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Recensions OCTOBRE - DECEMBRE 2005



R. E. BROWN, La Mort du Messie. Encyclopédie de la passion du Christ.



J.-Paul MEIER, Un certain juif Jésus, Les données de l’histoire : Tome 1-3.



A. DETTWILLER, J.-D. KAESTLI et D. MARGUERAT (dir.), Paul, une théologie en construction.



Les Actes des Apôtres. Histoire, récit et théologie.



Camille FOCANT, L’Évangile selon Marc.



R. LUNEAU, L’Enfant prodigue.



Alain MARCHADOUR, Lazare.



Paul BEAUCHAMP, Pages exégétiques.



Alain MARCHADOUR, Les Personnages dans l’Évangile de Jean.



Paul BONY, La Première Épître de Pierre.



Jan JOOSTEN et Philippe LE MOIGNE (dir.), L’Apport de la Septante aux études de l’Antiquité.



André PAUL, La Bible avant la Bible.



Dan JAFFE, Le Judaïsme et l’avènement du christianisme.



Evaristo E. DE MIRANDA, José M. SCHORR MALCA, Sages Pharisiens.



La Bible sans avoir peur, Collectif sous la direction de Jean-François Bouthors.



J.-N. ALETTI, M. GILBERT, J.-L. SKA ; S. de VULPILLIERES, Vocabulaire raisonné de l’exégèse biblique.



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Mgr J. PERRIER, L’Art de la prière : Notre Père.



Albert VANHOYE, Le Don du Christ.




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- Recensions - Recensions OCTOBRE - DECEMBRE 2005
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Dan JAFFE, Le Judaïsme et l’avènement du christianisme.

