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Brève Histoire des Verts


Mis en ligne le 7 octobre 2004 par Pierre Minnaert

 

Aux origines des Verts


L'histoire des Verts commence bien avant 1984, date de leur fondation. Le mode de développement des pays industrialisés après 1945 va accentuer la prise conscience des dégâts de la croissance et de la crise écologique. Des penseurs et naturalistes de sensibilités diverses sensibilisent un public à ces problématiques que certains relient à l'économie ou à la critique sociale. De leurs lecteurs au sein des associations de défense de l'environnement sortiront les militants qui, dans l'effervescence qui suit 1968, font émerger l'écologie comme sensibilité politique. C'est ainsi que naissent au début des Années 1970 le groupe « Survivre » en Alsace » et la filiale française des « Amis de la Terre ». En 1971 les premiers candidats écologistes se présentent aux cantonales en Alsace.

Mais la première apparition médiatique des écologistes est la candidature à l'élection présidentielle de 1974 de l'agronome tiers-mondiste René Dumont. Vu à l'époque comme un candidat marginal, ses interventions télévisées (le verre d'eau bu à la télé « tant qu'on peut encore en boire ») vont influencer bien au-delà de ses 1,32% et marquer l'entrée réelle de l'écologie dans le champ politique. C'est « à titre personnel » qu'il dira voter au 2d tour pour François Mitterrand. A la suite de la campagne Dumont est fondé aux Assises de Montargis la première organisation écologiste nationale, le Mouvement écologiste où, symbolique de la culture libertaire du mouvement on trouvera parmi les groupes adhérents la Fédération anarchiste qui s'en retirera quand il décidera de présenter des candidats aux cantonales de 1976. La campagne de Dumont comme le programme du Mouvement écologique montrent que non seulement les écologistes ont 30 ans d'avance en dénonçant le risque de changement climatique et d'épuisement des ressources, mais qu'ils ont dès leur origine un programme généraliste : opposition au pillage du tiers-monde, à l'oppression des femmes, des immigrés, critique du libéralisme, autogestion, tout y est. Les écologistes d'alors sont manifestement loin d'être à droite, mais refusent tout appel à voter pour la gauche et tout désistement, estimant ne pas être « propriétaires de leurs voix », l'électeur étant capable de se déterminer lui-même.

Alors que se multiplient les grands rassemblements : au Larzac, l emblématique de la contestation des années 70, et sur les sites de construction des centrales nucléaires (Fessenheim, Malville, Plogoff), ce sont les élections municipales de 1977 qui vont réellement faire prendre en considération les écologistes. Les listes qu'ils présentent dans les grandes villes dépassent parfois les 10 % : l'année suivante, tous les partis politiques intégrent un chapitre « défense de l'environnement » au programme qu'ils publient pour les législatives. Les liens tissés sur les terrains de lutte, le déclin de l'extrême gauche, l'image d'une autre façon de faire de la politique donnée lors des élections, font converger autour des écologistes, non-violents, militants anti-nucléaires, sympathisants de l'extrême gauche ou proche du PSU, défenseurs de la « nature » qui se radicalisent, membres d'associations de consommateurs ou d'usagers des transports.

 

L'union des écologistes


Ces succès électoraux vont alors poser le problème de l'unification des écologistes français. Le Mouvement écologique est une formation très souple à laquelle se fédèrent des groupes locaux ou régionaux. Les Amis de la Terre qui en 1977 se sont organisés en réseau national forment une structure concurrente, des centaines de groupes locaux n'appartiennent à aucun regroupement national. Ce n'est pas seulement dû au contexte de l'émergence du mouvement mais à la volonté politique d'une grande part des militants, de culture libertaire, de refuser la création d'un parti, instrument de conquête du pouvoir alors que pour eux l'essentiel est d'être en possibilité de peser pour avoir non le pouvoir mais du pouvoir. Ce sont des journaux comme « La Gueule Ouverte » fondé par Pierre Fournier ou le bulletin de l'APRE, animé par Jean-Luc Burgunder qui servent de lien à la mouvance écologique.

Pour chaque élection nationale se créent donc des coordinations temporaires « Ecologie 78 » pour les législatives 4,4%, « Europe écologie » pour les premières élections européennes (4,4%), Aujourd'hui l'écologie » pour les présidentielles et les législatives de 1981. Il est à chaque fois précisé que les candidats écologistes ne se désisteront pour personne même si quelques-uns ne peuvent s'empêcher d'appeler au second tour à voter pour les candidats du PS. Un des inconvénients de structuration souple est l'absence de réel porte-parole. De ce fait, Brice Lalonde, auquel la candidature comme tête de liste des écologistes à Paris aux municipales de 1977 a donné une visibilité médiatique monopolise l'expression des écologistes durant cette période, ceci étant accentué par le fait qu'il a été le candidat Vert à la présidentielle de 1981 (3,9%).

