Nouvelles du 24 Janvier 2011

Cher site internet,

Je ne sais pas où tu étais pour les vacances, mais moi je voulais me rendre au soleil. Du coup le Père Noël m’a emmené en Laponie. Il a fait entre moins vingt cinq et moins trente huit degrés et on a pu faire de grandes randonnées en traîneau à chiens. Chaque traîneau était tiré par cinq clébards et comme il n’y avait la lumière du jour que deux heures par vingt quatre heures, on avait des lampes frontales. A un moment ma lampe a cessé de fonctionner alors je n’y voyais plus rien et je me suis ramassé la gueule et mon traîneau m’est passé dessus. Alors les chiens sont venus me renifler pour voir si j’allais bien. Cette sollicitude m’a beaucoup touché. D’autres chiens seraient partis en courant en se disant bon débarras, mais pas ces petits huskies de Laponie qui ressemblent plus à des malinois qu’aux peluches qu’on voit habituellement en photo sur les dépliants. Ca n’a rien à voir mais ce midi je cherchais un poulet fermier place Guy Moquet et mon chien a profité d’un instant d’inattention de ma part pour se sauver, précisément pour aller sautiller au milieu du carrefour, entre les voitures, et je n’ai eu d’autre option que de lui courir derrière en manquant de me faire écraser dix fois.Voilà un animal que j’ai tiré de la SPA, que j’aime et que je nourris et qui ne loupe pas une occasion de faire des bêtises tandis qu’il y a trois semaines des chiens inconnus s’alarmaient de ma chute dans la neige et venaient me fourrer leurs truffes rassurantes dans le cou. Oui, et me lécher la gueule aussi rien n’est parfait. Je n’en tire aucune morale hâtive mais vous voyez bien.
Dans ma vie, c’est la fin de plein de choses, c’est très agréable. Plein de grands travaux s’achèvent la même semaine.
Par exemple le dessin animé du Chat du rabbin. Nous l’avons complètement fini. Et nous l’avons projeté la semaine dernière juste pour nous et pour les gens qui l’ont financé. C’est un film totalement différent de la première version que nous avions livrée l’an dernier. A l’occasion du passage au relief, nous avons aussi refait vingt minutes de film, recommencé le montage, les voix, le mixage. Ce relief devait juste constituer un « enjôlivage » et finalement il nous a incités à changer plein de choses. Parce qu’en spatialisant cette comédie, elle se retrouve beaucoup plus proche d’un film « live » et que la mise en scène a dû en tenir compte. C’est formidable ce cinéma, dès qu’on veut changer une petite chose c’est la révolution et on recommence tout. Enfin aujourd’hui le chat est totalement fini et on n’a qu’une hâte c’est de le montrer.
Au titre des grands travaux de l’année, je vous signale aussi que j’ai terminé tous les dessins et toutes les pages de bandes dessinées sur Georges Brassens. Ca va donner lieu à un très gros livre chez Dargaud (avec Clémentine Deroudille) et à un recueil de chansons illustrées avec les accords de guitare chez Gallimard. Philippe Ravon et les équipes de Christian Marti sont en train d’organiser tout ça pour l’exposition qui s’ouvre en Mars, et Olivier Daviaud est enfermé aux studios Acousti pour enregistrer une quarantaine d’inédits de Georges Brassens avec François Morel, Bertrand Belin et d’autres… A ce sujet, croyez le ou non, on n’a toujours pas trouvé une compagnie de disques qui accepte de nous faire le disque des inédits de Brassens!!!!! Vous pouvez pas piquer un millième des revenus de la Starac et nous aider à faire entendre ces chansons? Bordel je sais qu’il n’y a rien à attendre de l’industrie de la musique mais tout de même!!! On va finir par faire des disques à compte d’auteurs!!!!
Fini aussi, Chagall! Je veux dire que j’avais terminé les pages depuis longtemps, mais que le second livre est en librairie depuis cette semaine. Ca me fait plaisir qu’on puisse lire, pour une fois, une histoire de moi en entier. Un truc en deux bouquins avec marqué « fin » à la fin. Ca fait des années que je refuse de mettre « fin » à la fin de mes albums, je mets toujours « à-suivre », juste pour dire que j’ai de l’espoir, mais finalement,ça soulage beaucoup, de mettre « fin ».
Fini également le premier album des Lumières de la France qui paraîtra début Mai chez Dargaud et dont ils veulent faire un blog gratuit dès la semaine prochaine. Walter est sur les couleurs et je m’amuse vraiment bien avec cette nouvelle famille de personnages.
Donc maintenant c’est vraiment appétissant, je peux plonger dans les nouveaux projets:
1: la suite en bandes dessinées de l’Ancien Temps, pour Gallimard. je vous colle cinq photos des pages que je fabrique en ce moment. C’est dessiné très grand, comme à l’époque où je faisais Professeur Bell, je sais pas si ça va changer quelque chose. Mais finalement, « à quel format et sur quel papier je travaille? » ça reste les questions les plus intéressantes selon moi.
2: je fais le romancier. A fond! Ca me plaît bien de faire ça. J’écris une histoire qui se déroule dans le monde de l’Ancien Temps pour Gallimard. Et je fais aussi des romans très adultes avec des vampires et plein de sang.
3: j’avance sur quatre scénarios de films!!! Haha! J’ai pas le droit de dire de quoi ça parle. Mais comme vous devinez un peu mes méthodes de travail vous ne serez pas surpris qu’il y ait plein de choses à la fois. Je fais avancer chaque atelier d’écriture simultanément, je me file des coups de pieds au derrière et dès que je bloque sur une histoire je saute sur l’autre. Il y a deux dessins animés et deux films avec de vrais acteurs. Je ne sais pas du tout lesquels vont se déclencher en premier. Mais c’est très agréable, ces débuts de projets, on écrit très librement, on rencontre plein de gens incroyables, des sculpteurs, des animateurs, des gens de gros studios avec qui on rêve de bosser. Et puis, comme d’habitude, on verra bien.
En tout cas voilà. Je n’ose toujours pas dire que je suis réalisateur de cinéma. Je n’ose pas non plus dire que je suis romancier. Par contre je peux affirmer que je suis très heureux d’être un raconteur d’histoires. Et je suis tout surpris de constater que tous ces projets s’articulent bien, s’encouragent, et que tout avance plutôt harmonieusement.
Ben Ali, Gbagbo, Menu, sale temps pour les dictatures! Comme beaucoup d’auteurs, je regarde de très près ce qui se passe en ce moment à l’Association et je rêve que cette structure survive aux tempêtes présentes, se dote (à nouveau) d’un directoire plus démocratique, et sauve les emplois, les livres, et réapprenne à se parler ailleurs que dans des cabinets d’avocats ou chez des liquidateurs d’entreprises. Ne croyez pas les corbeaux qui vont vous répéter que l’Association a une économie moribonde, c’est faux. Si elle réussit à surmonter les volontés suicidaires et autocratiques de sa direction, je suis persuadé que l’Association a de beaux jours devant elle.
à bientôt
Joann

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