3 octobre 1988: Catastrophe de Nîmes   Où est-ce ?


Le 3 octobre 1988 fut un " jour noir " pour Nîmes et sa région. En effet, dans la nuit du 2 au 3 et en matinée du 3, un orage d’une très grande intensité est venu s’immobiliser sur les hauteurs de la ville. (Gros titre: Midi Libre).

Des torrents d’eau et de boue ont déferlé sur la cité occasionnant des pertes en vies humaines et des dégâts matériels considérables.

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A Nîmes, l'avenue Georges Pompidou.
(Photo: Météo-France Aix)

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la même avenue pendant l'inondation...

(Photos: Ville de Nîmes)

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Sur l'avenue Pompidou: le garage du cadereau...

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... pendant l'inondation

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... le Milk-Bar...
(Photos: Météo-France Aix)

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... pendant l'inondation
(Photos: Ville de Nîmes)

L’intensité pluvieuse a été voisine de 50 mm par heure pendant environ 6 heures. La valeur maximale des précipitations mesurée a atteint sur les hauteurs de la ville, 420 mm au Mas de Ponge (dont 220 mm entre 8H et 11H30 locales), pour une moyenne annuelle des précipitations de 760 mm.

Cliquez ici pour afficher la carte de cet épisodeComme le montre la carte ci-contre, le noyau de fortes précipitations s’est concentré essentiellement sur Nîmes (au nord immédiat de la ville, entre le mas de Vacqueyrolles et le mas de Cabannes, c’est à dire en tête même de l’ensemble des bassins versants des cadereaux) et les communes avoisinantes. Obtenue à partir des cumuls de précipitations en 24 heures, comptabilisés de 06 H à 06 H UTC le lendemain, il faut ajouter les 2 journées du 2 et du 3 pour visualiser les pluies tombées réellement en moins de 8 heures...
A quelques kilomètres de là, la station de Nîmes-Garons, sur la commune de Saint Gilles, a recueilli seulement 35 mm, ce qui illustre bien l’acuité du phénomène.

A noter que les jours précédents, des pluies avaient participé à la saturation des terrains perméables de la garrigue, diminuant d’autant ses possibilités de rétention des eaux ruisselées. (A Nîmes-Courbessac : 34.3 mm le 29/09, 1.3 mm le 30/09, 21.1 mm le 01/10 et 4.6 mm le 02/10).

Il est important de remarquer que cette valeur maximale de 420 mm, déjà énorme, est en fait sous-estimée : en effet, le pluviomètre a débordé au cours de l’épisode.

 

Voir l'image 400 mm équivalent à 400 litres d’eau par mètre carré, soit 4000 m3/ha !
Ainsi, plus de 90 millions de m3 d’eau se sont déversés en quelques heures sur les gorges du Gardon et les bassins du Vistre et du Rhony.
Ci-contre la Maison carrée pendant l'inondation (Photo: Ville de Nîmes).
A eux seuls, les bassins versants des cadereaux ont reçu plus de 15 millions de m3, provoquant des ruissellements intenses sur la ville.

 

Les cadereaux sont des ruisseaux ou torrents généralement à sec, drainant l’eau des garrigues environnantes et sillonnant la ville de Nîmes. En cas de fortes pluies, ils s’écoulent à travers la ville. Voir la photoLe cadereau d'Alès, en amont de la ville, dans les garrigues...(photos Météo-France Aix)

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... il descend sur Nîmes:
les premières buses apparaissent...

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... rue ou cadereau ?

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... et le cadereau passe
sous la ville

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... en aval, le cadereau d'Alès est devenu l'avenue Pompidou

Déroulement de l'épisode: 

L’animation des images du radar de précipitations, se situant à cette date à Marignane (Bouches-du-Rhône) de 07H à 12H UTC toutes les 15 mn, permet de retracer la chronologie de l’épisode.

Les zones en jaune/orangé correspondent aux plus fortes réflectivités radar, donc aux zones de précipitations les plus intenses, données sur l'échelle en mm.

image_sat_IRG_19881003.gif (23923 octets)Le système orageux à l’origine de la catastrophe a duré environ 8 heures. En imagerie satellite infrarouge (ici à 10H UTC) le corps pluvieux apparaît sous la forme d’un " panache ", signature typique de systèmes convectifs très actifs sur les régions méditerranéennes.

Les zones en vert correspondent aux nuages les plus élevés, de type cumulonimbus, dont le sommet avoisine les 10000 mètres (leurs températures de surface sont comprises entre -38 et -54°C)

Légende

Un sommet nuageux jaune plus élevé (-54 à -62°C) émerge, près de la pointe du panache, au sud de l’enclume nuageuse. C’est près de cette pointe que se sont produites les pluies extrêmes.

Cette situation est la première qui ait révélé ce que les prévisionnistes de Météo-France en région sud-est appellent familièrement " un panache ", c’est-à-dire un système convectif régénératif quasi stationnaire en forme de V.

Ces phénomènes existaient certes déjà avant, mais les services d’exploitation météorologique ne disposaient pas encore des puissants outils de visualisation, d’animation et d’archivage des données des satellites et des radars météorologiques qui ont permis de reconnaître ces phénomènes.

A l’époque, le BMS (Bulletin Météorologique Spécial) mentionnait une quantité prévue de 80 mm du 2 octobre à 12H UTC au 4 à 00H UTC. Dans l’état des connaissances à cette date, il était impossible de prévoir ce type de phénomène, comparable aux gros orages tropicaux occasionnant de telles quantités d’eau en 6 heures. En France métropolitaine, aucun BMS n’avait encore mentionné des hauteurs d’eau de cet ordre dans un laps de temps aussi court.

L’étude fine de ces types de situations à l’origine de pluies diluviennes sur les régions méditerranéennes a permis par la suite d’améliorer considérablement la prévision de ces phénomènes, tant au niveau des quantités, que de la chronologie et de la localisation des précipitations.

Nîmes et les inondations : une histoire de longue date :

Tout au long de son histoire, Nîmes a régulièrement été frappée par des pluies diluviennes. Les premières indications sur les inondations de Nîmes remontent au XIVe siècle. Les chroniques historiques font état notamment de 2 catastrophes majeures équivalentes à celle du 3 octobre 1988  - le 29 août 1399 et le 9 septembre 1557 - et de 13 évènements " secondaires " dont le plus récent date des 5 et 6 novembre 1963.

Cliquez ici pour afficher la carte de cet épisodeDeux années plus tard, un épisode similaire, le 12 octobre 1990, déversait jusqu'à 267 mm (dont 250 mm en 4 H) sur l'agglomération nîmoise . Ses répercussions ont été bien moindres.

Si l’aléa météorologique n’a pas changé, le risque d’inondation s’est accru du fait d’une vulnérabilité plus grande des infrastructures. En effet, l’urbanisation conduit, en général, à une aggravation des dégâts. "On peut donc penser que les événements générateurs, jadis, de désordres majeurs, donneraient lieu aujourd’hui, à des dégâts encore plus grands (tant au plan physique, avec des hauteurs et des vitesses d’eau accrues, qu’au plan économique, en raison d’une élévation générale du coût unitaire d’occupation des sols) ".(Desbordes M.)

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