Une partie des écologistes ressent le besoin d'une structure pérenne. C'est une minorité qui décide de créer le Mouvement d'Ecologie Politique en 1980 et dans lequel se fond le Mouvement écologique, le président en sera Philippe Lebreton. Il ne s'agit plus d'une fédération de groupes, l'adhésion y est individuelle et l'appartenance avec un autre parti politique est proscrite. On y retrouve entre autres, Antoine Waechter, Solange Fernex Jean Brière. En opposition se crée en juillet 1981 une Confédération écologiste, avec Brice Lalonde et Pierre Radanne, se voulant une structure très souple, regroupant des groupes locaux.

En 1982 des militants lancent un appel pour la création d'un structure unitaire et des discussions sont entamées entre les deux organisations, le MEP se transforme en « Les Verts-Parti écologiste » et la Conféderation écologiste en « Les Verts-Confédération écologiste ». Les 28 et 29 janvier 1984 à Clichy les deux organisations s'unissent dans un parti unique, « les Verts », qui porte en sous titre « Confédération écologique-Parti écologiste » pour bien marquer la double nature de la nouvelle organisation, à la fois parti politique et mouvement.

 

Vingt ans d'existence…


Un an après l'unification, les Verts ont environ 1000 adhérents, la liste de Didier Angers, aux européennes n'a fait que 3,37%, les caisses sont vides et l'écologie, après ses succès des années 70 a cessé d'intéresser les médias. Sous l'influence d'Yves Cochet, Didier Anger, Jean Brière et Guy Marimot, ils décident de mettre en avant le social et le partage du travail et des richesses. Des appels sont lancés aux militants du PSU, du MAN, de la gauche alternative pour qu'ils rejoignent les Verts. Aux législatives de 1986, les Verts font 1,2%, la direction est en échec.

En septembre, l'Assemblée générale de Paris la désavoue sur sa ligne d'ouverture aux autogestionnaires et alternatifs, et la motion d'Antoine Waechter et Andrée Buchman « L'écologie n'est pas à marier » réaffirmant l'écologie politique comme pensée originale différente de la droite et de la gauche et refusant toute alliance électorale est majoritaire. A l'AG de 1988 A Waechter conforte sa majorité. Il l'emporte nettement pour le choix du candidat à l'élection présidentielle de 1989. Il obtient 3,8%, malgré la concurrence de Pierre Juquin (il adhérera aux Verts en 1991).

Pour les élections municipales de 1989, les Verts présentent des listes Vertes et ouvertes qui se maintiendront au second tour et ne fusionneront que sur un programme précis et rendu public. Ils font en moyenne 9%, ont 300 élus au soir du premier tour et autant sur des listes maintenues au deuxième ou dans des accords avec le PS et rentrent dans les exécutifs locaux. Deux alliances de second tour avec la droite feront l'objet de fortes critiques au sein du mouvement. En juin la liste menée par Antoine Waechter fait avec 10,6% le meilleur résultat historique des Verts. Ils seront bientôt 6000 adhérents.

Contrairement aux légendes, dans cette période les Verts n'ont jamais cessé de s'investir sur des problèmes autres qu'environnementaux. Ils manifestent contre la guerre du Golfe en 1991 et le mouvement a des débats animés sur le traité de Maastrich. Antoine Waechter et Yves Cochet sont pour le « Oui », Dominique Voynet ou Alain Lipietz pour le « Non », la division est telle que le mouvement ne prendra pas de position.

Si la grande majorité des Verts ne conteste pas que l'écologie est un troisième courant politique, c'est le sens du « ni droite ni gauche » qui figurait déjà sur les affiches de campagne des législatives de 1981, nombreux sont ceux qui refusent de mettre gauche et droite sur le même plan. Le refus des alliances pour les élections au scrutin majoritaire est également contesté. La fermeture de la majorité fait aussi également débat dans un mouvement qui a dans ses fondamentaux la proportionnelle et le respect des minorités. En réaction, l'événement interne de 1991 est l'appel « Les Verts au pluriel », écrit par Dominique Voynet et Gérard Onesta, qui reçoit de nombreux soutiens. Il critique cette situation et propose l'ouverture aux autres courants sans remettre en cause l'influence d'Antoine Waechter.

Les élections régionales de 1992 sont un succès pour les listes étiquetées écologistes (14 %) mais les Verts, concurrencés par « Génération écologie », parti fondé par Brice Lalonde et Noël Mamère à l'instigation de François Mitterrand pour assurer une réserve de voix au PS, ne font que 7%. Les élections apparaissent cependant comme un succès, Marie-Christine Blandin devenant présidente de la région Nord.