Après la destruction du Temple de Jérusalem en 70, la société juive était à reconstruire. C’est ce qu’entreprirent les Sages, successeurs des pharisiens, réagissant au même moment contre ceux qui mettaient en cause leur autorité et la survie du judaïsme, notamment les amei-ha-aretz et les judéo-chrétiens.
C’est ce que démontre Dan Jaffé dans un ouvrage particulièrement technique et argumenté, où il n’hésite pas à faire appel aux outils les plus variés : sociologie, linguistique, histoire, herméneutique, etc. Dans une longue et substantielle “introduction générale”, l’auteur commence par dessiner le contexte socio-politique de la société juive à l’époque du Second Temple (IIe siècle avant Jésus-Christ-1er siècle après J.C.) pour présenter ensuite les judéo-chrétiens et les amei-ha-aretz (p. 38s. avec de très belles pages sur le traumatisme que représenta la chute du Second Temple ; cf. aussi p. 102, 170, 361). Toujours dans cette introduction sont ensuite abordées des questions cruciales : Qui est juif ? (p. 49s. ; cf. p. 169-170) ; Peut-on parler d’orthodoxie et d’hétérodoxie à propos de la société des Sages des premiers siècles ? (p. 58s.) ; La notion de Judaïsme : un problème de définition (p. 82s.) ; L’évolution historique des termes Min et Minim (p. 88s.), et De la dénomination am-ha-aretz (p. 92s. cf. p. 338s.).
Après une annexe consacrée à l’”Autorité et la personnalité des Sages” (p. 97s.), Dan Jaffé présente un certain nombre de passages de la littérature talmudique évoquant les relations entre les juifs et les judéo-chrétiens. Le premier passage relate la rencontre entre R. Elézer ben Hyrcanus et Jacob le Min, puis son corollaire, l’arrestation de R. Eliézer par les autorités romaines. Lors de cette rencontre dans une ville galiléenne, R. Eliézer écoute Jacob non pas comme un Min, un déviant aux conceptions hérétiques, mais comme un juif capable de lui enseigner un point de Halaka, bien que cet enseignement émane d’un maître se nommant Jésus le Nazaréen… Ce n’est que plus tard, quand les événements changent, et avec eux le regard des Sages sur les judéo-chrétiens que R. Eliézer regrette cette rencontre de quelques décennies auparavant. On voit ainsi comment le regard des Sages sur les judéo-chrétiens s’est modifié en empirant peu à peu (cf. p. 174).
C’est à cette même conclusion qu’aboutit l’étude d’un deuxième texte qui évoque la rencontre entre R. Ismaël Ben Dama et un autre hérétique qui se nomme également Jacob, et dont une des activités était d’apporter la guérison en invoquant le nom de Jésus (p. 234). Cette fois, un pas est franchi : il ne s’agit plus de converser paisiblement avec un judéo-chrétien, même au prix de se voir interpellé ultérieurement, mais plutôt d’éviter tout contact avec lui, fût-ce au prix de sa vie. On observe donc un radicalisme dans le regard entretenu envers les judéo-chrétiens. On notera aussi que ce chapitre contient de très belles pages sur les pratiques thérapeutiques dans la tradition talmudique et dans la tradition chrétienne (p. 205s., ainsi la “salive comme élément curatif dans l’Antiquité tardive” (p. 218).
Dans le troisième texte étudié, il est question des “guilyonim” et des “livres des Minim”. Dan Jaffé cite plusieurs Sages du IIe siècle qui, tous, fustigent ces écrits. R. Tarfon dit même qu’il faut les brûler avec les mentions du nom de Dieu qu’ils renferment, alors que Yossi le Galiléen se montre plus modéré. Au terme de sa présentation, Jaffé conclut que les “guilyonim” désignent certainement des textes chrétiens appelés “Évangiles” alors que les “livres des Minim” peuvent désigner des copies de la Torah faites par des “hérétiques” et notamment des judéo-chrétiens. Ici, il ne s’agit donc plus de s’éloigner des judéo-chrétiens en tant que personnes, mais d’évincer leurs textes, c’est-à-dire leur propre corpus ou les copies de la Torah qu’ils ont effectuées (p. 310-311).
Le quatrième texte présente la rencontre entre R. Gamaliel, Imma Shalom sa sœur, et un philosophe judéo-chrétien. C’est une narration énoncée sur le ton de l’ironie et non sans une forte dose de dérision. Son objectif est de mettre en évidence la vacuité des conceptions propres aux judéo-chrétiens et surtout de montrer non seulement leur manque de fidélité envers la loi mosaïque, mais également envers eux-mêmes (p. 322).
Après ces textes évoquant les relations entre les Sages et les judéo-chrétiens, Dan Jaffé aborde les relations entre les Sages et les amei-ha-aretz. Outre la difficulté de donner un contenu très précis à cette appellation (am-ha-aretz), selon que l’on est avant ou après la chute du Second Temple (p. 338s.), l’auteur montre surtout que l’attitude négative des Sages à l’égard des amei-ha-aretz a atteint son paroxysme après la sédition de Bar-Kokhba (132-135) (p. 346). Mais, à partir du IIIe siècle, c’est un phénomène inverse que l’on observe, puisque l’on passe de la haine à la bienveillance et à la mansuétude. Mieux, on fait tout pour incorporer les amei-ha-aretz au sein de la société juive, et cela sans aucun compromis (p. 374). À l’inverse, il en va tout autrement avec les judéo-chrétiens, puisqu’à partir de l’assemblée de Yabneh, ils sont perçus comme un groupe qu’il faut absolument éloigner pour qu’il ne se développe pas.
Comment expliquer une telle différence d’attitude de la part des Sages à l’égard des judéo-chrétiens et des amei-ha-aretz ? En comprenant que la différence fondamentale entre les amei-ha-aretz et les judéo-chrétiens résidait en ce que les premiers représentaient, pour les Sages, un problème d’ordre rituel (négligence de l’étude et de l’accomplissement des préceptes) alors que les seconds représentaient un problème d’ordre doctrinal (la croyance en la messianité, voire, pour certains, en la divinité de Jésus). En conséquence, les Sages vont adopter à l’égard de ces deux groupes des procédures d’exclusion différentes, la plus connue pour ceux qui se réclamaient de Jésus étant la Birkhat ha-minim, définie par D. Jaffé comme un phénomène d’exclusion passive (p. 90s. ; p. 172). Autre conséquence : avec “l’éviction des judéo-chrétiens de la synagogue par la Birkhat ha-minim, c’est un groupe maintenant considéré comme externe qui est rejeté, c’est-à-dire que le problème est extra-muros, alors que pour les amei-ha-aretz la malédiction ne prend pas l’aspect du rejet formel, le problème reste donc intra muros” (p. 364 ; cf. p. 413).
On l’aura compris, même si on peut regretter certaines répétitions, ce livre est une véritable mine de renseignements et d’informations sur le judaïsme avant et surtout après la destruction du Second Temple. Au fil des pages, on découvre comment, après la destruction du Temple, s’est opéré, au sein même du monde juif, le passage d’une société pluraliste vers une société institutionnelle imposant ses normes, tandis que se constituaient progressivement une orthodoxie et une hétérodoxie. Un livre à consulter.

P. DEBERGE





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