neukomm et déposé à la Bibliothèque nationale de Paris à qui il a fait don de ses oeuvres, à la date du 24 janvier 1821."
    Récapitulons. On savait que le Requiem tel qu'il a été donné et enregistré par tous les chefs du monde n'était pas entièrement de la main de Mozart. Frustrante, la fin bâclée ne comporte pas le Libera me qui conclut traditionnellement les offices à la mémoire d'un défunt. "À partir du "Lacrymosa”, explique Alain Pacquier, l'écriture de Mozart disparaît et fait place à celle de ses élèves qui complétèrent tant bien que mal le manuscrit." Explication : immédiatement après la mort de Mozart, Constance, sa veuve, était pressée d'achever ce Requiem. Car il fallait d'une part honorer la commande du comte Walsegg. D'autre part, il s'agissait d'affirmer auprès de l'Église catholique la respectabilité du compositeur avec cette oeuvre ultime pleine de repentance. Constance ordonna donc aux deux élèves de son défunt mari, Eybler et Süssmayer, de terminer l'ouvrage sur les conseils oraux que le maître leur aurait laissés. Avec Sigismund Neukomm, c'est donc un troisième homme qui surgit dans la composition du Requiem. Compositeur non négligeable en son temps, celui-ci, natif de Salzbourg comme Mozart, et comme lui grand voyageur, s'est fixé en France où il devint l'ami intime de Talleyrand. Lequel l'envoya en 1816 au Brésil afin de participer à une "mission artistique". Et c'est ainsi que la boucle est bouclée.
    Des "tempi" précis. Outre le Libera me qui conclut l'oeuvre en majesté, ce Requiem carioca nous a semblé plus concis, plus nerveux qu'à l'accoutumée. "Et pour cause, nous répond Alain Pacquier. Grâce à l'invention, par Maelzel en 1816, du métronome - dont se servit également Beethoven -, Neukomm a indiqué avec précision les "tempi” des pièces de son "Libera me”, celles qu'il a lui-même écrites et celles qu'il a reprises de Mozart. Ce qui fournit un témoignage direct des habitudes d'exécution de l'époque. Je fais le pari que d'ici cinq ans on ne jouera plus le "Requiem” que de cette façon." Transformer définitivement la perception de l'oeuvre, c'est l'objectif assigné aux 40.000 exemplaires du CD qu'il a mis sur le marché. Rendez-vous dans cinq ans !
    Noël Tinazzi

Haut de page


 

 

Libération 13/1/06

  • Arts. A la Maison de l'Amérique latine, une exposition survole le parcours complexe de la peintre brésilienne.
    Tarsila Do Amaral, la cannibale culturelle

    par Elisabeth LEBOVICI
    «Tarsila Do Amaral, peintre brésilienne à Paris : 1923-1929», jusqu'au 20 février à la maison de l'Amérique latine, 217, boulevard Saint-Germain, Paris VIIe ; tél. : 01 49 54 57 00. www.mal217.org

    Elle porte un manteau vermillon, dont le col ressemble à un énorme anneau encerclant le buste et la tête, et dans lequel le bout de ses doigts disparaît. La dame est brune, ses lèvres rouges sont dessinées du même trait acéré que l'accent circonflexe de ses sourcils noirs et que la ligne du front. C'est ainsi que se représente Tarsila Do Amaral, la Brésilienne, dans un autoportrait de 1923. Elle est déjà passée une fois par Paris, pour y étudier entre 1920 et 1922. En 1922, a eu lieu à São Paulo la Semaine d'art moderne. Tarsila Do Amaral (1886-1973), fille de riches propriétaires fonciers anciens esclavagistes, mariée à 20 ans, séparée à 25, décide alors d'adhérer à cette modernité. Elle retourne à Paris, cette fois avec son amant, le poète Oswald de Andrade. L'ambition du couple «Tarsiwaldo» s'invite dans l'autoportrait sus-décrit : elle s'habille désormais chez Paul Poiret.
    L'exposition parisienne de Tarsila Do Amaral, qui fait découvrir une artiste ici complètement oubliée (sinon comme élève de Fernand Léger, chez lequel elle peignit son A Negra, noire nudité sur fond cubiste), tente également de raconter une histoire complexe d'allers-retours entre Brésil et France, où l'utilisation de l'exotisme ne se fait pas à sens unique. C'est le cas dans l'autoportrait de 1924, la Femme moderne a fait place à un visage au masque épuré, aux oreilles chaussées d'énormes boucles d'oreilles indiennes. Amis de Cendrars, auteur d'une Anthologie nègre, Tarsila et Oswald ont découvert leur singularité brésilienne, modernisme et carnaval, pêle-mêle.
    Ainsi la période Pau Brésil de Tarsila. Ses tableaux représentent à la fois l'électricité et les oiseaux tropicaux, les palmiers et les usines, la prière et les chemins de fer dans un style où Léger aurait couché avec Frida Kalho, sinon avec Carmen Miranda pour les couleurs pétulantes. Toutefois, ce tourbillon qui emporte ensemble authenticité et tourisme, originalité et citation, n'est malheureusement pas perceptible dans l'exposition, assez incompréhensible. Manque aussi sans doute l'explication du fameux Manifeste anthropophagique en 1928 d'Oswald de Andrade (qui est désormais son mari), avec, pour modèle, la révolution caraïbe et, pour fer de lance, la notion d'anthropophagisme culturel. Il s'agit de prôner une dévoration cannibale des idées et des techniques venues d'ailleurs, où tout doit être mangé, le bon comme le mauvais pour éliminer le mauvais au plus vite. Cette nouvelle «stratégie de production de la culture», très vite, devient au Brésil un parallèle au surréalisme. Alors, toujours dans le même registre de couleurs, les formes de Tarsila deviennent métaphysiques (l'OEuf, la lance dans Urutu, 1928), organiques ou végétales (Sol Poente, 1929) anamorphiques (O Sono, 1928, dérivation abstraite depuis l'Angélus de Millet). Tarsila se sépare d'Andrade en 1930. Le couple «Tarsiwaldo» ainsi délité, l'artiste, après 1936, racontera son «Paris» idéalisé. L'expo n'en dit pas plus.

Haut de page

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Monde 13/1/06

  • La croissance des surfaces cultivées en OGM s'est ralentie en 2005

    La progression des surfaces cultivées en OGM (organismes génétiquement modifiés) s'est ralentie en 2005, selon les statistiques publiées mercredi 11 janvier par l'Isaaa (International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications) : elle a été de 11 %. Les rapports précédents de l'organisme indiquaient 20 % en 2004, 15 % en 2003, 12 % en 2002 et 19 % en 2001. L'Isaaa est une fondation américaine qui compte parmi ses contributeurs les grandes firmes agrochimiques mondiales (Monsanto, Syngenta, DuPont, Novartis, etc.). Malgré son manque de neutralité, ses statistiques sont les seules à donner une image de la place des OGM dans le monde.
    Selon ce document, 21 pays ont cultivé des OGM sur 90 millions d'hectares — un chiffre à comparer, par exemple, à la superficie cultivée en agriculture biologique, qui est de 26 millions d'hectares, selon l'Ifoam (International Federation of Organic Agriculture Movements). Les Etats-Unis restent la terre d'élection des OGM, avec 55 % des surfaces transgéniques cultivées, suivis par l'Argentine (19 %) et le Brésil (10 %). Ce pays a connu une croissance très importante en 2005, passant de 5 à 9 millions d'hectares cultivés en OGM.
    La culture transgénique ne concerne que peu de plantes : le soja représente 60 % de la surface cultivée, le maïs 24 %, le coton 11 % et le colza 5 %. De même, les caractères transgéniques concernés se résument à deux : la résistance à des herbicides, pour 71 % des surfaces, et la résistance aux insectes, pour 18 %.
    Selon Clive James, principal chercheur de l'Isaaa, l'avenir des OGM dépend de la Chine : "Quand elle les aura acceptés, ce que je crois qu'il arrivera, les OGM se répandront dans toute l'Asie", a-t-il déclaré, mercredi 11 janvier, lors d'une téléconférence de presse.
    La vision optimiste de l'Isaaa est contestée par l'Association internationale des Amis de la Terre, qui publie un rapport critique à l'occasion des dix ans de la commercialisation des OGM. "Ces dix années ont montré que la sûreté des OGM ne peut pas être assurée et que ces cultures ne sont ni moins chères ni de meilleure qualité", indique Nnimmo Bassey, des Amis de la Terre du Nigeria, dans un communiqué. Pour l'association, la croissance des OGM découle en grande partie des "stratégies agressives de l'industrie biotechnologique".
    Cette controverse intervient alors que Monsanto vient d'annoncer des résultats en forte hausse : sur le premier trimestre de l'année fiscale 2006, son bénéfice net a atteint 59 millions de dollars, contre une perte de 40 millions un an plus tôt, le chiffre d'affaires trimestriel s'établissant à 1,4 milliard de dollars.
    Hervé Kempf

Haut de page

 

 


 

 

La Tribune, 12/01/06

  • PÉTROLE
    Brésil Petrobras investit 18 milliards de dollars.

    La compagnie nationale brésilienne Petrobras va investir 18 milliards de dollars en dix ans dans l'exploration et la production de gaz et de pétrole des gisements du bassin de Santos, au large des côtes sud-est du Brésil. II est prévu d'accroître de 12 millions de mètres cubes par jour à partir 2008 les fournitures de gaz et d'atteindre 30 millions de mètres cubes d'ici à fin 2010. L'exploitation de ce bassin doit aussi permettre au Brésil d'atteindre l'autosuffisance pétrolière dès 2006.

Haut de page

 



 

 

Le Monde 12/1/06

  • Le Brésil bénéficie de la très forte hausse des exportations de ses produits manufacturés
    SAO PAULO (BRÉSIL) CORRESPONDANTE

    Pour la troisième année consécutive, la balance commerciale du Brésil affiche un excédent historique. De record en record, le solde des échanges a atteint 44,76 milliards de dollars (37,05 milliards d'euros), en augmentation de 33 % par rapport à 2004. Mais le gouvernement de Brasilia ne veut pas se satisfaire de ce résultat. Il compte que le montant des exportations — 117,31 milliards de dollars en 2005 — atteindra 132 milliards de dollars en 2006, et il incite la banque centrale à évaluer l'excédent à venir à 35 milliards de dollars.
    Tous les secteurs d'exportations progressent avec cette grande nouveauté pour un pays en voie d'industrialisation : les produits manufacturés, qui offrent une meilleure valeur ajoutée, ont enregistré la plus forte augmentation, et représentent désormais 55 % des ventes brésiliennes vers l'étranger. Un remarquable score pour une industrie de mieux en mieux équipée et productive.
    Les secteurs automobile et aéronautique du constructeur Embraer, ont contribué à la croissance du "Made in Brazil". Côté énergétique, le pétrole et ses dérivés, dopés par la valorisation internationale du baril, offrent des gains importants au moment où le Brésil, grâce notamment à ses puits offshore, vient de conquérir son autonomie.
    L'autre moitié des exportations relève du domaine primaire, l'extraction minière et surtout l'agriculture. Une fois de plus, les denrées agricoles et plus généralement l'"agribusiness" réalisent d'excellentes performances. Le soja, la viande de boeuf et de poulet (le Brésil se maintient comme premier exportateur mondial, malgré une épidémie de fièvre aphteuse bovine), le café (forte hausse des cotations), le jus d'orange et le sucre restent les atouts d'un secteur compétitif.
    RENFORCEMENT DU REAL
    Le président de l'Institut brésilien de géographie et statistique (IBGE), Eduardo Pereira Nunes, souligne le changement survenu ces dernières années : "Pendant longtemps, les pics d'exportations se doublaient d'une récession intérieure car les produits manquants entraînaient inflation et dévalorisation de la monnaie." Pour cet économiste, les exportateurs peuvent maintenant se mobiliser dans la conquête de débouchés lointains, car le Brésil a amélioré sa productivité, ce qui a du même coup favorisé la croissance.
    Cette dernière a pourtant été revue à la baisse en décembre : elle a été ramenée à + 2,5 % au lieu de + 3,5 %. Le ralentissement de la consommation apparaît dans la modeste augmentation (+ 18 %) des importations. Et ce en dépit d'un dollar affaibli par l'afflux de devises, à tel point que les exportateurs ont toute l'année critiqué la valorisation du real, stabilisé autour de 2,20 reals pour 1 dollar.
    Ce renforcement a porté préjudice aux petites entreprises, notamment aux fabricants de chaussures, qui ont subi la concurrence chinoise. Le phénomène pourrait s'accentuer en 2006 et fait dire au vice-président de l'Association du commerce extérieur du Brésil (AEB), José de Castro : "Exporter devient élitiste." Dix entreprises brésiliennes — la première étant la compagnie nationale Petrobras — se partagent ainsi 22,47 % des ventes à l'étranger.
    Mais l'affluence de devises a permis à la banque centrale de procéder à des achats massifs de dollars pour assurer le service de la dette (51 milliards de dollars en 2005), et rembourser avant terme le Fonds monétaire international et le Club de Paris. Le but est de réduire la vulnérabilité d'un pays toujours très endetté.
    Les autorités de Brasilia attribuent une partie du succès des exportations brésiliennes à la politique extérieure. A ceux qui dénoncent "beaucoup de rhétorique mais peu de résultats", le chef de la diplomatie, Celso Amorim, a répondu : "Les voyages du président Lula ont permis que 10 % inédits de la balance commerciale proviennent de pays arabes et africains."
    Mais les échanges avec les destinataires traditionnels, Union européenne, Etats-Unis et voisins sud-américains, affichent une excellente santé. A ses diplomates, M. Lula vient de demander de diversifier plus encore les débouchés commerciaux.
    Un bémol cependant à ces résultats historiques : les ventes brésiliennes ne représentent encore que 1 % des exportations mondiales.
    Annie Gasnier

  • Un monde d'insécurité énergétique, par Jean-Michel Bezat

    Il aura fallu la flambée des cours de l'or noir en 2005, la perspective d'un protocole de Kyoto 2 sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (CO2) et la récente guerre du gaz entre la Russie et l'Ukraine pour que la question énergétique remonte enfin au sommet de l'agenda présidentiel. Lors de ses voeux aux forces vives, le 5 janvier, Jacques Chirac a ouvert quelques pistes pour préparer "l'après-pétrole" élevé au rang de "grande affaire du siècle", relancer la filière du nucléaire civil (pôle d'excellence de la science et de l'industrie françaises) et renforcer la sécurité énergétique de la France.
    Le monde est entré dans une ère d'insécurité énergétique, même si certains jugent que ce sentiment est exacerbé depuis cinq ans par l'administration Bush pour justifier une politique destinée à augmenter partout la production, y compris sur les terres protégées de l'Alaska. La consommation mondiale devrait s'accroître de 60 % entre 2002 et 2030 et les deux tiers de l'augmentation proviendront de pays émergents comme la Chine, l'Inde et le Brésil, note l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Sans des politiques volontaristes pour réfréner l'appétit glouton des nations développées ou des pays émergents, la part des combustibles fossiles (pétrole, charbon, gaz) représentera alors 82 % de la consommation.
    Le commerce des hydrocarbures va s'intensifier, par pipelines ou tankers, la dépendance de l'Europe, de l'Amérique du Nord et de l'Asie vis-à-vis de la Russie et du Moyen-Orient augmenter de façon préoccupante. Faute d'investissements suffisants dans l'exploration-production et le raffinage, le monde ne dispose plus de ce coussin de sécurité de 5 à 10 millions de barils par jour capable d'amortir une rupture brutale des approvisionnements en provenance d'Arabie saoudite, de Russie ou d'Iran. Et d'éviter une flambée immédiate des cours, plus forte encore que celle que le monde a connue après le cyclone Katrina, fin août, où le baril a franchi quelques heures la barre des 70 dollars.
    Et voilà que la crise russo-ukrainienne a réveillé la crainte de l'utilisation du pétrole et du gaz comme arme politique. Cette peur est sans doute excessive, en dépit de la gravité du coup de semonce russe. La dépendance est à double sens, les pays producteurs étant eux aussi lourdement tributaires de pays consommateurs qui leur assurent une part substantielle de leurs revenus. Il n'est qu'à voir la réticence des dictateurs, des autocrates et des leaders populistes à user de l'arme énergétique, qui est pourtant l'instrument d'une puissance en voie de reconstitution. Leur rhétorique bravache est rarement suivie d'effets.
    Friand de rodomontades antiaméricaines, le président vénézuélien, Hugo Chavez, n'a jamais arrêté l'approvisionnement des Etats-Unis, un débouché vital pour son pays. Vladimir Poutine ne peut pas fermer le robinet du gaz fourni aux Européens par Gazprom (90 % de ses exportations) sans amputer le budget de la Russie d'une partie de ses ressources. Mahmoud Ahmadinejad a beau menacer certains pays d'un embargo pétrolier, l'Iran vit en grande partie de sa rente pétrolière et, demain, de son nouvel or bleu, le gaz. Instruits par les embargos de 1973 et 1980, les pays de l'OPEP sont les premiers à connaître les conséquences d'une telle politique.
    Si la sécurité énergétique est devenue une des principales préoccupations géostratégiques des Américains, des Chinois et, à un moindre degré, des Européens, c'est que tout alimente l'inquiétude : la soif des pays émergents pour un pétrole dont les réserves s'épuisent, la crainte d'attaques terroristes contre des points névralgiques (comme le complexe portuaire saoudien de Ras Tanura), la peur de cyclones dévastateurs... Les 22 et 23 mars, l'Union consacrera à la question un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement où M. Chirac doit présenter un mémorandum en faveur d'une plus grande intégration européenne. Et l'énergie sera le thème central du sommet du G8, en juin, à Saint-Pétersbourg.
    POLITIQUE AUDACIEUSE AUTANT QUE RISQUÉE
    Le Vieux Continent n'a pas de politique commune en la matière. Pour assurer son indépendance, ou plutôt limiter sa dépendance, chaque pays a développé sa propre stratégie et compose un "bouquet" où les énergies dominantes diffèrent en fonction de l'état de l'opinion, des coalitions politiques et des ressources naturelles : gaz et pétrole pour la Grande-Bretagne et la Norvège, gaz pour les Pays-Bas, charbon et gaz pour l'Allemagne, assortis d'un développement de l'éolien et du solaire. La France a fait le choix du tout nucléaire pour sa production d'électricité (assurée à près de 80 % par les 19 centrales d'EDF).
    Décidée après le premier choc pétrolier de 1973, cette politique n'a jamais été remise en cause lors des alternances politiques, encore moins débattue publiquement. Elle est audacieuse autant que risquée : qu'un défaut "générique" soit décelé dans une partie des 58 réacteurs en exploitation, et EDF devrait les arrêter, plongeant une partie de l'Hexagone dans un black-out sans précédent.
    M. Chirac vient de confirmer ce choix du nucléaire. Il avait annoncé, en 2004, le lancement d'une troisième génération de centrales avec la mise en service à Flamanville (Manche) en 2012, du réacteur franco-allemand EPR — premier d'une série destinée à renouveler une partie du parc actuel à partir de 2020. Sachant l'opinion majoritairement favorable à une sortie progressive du nucléaire (54 % des Français, selon un sondage publié par les Verts en septembre 2005), le gouvernement expliquait que cette "tête de série" permettait de "laisser l'option nucléaire ouverte". Le président de la République vient de balayer ces ultimes préventions en demandant au Commissariat à l'énergie atomique (CEA) d'accélérer ses recherches sur le réacteur de quatrième génération (plus propre et cinquante fois moins gourmand en uranium). "Un prototype devra entrer en service en 2020", a-t-il réclamé, plus vite que le calendrier fixé par le CEA.
    M. Chirac a justifié ce choix par la nécessité de "préserver notre avance dans le nucléaire", non par l'urgence d'assurer notre indépendance énergétique. Car celle-ci est chimérique. Le nucléaire n'assure que 17 % de toute l'énergie consommée en France. Il ne représentera, selon l'AIE, que 4 % de la consommation mondiale en 2030. L'atome n'est pas le remède miracle aux maux de la planète énergie et il ne mettra pas le secteur des transports à l'abri d'une pénurie. Les experts s'accordent à dire que la sécurité passe par le recours à plusieurs types d'énergies, à la diversification des pays fournisseurs et à une politique volontariste d'économies.
    JEAN-MICHEL BEZAT

