John Libbey Eurotext

Cahiers Agricultures

La biodiversité : un nouveau regard sur la diversité du vivant 1 I. Immensité et complexité Volume 16, numéro 3, Mai-Juin 2007

Auteur
Institut national de la recherche agronomique (Inra), Laboratoire de génétique des poissons, Domaine de Vilvert, 78350 Jouy-en-Josas
  • Mots-clés : biodiversité, organisme indicateur, phytogénie, systématique
  • DOI : 10.1684/agr.2007.0095
  • Page(s) : 219-27
  • Année de parution : 2007

L’introduction et le succès du terme « biodiversité » ont concrétisé plusieurs évolutions récentes dans notre perception et notre compréhension de la diversité des êtres vivants. Nous évoquons dans cette première partie deux aspects de ces évolutions : i) l’ampleur insoupçonnée de la diversité spécifique. On évalue aujourd’hui, par des méthodes indirectes, le nombre d’espèces animales et végétales à plus de 10 millions, l’essentiel étant constitué d’invertébrés de très petite taille. S’y ajoute l’ensemble des micro-organismes, dont le nombre et la diversité – tant évolutive que fonctionnelle – des espèces apparaissent très largement supérieurs. Or, après trois siècles d’activités des systématiciens, seulement 1,7 million d’espèces sont aujourd’hui recensées et environ 10 000 espèces nouvelles sont décrites chaque année. Cette « nouvelle frontière » oblige donc à repenser les stratégies d’exploration de la biodiversité et les indicateurs permettant d’estimer ses évolutions. Outre cet effort d’inventaire, les systématiciens ont développé, avec la cladistique, des méthodes permettant une véritable classification phylogénétique du vivant, qui ont notamment bouleversé la classification des vertébrés et, plus globalement, notre vision de « l’arbre de la vie » ; ii) l’existence d’autres niveaux d’organisation que celui de la diversité des espèces, niveaux dont la connaissance apparaît nécessaire pour comprendre et mieux gérer la biodiversité. La diversité intraspécifique, dont l’analyse a été jusqu’à récemment trop limitée aux espèces domestiques, peut maintenant être décrite dans toutes les espèces par les marqueurs moléculaires et sera bientôt enrichie par les possibilités de séquençage de portions du génome. Au niveau supraspécifique, la diversité des biocénoses et des écosystèmes mérite un double effort, d’inventaire d’une part, en particulier sur les « points chauds » de la biodiversité, de compréhension d’autre part, l’importance de cette diversité vis-à-vis du fonctionnement des écosystèmes restant en grande partie à documenter. Nous traiterons ultérieurement les questions relatives à l’utilité, à la stabilité et à l’érosion actuelle de cette biodiversité.