L'année suivante, malgré un accord avec Génération écologie, les Verts n'ont aucun député. La stratégie du refus d'alliance qui n'avait guère été contestée dans des élections à la proportionnelle montre ses limites dans les scrutins majoritaires. L'adhésion de militants venus de l'extrême gauche ou du PSU et le délitement de Génération écologie contribuent de plus à renforcer la minorité et, à l'AG de 1992, si Antoine Weachter reste majoritaire, la liste au quart national du CNIR menée par Dominique Voynet arrive en tête avec 40% des suffrages.

Et, en novembre 1993, la motion d'Antoine Waechter est dépassée par celle incarnée par Dominique Voynet, c'est un tournant stratégique, la motion de synthèse de l'AG de Lille recueille 62%, le « ni droite ni gauche » est précisé dans sens qui autorise à passer des alliances électorales avec les partis de gauche.

L'image des Verts dans l'opinion publique est alors celle de chapelles divisées tant par les tensions internes au sein des Verts que par l'existence de Génération écologie et de divers partis nés de ses dissidences ou exclusions. Aux élections européennes, la liste menée par Marie Anne Isler-Beguin en pâtit (moins de 3%), les Verts perdent leurs députés. Le départ d'Antoine Waechter et de ses proches pour fonder le Mouvement Ecologiste Indépendant aggrave cette division.

La nouvelle direction met rapidement en place ses orientations d'union d'une partie de la « gauche de la gauche ». Dominique Voynet est ainsi désignée comme candidate des Verts à la présidentielle de 1995 non seulement par les Verts mais dans un scrutin où participent divers groupes de la mouvance de la gauche alternative. La campagne apparaît souvent peu visible sur les thématiques traditionnelles des Verts et le résultat n'est pas probant pour la nouvelle équipe : 3, 3 %. Les élections municipales de 1995 marquent aussi un fléchissement du nombre de voix, mais les alliances avec la gauche permettent de renforcer la présence dans les exécutifs.

Fin 1995, à l'AG du Mans, la motion de synthèse qui recueille 75% des voix propose d'engager avec la gauche une réflexion sur les conditions d'un accord politique, non pour une simple alternance mais pour une alternative. La minorité estime qu'une telle alliance est prématurée, le rapport des forces ne permettant pas aux Verts de peser suffisamment pour proposer une alternative. La dissolution de l'Assemblée nationale en 1997 précipitera les échéances.

Un accord avec le PS prévoit l'instauration de la proportionnelle, un moratoire sur le nucléaire, l'abandon de quelques grands projets, la suppression des lois Debré sur l'immigration…, des candidatures uniques sur 150 circonscriptions (30 pour les Verts, 100 pour le PS).

Les Verts ont pour la première fois 4 députés, 3 autres candidats « écologistes » sont élus dont 2 rejoignent les Verts. La victoire de Lionel Jospin permet aussi la première participation Verte à un gouvernement : Dominique Voynet devient ministre de l'Aménagement du territoire et de l'environnement dans un gouvernement de « majorité plurielle ».

La participation gouvernementale semble un succès. Différents partis se réclamant de l'écologie les rejoignent, 74 conseillers régionaux sont élus aux régionales de 1998 et, en 1999, 9 députés vont siéger au Parlement européen.

Si les premières années Jospin sont prometteuses (réduction du temps de travail, abandon de Superphénix et du canal Rhin-Rhône…), l'accord de gouvernement n'est vite plus respecté. Si en 2000 l'entrée au gouvernement de Guy Hascoët donne aux Verts un second portefeuille, il n'est plus question de proportionnelle, le soutien du PS manque sur la taxation du gazole, les lois sur la chasse et l'eau, L Jospin manque à ses promesses électorales notamment sur la régularisation des sans papiers. La proportion de Verts qui contestent la participation gouvernementale croît à chaque trahison du contrat de mandature. L'échec de L Jospin à la présidentielle de 2002 sera la sanction de ces renoncements et d'une politique ne répondant pas aux attentes de son électorat.

Lors de l'AG de Nantes fin 2002, la motion de synthèse votée estimera que la participation gouvernementale a accru la crédibilité des Verts mais qu'ils n'ont pas su infléchir les choix du gouvernement, "résister aux sirènes du pouvoir et des médias", qu'ils ont laissé se déliter leurs liens avec les mouvements sociaux et pas assez pris leurs distances avec le parti socialiste. Le changement de majorité se fera sur l'affirmation de l'indépendance du mouvement, d'un retour à l'autonomie contractuelle en matière électorale et de la recherche de convergences avec d'autres organisations et associations. Gilles Lemaire remplacera Dominique Voynet au secrétariat national.