Haut de page


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Express, 12/01/06

  • DÉLINQUANCE
    Latin gangs issues des minorités sud-américaines, les bandes ultra-violentes se multiplient en Espagne

    De notre correspondante
    Ils s'appellent Latin Kings ~ou bien Netas,Latinos Fuego ou encore Domi nican Don't Play. Avec leurs jeans baggy et leur démarche chaloupée, ils ont l'air tout droit sortis des bas-fonds de Los Angeles. Mais c'est dans les banlieues de Madrid ou de Barcelone qu'ils exhibent maintenant leurs tatouages. Les gangs latino-américains s'implantent en Espagne, avec une rapidité qui inquiète la police. D'autant que cette nouvelle délinquance se caractérise par sa violence et l'extrême rivalité qui oppose les groupes. En quelques mois, les règlements de comptes sanglants ont fait au moins cinq morts.
    La plus ancienne et la plus puissante de ces bandes, les Latin Kings, est l'héritière d'un gang né dans les milieux hispaniques de Chicago dans les années 1950. Elle a été introduite tout récemment en Espagne par les jeunes immigrés équatoriens. Avec leurs rites initiatiques, leur stricte hiérarchie, leurs codes vestimentaires et leurs tatouages distinctifs, les « Kings » aiment se définir comme une « fraternité ». Santiago Botello et Angel Moya, qui ont publié un livre sur le phénomène (Reyes latinos, éd. Temas de hoy), évoquent des pratiques quasi-sectaires, où sortir du clan peut coûter la vie.
    Là où la police parle de racket et de passages à tabac, les intéressés, eux, revendiquent un code de l'honneur et une solidarité sans faille. Un discours qui fait mouche parmi les minorités en mal d'identité. Au point que des groupes rivaux dont pas tardé à voir le jour, qui recrutent leurs jeunes membres, souvent encore mineurs, par nationalités, chez les Dominicains et les Colombiens notamment.
    Pour l'instant, tous gangs réunis, ils sont encore moins d'un millier en Espagne. Mais le phénomène prend de l'ampleur à toute allure et commence à s'étendre au-delà de la communauté latino-américaine : un coup de filet dans la région d'Alicante vient de révéler la présence dans une bande d'Espagnols, d'un Cubain et d'un Brésilien, mais aussi d'un Russe, d'un Bulgare et même d'un Finlandais.
    Cécile Thibaud

Haut de page


 


 

 

 

Le Monde, 10/01/06

  • Haïti confronté à une nouvelle vague de violences

    La mort violente, samedi 7 janvier, du général brésilien qui commandait les troupes des Nations unies a alourdi l'atmosphère à Haïti, où les autorités, pressées par la communauté internationale, viennent d'annoncer un nouveau calendrier électoral. Reporté à quatre reprises, le premier tour des élections présidentielle et législatives est prévu le 7 février. C'était la date limite fixée par le Conseil de sécurité de l'ONU et par l'Organisation des Etats américains lors de réunions tenues le vendredi 6 janvier.
    Des experts brésiliens sont arrivés dimanche à Port-au-Prince pour enquêter sur la mort du général Urano Teixeira da Matta Bacellar. Selon un rapport préliminaire de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah), "il s'est apparemment suicidé en se tirant une balle dans la bouche" dans la chambre d'hôtel qu'il occupait sur les hauteurs de Port-au-Prince. La presse brésilienne de dimanche a relayé — mais avec circonspection — cette thèse du suicide, O Globo allant même jusqu'à préciser que le général se sentait seul et déprimé. Le ministre brésilien des relations extérieures, Celso Amorim, a toutefois estimé, samedi, peu probable "l'hypothèse du suicide".
    Quoi qu'il en soit, Damian Onses-Cardona, le porte-parole de la Minustah, a affirmé que sa mort n'entamerait pas la détermination des quelque 9 000 casques bleus à rétablir la sécurité à Haïti. Le général chilien Eduardo Aldunate Herman a pris la tête du contingent international en attendant la nomination d'un nouveau commandant brésilien.
    "PSYCHOSE COLLECTIVE"
    "C'est un coup dur pour la Minustah, qui révèle la gravité des problèmes en son sein. Espérons qu'il l'incitera à agir pour rétablir la sécurité au lieu de rester spectatrice", commente Micha Gaillard, porte-parole de la Fusion, un parti social-démocrate. Craignant des "dommages collatéraux" au sein de la population civile, le général Bacellar s'opposait aux opérations musclées dans les bidonvilles de la capitale contrôlés par des gangs armés. Après une période d'accalmie, Port-au-Prince connaît une nouvelle vague de violences depuis un mois.
    "La multiplication des assassinats et des enlèvements a créé une véritable psychose collective", observe Yves Colon, un Haïtiano-Américain revenu au pays pour diriger une ONG qui forme de jeunes journalistes.
    Jeudi, lors d'une réunion avec les responsables de la chambre de commerce et d'industrie, le général Bacellar avait été durement apostrophé par les patrons, qui lui reprochaient la passivité de la Minustah face à la recrudescence des actes criminels. La chambre de commerce a lancé un appel à la grève générale, lundi 9 janvier, "pour forcer la Minustah à prendre les mesures qui s'imposent". Autour de l'aéroport et sur la route de Frères qui monte vers Pétionville, les forces de l'ONU ont multiplié les points de contrôle.
    Le doigt sur la détente, les casques bleus fouillent les véhicules suspects à leurs yeux. L'ONU a annoncé qu'une opération ciblée avait permis de libérer trois otages, dimanche matin, à Cité Soleil. "Si les autorités nous assurent que les élections sont techniquement possibles le 7 février, et même si elles demeurent politiquement difficiles en raison de l'insécurité, il faut prendre le risque de les tenir, souligne Leslie Manigat, candidat démocrate-chrétien à la présidence. L'alternative ne pourrait être qu'un chaos sanglant ou le contrôle total d'Haïti par l'étranger."
    Jean-Michel Caroit

  • Arcelor pourrait surenchérir sur Dofasco avec l'appui de l'américain Nucor

    Le sidérurgiste européen Arcelor, numéro deux mondial, devrait faire une nouvelle offre pour tenter de racheter le canadien Dofasco. Et ce d'ici au 25 janvier, date limite de l'offre concurrente de ThyssenKrupp. Le 3 janvier, le conglomérat allemand a proposé aux actionnaires de Dofasco de leur racheter leurs actions pour 61,50 dollars canadiens le titre, soit très précisément le prix proposé par Arcelor le 23 décembre 2005 (Le Monde du 5 janvier). Une manière d'indiquer sa supériorité "qualitative" puisque le management de Dofasco soutient son offre plutôt que celle de l'européen.
    Arcelor pourrait relancer l'offensive avec un associé. "Il pourrait s'allier à ThyssenKrupp", estime un syndicaliste du groupe. Ou, plus probablement, à l'américain Nucor (le neuvième mondial). Dans ce cas, il relèverait considérablement sa dernière offre pour qu'elle devienne amicale. Car "Nucor l'a toujours dit, pour lui il n'est pas question de faire un rachat hostile", affirme-t-on chez Arcelor. Au-delà de 70 dollars, l'offre poserait, selon les analystes, des difficultés à ThyssenKrupp.
    "Nucor était initialement notre partenaire pour racheter Dofasco. Mais il avait toujours dit que, si nous lancions une offre hostile, il ne nous suivrait pas", raconte-t-on chez Arcelor. Dans une note à ses actionnaires en date du 5 décembre, Dofasco révèle effectivement qu'Arcelor et Nucor lui ont fait plusieurs offres amicales, que le management du groupe a refusées.
    La première — à 43 dollars canadiens l'action — remonte au mois de mai 2005. "Dofasco nous a dit que notre offre ne les intéressait pas. Et ils ont décidé de racheter Québec Cartier Mining, leur fournisseur de minerai de fer", poursuit-on chez Arcelor, "ce qui a fait monter la valeur du groupe". En juin 2005, les deux partenaires relèvent leur prix à 46 dollars l'action, niveau que Dofasco juge encore insuffisant. Le 11 novembre, Arcelor et Nucor reviennent à la charge avec une nouvelle offre, qui valorise le titre canadien entre 52 et 55 dollars.
    UN ALLER-RETOUR EN JET À TORONTO
    Mais Dofasco ne veut pas entendre parler du groupe européen, avec lequel il travaille pourtant depuis longtemps. A tel point que des contacts sont pris avec ThyssenKrupp dès l'été. Et, le 16 novembre, Dofasco demande à l'allemand de lancer une offre. Deux jours plus tard, ThyssenKrupp envoie une lettre à Dofasco pour l'assurer d'une contre-offre à 61,50 dollars. Le 27, le conseil de Dofasco accepte l'offre de ThyssenKrupp, qui est officialisée le 28 novembre.
    Entre-temps, le 22 novembre, Nucor, constatant que toute démarche amicale est inutile, abandonne. Le 23, Arcelor lance seul son offre publique d'achat (OPA) hostile à 56 dollars l'action. Guy Dollé, le patron d'Arcelor, a loué un jet pour aller à Toronto informer le patron de Dofasco. Lequel n'a jamais voulu le recevoir. "Il a dit qu'il n'était pas libre", raconte-t-on chez Arcelor. "Pourtant, on avait toujours dit qu'on ne changerait pas le management", affirme le sidérurgiste.
    "Cela fait plus de deux ans qu'on regarde Dofasco. On attendait que le cours de l'action baisse", explique-t-on chez Arcelor. Pour le groupe, le dossier est stratégique. Il souhaite développer ses positions dans les produits plats pour l'automobile, activité rentable, à forte valeur ajoutée technologique. Avec une part de marché de 15 % sur ce secteur, Arcelor est leader. Mais il est quasi absent des Etats-Unis, le premier marché automobile dans le monde.
    Pour s'y installer, Arcelor pourrait racheter un sidérurgiste américain, mais il hériterait de fortes charges (retraite, santé...). Il pourrait aussi construire une usine aux Etats-Unis qui serait alimentée de produits venant du Brésil par exemple. Mais c'est une solution longue et compliquée à mettre en oeuvre.
    Dans ce contexte, Dofasco est la solution idéale. "Le canadien a une part de marché de 10 % dans les produits plats pour automobiles en Amérique du Nord. Et il est, notamment, présent chez les transplants japonais", développe Arcelor. Une occasion à ne pas manquer.
    Dominique Buffier et Virginie Malingre

  • Les excédents d'épargne mondiale sont les vrais responsables des déficits des Etats-Unis
    L'insuffisance de la consommation dans les pays exportateurs alimente les achats de bons du Trésor américain


    La Banque centrale européenne (BCE) a enfin relevé, le 1er décembre 2005, son principal taux directeur. Ses membres ont souligné plusieurs fois et à juste titre qu'il était dangereux de laisser la masse monétaire et les crédits au secteur privé dans la zone euro progresser à un rythme annuel supérieur à 8 %. Il est vrai que la BCE contribue à une expansion monétaire mondiale trop rapide par rapport à la croissance de l'économie réelle, et cela bien plus que la Réserve fédérale américaine (FED).
    Il est pourtant difficile d'admettre que la politique économique américaine de ces dernières années ne soit pas la cause des déséquilibres mondiaux. Certes, l'insuffisance de l'épargne des ménages américains et de leur gouvernement constitue bien l'un des traits saillants de la situation macroéconomique actuelle. Ce n'est pourtant pas l'avis de Ben Bernanke, le prochain gouverneur de la FED, qui prendra la succession d'Alan Greenspan en février. Selon M. Bernanke, si les Etats-Unis attirent ainsi 700 milliards de dollars par an pour équilibrer leurs comptes, c'est qu'ils se « résignent » à dépenser les excédents d'épargne des autres les déséquilibres économiques américains seraient en fait subis, et non pas provoqués, par les Etats-Unis.
    Bien évidemment, on ne peut s'empêcher de voir dans cette théorie une élégante manière de dénier toute responsabilité à la politique américaine de ces dernières années. Pourtant, un examen attentif des grandes zones économiques mondiales va dans le sens de M. Bernanke.
    Ainsi, l'Allemagne et le japon sont depuis longtemps en situation d'excédent commercial. Ces deux pays ont été confrontés au cours des dernières années à une demande intérieure déprimée. Le vieillissement de leur population explique pour partie cette abondance d'épargne. Mais l'explication démographique est insuffisante. Voilà en effet deux économies essentiellement tirées par les exportations, et qui réussissent de façon spectaculaire sur les marchés étrangers. Leur secret ? Une très bonne compétitivité hors prix et une grande maîtrise de leurs coûts. Pour arriver à ce résultat, il leur a fallu délocaliser une partie de la production (vers l'Est pour l'Allemagne, vers la Chine et l'Asie du Sud-Est pour le Japon) et faire pression sur les salaires. Résultat : le solde du commerce extérieur dégage une énorme épargne, qui se place à l'extérieur.
    Mais le plus étonnant n'est pas là. Ce qui ne laisse pas de surprendre, c'est que même des
    L'Allemagne et le Japon ont été confrontés au cours des dernières années à une demande intérieure déprimée. Le vieillissement de leur population explique pour partie cette abondance de réserve pays émergents se retrouvent en situation d'excédent d'épargne. C'est le cas de la Chine. Voilà une économie où le taux d'investissement dépasse 45 % du produit intérieur brut (PIB). Eh bien la Chine réussit l'extraordinaire performance d'avoir un taux d'épargne qui dépasse sont taux d'investissement. Pourquoi? D'abord parce que les systèmes de retraite et de santé y sont défaillants, ce qui encourage l'épargne au détriment de la consommation. En raison des inégalités de revenus ensuite. L'immensité de la main-d'oeuvre disponible met les salaires sous pression, alors que l'épargne se concentre entre les mains d'un nombre réduit d'agents, à la faible propension à consommer.
    Mais la Chine n'est pas le seul pays émergent à accumuler des excédents d'épargne. Les crises financières à répétition depuis une vingtaine d'années (au Mexique en 1994, en Asie en 1997, en Russie en 1998, au Brésil en 1999, en Argentine en 2002) ont obligé ces pays à accumuler des réserves de change pour restaurer leur crédibilité auprès des marchés de capitaux. Une situation qui s'est traduite par de fortes contraintes sur la demande intérieure. Il est ainsi piquant de constater que l'Argentine est devenue créancière des Etats-Unis !
    Dernière partie du monde à contribuer à la montée du taux d'épargne global : les régions productrices de pétrole. Dans tous les grands pays producteurs d'or noir, les excédents commerciaux se sont bien sûr envolés avec la flambée des cours. Les pays du Golfe, la Russie, le Nigeria, le Venezuela voient tous augmenter brutalement leurs excédents commerciaux, ce qui se traduit par une épargne supplémentaire, qui s'investit largement en bons du Trésor américain.
    Ce tour du monde confirme donc l'idée selon laquelle une épargne excédentaire n'aurait d'autre choix que de s'investir aux Etats-Unis. Le rééquilibrage macroéconomique mondial ne viendra donc pas nécessairement d'Amérique. En fait, les excédents d'épargne peuvent se résorber de deux façons. Soit par un fléchissement de la demande intérieure aux Etats-Unis ; soit par une accélération de la demande intérieure en Europe, en Asie ou dans les pays émergents, ce qui aura pour conséquence de tirer les exportations américaines. C'est évidemment cette dernière solution qui serait la meilleure pour l'économie mondiale.
    Nicolas Bouzou est directeur des études économiques à la société d'études Xerfi.

