Mulhouse.

L'alliée des cantons suisses...

(photo : Jean-Marie NICK)
Mulhouse : l'hôtel de ville Renaissance.

«Nous vinsmes disner à Melhouse, deux lieues, une petite ville de Souisse, quanton de Basle. M. de Montaigne y alla voir l'église ; car ils n'y sont pas catholiques. () Il prit plesir infini à voir la liberté et bonne police de ceste nation, et son hoste du Reisin revenir du conseil de ladite ville, et d'un palais magnifique et tout dor où il avoit présidé, pour servir ses hostes à table». Voici ce qu'écrivait, en 1580 et en une orthographe et grammaire "françoises" pas encore fixées, le sieur Michel de Montaigne, un des plus grands humanistes européens.
Mulhouse et son histoire ne peuvent pas se résumer en quelques lignes, même si les vestiges monumentaux médiévaux y sont rares et si la ville moderne ne traduit que difficilement sa splendeur passée.

(photo : Jean-Marie NICK)
Mulhouse : charte de la décapole aux archives de la ville. Mulhouse a été membre de la décapole entre 1354 et 1515.

La ville, dont l'étymologie est "La maison du Moulin", est mentionnée pour la première fois en 803. Protégée par les Hohenstaufen dès le XIIe siècle, Mulhouse devient ville vers 1222, au moment où sont érigés les premiers remparts qui seront achevés deux ans plus tard. En 1261, les bourgeois de la ville s'opposent à l'évêque de Strasbourg Walter de Hohengeroldseck, qui y construit un château fort. L'année suivante, cette citadelle est prise avec l'aide de Rodolphe de Habsbourg, et rasée.


Mulhouse : les armoiries représentant un moulin rappellent l'origine médiévale de la ville.

En 1308, la cité est promue ville d'Empire et en 1354, elle devient la plus méridionale des partenaires de la Décapole qu'elle quitte en 1515 pour faire alliance avec les treize cantons helvétiques d'alors.

La cité du Bollwerk.

En 1523, elle passe à la Réforme, et c'est donc tout à fait opportunément que Montaigne mentionne ce fait dans son « Voyage à travers l'Europe » d'où est extrait le passage cité plus haut.
L'artisanat textile (la première fabrique de toiles peintes est mentionnée en 1746), puis le développement commercial obligent Mulhouse à se donner en 1798 à la France par nécessité économique (voir ci-dessous). Jusque là et en raison de son statut particulier de ville alliée aux cantons suisses, Mulhouse avait vu son indépendance respectée par les rois de France, puis par les révolutionnaires.

(photo : Jean-Marie NICK)
Deux emblèmes mulhousiens : la tour du Bollwerk et la tour de l'Europe (image d'archives).

Dans l'excellent ouvrage de L. G. Werner (Topographie historique du vieux Mulhouse publié en 1949 par la Société d'histoire et de sciences naturelles de Mulhouse), il est rappelé que la vieille ville, de plan ovoïdal, avait 1200 m de long sur 450 m de large, et couvrait environ 33 ha.
Les remparts de 1222–1224 ont été rehaussés ou reconstruits en 1344, puis en 1395. À l'époque, la muraille a été dédoublée et complétée par de nouveaux fossés.
Werner, fort bien documenté, en fait la description suivante : «Le mur d'enceinte était construit en pierres calcaires tirées des carrières de Brunstatt. On utilisait rarement des blocs entiers ; en général, ils étaient détaillés en morceaux et couchés ensuite dans un mortier de première qualité. Le vide entre les parties extérieures et intérieures du mur était comblé de débris de pierres et de briques sur lesquels on coulait un ciment liquide

(photo : Jean-Marie NICK)
Mulhouse : vestiges des remparts nord intégrés dans l'habitat urbain.

Haut de 6,20 m, le rempart reposait sur des fondations pouvant aller jusqu'à 2,50 m et çà et là, assises sur des pilotis. Le mur soigneusement crépi était épais de 1,10 m à 1,60 m à la base et de 60 cm à 80 cm vers le haut. Il était équipé d'une galerie en encorbellement sur l'arrière de la muraille, servant de chemin de ronde. C'est vers le XVIIe siècle que sont apparues les premières maisons s'adossant au rempart. A partir du XVIIIe siècle, les bourgeois reçurent l'autorisation de percer des fenêtres dans les murs «à condition de les placer à une certaine hauteur du sol et de les munir d'un grillage


Mulhouse : le Bollwerk, d'après Kuven.

Une fresque sur le Sauturm.

