Interview : «J’ai conseillé à Oktos de mettre la clé sous la porte»

Date : Dimanche 11 juillet 2004 @ 20:51:24 :: Sujet : Continental Pro


Alors que Stéphane Barthe et Eddy Lembo reviennent à la maison, l’équipe Oktos semble fatiguer un peu. Jean-Philippe Duracka, directeur sportif chez Oktos depuis quatre ans, a décidé de changer d’air. Il regrette la "pression", de "mauvaises conditions de travail" et divers incidents récents.



Propos recueillis par Pierre Carrey



Cyclismag : Jean-Philippe, contre toute attente, Oktos révèle de nouvelles ambitions pour le futur ?
Jean-Philippe Duracka : Stéphane Barthe et Eddy Lembo sont de retour à la maison et Laurent Joly est lui aussi de retour, en tant que second directeur sportif. Je lui laisserai faire une grande partie du programme, car j’ai personnellement besoin de prendre du recul. Il y a trop de soucis.

Vous faites référence au contrôle positif de Jean-Michel Tessier ?
(Ton navré) Ah, Jean-Michel… Oui, il y a eu cet épisode qui a ajouté un peu plus à cet insupportable climat de suspicion. Mais il y a eu aussi la démission de Franck Pencolé ; notamment à cause de l’affaire sur Paris-Camembert (NDLR : Franck s’était violemment opposé aux organisateurs qui refusaient de le laisser courir et ont finalement autorisé au départ les coureurs d’Oktos… mais pas Pencolé). Enfin, il y a eu cet épisode invraisemblable aux championnats de France sur route.

Racontez !
Quand je suis arrivé, je n’avais que Levécot et Boucher d’engagés. A la réunion des directeurs sportifs, on a décidé que je ne suivrai pas la course en voiture. Dans le même temps, Mizourov devient champion du Kazakhstan. Ca m’a fait plaisir et ça a confirmé ce que je pensais : on a cette année des coureurs costauds, mais on ne leur donne pas les moyens.

Vous en avez parlé avec Pascal Cordier ?
Je lui ai conseillé de mettre la clé sous la porte. Devoir renoncer à des courses parce qu’on ne peut pas se payer le déplacement, ce sont de mauvaises conditions de travail. Mais Pascal a l’intention de continuer, de refonder une équipe en 2005. Quand il a vu que je lui conseillais de tout arrêter, il a engagé Laurent Joly…

…Et le couple Lembo-Barthe, pour remplacer Pencolé et Tessier.
Pascal Cordier a rappelé Stéphane et Eddy, dont on possède encore les vélos (NDLR : un plus évident, puisque MBK a cessé de fournir des machines à l’équipe) et qui ont l’avantage de connaître la maison. Stéphane Barthe va marcher très fort, je crois qu’on en entendra parler au mois d’août. Il voulait rebondir dans une belle équipe et il est tombé assez bas en signant chez les amateurs de Montauban. Je sais qu’il est motivé et très, très revanchard.

Que dire de Lembo ?
Lui, il a été engagé parce qu’il manquait un jeune de moins de 25 ans pour disputer le Tour de l’Avenir. Il est content de retourner chez Oktos, je crois que ça ne se passait plus bien avec son employeur en Belgique (NDLR : Mr Bookmaker.com).

Comment avec ces départs et arrivées en cours de saison peut-on préserver l’ambiance du groupe ?
L’ambiance existe, les coureurs qui ont participé hier à l’Etape du Tour se sont arrêtés chez moi au retour. La difficulté, c’est de voir ses meilleurs coureurs qu’on a formés quitter l’équipe. On a commencé la saison sur une euphorie, avec Sylvain Calzati qui termine 2ème de l’Etoile de Bessèges. Et puis il a signé chez RAGT… On a eu des résultats exceptionnels et là, ça ne va plus.

Vous parlez aussi de pression. Comment s’exerce-t-elle à votre niveau ?
J’ai lu et entendu des critiques qui m’ont fait du mal. Quand une équipe se loupe, on a une pression mentale. Il faut toujours des résultats. J’ai beau faire mon métier à 300%, je suis toujours jugé à côté.

Est-ce pour échapper à cette pression que vous vous ménagez une porte de sortie dans un club amateur, à Montmarault dans l’Allier ?
Mon métier est le même, mais plus détendu et un peu plus artisanal. Montmarault est une bonne équipe de jeunes classée en DN2. Florian Vachon notamment en est issu. Le programme d’Oktos cet été (NDLR : Polynormande, Mi-août bretonne, Tour de l’Ain, Tour du Limousin, GP de Châteauroux, Tour du Poitou-Charentes, GP de Châteaulin) me laisse un peu de temps pour suivre cette équipe. Je pourrais être directeur sportif là-bas l’an prochain, il me faut bien vivre ! Sinon, j’envoie des CV à des équipes susceptibles de participer au Pro-Tour l’an prochain.

Cela signifie qu’avec Oktos…
Je tire un trait en fin de saison.

crédit photo : Sébastien Bosvieux - Jean-Philippe Duracka dirigeait l’équipe Oktos sur la Route du Sud



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