Haut de page


 

 

Le Monde, 08-09/01/06 

  • Le président bolivien élu, Evo Morales, en visite à Paris, veut séduire et rassurer
    La Maison de l'Amérique latine a été assaillie par plus de 600 personnes venues écouter Evo Morales, le président élu de Bolivie, vendredi 6 janvier. Diplomates, hauts fonctionnaires, universitaires, Boliviens de toutes les classes sociales se pressaient pour voir de près la nouvelle vedette de la gauche sud-américaine. Un entretien avec le président Jacques Chirac était prévu samedi.
    Evo Morales a voulu séduire et rassurer. "Je ne suis pas venu demander des réparations pour les cinq cents ans de colonisation et de spoliation de la Bolivie, a-t-il déclaré. Nous voulons changer notre pays démocratiquement, sans exclure personne, ni les chefs d'entreprise, ni les classes moyennes."
    "La diversité économique sera respectée, a-t-il ajouté. Les investisseurs étrangers ont droit à récupérer leur mise et au profit, mais la sécurité juridique doit s'accompagner de la sécurité pour les secteurs sociaux actuellement dans le besoin." Après avoir prôné la nationalisation des hydrocarbures, le président élu s'est dit disposé à construire un nouveau modèle économique "basé sur l'industrialisation des ressources naturelles, et non plus sur l'exportation de matières premières". Sa visite à Paris a été mise à profit pour une prise de contact avec le Medef international et avec Total.
    LES RÉTICENCES DE TOTAL
    Présent depuis 1996, le groupe pétrolier français exploite deux modestes gisements de gaz (18 000 barils équivalent pétrole par jour). Mais Total a fait des découvertes qui feraient de lui, selon des sources à La Paz, le détenteur des plus importantes réserves gazières du pays — devant l'espagnol Repsol YPF et le brésilien Petrobras. Une information que le groupe ne dément pas. Les Boliviens ont pressé Total de valoriser ces ressources. Alors qu'elle pourrait investir jusqu'à 200 millions de dollars dans ces gisements, la major française est restée sourde à ces appels, jugeant la situation trop instable. La volonté d'Evo Morales de voir l'Etat exercer son droit de propriété sur le gaz jusqu'à la tête des puits (pas seulement en sous-sol) inquiète Total.
    Egalement présent en Bolivie, Suez a demandé à Jacques Chirac de poser la question à Evo Morales : sa filiale Aguas del Illimani, concessionnaire des eaux de La Paz et El Alto, doit-elle rester ou plier bagage ? Suez est dans l'incertitude depuis le début 2005, lorsque son contrat avait été annulé pour répondre à la pression d'un mouvement populaire.
    Evo Morales est resté équidistant entre ses amis révolutionnaires, les présidents cubain Fidel Castro et vénézuélien Hugo Chavez, et son "frère aîné" réformiste, le Brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, "syndicaliste comme (lui)". "Si en Bolivie il n'y a pas une guérilla comme les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) ou le Sentier lumineux (au Pérou), c'est grâce à notre mouvement politique, bien décidé à changer le pays par le vote et non par le fusil", a-t-il précisé, à l'adresse de ceux qui voient en lui un extrémiste.
    Jean-Michel Bezat et Paulo A. Paranagua

Haut de page

 

 


 

 

Libération, 09/01/06 

  • Suicide du patron de l'ONU en Haïti
    La mort du général Bacellar porte un coup dur à la politique étrangère brésilienne.
    par Chantal RAYES
    São Paulo de notre correspondante

    Le chef de la Mission de stabilisation des Nations unies en Haïti (Minustah), le général brésilien Urano Bacellar, 57 ans, a été retrouvé mort samedi sur le balcon de sa chambre d'hôtel à Port-au-Prince. La Minustah a refusé de se prononcer officiellement sur les circonstances du décès mais indique dans un premier rapport interne que Bacellar «s'est apparemment suicidé en se tirant une balle».
    Le président brésilien Lula a exigé l'ouverture d'une enquête mais il a assuré que son pays ne se retirerait pas de cette force de 7 500 hommes où il compte le plus gros contingent (1 200). Le drame porte néanmoins un coup dur à sa politique étrangère, le Brésil ayant accepté de diriger cette mission dans l'espoir d'obtenir un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l'ONU. Censée assurer une transition pacifique après la chute, il y a deux ans, du président Aristide, la Minustah est très critiquée en Haïti, en raison d'une insécurité croissante qui a contraint au report, pour la quatrième fois, des élections présidentielle et législatives. La force onusienne est accusée de «tolérance», voire de «complicité» envers certains groupes armés. Le Brésil accuse la communauté internationale de ne pas avoir fait les investissements sociaux nécessaires à la stabilisation d'Haïti.

  • Les intérêts agricoles de l'Europe à l'épreuve de l'OMC
    À l'Organisation mondiale du commerce, l'Europe agricole est toujours stigmatisée pour ses généreux soutiens internes et ses subventions aux exportations. Mais ces dispositifs sont en voie d'élimination progressive. En revanche, l'agriculture européenne reste protégée par d'importants droits de douane.

    À l'issue de la conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), à la mi-décembre à Hong Kong, le ministre français de l'Agriculture, Dominique Bussereau, affichait sa satisfaction. L'accord finalement obtenu à cette même conférence, dont le seul dessein est de libéraliser le commerce, "ne remet pas en cause la politique agricole commune" (PAC), s'est-il félicité. Un ton qui contrastait de façon spectaculaire avec celui employé jusque-là par Paris. À la fin novembre, en effet, les autorités hexagonales fustigeaient l'offre européenne de baisse des droits de douane sur les produits agricoles (de 35 % à 60 %) - que Paris voudrait revoir en baisse - et brandissait la menace d'un "veto" à tout accord qui franchirait la "ligne rouge". Fallait-il croire à ces menaces ? D'ailleurs, où se situe exactement la "ligne rouge" invoquée par Paris ?
    De Jules Méline, ancien ministre de l'Agriculture, farouche partisan du protectionnisme sous la IIIe République, à Jacques Chirac, le monde ne cesse de s'étonner de l'extrême sensibilité française sur la question agricole. S'agit-il d'une vision stratégique, d'une réplique à la volonté américaine de "green power" ? D'intérêts économiques ? Il est vrai que l'agriculture et l'agroalimentaire emploient en France 15 % des actifs. "Premier employeur de France, l'agriculture est un formidable gisement d'emplois", martèle-t-on à la FNSEA, principal syndicat agricole. Surtout, la France est le premier bénéficiaire de la PAC dont elle capte un quart des dépenses (environ 10 milliards d'euros). Mais faut-il pour autant perdre de vue que le secteur des services représente environ les trois quarts de la richesse produite en France et à peu près autant à l'échelle européenne ?
    Intransigeance hexagonale
    Toujours est-il que, dans l'enceinte internationale et surmédiatisée qu'est l'OMC, l'intransigeance hexagonale soumet l'Europe à de vives tensions internes dont les autres membres de l'OMC se servent pour stigmatiser et isoler la Commission européenne qui négocie au nom de l'ensemble des États membres. Qu'il s'agisse du précédent cycle de l'Uruguay (1986-1994), ou de celui - en cours de négociation depuis 2001 - de Doha, l'agriculture constitue la principale pomme de discorde. L'Union européenne est pointée du doigt par les ultralibéraux du groupe de Cairns (Australie, Nouvelle-Zélande, Brésil, Argentine...) qui lui reprochent ses généreux soutiens internes ainsi que ses subventions aux exportations agricoles, que l'Union s'est finalement engagée à éliminer d'ici à 2013 à condition que les subventions déguisées pratiquées dans les autres pays riches subissent le même sort. Autre grand pourvoyeur d'aides agricoles via sa "farm bill" (2002), Washington concentre ses attaques contre Bruxelles sur le terrain des droits de douane qui se situent à 22,5 % en moyenne pour l'Union, contre 13 % dans le cas américain.
    Dans cette offensive générale, la coalition des pays intéressés par de nouvelles parts du marché agricole mondial attise les doléances des pays pauvres à l'encontre de l'Europe, avec comme argument massue le fait que les exportations de produits agricoles européens subventionnés asphyxient les agricultures des pays du Sud. Mais l'Europe fait valoir qu'elle importe de ces pays plus de produits agricoles que les États-Unis, le Canada, l'Australie et le Japon réunis. Et qu'elle a unilatéralement mis en place, à partir de 2001, l'initiative "Tout sauf les armes" consistant à exempter de droits de douane et de quota tous les produits en provenance des pays les moins avancés. Enfin, l'Union met en avant les grandes réformes subies par la PAC depuis son introduction il y a près d'un demi-siècle.
    Baisse des subventions
    Dès 1984, Bruxelles s'attaque à la surproduction européenne en introduisant un système de contrôle des productions excédentaires, avec la mise en place de quotas pour le lait et de quantités maximales garanties pour les céréales. Huit ans plus tard, Bruxelles enclenche la réduction progressive des prix garantis et la baisse des subventions à l'exportation. Peu à peu, la politique de soutien des prix est remplacée par une politique de soutien des revenus agricoles. Si 91 % des aides à l'agriculture européenne prenaient la forme de soutiens directs aux prix et de subventions à l'exportation au début des années 90, la proportion sera ramenée à 20 % cette année.
    "Au fil de ses réformes en 1992, 1999 et 2003, l'Europe a déjà transformé l'essentiel de ses soutiens internes en aides partiellement ou totalement découplées des prix et de la production, qui sont censées, en apparence, moins fausser la concurrence internationale", explique Jacques Berthelot, spécialiste des questions agricoles. Et d'ajouter : "Une fois entrées en vigueur toutes les réformes déjà prévues, y compris celle du sucre, l'Europe ne comptera plus qu'environ 19 milliards d'euros de soutiens internes."
    Même les préférences commerciales accordées par l'Europe à ses anciennes colonies d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) n'échappent pas à la normalisation commerciale. Pour preuve, la réforme du régime de la banane, même si son entrée en vigueur vient d'être retardée, ou celle du sucre. "L'Europe doit commencer par réformer la PAC avant de négocier à l'OMC, car son processus de décision est très long", explique un spécialiste français des questions commerciales, en ajoutant que cela n'empêche pas Paris d'invoquer "la contrainte de l'OMC" pour faire avaler les pilules des réformes.
    Le prochain débat qui s'annonce à l'OMC sur la question ultrasensible des droits de douane en sera sans doute une parfaite illustration. Cette question est essentielle, car elle a un impact direct sur les prix internes de l'Union. Et une baisse trop importante des droits de douane sur les importations agricoles pourrait mettre en péril la production européenne.
    Laurent Chemineau et Marc Deger

  • La France gagnée par le syndrome virginien
    Par Nicolas Véron, associé d'Ecif et Research Fellow au sein de Bruegel.

    Que nous réserve l'année nouvelle ? À l'évidence, les tendances les plus structurantes se dessinent à l'échelle mondiale : la révolution continue des technologies de la communication, la tension sur les ressources en énergie, en eau et en minéraux, la montée en puissance des "Brics" (Brésil, Russie, Inde, Chine), le vieillissement des pays développés ; et, du côté des risques, le terrorisme bien sûr, les épidémies, les déséquilibres financiers et militaires des États-Unis, le changement climatique.
    Pourtant, dans le cas de la France il serait absurde de nier l'importance du facteur national - avant tout comme facteur de risque. La séquence qui lie le 21 avril 2002, le référendum du 29 mai 2005 et les incendies dans les banlieues illustre une dégradation spécifique à notre pays. Or ceci nous conduit à construire collectivement une représentation déformée de l'économie, portée par les responsables politiques, et dont le décalage de plus en plus évident avec les réalités devrait nous inquiéter.
    Crise d'identité. Où sont les racines de notre crise d'identité : la faillite des élites, l'immobilisme de l'État, la banqueroute de la protection sociale ? Ou une souffrance plus profonde ? La France présente quelques symptômes d'un doute radical sur elle-même, en partie lié à la relation à l'Europe sur laquelle nous avons tant investi collectivement depuis un demi-siècle. John Rossant, à l'époque journaliste à l'hebdomadaire BusinessWeek, en avait livré dès février 2004 une formulation abrupte mais qui sonne juste aujourd'hui, en titrant un de ses articles "Behind all the ethnic turmoil, the idea of France itself is eroding" ("Au-delà de tout ce tumulte autour de la notion d'ethnicité, c'est bien une certaine idée de la France qui est en réalité en train de se dissoudre".)
    Ces doutes lancinants sur notre être collectif nous rendent obsédés par l'histoire (comme dans le débat sur la colonisation) tout en nous empêchant de porter attention à la géographie, qui change à toute allure autour de nous du fait de la mondialisation mais aussi de l'élargissement de l'Union européenne. Un parallèle s'insinue, en dépit des évidentes différences historiques : et si les maux actuels de la France étaient semblables à ceux de la Virginie au XIXe siècle ? Le doyen des États américains, baptisé dès 1584 en l'honneur de la célibataire Elisabeth Ire, était la "Grande nation" parmi les treize signataires de la Déclaration d'indépendance de 1776, l'État le plus peuplé, le plus prestigieux, attirant en 1800 la capitale fédérale à sa lisière, et patrie des pères fondateurs Washington, Jefferson et Madison.
    Rivés à leur passé glorieux et à leur sentiment de supériorité, les Virginiens ont refusé au cours du XIXe siècle de voir que l'élargissement de l'Union vers les Rocheuses puis le Pacifique faisait nécessairement d'eux un État parmi d'autres, obligé de composer et de s'hybrider. Accrochés à leur prospère économie agricole, ils ont raté le train de l'industrialisation et de l'innovation technique, à la différence des États du nord-Est et du Middle West. Les conséquences en ont été tragiques au moment de la guerre de Sécession dont le principal protagoniste côté sudiste fut un autre Virginien de génie, Robert E. Lee. Or la France a joué dans la création de l'Union européenne un rôle qui n'est pas sans analogies : même position centrale, même leadership naturel, mêmes personnages emblématiques - Monnet, Schuman, Delors, et aussi de Gaulle, Giscard et Mitterrand ; même proximité de la capitale donnant l'illusion de l'influence, avec Bruxelles la francophone à 1 h 25 de Paris en Thalys. Et à présent, une mutation géographique comparable, avec l'élargissement qui renforce la centralité de l'Allemagne tout en rendant la France un peu moins indispensable. Le parallèle, heureusement, s'arrête là. Mais la possibilité d'un "syndrome virginien" n'en est pas moins préoccupante.
    Vu sous cet angle, notre actuel "patriotisme économique", loin de n'être qu'un slogan de circonstance, est la conséquence du doute identitaire : une conception nationaliste de l'entreprise, enracinée dans une communauté rêvée comme homogène, faisant face à un reste du monde vécu comme étranger et antagonique. Présente dès avant l'arrivée à Matignon de Dominique de Villepin (lui-même très "virginien" de caractère, par son goût du panache et ses métaphores conquérantes), cette représentation lui survivra probablement.
    Décalage complet. Le problème, c'est qu'elle est en décalage complet avec la réalité du monde des affaires qui s'internationalise à toute allure. Ceci crée des risques pour bon nombre d'entreprises, comme on l'a déjà vu dans le cas d'Areva, handicapé dans son développement aux États-Unis par le refus de faire évoluer son capital, ou encore avec Eramet, torpillé par son actionnaire l'État dans le dossier Koniambo. Le danger pourrait concerner aussi directement les salariés, par exemple dans le cas où le gouvernement déciderait de promouvoir énergiquement l'actionnariat salarié comme dispositif anti-OPA au péril d'accroître l'exposition des employés aux risques qui pèsent sur leur employeur. Les occasions de conflit entre les représentations rêvées et la réalité pourraient se multiplier, donnant lieu à des tensions à côté desquelles la consternante affaire Danone n'aura été qu'un aimable préambule. Pour se reconvaincre que la concurrence, le changement technique et l'ouverture des frontières sont porteurs d'opportunités et pas seulement de menaces, et en l'absence de choc externe, la France a besoin d'un intense effort de délibération et de mise en cause de ses préjugés collectifs. En serons-nous capables ? Bonne année 2006 !

Haut de page




 

Le Figaro, 09/01/06 

  • Le chef de la mission de l'ONU retrouvé mort à Haïti
    Caraïbes Le général brésilien s'est apparemment suicidé, ce qui porte un nouveau coup dur à une opération onusienne déjà très critiquée.
    Lamia Oualalou

    NOUVEL ÉPISODE tragique à Haïti. Samedi, le général brésilien Urano Teixeira Da Matta Bacellar, commandant militaire de la Mission de stabilisation de l'ONU en Haïti (Minustah), a été retrouvé mort sur le balcon de sa chambre d'hôtel à Port-au-Prince, une balle dans la tête. La présence de son arme à côté du corps laisse envisager un suicide, même si cette version n'a été officiellement confirmée ni par l'ONU ni par le Brésil.
    Agé de 58 ans, le général Bacellar n'était de retour en Haïti que depuis lundi, après avoir passé les fêtes de fin d'année avec sa famille à Rio de Janeiro. Il ne présentait, selon des sources militaires, aucun «symptôme» laissant penser qu'il projetait de mettre fin à ses jours.
    L'hypothèse d'un accident lors d'une manipulation de son arme est peu crédible pour un officier de haut rang. Dans l'attente des résultats de l'étude balistique, nul n'avance la possibilité d'un assassinat, la porte d'entrée de la chambre n'ayant en effet pas été forcée.
    Le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, a demandé à l'ONU de diligenter une enquête «immédiate et complète», envoyant dès hier une mission d'experts pour suivre l'investigation. Le commandement intérimaire de la mission sera assuré par le général chilien Eduardo Aldunate Herman, avant la nomination, par l'ONU, d'un nouveau chef de mission.
    Mission très controversée
    La disparition du général est un coup dur pour la Minustah, sous le feu des critiques depuis des semaines. Elle est incapable, depuis sa création voilà dix-huit mois, de faire revenir le calme dans le pays le plus pauvre d'Amérique latine, déchiré par les violences depuis la chute de l'ex-président Jean-Bertrand Aristide il y a deux ans.
    Les 7 500 hommes venus de quatorze pays qui la constituent (dont 1 213 Brésiliens) sont impuissants face aux enlèvements qui font rage dans l'île depuis l'été. A Port-au-Prince, 79 personnes ont été séquestrées au cours du seul mois de décembre. Le gouvernement de transition en Haïti peine à organiser des élections, pourtant indispensables pour légitimer les autorités. Le scrutin, initialement prévu le 13 novembre, a déjà été reporté quatre fois. Après une sommation du Conseil de sécurité de l'ONU, une nouvelle date vient d'être fixée, avec un premier tour le 7 février et un second le 15 février.
    Comme son prédécesseur, le général Augusto Heleno Ribeiro, qu'il a remplacé le 31 août, Bacellar reconnaissait être soumis à des pressions pour se montrer «plus offensif» dans le maintien de l'ordre. Face à ces critiques, les deux généraux ont, chacun en son temps, expliqué que l'absence d'investissements, en dépit des promesses de la communauté internationale, rendait la situation sociale intenable.
    Mauvaise nouvelle pour le président brésilien
    Bacellar a été, de surcroît, violemment pris à partie par la Commission interaméricaine des droits de l'homme, dans un rapport publié en novembre, à propos des civils tués par les forces de l'ordre. «Dans de nombreux cas, ces victimes ne sont pas des «dommages collatéraux» des opérations, elles sont tuées intentionnellement par la police ou par la Minustah», disait-elle. La mission de l'ONU s'était alors défendue en estimant que ses actions militaires «étaient en accord avec les règles», affirmant que, sans sa présence, Haïti serait en proie à la guerre civile.
    Inquiétante pour le processus de paix en Haïti, la mort du général brésilien est aussi une mauvaise nouvelle pour le président Lula, qui misait sur le succès de la mission pour asseoir les revendications de son pays d'un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU.
    Le président, dont l'autorité est mise à mal par un scandale de corruption au sein de son parti, sera probablement interpellé au Parlement sur l'opportunité de risquer des vies brésiliennes pour une cause perdue. La décision du Japon, la semaine dernière, de ne plus appuyer le projet de réforme du Conseil de sécurité présenté par le Brésil, l'Inde et l'Allemagne, rend les aspirations du gouvernement Lula plus illusoires que jamais. Brasilia a toutefois réitéré hier son engagement à «continuer de soutenir le peuple haïtien».