De ses défenses, Mulhouse n'a pratiquement rien gardé mis à part quelques miettes de rempart, la tour-porte Nessel et la tour du Diable, ainsi que le Bollwerk, aujourd'hui à l'ombre de la monumentale Tour de l'Europe.
Rare bâtiment défensif de la ville à avoir survécu à la politique de la table rase des urbanistes modernes, symbole de l'indépendance médiévale de la ville et carte de visite de la métropole du sud du Haut-Rhin, la tour dite du Bollwerk n'a pas toujours porté cette dénomination qui caractérise, en fait, sa plus moderne finalité militaire : un bastion de défense équipé d'armes à feu. Le nom de Bollwerk (ou bastion) est attribué à d'autres tours dans le monde germanique. Le Bollwerk du Haut-Kœnigsbourg (sur le front ouest de la forteresse) est célèbre.
Intégrée dans le mur d'enceinte, la tour a porté différentes dénominations. Ainsi, à la fin du XIVe siècle, elle s'appelait Neunsteinerturm ; au siècle suivant, Hugo Walch Turm, du nom d'un noble mulhousien ; puis tour de l'Âne, en raison d'une enseigne de meunier voisine. À la fin du XVIIIe siècle, on trouve encore l'appellation Weisser Turm (à cause d'un crépi ou à cause d'une famille Weiss, habitant à proximité ?).

(photo : Jean-Marie NICK)
Mulhouse : le Bollwerk, tour flanquante du rempart.

Au XIXe siècle, elle est devenue le Sauturm pour l'unique raison que l'on parquait à ses pieds des porcs destinés à un abattoir voisin. Werner rappelle que «c'est sous ce nom peu approprié que la tour fut classée, le 6 décembre 1898, comme monument historique !»
Selon divers plans, elle aurait eu une forme rectangulaire, puis hémicylindrique. Jadis, son sommet était crénelé. Au XVIIIe siècle, le Bollwerk a été équipé d'un toit à quatre pentes et en 1840, d'un clocheton et d'une petite cloche ainsi que d'une horloge. En 1892, le toit devint pointu et l'année suivante le bâtiment fut orné d'une fresque signée Ferdinand Wagner, restaurée voici une dizaine d'années. Le motif rappelle un fait d'arme d'Ulrich de Dornach, maire de la ville.


Mulhouse : vue du Bollwerk au XXIe siècle (carte de voeux 2007).

Selon l'historien Ernest Meininger, cet épisode militaire a eu lieu en 1385. A l'époque, le chevalier Martin Malterer en désaccord avec Mulhouse, voulait s'emparer de la ville. Son armée devait s'attaquer nuitamment à la cité. Un bourgeois de Mulhouse (Der Pröbstlin, sur la fresque) repérant la soldatesque, en avertit le maire Ulrich Guterolf de Dornach, qui, en chemise de nuit, alerta ses concitoyens du danger et mit en fuite l'assaillant. Celui-ci s'était attaqué à la cité justement du côté de la tour dite aujourd'hui du Bollwerk.

La tour du diable.

Outre le Bollwerk, Mulhouse a encore conservé le site de la tour du Diable. Les autres tours (Huenerturm, Bleulat et Walkenturm) ont été rasées et ne sont plus que des mentions dans les archives et les rapports d'historiens.

(photo : Jean-Marie NICK)
Mulhouse : la tour du Diable, témoin du château fort construit à Mulhouse au XIIIe siècle par l'évêque de Strasbourg.

La tour du Diable a sans doute été bâtie sur les ruines du château épiscopal détruit en 1262.
Sa construction pourrait donc remonter à cette époque, même si le bâtiment n'est mentionné qu'en 1435 sous le nom "Wisse Turm", du nom de Hans Wyss, un propriétaire voisin. Plus tard, au début du XVIe siècle, elle s'est appelée Veltin Bernhards Turm (du nom d'un autre citoyen de la cité) ; puis elle est débaptisée tour Saint-Bernard (Sankt Bernhardsturm) ou tour Saint-Valentin (Sankt Veltin Turm).
Mais selon Werner, ces dénominations coexistaient avec celle de Teufelsturm (tour du Diable), peut-être en raison de son utilisation comme prison, notamment pour les sorcières. Aujourd'hui, la porte de la geôle, couverte de graffiti, est déposée au musée historique de Mulhouse. Cette tour carrée flanquait les remparts mulhousiens et son premier étage communiquait avec le chemin de ronde. Elle a aussi servi de tour de guet. Maintes fois remaniée, elle a été partiellement détruite par un incendie le 3 juin 1904. En 1906, elle a été restaurée et a donné son nom à l'école (dite de la tour du Diable) qui a été bâtie à ses pieds. De nouvelles résidences ont été érigées à ses côtés il y a quelques décennies.

Cinq portes...

«Milouse () une jolie petite place, située à l'entrée d'une plaine bordée, à un quart de lieue du côté du midi, de coteaux chargés de bons vignobles (Ndlr : aujourd'hui le Rebberg). Elle a quatre portes, mais pendant les guerres on n'en laissoit que deux ouvertes. () La rivière d'Ill environne les foibles remparts de cette ville. Elle ne tire sa sûreté et sa force que de sa neutralité et de son alliance avec la République des Suisses», écrivait à la fin du XVIIe siècle Lazare de la Salle dans ses mémoires de voyages.

(photo : Jean-Marie NICK)
La tour Nessel est en réalité le vestige d'une porte.