Haut de page

 


 

L'Humanité, 07-08/01/06

  • Gauches au pouvoir
    Depuis la fin des années quatre-vingt-dix, un nombre important de pays ont vu l’arriver au pouvoir de dirigeants issus de partis de gauche ou se réclamant d’elle. Un espoir pour le monde. Un défi pour les Etats-Unis.

    Peu après la victoire éclatante d’Evo Morales à la présidentielle en Bolivie, le quotidien bolivien la Razon constatait non sans lucidité que « le reflux historique de la droite, consolidé ces jours-ci en Bolivie, concerne plusieurs pays d’Amérique du Sud. Le continent est en train de virer à gauche, et cela fait partie de la dynamique des nations ». Un effet contagion marqué, dans de nombreux pays de toute l’Amérique latine, par l’arrivée au pouvoir de dirigeants issus de mouvements de gauche ou se réclamant d’elle.
    des vagues successives
    Le cycle a commencé à la fin des années quatre-vingt-dix au Venezuela avec l’élection à la présidence de Hugo Chávez, qui a engagé une « révolution bolivarienne », puis le candidat socialiste de la Concertation démocratique, Ricardo Lagos, a été élu président du Chili, poste où devrait lui succéder la socialiste Michelle Bachelet ce dimanche. Ont suivi Lula au Brésil en 2002, Nestor Kirchner en Argentine en 2003, Tabaré Vasquez à la tête du Front ample, large coalition de gauche en Uruguay, en 2004. Cette poussée, si l’on excepte l’expérience malheureuse de l’Équateur, s’est aussi traduite au niveau local : de grandes villes comme Mexico, Bogota, Montevideo ou El Salvador sont passées à gauche ou ont été dirigées par elle, Sao Paulo ou Porto Alegre entre autres.
    L’analyste politique argentin Rosendo Fraga a pu relever qu’au cours des dernières décennies des vagues successives ont marqué la politique en Amérique latine : les guérillas et les dictatures militaires dans les années soixante-dix, les périodes dites de transition démocratique dans les années quatre-vingt, les modèles néolibéraux et leurs lourds plans d’ajustements structurels des années quatre-vingt-dix et, enfin, récemment, un glissement régional vers la gauche.
    Ce bref panorama montre un profond remodelage de l’Amérique latine dans une période où les principaux indicateurs sociaux étaient au rouge. Ainsi, en 2003, 40 % des Latino-Américains disposaient de moins de 2 dollars par jour, seuil de l’extrême pauvreté selon l’ONU, 70 % au total vivant avec moins de 5 dollars par jour. Il souligne aussi la diversité de cette gauche et de la politique qu’elle met en oeuvre. Qu’y a-t-il par exemple de commun entre la « révolution bolivarienne » qui tente de promouvoir plus de justice sociale et, face à l’hégémonie américaine, une indépendance nationale, voire régionale, et la social-démocratie du Chilien Ricardo Lagos, corsetée par l’héritage de Pinochet ? Entre le péronisme, fût-il un peu teinté de gauche d’un Kirchner, et le « pragmatisme » économique d’un Lula, par ailleurs éclaboussé par les scandales touchant son parti ? Un dénominateur commun cependant : presque partout « le modèle néolibéral » et l’orthodoxie financière imposée par les institutions financières internationales (FMI, Banque mondiale, Banque interaméricaine de développement) ont été dénoncés aussi bien par Nestor Kirchner en Argentine que par Hugo Chávez au Venezuela ou Tabaré Vasquez en Uruguay. En Bolivie, mais aussi en Uruguay, les mouvements de gauche ont porté de fortes revendications en faveur des nationalisations des ressources naturelles, que ce soient les hydrocarbures ou l’eau.
    Pourtant, force est d’admettre qu’une fois au pouvoir la gauche opte pour des politiques extrêmement prudentes destinées à rassurer les investisseurs étrangers et les créanciers internationaux. Celles-ci s’inscrivent ainsi dans la continuité des programmes d’ajustements structurels, où la priorité est donnée à la croissance économique et à la stabilité monétaire, sans impact réel sur la réduction de la pauvreté, sans réponses majeures sur les questions de société (comme le divorce ou l’avortement). C’est vrai du Chili ou du Brésil, qui, pour afficher aux yeux du monde de « bonnes performances » économiques, restent profondément inégalitaires. Ces orientations ne sont d’ailleurs pas sans répercussion au sein des organisations de gauche elles-mêmes, à ldu Parti des travailleurs brésilien (PT), traversées par de vifs débats entre les tenants du réalisme économique et les partisans d’une rupture politique et sociale.
    des projets novateurs
    L’accession de la gauche au pouvoir en Amérique latine ne doit pas faire oublier en effet qu’elle doit ses multiples victoires aux mouvements sociaux. Nombre de revendications ont été le fait d’organisations populaires variées dans leur composition et leur mode d’action : grèves menées par les syndicats (à commencer par la CUT de Lula dans les années quatre-vingt !), foisonnement d’associations de quartiers, mouvements paysans (les Sans-Terre brésiliens ont essaimé dans toute l’Amérique latine et au-delà), action des « piqueteros » (coupeurs de routes) et assembées populaires en Argentine, marches des Indiens de Bolivie, d’Équateur et du Mexique avec les zapatistes. C’est en partie grâce à la mobilisation de ces mouvements et à leur soutien que la gauche, plutôt les gauches latino-américaines, présente des spécificités. Hormis Cuba, elles ne se réclament plus exclusivement du socialisme, elles sont héritières de leur histoire propre et d’apports multiples comme la théologie de la libération, le nationalisme, l’indigénisme, le féminisme, l’écologie ou le mouvement altermondialiste né sur le sol brésilien. Autant de partages d’expériences qui, vues du côté européen, apparaissent souvent comme bien des projets novateurs.
    Prochainement le Costa Rica (février), le Pérou (avril) et la Colombie (mai) vont à leur tour voter. Au second semestre de 2006, le Mexique (juillet), le Brésil (octobre), le Nicaragua (novembre) et le Venezuela (décembre) fermeront ce long cycle de onze scrutins présidentiels en 14 mois concernant 85 % de la population de l’Amérique latine. Deux puissances régionales, le Brésil où Lula tentera de se faire réélire et le Mexique où le candidat du Parti de la révolution démocratique (PRD) Andres Manuel Lopez Obrador a tout à gagner, ainsi que le Venezuela de Chávez sont concernées. Le glissement à gauche se confirmera-t-il ?
    Washington en tout cas s’en inquiète. Les États-Unis, mis momentanément en échec sur leur prétention à imposer la ZLEA (zone de libre-échange des Amériques), perçus par la plupart des pays latino-américains comme un « impérialisme », ne manquent pas de régimes clients en Amérique centrale, voire en Amérique du Sud, et de projets de militarisation comme le plan Colombie ou de bases militaires pour exercer leur chantage. On se souvient que le « petit vénézuélien » avait déjoué en avril 2002 une tentative de coup d’État fomenté contre Chávez, supervisé par Washington. La nouvelle doctrine de Bush depuis 2001 d’actions militaires préventives dans quelque lieu que ce soit représente une telle menace qu’elle a fait dire récemment à Noam Chomsky dans le quotidien argentin Clarin que, « du Venezuela à l’Argentine, le continent sud-américain évolue désormais hors de tout contrôle. Et la politique de Washington en Amérique latine ne mènera qu’à l’isolement des États-Unis ». À l’Amérique latine de décider de son propre sort.
    Bernard Duraud

  • Les équipes au pouvoir héritent d’une situation catastrophique »
    Entretien avec Michel Rogalski, directeur de la revue Recherches internationales.

    Qu’est-ce qui a changé en Amérique latine dans cette dernière période ?
    Michel Rogalski. L’Amérique latine a beaucoup bougé, notamment depuis l’accession d’Hugo Chávez à la présidence du Venezuela en 1998. Ce pays a toujours compté en Amérique latine où il était considéré comme un modèle de démocratie. En réalité, on avait deux grands partis qui s’alternaient au pouvoir. La cassure de 1998 a été un véritable tremblement de terre avec la victoire de Chávez. En 2002, on a eu l’arrivée au pouvoir de Lula au Brésil, encore une fois par les élections. Il y a l’expérience du gouvernement de gauche en Uruguay. Et maintenant, en Bolivie les couches marginalisées sont parvenues à imposer par l’élection une équipe dirigeante nouvelle. Les grands rassemblements de Porto Alegre contribuent aussi à ce que l’Amérique latine offre d’elle une image nouvelle.
    N’y a-t-il pas naissance de contradictions entre la gauche au pouvoir et les aspirations populaires ?
    Michel Rogalski. Les équipes qui arrivent au pouvoir héritent d’une situation catastrophique, due à la domination des États-Unis et à une asymétrie des relations internationales. L’Amérique latine est un continent qui a beaucoup de ressources mais le surplus est capté par les mécanismes financiers. Ce continent n’arrive pas à accumuler. Les dettes engrangées obligent ces pays à travailler pour rembourser ces dettes. Pendant ce temps-là, les élites dirigeantes sont capables de placer à l’étranger l’équivalent de la dette de l’Amérique latine. La bourgeoisie ne développe plus ces pays et utilise sa position stratégique pour chercher à s’enrichir. Quand la gauche arrive au pouvoir, elle doit donc rétablir un type de relations internationales qui les rende moins dépendants. Elle doit aussi faire face à une forte population pauvre, et donc à une attente populaire très importante. Le travail informel rend difficile toute action étatique.
    Le rapport de forces semble s’être modifié en défaveur des États-Unis. D’où cela vient-il ?
    Michel Rogalski. Toutes les réunions latino-américaines semblent être un désaveu pour les États-Unis. George Bush n’a pas réussi à imposer son grand projet d’union économique, la ZLEA. Ce qui est décisif, c’est le poids du Brésil. Les États-Unis s’en sont toujours servis pour relayer leur influence dans le continent. Le Brésil semble maintenant très lié aux autres pays dans un mouvement de résistance à l’influence des États-Unis.
    La secrétaire d’État américaine Condoleezza Rice a émis des doutes sur l’attitude démocratique future d’Evo Morales. Comment analysez-vous l’instrumentalisation de cet argument ?
    Michel Rogalski. Les États-Unis ne peuvent pas donner des leçons de démocratie en Amérique latine. Ils ont déjà soutenu des régimes autoritaires et des dictatures fascistes sur le continent.
    Les nouvelles équipes de gauche qui arrivent au pouvoir doivent mettre en oeuvre un processus démocratique. C’est difficile, car elles ne possèdent pas toujours la totalité du pouvoir. Au Brésil, Lula est le président, mais il est minoritaire au Parlement. Il n’a donc pas l’initiative législative. Il doit aussi compter avec des gouverneurs de provinces qui ne sont pas en accord avec lui. Cela ne facilite pas la résolution des problèmes agraires. Au Venezuela, les États-Unis sont fortement suspectés d’avoir tenté de renverser Hugo Chávez en 2002. Personne ne met en doute le résultat du référendum de 2004 (sur la révocation d’Hugo Chávez, perdu par l’opposition). La Fondation Carter et les observateurs internationaux ont dit que tout s’était passé normalement. Quand la gauche arrive au pouvoir, pour les États-Unis, dire que le pays « s’enfonce dans la dictature », cela fait partie de la lutte idéologique.
    (1) La revue Recherches internationales a consacré un numéro à la question : « Amérique latine
    en turbulences », Recherches internationales, nº 69, 2003, Paris.
    Entretien réalisé par Gaël De Santis

  • Bolivie : Evo Morales sur le pont
    Le nouveau président bolivien a entamé sa tournée européenne. Après l’Espagne et Bruxelles, la France.

    Le nouveau président bolivien Evo Morales devait être reçu ce samedi matin à Paris par Jacques Chirac. Occasion sans nul doute d’aborder avec son homologue la question de la nationalisation des ressources naturelles, celle en particulier des hydrocarbures, son engagement lors de la campagne électorale. L’enjeu est vital pour la Bolivie, le pays le plus pauvre d’Amérique du Sud. Élu le 18 décembre dernier, Evo Morales avait aussitôt déclaré « illégaux » les con- trats signés notamment avec le groupe espagnol Repsol YPF, le plus présent en Bolivie, le français Total et le brésilien Petrobras, opérant tous trois dans le pays andin. Le 22 janvier, date de son investiture, Evo Morales deviendra le premier président d’origine indienne d’Amérique latine. Ancien porte-parole des petits paysans producteurs de coca, le leader du Mouvement vers le socialisme (MAS) a été présent à plusieurs reprises au Forum social mondial de Porto Alegre, et a exprimé à plusieurs reprises son hostilité à la ZLEA (zone de libre-échange des Amériques) que tentent d’imposer les États-Unis de l’Alaska à la Terre de feu. Il a également joué un rôle important dans la « guerre du gaz », notamment celle de juin 2005, ayant entraîné la démission du président Carlos Mesa, dénonçant la domination des intérêts privés étrangers sur des ressources naturelles nationales. La Bolivie est le second producteur latino-américain de gaz après le Venezuela. Après Cuba et Caracas, où il a signé plusieurs accords de coopération dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’énergie, il a fait escale à Madrid, puis Bruxelles, où il a été reçu par le haut représentant pour la politique étrangère de l’Union européenne Javier Solana. Après Paris, il devait continuer son périple en Afrique du Sud, en Chine et enfin au Brésil.
    En Espagne, Morales s’est efforcé de rassurer gouvernement et chefs d’entreprise dont l’accueil a reflété les inquiétudes sur l’avenir des intérêts économiques espagnols en Bolivie. Avant de quitter Madrid pour Bruxelles, il a répété jeudi que sa « priorité » était de mettre les ressources naturelles de son pays au service de la lutte contre la pauvreté « pour commencer à - répartir la richesse », lors d’une réunion avec Izquierda Unida, coalition de gauche autour des communistes. « L’État (bolivien) va exercer son droit de propriété sur ses ressources naturelles. Il va nationaliser, mais cela ne signifie pas confisquer, ni exproprier, ni expulser », avait-il assuré mercredi soir. Il a bénéficié d’un accueil du niveau d’une visite d’État. Il a ainsi été reçu par le chef du gouvernement socialiste José Luis Rodriguez Zapatero et par le chef de l’État, le roi Juan Carlos.
    L’Espagne est le premier investisseur étranger en Bolivie. Visiblement inspiré, le directeur des relations internationales du syndicat patronal CEOE a parlé de « dialogue ouvert et fluide », rassurant celles des entreprises que de précédentes déclarations de Morales avaient pu effrayer. Le président bolivien a tenu à préciser qu’en l’occurrence il ne comptait pas Repsol YPF au nombre des multinationales de « bandits » qu’il avait publiquement montrées du doigt peu après son élection. Toutefois, il a averti qu’il agirait « fermement » avec les entreprises étrangères qui ne paient pas d’impôts ou qui violent les lois boliviennes. L’ancien dirigeant syndical n’a pas manqué non plus de saluer les responsables des principaux syndicats espagnols, UGT et les CCOO, réunion à l’issue de laquelle il s’est dit « très content » de son escapade dans l’ex-puissance coloniale.
    B. D.

Haut de page



 

 

 

Libération, 07-08/01/06

  • XXIe siècle. Agronomie
    La reconquête de l'hévéa

    Génétiquement modifiés pour résister à un champignon ravageur, les nouveaux arbres d'Itubera vont peu à peu inonder la planète pour sauver l'hévéaculture au Brésil, en Afrique ou en Asie.
    par Muriel GREMILLET
    Itubera, Salvador de Bahia (Brésil) envoyée spéciale

    Le soleil est à peine levé qu'ils entament leur course au milieu des rangées d'arbres.
    Machette à la main, les saigneurs d'hévéas commencent leur tournée. D'un trait rapide, ils scarifient l'écorce des arbres pour faire couler le latex dans la tasse clouée sur le tronc. Le caoutchouc collecté ira dans l'usine de traitement installée au coeur de la plantation et finira comme pneu de camion, de moto, ou en tongs s'il n'a pas la qualité requise par Michelin pour en équiper ses véhicules. Le groupe français a racheté en 1986 à son concurrent Firestone les 5 500 hectares de cette plantation, Itubera, à cinq heures de route de Salvador de Bahia. Une pas si bonne affaire que ça du point de vue industriel. Le site est difficile à mécaniser, le ramassage du latex se fait par mule sur 250 km de piste. Impossible de faire passer des tracteurs entre les rangées d'arbres à cause de la géographie des lieux : la plantation est très accidentée. Certaines parcelles n'ont pas été plantées en hévéas et sont recouvertes des derniers hectares de forêt atlantique de la région. Le plus grave est que les arbres sont gravement malades, attaqués par le microcyclus, terrible champignon microscopique et plaie de l'industrie du caoutchouc en Amérique du Sud. Dans la forêt amazonienne, ce parasite vit en bonne intelligence avec les hévéas sauvages. Mais il devient redoutable dans une plantation industrielle. Là, il dévore littéralement les hévéas, fait tomber leurs feuilles, et mite leurs frondaisons. Il épuise l'arbre et fait chuter les rendements en latex. On peut le combattre par des traitements chimiques, mais ils ne sont efficaces que quand l'arbre est encore en pépinière et n'est pas en production.
    Des effets catastrophiques
    Pour l'instant, le microcyclus n'a pas traversé les océans pour s'attaquer aux plantations africaines ou asiatiques. Grâce à des barrières sanitaires strictes, «au moins sur le papier», relativise Jérôme Sainte-Beuve, chargé de mission hévéa au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) à Montpellier. «On doit être très vigilants, on sait qu'il arrivera sur les autres continents, la question est de savoir quand, poursuit le chercheur. On a vu certaines maladies de la canne à sucre passer de l'Afrique aux Caraïbes par voie aérienne, grâce aux cyclones.» Certains fruits sont interdits d'exportation entre le Brésil et la Malaisie. Mais, cette année, le Brésil doit y exporter des bananes, des mangues. Pour éviter un débarquement pirate du parasite, un spécialiste du champignon a été mandaté afin de vérifier que le microcyclus ne pouvait pas se cacher dans des caisses en bois ou sur la peau des fruits. Une installation du microcyclus en Asie pourrait avoir des effets catastrophiques sur les économies de ces pays et la production mondiale de latex : le continent produit 92 % du caoutchouc naturel mondial. Et 50 millions de personnes vivent de l'hévéa de par le monde.
    Depuis 1992, Michelin a fait de sa plantation hors normes un centre de recherches dédié au champignon, en partenariat avec le Cirad, qui travaille sur le sujet depuis les années 80. «On n'avait pas 36 solutions, reconnaît un cadre de l'entreprise. Balancer le site le plus vite possible ou essayer d'en faire un lieu pilote dans différents domaines, du développement durable à la recherche agronomique. C'est ce qui a été choisi.» Aujourd'hui, le manufacturier s'enorgueillit de tenir le premier arbre génétiquement amélioré pour résister à son agresseur. Il est issu de la recherche agronomique .
    Jusque-là, il s'agissait de «créer, par des croisements et des greffages, une variété d'arbre totalement résistante au champignon», raconte Lionel Barré, le directeur de la plantation. Les chercheurs partaient en campagne dans la forêt amazonienne pour ramener des spécimens restés intacts au milieu d'autres hévéas touchés. Puis ils greffaient des bourgeons de cet arbre mère sur de jeunes plants. Mais le champignon finissait toujours par muter et trouver une porte d'entrée dans l'hévéa. Dans les années 90, des milliers de clones de ces arbres prétendus résistants avaient été plantés. Quinze ans après, leur destruction par le microcyclus a imposé un changement de paradigme dans la recherche. On a abandonné l'objectif d'une résistance totale. On s'emploie dorénavant à sélectionner génétiquement des hévéas qui seront toujours infectés par le champignon, mais sans que celui-ci les épuise : c'est le phénomène dit de la «résistance horizontale». Les progrès fulgurants de la biologie moléculaire ont permis aux chercheurs de pousser dans cette voie. «Aujourd'hui, on sait comment le champignon entre dans la plante, détaille Carlos Mattos, phytopathologiste et responsable de la recherche pour Michelin. On décrypte aussi petit à petit le génome de l'hévéa. Cela nous a permis de sélectionner le groupe de gènes qui permet à l'arbre de continuer à produire du latex tout en abritant le champignon.» A l'avenir, quand le décryptage du génome de l'hévéa sera total, les chercheurs espèrent sélectionner par marqueurs les clones résistants.
    La naissance des clones
    Au centre de recherche d'Itubera, en quinze ans «20 000 plants d'hévéas ont été étudiés, détaille Carlos Mattos. Quatorze variétés d'arbres ont été mises au point pour finir par en choisir quatre, qui serviront de base pour cloner de nouveaux hévéas dès 2006». Certaines parcelles de la plantation abritent les premiers essais de plein champ de ces hévéas résistants. Leurs feuilles, touchées par le champignon, sont couvertes de petites pustules grisâtres, mais elles ne tombent plus. Se promener entre les lignes de «FX 3 864», petit nom d'un de ces clones, donne la mesure de l'efficacité de la recherche. Quand une drache tropicale troue subitement le ciel, on s'abrite sans peine sous ce clone. Juste à côté de lui, les lignes classiques d'hévéas plantées en témoin et leurs feuilles mitées laissent passer les grosses gouttes de la pluie d'été brésilien. Autre intérêt des clones, ils peuvent commencer à être saignés dès 6 ans. Alors qu'un hévéa «ordinaire» ne commence à donner du latex qu'au bout de dix années...
    La recherche passe à présent à sa phase industrielle. Mais le manufacturier n'arrive pas encore à fournir la demande en arbres résistants. Dans les serres où poussent les «bois», les hévéas sur lesquels seront greffées les nouvelles variétés, des salariés de la plantation incisent délicatement les arbres et greffent des petits morceaux d'arbres résistants. Ainsi naissent des clones qui petit à petit remplaceront les arbres malades d'Itubera. L'an dernier, Michelin a revendu sa plantation à douze de ses cadres supérieurs, dont Carlos Mattos. Groupés en coopérative, ils bénéficient de la garantie financière et de l'aide matérielle de Michelin pour faire tourner la plantation. Ils ont été les premiers à bénéficier des nouveaux arbres. Puis est venu le tour de petits agriculteurs installés aux abords du site, suivant un programme «d'agriculture familiale». En 2005, cinquante familles de petits paysans ont reçu à prix coûtant 20 000 de ces arbres. En 2006, 500 familles devraient en bénéficier, et améliorer ainsi leur niveau de vie grâce au latex. «C'est un investissement lourd, admet Lionel Barré. Pendant six à dix ans, l'arbre ne donne rien. Ensuite, c'est un revenu garanti .»
    Le retour du latex
    La culture du latex permet de fixer les populations dans une région très touchée par le chômage. L'incitation à en produire est d'autant plus forte que la demande en latex naturel va croissante, et que certains manufacturiers craignent même une pénurie d'ici à 2015. L'augmentation du prix du pétrole renchérit le prix de revient du caoutchouc synthétique, ce qui relance l'intérêt pour le latex. Et les perspectives de croissance du nombre de véhicules en circulation dans le monde, donc de pneus à fournir, sont radieuses... En attendant que les campagnes de plantation donnent leur fruit (400 ha par an devraient être replantés) et permettent de remplacer tous les arbres malades, les coopérateurs qui ont racheté les lots de Michelin sont incités à planter des bananiers et du cacao entre les hévéas et à récolter les clous de girofle sur certaines parcelles, moyen d'augmenter leurs revenus.
    Les arbres résistants d'Itubera pourraient bientôt inonder toute la planète. Quatorze spécimens sont aujourd'hui en quarantaine à Montpellier au Cirad. Ils pourraient être plantés en Afrique ou en Asie s'ils montrent qu'ils sont aussi résistants dans d'autres conditions climatiques que celles de leur terre brésilienne d'origine. Ils pourront être à leur tour améliorés. «On pourrait imaginer tirer de nos arbres brésiliens de 1,5 à 2 tonnes de latex par an», dit Lionel Barré. «Notre objectif, c'est qu'à terme le petit producteur thaïlandais ou vietnamien ait, lui aussi, accès à ces arbres résistants», ajoute Jérôme Sainte-Beuve. Les Brésiliens, de leur côté, rêvent de relancer l'hévéaculture dans leur pays, comme au début du XXe siècle. «FX 3864» est peut-être la première étape de cette reconquête.

  • Mondialisation végétale
    Arbres et plantes ont été depuis toujours des butins appréciés des explorateurs.
    par Muriel GREMILLET
    C'est une histoire rocambolesque qui a conduit à la ruine de l'hévéaculture brésilienne. En 1876, Henry Alexander Wickham réussit l'un des plus grands rapts botaniques de tous les temps, en rapportant 70 000 graines d'hévéa brésilien au jardin botanique londonien de Kew Gardens. Le directeur du jardin lui avait promis de lui payer 10 livres chaque précieuse semence rapportée intacte en Grande-Bretagne. Les Anglais rêvaient d'implanter l'hévéa dans leurs colonies asiatiques, en Malaisie et à Ceylan (Sri Lanka) notamment. Mais les botanistes étaient persuadés que «l'arbre qui saigne» ne pouvait supporter le transport. Wickham prouve le contraire, avec un coup de chance.
    Précieuse collection. Il a récolté les graines d'hévéa à l'aide d'Indiens recrutés dans la jungle, puis les a emballées dans des feuilles de bananier séchées, elles-mêmes stockées dans des paniers en rotin. Il a berné les douanes brésiliennes de Belém qui ont inspecté le SS Amazonas, le cargo qui a accepté d'embarquer sa précieuse collection jusqu'à Liverpool. Un train de nuit spécialement affrété par le directeur du Kew Gardens a pris livraison de la cargaison, arrivée à Londres à 3 heures du matin. Les graines ont été immédiatement replantées dans les serres tropicales vidées de leurs collections en toute hâte par les ouvriers du jardin. Au mois d'août suivant, les premiers hévéas ont pris la route de Ceylan...
    Le coup de Wickham, surnommé par les barons du caoutchouc brésilien «le bourreau de l'Amazonas», provoquera la faillite de toute la filière. Aujourd'hui, plus de 90 % du caoutchouc naturel est produit en Asie. Ce vol de graines, rocambolesque, n'est pourtant pas unique. «La mondialisation végétale a très largement précédé la mondialisation économique», note Andrée Corvol dans les Arbres voyageurs (lire ci-contre). L'historienne et chercheuse au CNRS raconte comment les arbres ou les plantes ont depuis toujours été des butins très prisés des explorateurs. L'ananas, découvert par Christophe Colomb en Guadeloupe en 1493, s'est vite retrouvé cultivé par les Espagnols à la pointe de l'Afrique avant de passer à Madagascar (en 1 548), de gagner l'Insulinde puis la Chine méridionale par le biais des échanges maritimes. L'orange a été transportée des jardins du Moyen-Orient à ceux de la péninsule ibérique. Puis au Brésil, dans les cales des bateaux portugais. Au point que la présence de ces arbres sur la côte méridionale du pays témoignait du «bon droit de Lisbonne sur ces portions de rivage».
    Epices. Dans cette mondialisation végétale, les Jésuites et autres ecclésiastiques ont joué un rôle immense. Tout comme les médecins et, bien sûr, les botanistes. Certains aventuriers ont même été mandatés pour ramener coûte que coûte des espèces recherchées, en particulier des épices. Au XVIIIe siècle Pierre Poivre, fils de marchand mercier lyonnais, s'est vu ainsi confier par Louis XV la mission de «conquérir muscadiers et girofliers.» Mission remplie au terme de plus de dix années de galère. Mais, parfois, le hasard d'une poignée de graines fourrées dans une poche et replantées sous d'autres latitudes, comme l'a démontré Wickham, a changé la face du monde.

    Sur le web, à lire
    www.cirad.fr
    Site du centre de recherche français basé à Montpellier, spécialisé dans la recherche agronomique pour les pays du Sud.
    http: //umr-pia.cirad.fr
    /recherche /phevea.html
    Rubrique consacrée à la recherche sur l'hévéa.
    www.irrdb.com
    Le site de l'Association internationale de recherche et de développement du caoutchouc. Des cours des matières premières à un répertoire des maladies de l'hévéa.
    www.lgm.gov.my/
    Le bureau de l'industrie du caoutchouc de Malaisie, plus gros producteur mondial. Avec un chapitre à la mémoire d'Henry Wickham, le «bourreau de l'Amazonas», qui importa l'hévéa en Asie.
    www .caoutchouc.ca
    Site du comité canadien du caoutchouc. De l'histoire de la matière aux applications industrielles.
    À lire
    Les Arbres voyageurs, par Andrée Corvol, Robert Laffont. L'histoire de la mondialisation végétale.
    L'Exposition coloniale, Erik Orsenna, Point Seuil.
    Histoire romancée du caoutchouc, du vol des hévéas à l'invention du pneu à Clermont-Ferrand.
    L'Equipée malaise, Jean Echenoz, Minuit. Ou comment l'amour déçu d'une femme peut conduire jusqu'au milieu des hévéas en Malaisie.

  • Morales en Europe, avec modération
    A Paris jusqu'à samedi, le nouveau président bolivien veut rassurer les Etats et les investisseurs.
    par Jean-Hébert ARMENGAUD

    Evo Morales en a marre qu'on le traite «de rouge, de communiste». Le nouveau président bolivien, élu le 18 décembre, était donc à Paris, vendredi, en partie pour rassurer les investisseurs étrangers.
    Pétrole. «Nous voulons refonder la Bolivie et que l'Etat récupère la propriété de ses ressources naturelles, mais nous ne voulons ni confisquer ni exproprier. Nous voulons des associés mais pas des maîtres. Il est bien clair que les entreprises qui coopéreront profiteront de leurs investissements, mais l'Etat doit aussi en tirer des bénéfices.» Ce samedi, le leader du pays le plus pauvre d'Amérique du Sud, le premier président bolivien à revendiquer ses racines indiennes, devait rencontrer Jacques Chirac avant de poursuivre son tour du monde vers la Chine, l'Afrique du Sud puis le Brésil. Mais, à Paris, aucune rencontre avec les responsables du groupe Total, un des principaux investisseurs français en Bolivie, n'était annoncée. A Madrid, jeudi, Evo Morales avait rencontré la présidence du groupe pétrolier espagnol Repsol, qui a mis 800 millions d'euros dans des puits de pétrole et de gaz boliviens, mais aussi les responsables de la Confédération des chefs d'entreprise. Il leur a tenu le même langage qu'à Paris : «La nouvelle Bolivie n'exclut personne, n'exclut pas les chefs d'entreprise, nous protégerons la propriété privée.»
    Il y a moins d'une dizaine d'années, la Bolivie a commencé à découvrir d'importants gisements de gaz naturel qui font désormais du pays la deuxième plus grosse réserve d'Amérique latine, après le Venezuela. Mais la question de l'exploitation de ces nouvelles ressources a vite réveillé les tensions politiques et sociales, attisées notamment par le Mouvement vers le socialisme (MAS) d'Evo Morales. Deux Présidents ont démissionné en deux ans. Le premier, Gonzalo Sanchez de Lozada, a pris la fuite en octobre 2003, après avoir fait réprimer une manifestation dans le sang. Le second, Carlos Mesa, a jeté l'éponge en juin, jugeant le pays «ingouvernable». La victoire d'Evo Morales le 18 décembre, à une très large majorité 54 % dès le premier tour , est susceptible de calmer la crise, mais la question des nationalisations des entreprises pétrolières pourrait aussi aggraver la situation économique et financière du pays. Déjà, la compagnie pétrolière brésilienne Petrobras avait annoncé, il y a six mois, la suspension de certains de ses investissements. La Chambre bolivienne des hydrocarbures a signalé une baisse des investissements dans le secteur de 40 % au premier semestre 2005 par rapport à la même période de 2004.
    «Zéro cocaïne». La tournée mondiale d'Evo Morales, avant même son investiture, le 22 janvier, a aussi pour but de chercher de nouveaux alliés diplomatiques pour la «Bolivie refondée», désormais ex-alliée traditionnelle de Washington, qui voit en elle un nouveau membre de «l'axe du mal» latino-américain, composé jusqu'à présent du Cuba de Fidel Castro et du Venezuela de Hugo Chavez, deux pays auxquels il avait réservé ses premières visites, il y a quelques jours, pour y pourfendre le «néolibéralisme» et «l'impérialisme». Les Américains s'inquiètent du projet du leader indien d'étendre les cultures autorisées de coca, alors qu'ils finançaient, au contraire, un programme d'éradication. Là encore, Evo Morales s'est voulu rassurant : «Nous sommes pour zéro cocaïne, pas zéro coca. Je propose aux Américains de nous rencontrer pour un véritable accord contre le narcotrafic.»

  • Le café brésilien contre l'UE
    L'industrie brésilienne du café devrait déposer plainte contre l'Union européenne auprès de l'OMC, afin de réclamer l'égalité de traitement avec les autres pays pauvres exportateurs.
    «Nous demandons à être traités de la même façon que nos concurrents», a déclaré le directeur de l'Association brésilienne de l'industrie du café soluble (Abics). L'UE perçoit une taxe de 9% à l'importation de café soluble brésilien, mais pas à l'entrée de café colombien, par exemple. (AFP)

Haut de page



 

Le Figaro, 07-08/01/06

  • Les projets de Gilles Pélisson pour Accor
    Hôtellerie Le groupe hôtelier réunit son assemblée générale lundi. Elle marque l'arrivée de son nouveau patron, Gilles Pélisson. Ce dernier compte remettre en avant les différentes marques : Formule 1, Ibis, Novotel...
    Éric de La Chesnais

    DANS MOINS de quarante-huit heures, Gilles Pélisson prendra les commandes. L'assemblée générale des actionnaires d'Accor, qui se tiendra lundi matin au Novotel Paris Tour Eiffel (l'ex-hôtel Nikko), entérinera la nomination de son nouveau numéro un opérationnel et mettra fin à l'ère Espalioux. L'ordre du jour est concis. La 14e résolution proposée aux votes portera sur «la nomination de Gilles Pélisson, en qualité d'administrateur». Il sera ensuite nommé directeur général. Quant à Serge Weinberg, ancien numéro un de PPR, il occupera des fonctions non exécutives à la présidence du conseil d'administration.
    L'arrivée des deux hommes se traduit par un changement du mode de gouvernance. Accor devrait gagner en souplesse en redevenant une société à conseil d'administration et en tirant un trait sur la structure à conseil de surveillance et directoire. Les deux fondateurs du groupe, Paul Dubrule et Gérard Pélisson (oncle du nouveau directeur général, conserveront chacun un bureau au siège d'Accor, à Paris, dans la tour Montparnasse. Ils ont été très actifs pour obtenir le départ de Jean-marc Espalioux et la nomination de Gilles Pélisson, mais ils ne devraient plus exercer désormais qu'un rôle consultatif.
    Dix ans d'absence
    Gilles Pélisson, en fait, connaît bien le groupe et le secteur. Il y revient après dix ans d'absence : il a travaillé pour Accor de 1983 à 1995. Il a effectué un passage aux Etats-Unis pour Novotel. Homme de marketing, il est décidé à affiner celui du groupe. Jean-Marc Espalioux avait choisi de mettre en avant la marque Accor. Son successeur veut plutôt souligner le positionnement des différentes marques – Formule 1, Ibis, Suitehotel, Novotel, Mercure et Sofitel – pour renforcer la politique de segmentation qui fait la force du groupe. En principe, un responsable du marketing devrait même siéger au conseil d'Accor.
    Depuis que sa nomination a été acquise en octobre dernier, après un feuilleton à rebondissements, Gilles Pélisson a pu faire pendant deux mois un premier tour de piste. Aux Etats-Unis, il a mesuré l'évolution d'Accor qui, depuis 1995, a acquis sur place deux chaînes, Red Roof et Motel Six. Au Brésil, il a pu se rendre compte du poids de la branche services (notamment avec le Ticket Restaurant) et de sa complémentarité avec l'hôtellerie. Il a aussi esquissé les synergies possibles entre Accor et le Club Méditerranée dont le groupe hôtelier est le premier actionnaire. L'idée est de faire travailler les deux entreprises ensemble. Par exemple, au Brésil, les trois villages du Club Med pourront profiter de la puissance d'achat des 120 hôtels qu'exploite Accor. Si la participation d'Accor dans le Club n'est pas remise en cause, il faut lui trouver plus de sens. Enfin, Gilles Pélisson poursuivra la politique de cession des murs d'hôtels engagée par Jean-Marc Espalioux. Comme nous l'indiquions dans nos éditions du 26 décembre, plus de soixante-dix établissements devraient être concernés cette année.