De la Salle a raison de mentionner l'existence de quatre portes (même s'il y en eut cinq). Il s'agit de la porte de Bâle, démolie en 1811 ; de la porte Jeune (Jungentor, du nom des nobles de Junge), rasée en 1810 ; de la porte du Miroir (Spiegeltor, portant le patronyme d'une possible famille vassale des évêques de Strasbourg), détruite en 1810 ; et de la porte Haute (Obertor), construite vers 1328 et détruite en 1810.
Une cinquième porte, celle de Nessel, a perdu son rôle en 1444. C'est pourquoi de la Salle ne la mentionne pas. D'ailleurs les Mulhousiens eux-mêmes l'appellent tour, et non porte.
Tout comme la tour du Diable, la porte de Nessel (que certains écrits ont débaptisé fort parisiennement «Tour de Nesle» !) a été érigée sur les vestiges du château épiscopal détruit en 1262. Ce Nesseltor doit sans doute son nom à une hypothétique cour familiale "zur Nessel".
Werner la décrit comme parée de pierres à bossage et équipée d'une grande porte ogivale. Le chemin qui y passait donnait sur Dornach, voire sur le piémont vosgien. En 1444, lorsque les Armagnacs écumèrent le pays, elle perdit son pont-levis et la porte fut murée. La tour a également servi successivement de prison, puis de logement, avant d'être reconstruite (et remaniée) en 1906.

Texte et photos : Jean-Marie NICK


Mulhouse : l'église Saint-Étienne avant sa démolition, d'après une photo de M. Adolphe Braun (1858).

Ci-contre, une vue de l'ancienne église paroissiale Saint-Etienne datant du XIIIe siècle (la ville n'est en effet passée à la Réforme qu'en 1528).
Ses très beaux vitraux datant du XIVe siècle, dont la composition est inspirée du Speculum Humana Salvationis de Ludolphe le Chartreux, équipent le nouvel édifice néo-gothique (l'actuel temple saint-Etienne) bâti en 1866 par Jean-Baptiste Schacre sur le même emplacement donnant sur la place de la Réunion.
Cette place a été ainsi baptisée en commémoration du rattachement de Mulhouse à la France en 1798.


La fête de la Réunion a lieu le 15 mars 1798, "favorisée par un jour sans nuage...".(Timbre émis par La Poste en 1998)





La réunion de Mulhouse à la France.

"Qu’il vive éternellement dans notre souvenir, cet heureux passage de votre République dans les bras de la France."
C’est sur ces mots forts et émouvants que Jean-Ulrich Metzger, chargé, au nom du Directoire, de la négociation du traité de réunion, saluait le 29 janvier 1798 la décision des Mulhousiens de rejoindre la République Française , un événement qui parachève pacifiquement le rattachement de l’Alsace à la France, entamé au XVIIe siècle dans l'horreur de la guerre.

(photo : A. LICHTENSTEGER)
Revers de la médaille. On y voit représentés l'église Saint-Etienne et l'Hôtel de Ville.
(photo : A. LICHTENSTEGER)
Avers de la médaille. La République française accueille la République de Mülhausen.

Ci-contre, à droite et à gauche, la reproduction d'une médaille en argent (Ø 65 mm) frappée en 1898 pour le centenaire de "la réunion libre et volontaire" de Mulhouse à la France.




Mulhouse au Moyen Age.

En 1746, Mulhouse, petite ville fortifiée de plus de 4000 âmes et république alliée de la Suisse est "riche en capitaux et en calvinistes appliqués, persévérants et économes". Quatre jeunes bourgeois des familles les plus fortunées fondent une manufacture d'impression sur tissu qui, au-delà de la réussite, apporte gloire et prospérité à la ville avec les "indiennes". En 1785, la France réduit ses importations de ces toiles mulhousiennes. C'est alors le début d'une période de confrontations houleuses entre les représentants de l'industrie mulhousienne et les gouvernements successifs de la France. En 1790, la création des départements français, la suppression de toutes les taxes à l'intérieur du royaume, un tarif unique très élevé aux frontières transforment Mulhouse en une enclave.
Mais la réunion de Mulhouse à la France ne s’est pas faite en un jour. Les négociations, entamées dès les premiers mois de la Révolution, furent longues et elles furent parfois difficiles. Certes, il y eut des réticences à l’intégration d’une commune florissante et dynamique. En outre certaines grandes familles mulhousiennes, tournées par tradition vers la Suisse toute proche, hésitaient à rejoindre la nation française.
Pourtant, en 1798, tout va très vite. Le 4 janvier, les autorités de la ville se prononcent à une très large majorité en faveur du rattachement à la France. Le 28 janvier, c’est l’ensemble des bourgeois de la cité qui approuve ce choix. Le traité de réunion, négocié par trois hommes décidés, Nicolas Thierry, Jean-François Reubell et Jean-Ulrich Metzger, est ratifié le 1er mars 1798 et fêté en grandes pompes le 15 mars. Il met fin à trois siècles d'indépendance et donne une impulsion nouvelle à la cité.

(photo : A. LICHTENSTEGER)

Texte : Alain LICHTENSTEGER
photos : Jean-Marie NICK et Alain LICHTENSTEGER






Le "Klapperstein", lourde pierre que l'on pendait au cou des médisant(e)s, à qui on faisait alors faire le tour de la ville sur un âne.

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