  • Les cours mondiaux du café s'emballent
    Dans les pays producteurs, l'offre est actuellement réduite, ce qui fait grimper les prix. Une situation qui pourrait persister jusqu'à l'été prochain.

    LE CAFÉ démarre l'année sur les chapeaux de roues! Cette semaine, l'arabica coté sur le marché à terme de New York, comme le robusta à Londres ont poursuivi leur ascension pour retrouver des niveaux d'il y a plus de cinq mois. En dépit de prises de bénéfices, le constat est là : les prix sont soutenus et la tendance devrait se maintenir, même en dents de scie, jusqu'à l'été prochain.
    Ce mouvement haussier existe déjà depuis plusieurs mois. Entre le début et la fin de 2005, le prix du café a d'une façon générale sensiblement augmenté . Le robusta, d'ailleurs, plus que l'arabica : il a grimpé de plus de 50 %, tandis que le second prenait un modeste 3 à 4 %. L'arabica, bien sûr, demeure nettement plus cher, mais l'écart entre les deux s'est nettement contracté : début 2005, la livre de robusta coûtait (prix spot) 38 cents contre 108 pour l'arabica ; hier, elle était respectivement à 64 cents contre 116, selon les prix indicatifs de l'Organisation internationale du café (OIC). Une nouvelle qui est loin de laisser le marché français indifférent car sur les quelque 5,5 millions de sacs de 60 kg (Ms) importés dans l'Hexagone, 30 à 40 % sont du robusta alors que sur d'autres marchés, comme les Etats-Unis, l'arabica trône en maître.
    Spéculation sur les marchés à terme
    Cette hausse brutale du robusta tient essentiellement à la situation du premier producteur et exportateur mondial, le Vietnam, affecté par un certain nombre de difficultés. Non seulement le temps sec du début 2005 a affecté ses caféiers, réduisant les volumes auxquels on pouvait s'attendre, ce qui a déjà fait augmenter les prix mondiaux, mais actuellement, alors que 80 % de son café est déjà récolté et que la campagne devrait battre son plein, quasiment rien ne sort des campagnes : des pluies tout à fait inhabituelles pour la saison empêchent les producteurs de sécher correctement leurs grains. Sans parler de la qualité qui se détériore. Les robusta se font donc rares, d'autant plus qu'il est encore trop tôt dans la saison pour voir arriver sur le marché ceux provenant d'Afrique ou encore d'Inde.
    Côté arabica, les prix demeurent également fermes. Plusieurs raisons à cela: le numéro un mondial, le Brésil, a enregistré une petite récolte (22 à 32 Ms) sur sa campagne 2005-2006, qui s'est achevée en septembre, le caféier se « reposant » une année sur deux; son taux de change face au dollar n incite guère à l'exportation; les planteurs hésitent à vendre leur café, espérant que les cours vont encore monter. Et ils auront sans doute raison pour, là encore, trois raisons majeures : la prochaine récolte brésilienne (qui devrait être conséquente, de l'ordre de 40 à 43 Ms) n'arrivera sur le marché qu'à partir de cet été; d'ici là, les pays d'Amérique centrale n'ont que peu de volumes à offrir étant donné les ouragans qu'ils ont subis ; d'ici là aussi, les cours du café sur les marchés à terme vont grimper car, à partir de mai, tout le monde spécule sur d'éventuelles gelées qui pourraient intervenir au Brésil durant l'hiver austral.
    Les prévisions de FOIC confortent cette tendance haussière : au déficit de 7 Ms entre la production et la consommation en 2005-2006 ne devrait se substituer qu'un faible excédent en 2006-2007, alors que les stocks mondiaux devraient être à leur plus bas car les torréfacteurs préfèrent aujourd'hui puiser dans ces stocks plutôt qu'acheter au prix fort dans les pays producteurs.
    A tout cela se greffe, bien sûr, le facteur spéculatif qui prédomine actuellement sur l'ensemble des marchés de matières premières. Sur les marchés à terme de Londres et de New York, les fonds de placement détiendraient actuellement des volumes de « café papier » (c'est-à-dire sous forme de contrats) impressionnants, de l'ordre de 25 000 lots à New York et de quelque 10 000 lots à Londres.
    NICOLE GARNIER

  • Le Forum économique de Davos a raison de mettre en avant l'«impératif créatif»
    L'analyse de Jean-Pierre Robin*

    Le Forum de Davos qui se tiendra fin janvier a choisi pour thème de son millésime 2006 l'«impératif créatif». Voilà qui sonne comme un voeu de nouvel an et mérite donc qu'on réfléchisse dès maintenant. Surtout en France, où la tentation constante est de regarder l'avenir dans le rétroviseur. Klaus Schwab, le fondateur et l'organisateur du «forum de l'économie mondiale», qui est en à sa 36e édition, considère avec raison que cet impératif se conjugue au pluriel et au singulier. A l'échelle de la planète, il s'agit d'affronter des défis inouïs au sens propre du terme. Et au niveau de chaque nation plongée dans le chaudron de la concurrence internationale, il convient de faire preuve d'imagination pour tourner la compétition à son avantage. Cette similitude entre le singulier et le pluriel tend à rendre l'«impératif créatif» d'autant plus catégorique. C'est ce qui en fait tout l'intérêt.
    A écouter le professeur Schwab, l'un des hommes les mieux au fait des phénomènes de la mondialisation, on est toujours pris d'une sorte de vertige. L'ascension de la Chine et de l'Inde, la chasse aux matières premières, l'inévitable reclassement des grandes puissances, la crise de leadership qu'il diagnostique en Amérique du Nord et en Europe, la guerre des générations qu'impliquent immanquablement les dettes publiques et la dégradation de l'environnement... L'organisateur du Forum de Davos n'hésite pas à tirer les sonnettes d'alarme. Il est loin de partager la vision finalement rassurante d'un Karl Marx prétendant que «l'humanité ne se pose jamais que les problèmes qu'elle peut résoudre». Le grand maître de Davos, souvent caricaturé comme un suppôt de l'«ultralibéralisme», ne possède aucune vérité et il l'avoue. C'est à nous d'imaginer notre avenir et d'en forger les clés.
    Son message est en revanche nettement plus simple et définitif dès qu'il passe au niveau de chaque pays. Conjugué au singulier, l'«impératif créatif» se fonde sur toute une série de certitudes en matière économique. Elles découlent d'une lecture rapide de l'histoire : après la révolution industrielle des XVIIIe et XIXe siècles, qui a dopé la productivité du travail, après la montée en puissance des activités de services qui se sont à leur tour industrialisées, après la diffusion de l'informatique qui a démultiplié nos capacités de calcul et d'information, nous sommes entrés dans une quatrième phase de développement. Le succès repose désormais sur le savoir. Alors que l'industrie, les services et l'informatique se sont démocratisés à l'échelle des nations – définition même de la mondialisation –, le seul élément de supériorité qui subsiste tient à la créativité de chacun. Le professeur Schwab parle à ce propos de «design economy», d'une économie fondée sur les idées et la capacité à les mettre en oeuvre. D'où l'importance de plus en plus grande accordée à la recherche-développement et à sa contrepartie, la propriété intellectuelle.
    Cette conquête du savoir concerne au premier chef les secteurs de haute technologie. L'industrie pharmaceutique a poussé un ouf de soulagement le mois dernier lorsque le tribunal de l'Etat du Delaware (Etats-Unis) a confirmé la protection jusqu'en 2011 des brevets de l'anticholestérol Lipitor, le produit le plus vendu au monde. Mais l'économie du design ou du savoir – deux termes strictement synonymes – va bien au-delà de la découverte de molécules ou de logiciels informatiques. La créativité et l'innovation modèlent l'ensemble des secteurs. Les modes d'organisation des entreprises et des Etats eux-mêmes en dépendent : ces derniers ne sauraient échapper à la créativité qui leur permet d'évoluer et de s'adapter au lieu de se figer à jamais.
    «Ce sont les idées qui mènent le monde», affirmaient il y a plus de soixante ans, chacun de son côté, John Maynard Keynes et Friedrich Hayek. Le premier a inspiré toute l'école des économistes dirigistes ; le second est considéré comme le père de la pensée libérale moderne. Alors que tout les opposait, ils s'accordaient pour souligner l'importance des idées. L'esprit imaginatif est à la source des solutions nouvelles, gages d'amélioration et d'avantage sur son voisin.
    Cela peut paraître trivial, mais ne l'est pas du tout. En France, pas un ministre de droite ou de gauche qui ne nous explique qu'il est «pragmatique». Il faut «coller au terrain» sous peine de passer pour un songe creux ou un idéologue. Moyennant quoi ce pragmatisme nous a conduits depuis un quart de siècle à lancer chaque année un nouveau plan de lutte contre le chômage, et en contrepoint des programmes de sauvetage des comptes sociaux tout aussi fréquents. A force de ne plus avoir d'idées propres on en est réduit à devenir des épigones, toujours en retard d'une guerre. Ainsi nos parlementaires n'hésitent-ils pas à se rendre en voyages organisés dans les pays scandinaves pour y découvrir des solutions mises en oeuvre il y a quinze ans ! La «TVA sociale» ou de la «flex-sécurité», censée associer mobilité du travail et protection sociale, remontent au début des années 90 au Danemark.
    Notre mépris des idées a pour rançon un bricolage permanent de la politique économique. Le pragmatisme rime avec le pire des opportunismes et l'opinion publique est condamnée à ne rien y comprendre. Qu'il s'agisse des 35 heures, de l'élargissement de l'Union européenne de mai 2004 ou du feuilleton en cours de la TVA à 5,5% dans la restauration – trois dossiers totalement différents mais ayant chacun des répercussions globales –, on chercherait en vain une étude préalable chiffrée à peu près complète de leurs conséquences pour l'économie française. Nos services administratifs n'en ont publiée aucune, si tant est que des chiffrages exhaustifs et contradictoires aient été menés.
    L'«impératif créatif» auquel nous convie le prochain forum de Davos est tout sauf un slogan creux. Il nous incite à faire confiance aux idées qui nous aideront à affronter le changement. Ce serait la seule façon de faire passer ces réformes dont on nous rebat les oreilles sans jamais nous en donner des justifications rationnelles.
    * Chroniqueur économique au Figaro.

  • Evo Morales, un Indien à Paris
    Amérique latine Le nouveau président bolivien doit rencontrer Jacques Chirac ce matin.
    Lamia Oualalou
    C'EST en pop star qu'Evo Morales, le nouveau président bolivien élu le 18 décembre, a été accueilli à Paris. Se frayer, hier, un chemin dans le petit auditorium du Centre d'accueil de la presse étrangère (Cape), où il rencontrait les journalistes, tenait de l'exploit. Tous voulaient approcher l'Indien qui, pour la première fois, s'est imposé à la tête d'un pays champion des discriminations.
    En bras de chemise, impressionné par le crépitement des flashs, Evo Morales a confessé n'avoir jamais «rêvé de tant de journalistes», encore moins «des paparazzi... mais je le dis gentiment !» «Beaucoup de gens sont venus voir un Indien en pensant peut-être que j'aurais des plumes !» «Mais ce n'est pas Evo Morales qui a gagné, ce sont les mouvements sociaux, pour changer l'histoire.» «c'est d'abord d'en finir avec l'Etat colonial, toujours en vigueur» «méfaits» «500 années» de colonisation, manifestement peu au fait des débats qui ont occupé l'Assemblée nationale française ces dernières semaines sur le sujet.de ces malgré les 180 années écoulées depuis l'indépendance. Le gaillard n'a cessé de revenir hier sur les L'enjeu, s'est-il amusé, avant de préciser : «Le temps n'est pas à la vengeance», a toutefois précisé Evo Morales, «mais à la refondation de la Bolivie.» Et de plonger dans l'histoire pour expliquer la colère de ceux qui l'ont porté au pouvoir dès le premier tour, du jamais-vu dans l'histoire du pays. «Mes parents étaient analphabètes, ils ont eu sept enfants, mais quatre sont morts avant d'atteindre un an, c'est banal dans la campagne.» Ce sont les «politiques néolibérales» qui ont maintenu le pays dans la misère, malgré la richesse de sa terre, estime Evo Morales. C'est pourquoi «l'Etat doit reprendre le contrôle de ses ressources naturelles.»
    Même s'il ne le cite pas, tout le monde pense au gaz, dont la Bolivie détient les deuxièmes gisements du sous-continent après le Venezuela. Alors qu'Evo Morales devait rencontrer hier le ministre français de la Coopération, son conseiller économique Carlos Villegas s'est entretenu avec des dirigeants de Total.
    La compagnie pétrolière française a compris que les règles devaient changer en Bolivie et qu'il faudrait céder une plus grande part des bénéfices à l'Etat, comme le plaidait déjà l'ancien gouvernement bolivien. Une loi votée hâtivement par le Congrès a déjà relevé les royalties de 18 à 50%, tacitement acceptées par les compagnies. Total a par ailleurs une carte à jouer, présentant moins de conflits d'intérêts que ses concurrentes. La brésilienne Petrobras et l'espagnole Repsol ont pendant des années poussé la Bolivie à vendre son gaz à un prix bradé à l'Argentine et au Brésil. Opérateurs majeurs dans ces deux pays, ils bénéficiaient directement de ces rabais.
    Coopération française
    Le président Jacques Chirac, qui recevra ce matin Evo Morales avant que ce dernier s'envole vers Pékin, devrait souligner son attachement à la «sécurité juridique». Mais conscient qu'il s'agit d'une élection majeure, Paris est disposé à aider la nouvelle équipe en transformant une partie de la dette bolivienne en financement de programmes sociaux.
    La France se propose aussi d'apporter son concours dans la formation des cadres, les proches d'Evo Morales n'ayant aucune expérience dans l'administration. «Mon élection ne fait pas fuir les pays étrangers, au contraire», s'est félicité hier le nouveau président, en revendiquant le droit de faire appel à «toutes les coopérations, sans diabolisation», de Paris à La Havane, de Madrid à Caracas.
    Brandissant les chiffres de la Cepal, l'antenne économique de l'ONU dédiée à l'Amérique latine, Evo Morales a fait remarquer que les plus forts taux de croissance en 2005 ont été enregistrés à Cuba, au Venezuela et en Argentine, «trois pays antinéolibéraux. Pourquoi mon équipe ne pourrait-elle pas travailler avec les leurs ?»

Haut de page

 




Libération, 06/01/06

 

  • Tentations
    L'hypothèse des modules
    Des objets en constante évolution et combinaison.

    Easy China, «rite culinaire imaginaire» à partir de céramique en feuille, Association des amis du fonds régional d'art contemporain Nord-Pas-de-Calais, Dunkerque (2005).

    (...)Le modulable ne serait plus alors le simple élément de mobilier «clin d'oeil», fonctionnant sur un système d'inversion pratique et ludique, au milieu d'un monde de codes et d'usages qui, eux, resteraient bien figés, il deviendrait plutôt le nouveau principe d'organisation des choses. Aller plus loin que la modularité autour d'une fonction, par exemple s'asseoir de façons différentes, avec une combinaison de poofs avec laquelle on peut manger, jouer, séparer, s'asseoir. «Superconic world» est une étape encore plus expérimentale. Le module constitue une matière à s'approprier pour modifier son environnement. Lors d'un workshop avec des étudiants à Rio au Brésil, j'ai proposé de pousser jusqu'au bout la logique du module. Le cône était décliné dans plusieurs univers, celui du végétal, de l'animal, des gestes quotidiens jusqu'aux habitants. L'accumulation et la combinaison des formes, ainsi travaillées, deviennent des sources pédagogiques très riches et présentent un potentiel participatif énorme. Cette trame permet aux élèves de faire travailler leur imaginaire, de sortir des références et les fait rentrer dans une matière de réflexion malléable, qui pourra au final se concrétiser dans des contextes différents : un univers graphique pour un jeu vidéo, une lampe flexible, un vêtement-carapace...

Haut de page



 

La Tribune, 06/01/06

  • Encore de beaux jours pour les émergents
    Plus de 88 % pour le marché russe, 83 % pour le Caire, 54 % pour Séoul... Les performances 2005 de certains marchés dits émergents donnent le vertige. Une fois encore, l'abondance des liquidités, la hausse des cours des matières premières et la vigueur de la croissance mondiale ont permis à ces zones d'atteindre des sommets. A tel point que les investisseurs s'interrogent sur l'échéance d'un éventuel repli et se montrent plus neutres en termes d'allocation d'actifs.

    Selon plusieurs experts, et notamment ceux de Meeschaert, "le principal risque se situerait cette année dans une remontée cette fois plus inattendue, mais logique, des taux obligataires. L'amplitude est difficile à quantifier mais ce mouvement coïnciderait également avec une tension sur les volatilités". Un argument que tendent à relativiser d'autres sociétés de gestion toujours positives sur cette zone. "Ce genre de raisonnement était vrai dans le passé : les taux atteignaient un pic, et les émergents commençaient à sous-performer, explique Mickael Tricot, spécialiste de la zone chez Crédit Agricole AM, mais aujourd'hui ces pays sont pour la plupart créditeurs nets. Ils devraient donc moins pâtir de la hausse des taux."

    Les atouts de l'Asie. Par ailleurs, les cours se sont appréciés, certes. Mais la décote de valorisation persiste par rapport aux Bourses des pays développés, ne serait-ce que parce que la croissance des profits est globalement plus forte dans les émergents. "Nous restons toujours positifs en termes de performances relatives par rapport aux pays développés et plus prudents sur les performances absolues", résume le gérant de CAAM.

    Pays riches en ressources naturelles, le Brésil et la Russie devraient cette année encore avoir le vent en poupe. D'une part, la dépréciation de la devise brésilienne devrait constituer un atout pour entrer sur le marché des actions. De l'autre, la Russie devrait continuer de bénéficier d'un pétrole cher, les revenus pétroliers dopant la consommation intérieure.

    En Asie, les investisseurs restent attentifs aux banques, notamment en Inde et en Indonésie où les taux d'endettement des ménages sont bas. Mais également aux secteurs liés à la consommation domestique. Certains marchés comme Taiwan et la Corée du Sud à forte coloration technologique sont également plébiscités.

    M. B.

Haut de page


 

 


Les Echos, 06/01/06

  • Equipement - CONSTRUCTION MECANIQUE
    Legris vend une de ses deux grandes divisions au néerlandais Aalberts

    Le groupe rennais a annoncé hier la cession de sa filiale de raccords de plomberie pour l'eau et le gaz dans l'habitat à Aalberts Industries. Elle représentait environ 40 % de son chiffre d'affaires. Sa taille était jugée insuffisante. 
    DE NOTRE CORRESPONDANT À RENNES.

    Legris Industries change de profil. Le groupe de mécanique a annoncé hier la vente de sa filiale lyonnaise Comap au néerlandais Aalberts Industries. Une décision lourde, puisque cette filiale qui est spécialisée dans les raccords de plomberie pour l'eau et le gaz dans l'habitat a enregistré un chiffre d'affaires de 180 millions d'euros en 2005, représentant près de 40 % de l'activité totale du groupe.

    La division vendue, qui compte 1.100 collaborateurs répartis entre 8 usines, dont 2 en Italie et 1 au Brésil, réalise 74 % de ses ventes à l'étranger. Elle se situait en 2004 au troisième rang européen dans son métier. « Mais la concentration des acteurs du secteur exigeait un rapprochement avec un partenaire international, explique Hugues Robert, le directeur général de Legris Industries. Nous avons aussi étudié les conditions d'achat d'un concurrent, mais ce n'était pas dans nos moyens financiers. »

    Le choix du rennais s'est porté sur Aalberts Industries, qui présente des activités commerciales géographiquement complémentaires. Comap est ainsi très présent au Benelux et en Europe du Sud. Aalberts Industries, qui réalise 54 % de ses 900 millions d'euros de chiffre d'affaires dans ce type de produits, est surtout puissant en Europe du Nord et en Amérique du Nord.

    Métier d'origine conservé
    Le montant de la cession n'a pas été communiqué, mais Legris Industries, dont le chiffre d'affaires 2005 avoisinera les 470 millions d'euros contre 440,5 millions en 2004, entend réinvestir une partie des fruits de cette vente « dans de nouvelles activités industrielles avant la fin de 2006 », sans en préciser la cible.

    Le groupe de mécanique, dont les familles Legris et Jacob contrôlent 67 % des actions depuis sa sortie de la Bourse en mars 2004 - le restant étant principalement partagé entre deux fonds financiers - veut rapidement rattraper le chiffre d'affaires perdu avec la cession de Comap. Il conserve son métier d'origine de fabrication de raccords industriels, qui représente 200 millions d'euros d'activité par an. Il est aussi à la tête de la société Savoye (61 millions d'euros de chiffre d'affaires) dédiée à la logistique. Quant à Legris Autoligne, sa filiale de fabrication de raccords pour l'automobile (30 millions d'euros de chiffre d'affaires), elle est à vendre depuis plus d'une année. « Elle n'entre plus dans notre stratégie et son poids est insuffisant au regard du marché », indique Hugues Robert.

    STANISLAS DU GUERNY

Haut de page




 

Les Echos, 05/01/06

  • EQUIPEMENTIER DE TELECOMMUNICATIONS - SERVICES
    Alcatel se renforce au Brésil
    Alcatel a annoncé hier l'acquisition du fournisseur brésilien de solutions pour les centres d'appels GMK, pour un montant situé entre 10 et 20 millions d'euros. « Cette acquisition est un grand pas en avant dans le développement de nos activités entreprise au Brésil », a indiqué Jonio Kahan Foigel, président des activités de l'équipementier télécoms au Brésil. Fondé en 1984, GMK emploie environ 100 personnes. La société compte plus de 100 clients, « avec une forte présence dans les secteurs de services financiers et de l'externalisation ».

Haut de page



 

Le Figaro, 05/01/06

  • Pour rembourser le FMI, l'Argentine s'endette au prix fort
    AMÉRIQUE LATINE Buenos Aires a versé mardi près de 10 milliards de dollars à l'institution de Washington
    Lamia Oualalou

    «GARÇON, L'ADDITION !» En faisant sa une d'un montage photo représentant le président Nestor Kirchner demandant la facture à Rodrigo Rato, le directeur du Fonds monétaire international (FMI) affublé d'un tablier de serveur, le quotidien Pagina 12 exprime bien la jubilation de la majorité des Argentins. Depuis mardi 16 h 30 GMT, Buenos Aires ne doit plus rien au FMI, après avoir remboursé 9,53 milliards de dollars. Le président argentin l'avait annoncé lui-même le 15 décembre, deux jours après une décision analogue du Brésil.

    Si les départs de ses deux principaux «clients» sont un coup dur pour le FMI – dont le rôle est remis en cause – ils n'ont pas les mêmes implications. En tournant la page, Brasilia clôture un chapitre plutôt réussi d'intervention du FMI. En débloquant dans l'urgence 30 milliards de dollars en août 2002, l'organisme international avait mis fin aux spéculations lancées à la veille de l'élection de Luiz Inacio Lula da Silva. Le FMI s'est alors montré, c'est assez rare pour le signaler, fidèle à la philosophie de la Conférence de Bretton-Woods qui avait consacré sa naissance en 1944 : résoudre les crises de liquidités à court terme d'un pays. Le Brésil, qui souffre par ailleurs d'une croissance anémique, peut aujourd'hui se vanter de réserves confortables (67 milliards de dollars) et d'un taux de change stable. En rompant avec le FMI, mais aussi en transformant sa dette en dollars en des prêts contractés en reals dans le pays, il est moins vulnérable aux chocs extérieurs.

    Le cas argentin est tout autre. Le FMI y a multiplié les erreurs, oscillant entre complaisance et dureté inadaptée, en particulier en 2002, quand plus de la moitié de la population était tombée sous le seuil de pauvreté. Surtout, l'institution multilatérale avait abandonné son rôle de prêteur à court terme pour se transformer en tuteur.
    Débitrice du Venezuela

    Rembourser le fonds, a déclaré Nestor Kirchner, c'est «récupérer l'autonomie dans les décisions économiques». Un symbole, mais un argument en grande partie faux : cela fait longtemps que les recommandations du FMI n'ont plus aucun poids en Argentine. La restructuration de la dette, effectuée à la hussarde en mars dernier en témoigne. Depuis août 2004, Buenos Aires n'avait d'ailleurs plus d'accord avec le Fonds.

    Le prix de l'émancipation pourrait d'ailleurs se révéler élevé. Le gouvernement a dû faire appel aux réserves de la Banque centrale, qui, grâce au boom des exportations, ont triplé depuis 2002, pour atteindre 28 milliards de dollars. Pour rembourser la Banque centrale, le gouvernement va devoir s'endetter à un taux du marché, autour de 9%, contre les 4,2% qu'il payait au FMI. Buenos Aires se transforme aussi en débiteur de Caracas, qui a acheté pour 1,48 milliard de dollars d'obligations argentines depuis le début de l'année.

    «Mieux vaut s'endetter auprès de la Banque centrale ou d'un pays ami que de dépendre du FMI», dit-on au ministère de l'Economie argentin. Une chose est sûre : privé du classique bouc émissaire du FMI, le gouvernement de Nestor Kirchner va devoir prouver sa capacité à maintenir la croissance tout en s'attaquant à une inflation de 12,3% en 2005

Haut de page


 


 

Le Monde, 05/01/06

  • Gaz : la nouvelle ruée vers "l'or bleu"

    Le gaz pourrait devenir au XXIe siècle ce que le pétrole fut dans les dernières décennies du siècle précédent : une source intarissable de conflits et une arme politique redoutable entre les mains de grands pays producteurs comme la Russie et l'Iran. La crise russo-ukrainienne — marquée par l'arrêt de la livraison de gaz russe à Kiev entre le 1er et le 3 janvier — n'a fait que confirmer la dimension hautement stratégique du secteur de l'énergie. Mais elle s'inscrit aussi dans un contexte plus large où l'ouverture des marchés, la concurrence accrue, l'émergence de producteurs peu accommodants avec l'Occident et l'épuisement programmé des réserves pose désormais crûment la question de la sécurité des approvisionnements énergétiques.

    UNE ÉNERGIE À L'AVENIR PROMETTEUR.
    Moins polluant que le charbon et le pétrole, le gaz répond aux contraintes imposées par le protocole de Kyoto sur la réduction des émissions de CO2 et autres gaz à effet de serre. Il est aussi plus abondant que l'or noir : les experts estiment les réserves prouvées à soixante-six ans (contre quarante ans pour le pétrole) au rythme actuel de production et avec les technologies connues. Elles sont "probablement sous-évaluées", pense Jean-Marie Chevalier, directeur du Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières (Paris-IX-Dauphine), car les compagnies ont très longtemps privilégié l'exploration pétrolière au détriment du gaz. Il arrivait même qu'elles brûlent le gaz découvert dans un réservoir de pétrole brut !
    Le gaz est promis à un bel avenir. "Sa consommation devrait progresser à un rythme annuel de 2,3 % d'ici à 2030 et presque doubler pour atteindre 4 900 milliards de mètres cubes", écrit Fatih Birol, économiste en chef de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), dans le World Energy Outlook 2004, le panorama mondial qu'il réalise chaque année pour cette agence rattachée à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Sa progression serait plus rapide que celle de l'hydraulique (1,8 %), du pétrole (1,6 %), du charbon (1,5 %) et du nucléaire (0,4 %). Répondre à une telle demande, ajoute M. Birol, nécessitera des investissements colossaux qu'il a chiffrés à 100 milliards de dollars par an (dont la moitié dans l'exploration-production).
    Les majors l'ont bien compris. De simples pétroliers — ExxonMobil, Shell, BP, Total, Chevron ou Eni — sont devenus des groupes pétro-gaziers qui investissent des sommes énormes (moins qu'elles le voudraient et le pourraient) dans l'exploitation des grands gisements, aux côtés des compagnies nationales russes, iraniennes, qataries, algériennes ou libyennes.
    Trois des sept "projets structurants" de Total pour 2010-2030 sont menés dans le secteur du gaz (Iran, Yémen et Qatar). Le groupe français joue aussi des coudes dans la cour des multinationales afin d'être retenu par les Russes pour "opérer" les gisements géants de la mer de Barents. Si Chevron a déboursé 14 milliards d'euros pour acquérir Unocal, c'est en partie pour les réserves de gaz détenues par la compagnie californienne en Asie centrale. Shell a investi 20 milliards de dollars dans Sakhaline (pétrole et gaz), le méga-projet de l'Extrême-Orient russe. De nombreuses compagnies se renforcent aussi sur la chaîne du gaz naturel liquéfié (GNL), qui leur donne beaucoup de souplesse et leur permet de vendre ces cargaisons au prix fort quand le marché du gaz s'emballe. Ce GNL expliquera l'essentiel du triplement du commerce du gaz à l'horizon 2030, note l'AIE.

    UN USAGE CROISSANT DANS LA PRODUCTION D'ÉLECTRICITÉ.
    Les particuliers ne sont pas seuls à utiliser le gaz. Il prendra une part croissante dans la production d'électricité. L'AIE estime qu'en 2030 35 % du courant produit dans le monde devraient provenir de centrales fonctionnant au gaz (contre 15 % en 2002). Tous les grands groupes d'électricité, des français EDF et Suez aux allemands E. ON-Ruhrgas et RWE, à l'italien Enel et à l'espagnol Endesa, relancent l'investissement dans ce secteur. Tout comme les nouveaux venus dans la fourniture d'électricité : l'indépendant Poweo envisage la construction de plusieurs centrales au gaz dans les prochaines années.
    Les centrales au gaz sont moins longues et moins coûteuses à construire que d'autres types de centrales et constituent une solution de transition pour la production d'électricité, dont la demande va elle aussi croissant. Elles ont un autre avantage, sans doute plus décisif : elles ne suscitent pas de véritable rejet dans l'opinion, un sentiment qui constitue le principal obstacle à la relance du nucléaire dans les pays démocratiques. "Le gaz n'est pas en situation de monopole et on peut lui substituer d'autres sources d'énergie, nuance M. Chevalier : il devra donc être compétitif par rapport à d'autres sources d'énergie." Une hypothèque, reconnue par l'AIE, qui pèse sur son développement futur, même si l'accroissement de la demande est tel que toutes les sources d'énergie ont désormais leur place.
    Le recours au gaz progressera, moins fortement, dans l'industrie (comme matière première ou combustible). Mais il sera soumis, là aussi, à l'arbitrage sur les prix que ses utilisateurs réaliseront en regardant les autres sources d'énergie.

    DES ETATS PROPRIÉTAIRES DES RESSOURCES GAZIÈRES.
    A l'exception des Etats-Unis, où le propriétaire du sol l'est aussi du sous-sol, les grands pays producteurs ont gardé la propriété des ressources souterraines, à commencer par des pays comme la Russie ou l'Iran, où le secteur public reste prépondérant. Les hydrocarbures leur appartiennent, et ils sont exploités par de grandes compagnies nationales qui passent des contrats d'exploitation avec des firmes internationales : celles-ci bénéficient de concessions ou signent des contrats de partage de production aux termes desquels les pays rémunèrent les compagnies étrangères pour leurs investissements en barils de pétrole ou en milliers de mètres cubes de gaz. Seuls les stocks dits "stratégiques" appartiennent aux Etats consommateurs, voire à certaines compagnies privées.
    Les tensions portent donc moins sur la propriété du sous-sol et des réserves que sur le partage des revenus tirés du gaz, comme l'ont montré, ces dernières semaines, les conflits ouverts entre les compagnies pétrolières et deux pays latino-américains, le Venezuela et la Bolivie. Le président vénézuélien, Hugo Chavez, leur a arraché une hausse des impôts et des royalties versés pour l'exploitation des pétroles lourds de l'Orénoque. Porté à la présidence de la Bolivie, le 18 décembre 2005, Evo Morales a promis, durant sa campagne, une "nationalisation des hydrocarbures", à tout le moins une renégociation des contrats signés avec les 26 compagnies opérant dans un pays riche de la deuxième réserve gazière d'Amérique latine, après le Venezuela. M. Chavez et M. Morales alimentent et répondent à la fois à la demande d'une population pauvre qui se dit "spoliée" de son bien le plus précieux par de grandes compagnies européennes ou nord-américaines "prédatrices".

    UN APPÉTIT CROISSANT DES PAYS ÉMERGENTS.
    Ce sont bien ces pays — surtout en Asie — qui connaîtront la plus forte croissance annuelle de la demande dans les vingt-cinq ans à venir, notamment pour produire de l'électricité, soulignent les experts de l'AIE : le Brésil (5,8 %), la Chine (5,4 %), l'Inde et l'Afrique (5 %) arriveront en tête, suivis par des pays d'Amérique latine (4,1 %), d'Asie (3,8 %), l'Indonésie (3,1 %) et le Moyen-Orient (2,8 %). Au total, la demande du monde en développement progressera de 3,9 % par an, alors que celle des pays riches de l'OCDE n'augmentera que de 1,6 %. C'est pourquoi la Chine et l'Inde lorgnent sur les énormes réserves russes et iraniennes, tout comme le Japon et la Corée du Sud, tandis que le Brésil recherche le gaz du Venezuela et de Bolivie. Tous ces pays déploient une intense activité diplomatique et commerciale pour orienter vers eux gazoducs et oléoducs.

    UN ENJEU GÉOPOLITIQUE RENFORCÉ PAR LA CRISE RUSSO-UKRAINIENNE.
    Avant la crise russo-ukrainienne (de vives tensions étaient déjà apparues en 1993), le monde n'avait encore jamais connu de grandes batailles gazières prenant une dimension géopolitique. Même si ses conséquences sont sans commune mesure, le geste de Moscou sonne comme la réplique, à trente-deux ans de distance, de l'embargo décrété en 1973 par les pays de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) contre les Etats "amis d'Israël". De fortes tensions étaient aussi apparues dans les années 1980, quand les Etats-Unis avaient cherché à empêcher les Européens d'acheter du gaz de l'autre côté du rideau de fer. Ces derniers avaient fini par faire prévaloir leurs intérêts, et la Russie s'est montrée un partenaire dur en affaires lors de la négociation des prix, mais d'une grande fiabilité. "Entre 1980 et 2005, il n'y a jamais eu d'interruption d'approvisionnement entre la Russie et l'Europe", rappelle M. Chevalier, qui juge que la confiance doit régner dans un domaine où les contrats d'approvisionnement portent sur des durées pouvant dépasser vingt ans.
    Les vrais points de friction géopolitiques apparaissent sur le tracé des "tuyaux" par lesquels transitent le gaz et le pétrole. Quand Moscou a décidé la construction d'un gazoduc reliant directement la Russie à l'Allemagne en passant sous la mer Baltique, le projet a soulevé l'indignation des pays baltes et de la Pologne, privés des droits de transit du gaz. Dans l'est de la Russie, Chine et Japon s'affrontent pour être le débouché prioritaire des nouveaux pipelines en provenance de Sibérie. Plus modestement, le tracé du gazoduc entre le Venezuela et l'Argentine, via le Brésil, suscite la colère de la Bolivie, qui a été contournée.
    La guerre du gaz porte, enfin, sur les voies maritimes et les zones où l'on pourrait découvrir de nouveaux gisements d'hydrocarbures. Ainsi l'Arctique fait-il l'objet de tensions entre les Etats-Unis et le Canada, la Norvège et la Russie (mer de Barents), le Danemark et le Canada (île de Greenland). L'Agence américaine US Geological Survey estime qu'un quart des ressources énergétiques restant à découvrir sur la planète gît dans les zones arctiques.
    Si la calotte glaciaire fond sous l'effet du réchauffement climatique, de nouvelles zones d'exploration d'hydrocarbures et de nouvelles routes pour le transport maritime s'ouvriront. Une ruée vers "l'or bleu" se prépare. Et, avec elle, d'inextricables conflits.

    Jean-Michel Bezat

    Chronologie
    1650. Philip Shirley présente à la Société royale de Londres la découverte d'une source de biométhane appelé "gaz des marais".
    1784. Jean-Pierre Minkelers, professeur à l'université de Louvain, traite la houille par pyrogénation et obtient des "fumées", à la fois capables de gonfler un ballon et de produire une flamme lumineuse. Il publie son Mémoire sur l'air inflammable tiré de différentessubstances. Des ateliers sont équipés de cette nouvelle source d'éclairage.
    1790.Philippe Lebon, en France, et William Murdoch, en Angleterre, réalisent des expérimentations à partir de la houille, menant aux débuts de l'industrie gazière.
    1796. Philippe Lebon invente la Thermolampe, à la fois capable d'éclairer et de chauffer.
    1814. Les rues du quartier de Westminster, à Londres, sont éclairées au gaz.
    1816. Installation à Paris de l'éclairage public au gaz. Berlin et Hanovre sont pourvues dix ans plus tard.
    1835. Mise au point du premier appareil de cuisson au gaz.
    1920-1930. Découverte de gisements de gaz naturel aux Etats-Unis et en Europe (dans la plaine du Pô notamment), qui remplace de plus en plus le gazde ville tiré du charbon pour les besoins industriels et domestiques.
    1957. Découverte du gisement de Lacq, en France, puis, en 1959, de celui de Groningue, aux Pays-Bas. Débuts de l'exportation par gazoduc. Le gaz naturel représente 2 % de la consommation en Europe occidentale, contre 27 % aux Etats-Unis.
    1964. L'Europe se tourne de plus en plus vers le gaz naturel. Le milieu des années 1960 est marqué par le développement de la production de Groningue et des importations de gaz en provenance d'URSS, de Norvège et d'Algérie.
    1973. Accord sur la construction du gazoduc pouvant exporter du gaz algérien vers l'Europe, le Transmed. Il ne devient opérationnel qu'en 1983.
    1980. L'administration américaine tente d'empêcher la construction de gazoducs pour l'acheminement du gaz russe vers l'Europe des Quinze. En 2002, celle-ci a importé 74 milliards de m3 de gaz russe, soit 19 % de sa consommation.

  • A Los Yungas, le combat des cocaleros

    23 km de La Paz, centre politique de la Bolivie, un panneau publicitaire annonce le poste de police de La Rinconada. L'image d'une jeune Indienne souriante avec son bébé sur le dos tente de convaincre les passants que "la lutte contre la drogue est l'affaire de tous". Financée par les Etats-Unis, La Rinconada surveille l'accès à Los Yungas (département de La Paz), la seule région de Bolivie où les plantations de coca sont autorisées, dans certaines limites.
    Le paysage est minéral, un peu sinistre malgré la beauté froide des pics de neige éternelle qui dominent. D'un côté de la route, de modestes débits de boisson. De l'autre, les bâtiments neufs d'une caserne inachevée qui a suscité la protestation des organisations paysannes. "La Rinconada n'est pas une garnison militaire, mais un poste de police", explique le lieutenant Valdivia, à la tête d'une trentaine d'agents, dont quelques femmes, tous en treillis, mais sans armes apparentes. "Notre objectif n'est pas la répression, mais la prévention", ajoute l'officier. Un bureau des "droits de l'homme" veille au respect de la procédure.
    Pour se déplacer dans la région de Los Yungas, les automobilistes doivent se munir avant de partir d'une autorisation de la police. Toute cargaison de coca est accompagnée d'une feuille de route spécifiant le nombre de sacs transportés, leur origine et leur destination. A La Paz, les gros baluchons arrivent à Villa Fatima, le seul marché légal pour la commercialisation de la célèbre feuille verte. Trois étages de hangars peints en vert et qui sentent bon cette plante aromatique, dont l'infusion, le maté de coca, accueille partout dans les hôtels les touristes frappés du malaise de l'altitude, le soroche.
    Mais entre La Rinconada et Villa Fatima, un tiers des cargaisons "légales" disparaissent, et se retrouvent détournées vers l'élaboration de la cocaïne. Des laboratoires clandestins ont été démantelés à El Alto, la ville-dortoir perchée au-dessus de La Paz. On l'aura compris, la feuille de coca, en tant que telle, n'est pas illégale. Tant qu'elle n'est pas macérée et transformée en pâte, destinée à être mélangée aux produits chimiques "précurseurs" nécessaires à la fabrication de la drogue, sa détention n'est pas passible de poursuites. La Bolivie est le troisième producteur mondial de cocaïne, derrière la Colombie et le Pérou. Mais la "poudre" bolivienne est moins chère et de meilleure qualité.
    Parsemée de petites croix blanches plantées en souvenir des victimes du voyage, la route qui mène aux Yungas est officiellement considérée comme "la plus dangereuse du monde". A 30 km/h, le trajet reste risqué. Une voie unique, étroite, oblige les conducteurs à des replis constants, pour céder la place aux camions ou autobus qui avancent en sens inverse. Ici on roule à gauche, pour éviter que les poids lourds dévalent le ravin. En descendant des 4 000 mètres d'altitude de La Paz à moins de 1 700 mètres, le paysage et le climat changent. La chaleur et la poussière remplacent le froid sec et la pierre nue. Par endroits, la montagne ruisselle en permanence. En bas, on aperçoit le fleuve Caranavi. En haut, on découvre les plantations de coca à flanc de montagne.
    "Les plants de coca sont cultivés à Los Yungas depuis l'époque des Incas", explique le député Dionisio Nuñez, élu de la région. Mâcher ces feuilles permet de tromper la faim et de travailler du lever au coucher du soleil sans s'arrêter. Le Mouvement pour le socialisme (MAS, gauche), la formation d'Evo Morales, est né parmi les cocaleros de Los Yungas et du Chapare (département de Cochabamba), à la suite de leur résistance contre les programmes d'éradication inspirés par les Etats-Unis.
    Dionisio Nuñez est intarissable sur les vertus nutritives et médicinales de la feuille sacrée des Andes. "J'ai dénombré 45 produits dérivés", assure-t-il : de la farine pour fabriquer le pain, des biscuits ou des pâtes, le sirop contre la toux ou les pommades antidouleur. En 1961 cependant, une convention internationale a placé la coca parmi les plants illicites, avec le pavot ou le cannabis. "Je ne comprends pas, reprend le député du MAS. Au début, le Coca-Cola était destiné à concurrencer le vin Mariani qui était extrait de la coca. Comment se fait-il que le fabricant américain puisse importer la feuille, alors que les Boliviens sont empêchés de l'industrialiser et de l'exporter ?" Coca- Cola, dont la formule est restée secrète, affirme ne plus utiliser de coca pour son produit.
    Il n'empêche. Une législation bolivienne de 1988 limite les plantations à Los Yungas et tente de l'éradiquer partout ailleurs. Dès lors, le conflit s'est focalisé sur le nombre d'hectares nécessaires pour satisfaire la consommation traditionnelle locale. Une étude récente estime que 12 000 hectares suffiraient aux trois millions de consommateurs recensés, c'est-à-dire un peu plus de la moitié des Boliviens de plus de 12 ans. Or, la surface cultivée est actuellement de 27 000 hectares — 17 000 aux Yungas, 10 000 au Chapare. Avec cette seule différence, il y aurait de quoi fabriquer 90 tonnes de cocaïne.
    En 2004, le président centriste Carlos Mesa avait autorisé les agriculteurs du Chapare à planter 3 200 hectares à titre provisoire. En 2005, durant la campagne électorale, Evo Morales s'est engagé à pérenniser cette concession, à obtenir la dépénalisation internationale de la feuille de coca et la mise en valeur des plantations existantes. L'idée a suscité moult protestations, y compris parmi certains cultivateurs. "Les cocaleros de Los Yungas pâtiraient de la concurrence et de la baisse des prix", a réagi Eulogio Condori, de l'association des producteurs de La Paz. Dionisio Nuñez n'est pas d'accord : "Nous devons légaliser les 2 500 tonnes de coca vendues à l'Argentine en contrebande et explorer d'autres marchés, plaide-t-il. L'ambassadeur de Chine a emporté des sachets de maté de coca dans son pays, où ils ont trouvé une excellente réceptivité."
    Les Chinois adopteront-ils l'infusion des Andes ? Le patron de la force spéciale de lutte contre le trafic de stupéfiants, le colonel Luis Caballero qui est aux "stups" depuis seize ans, sourit. "Le problème est politique, social et économique", concède-t-il.
    Au marché de Villa Fatima, un sac de 25 kilos de coca peut atteindre 20 dollars. Les trafiquants de drogue payent dix fois plus. Dans des régions où la présence de l'Etat est faible, comment le cultivateur pourrait-il résister ? "En Bolivie, il n'y a ni cartels, ni grandes organisations criminelles, poursuit le colonel Caballero. Mais les Mexicains commencent à prendre des contacts, à cause de leurs difficultés d'approvisionnement en Colombie." Un trafiquant sur huit appréhendés en Bolivie est étranger.
    "Financés à 95 % par les Etats-Unis, les stups sont inféodés aux Américains", s'insurge Juan Ramon Quintana, ancien militaire et expert en sécurité publique auprès d'Evo Morales. Avec 1 700 agents bien équipés (sur 23 000 policiers boliviens) les "stups" sont une force d'élite. Le coordinateur de la DEA (l'agence antidrogue américaine) pour la région andine, Alex Romero, est basé à La Paz. Mais depuis la victoire électorale de la gauche et de Morales, le 18 décembre 2005, l'ambassade des Etats-Unis a adopté un profil bas. Ce qui n'empêche pas les Boliviens de dénoncer une chancellerie pléthorique qui compte, selon de bonnes sources, au moins 800 personnes. Sur les 150 millions de dollars d'aide américaine au pays, les deux tiers sont destinés à la lutte contre la drogue, un tiers sous forme de soutien aux "stups", l'autre pour financer les cultures alternatives.
    Pourtant, les Etats-Unis ne sont plus le débouché de la drogue bolivienne, exportée à 80 % vers l'Europe et à 20 % vers le Brésil. Les Américains attribuent cette évolution à l'éradication effectuée au Chapare, et craignent qu'un relâchement de la pression ne réactive les circuits à destination de leur territoire. Pour s'affranchir de la tutelle de Washington, M. Quintana prône un redéploiement de la coopération policière au profit des Brésiliens et des Européens, "qui ont une vision plus démocratique". Sans écarter l'approche multilatérale, les Américains et leurs alliés boliviens avaient fait de la lutte antidrogue leur chasse gardée. Rien ne prouve que l'Union européenne soit disposée à assumer sa part au nom de la "responsabilité partagée" entre producteurs et consommateurs. Des vingt-cinq pays de l'UE, trois seulement (Espagne, France et Italie) entretiennent des attachés de sécurité intérieure à La Paz.
    Pour l'heure, la ville de Caranavi, à 160 km de La Paz, est enfouie dans une torpeur moite. Des panneaux annoncent la "capitale du café bolivien", mais Rosendo Vargas ne se fait point d'illusion. Quittant la permanence du MAS pour prendre cérémonieusement place à son bureau de dirigeant de la fédération agraire, il explique : "La baisse des prix du café a provoqué une multiplication des plants de coca. Un "cato" (40 mètres sur 40) suffit à nourrir une famille. Contrairement au café, la coca ne nécessite pas beaucoup de soins. Et elle produit trois récoltes par an, voire quatre."
    Les paysans de Caranavi comptent sur le compañero Evo Morales pour trouver de nouveaux marchés et transformer le poste de police de La Rinconada en centre de recherche universitaire. En attendant, Rosendo Vargas vante la qualité de la production locale : "A Los Yungas, nous utilisons moins de produits chimiques qu'ailleurs. La feuille de coca est plus écologique."

    Paulo A. Paranagua

  • Reed Brody, chasseur de dictateurs


    Petit, il tapissait les murs et le plafond de sa chambre de cartes de géographie. Dans le bureau de Bruxelles où il vient de s'installer, il possède déjà un planisphère sur lequel il s'apprête à punaiser le portrait de tous les dictateurs, tortionnaires et tueurs à grande échelle qu'il rêve de voir juger. Il n'y a plus de place pour les visas sur les pages de son passeport et sa table de travail est constellée de billets d'avions et de taxis du monde entier. Ce juriste new-yorkais est un chasseur de super-voyous, un héraut du métier qui fait rêver les âmes jeunes et belles : l'humanitaire. Reed Brody est un good guy qui veut régler leurs comptes à tous les bad guys de la terre.
    Si ce quinquagénaire à la carrure de lutteur s'installe, ces jours-ci, dans la capitale belge, c'est pour prendre la tête du bureau européen de Human Rights Watch, l'ONG américaine parfois baptisée "HRW Inc." : la redoutable efficacité de ses 200 collaborateurs, sa prétendue agressivité dans la collecte de dons, son habileté à utiliser les médias font grincer des dents. Pas question de critiquer les confrères, mais un cadre britannique d'Amnesty International lâche quand même que sa propre organisation a, "apparemment, un fonctionnement plus démocratique".
    Reed Brody explique sans rancune comment la vocation lui est venue. "A New York, on m'a mis un tract d'Amnesty entre les mains, et je me suis dit : voilà ce que je veux faire !" Pari gagné, "le ministre d'Etat sans portefeuille de Human Rights Watch", comme il aime à s'appeler, enchaînera les succès.
    En 1985, avant d'intégrer l'organisation qui s'appelle alors America's Watch, il dénonce le scandale du financement des "contras" nicaraguayennes par l'administration de Ronald Reagan. Il mène cinq mois d'enquête financés par un héritage familial et recueille 200 témoignages sous serment ; il a passé auparavant quatre ans dans les bureaux du procureur de l'Etat de New York et sait comment se monte un dossier d'accusation. Ses témoins racontent 24 épisodes d'attaques contre des civils. La consécration vient lorsque le président Reagan le dépeint publiquement comme "un agent sandiniste". Il va aussi figurer à la "une" du New York Times. Il a confié ses informations au quotidien dix jours plus tôt. "Je sais comment travailler avec la presse", explique-t-il.
    Sa cible suivante sera le général Pinochet. Il va passer des mois à tenter d'obtenir l'extradition vers l'Espagne de "l'icône des dictateurs". Le tyran chilien est visé par diverses plaintes, à Madrid comme à Bruxelles. En 1999, à Londres, la Chambre des lords suit Brody et rejette la demande d'immunité de Pinochet. Seule une décision politique d'autoriser le vieux général, prétendument malade, à rentrer à Santiago, lui permettra d'échapper à ses juges. "Dans cette défaite, il faut voir une victoire de Brody : ce précédent a interdit à tous les despotes de se croire intouchables", commente un membre de l'entourage de Louise Arbour, haut-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU.
    L'ex-magistrate canadienne ne s'y est pas trompée : elle aurait voulu, récemment, que le vice-président de Human Rights Watch devienne son bras droit. Il se voyait bien retrouver la quiétude de Genève, où il vécut de 1987 à 1992, lorsqu'il intégra la Commission internationale des juristes, qui milite dans le monde pour l'indépendance du pouvoir judiciaire. Genève, alors ? Non, Bruxelles.
    C'est le sort d'un autre dossier qui en a décidé ainsi, celui de l'ancien dictateur tchadien Hissène Habré. Des victimes ont déposé plainte auprès d'un juge d'instruction belge sur la base de la loi de compétence universelle. A N'Djamena, Reed Brody a retrouvé, dans les archives de la police, les preuves de la cruauté d'un régime qui a tué des dizaines de milliers de personnes. En résidence surveillée au Sénégal, Hissène Habré ne sera sans doute jamais jugé en Afrique, mais HRW espère obtenir son extradition vers la Belgique. "Des victimes ont logé chez moi, à New York, et mon fils sait, désormais, pourquoi son père se bat", explique Brody.
    Est-ce la chance, le talent, la leçon de sa passion, le jeu d'échecs ? "Il semble, en tout cas, avoir toujours un coup d'avance", commente l'un de ses amis. En 2004, il a été le premier à parler du sort des détenus à la prison irakienne d'Abou Ghraib, puis des mystérieuses disparitions de prisonniers d'Al-Qaida. Il évoque alors le cas de 11 terroristes et les itinéraires de mystérieux vols organisés par la CIA. "A l'époque, cela n'avait pas frappé grand-monde. Ce n'est que lorsqu'on a parlé de centres de détention en Europe, ce que j'ignorais au départ, que l'affaire a pris sa vraie dimension."
    S'il s'installe au coeur de l'Europe, Reed Brody ne veut toutefois pas devenir l'Américain qu'on apprécie parce qu'il "tape sur son pays". "Quand j'entends certains Européens s'en prendre à Washington pour se donner bonne conscience, sourit-il avec un accent new-yorkais affirmé, j'ai envie de défendre mon pays." Le défendre ? Jusqu'à un certain point, car on ne refait pas une vie marquée par trente années de contestation et deux événements selon lui déterminants : la Fête de l'Huma, lors d'un premier séjour en France, et la découverte, en Bolivie, des conditions de travail dans les mines de Potosi, où l'espérance de vie est de 39 ans.
    Il s'installe à Bruxelles, mais rêve de deux endroits : le Brésil et la forêt américaine où l'un de ses amis possède une cabane. Mais demain il sera en Afrique avant de faire un crochet par New York. "Polyglotte et voyageur : je suis, enfin, le fils de mon père." Ment-il parfois comme lui, pour la bonne cause ? Ervin Brody, docteur en langues slaves de Columbia, tricha sur son âge pour pouvoir enseigner jusqu'à 80 ans.
    Ce qu'il veut c'est, en fait, initier son fils Zacharie, 5 ans, à autre chose que la survalorisation de "l'argent, du business, de la carrière". Il n'est pas mécontent que Zacharie, en quittant les Etats-Unis, "échappe aux fausses valeurs de la société de consommation à outrance". Myriam, sa femme, une infirmière brésilienne qu'il a rencontrée à Vienne en 1992, lors d'une conférence où elle défendait des femmes tibétaines, lui décrit trop souvent les ravages de l'ultra-libéralisme dans le domaine de la santé.

    Jean-Pierre Stroobants

    Parcours
    1953
    Naissance à New York.
    1985
    Publie un rapport qui dénonce la politique de l'administration Reagan au Nicaragua.
    1999
    Ses conclusions
    inspirent la Chambre des lords dans l'affaire Pinochet.
    2004
    Publie le rapport "La route d'Abou Ghraib" et les "disparus des Etats-Unis".
    2005
    Tente d'obtenir le jugement en Belgique de l'ancien président tchadien Hissène Habré. 

Haut de page
 



<< Début < Précédente 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Suivante > Fin >>

Résultats 1 - 9 sur 281
 
--> 'use strict';