La Tribune - article du
<< Retour


L'Angleterre surfe sur son titre mondial


C'est le Crésus du ballon ovale. Le professionnalisme y est roi.

Si, en 1995, les 550 millions de dollars offerts par Rupert Murdoch aux trois grandes nations de l'hémisphère Sud (Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud et Australie) pour pouvoir détenir pendant dix ans leurs droits TV ont fait rêver la planète rugby, aujourd'hui, c'est vers l'Angleterre que tous les regards avides de dollars se tournent.

En juin 2003, la RFU (Rugby Football Union) annonçait déjà des profits record : 177,3 millions d'euros de chiffre d'affaires (+ 49 %), 27,6 millions d'euros de résultat (+ 21 %) et 34,5 millions d'euros en trésorerie... La billetterie lui avait rapporté 24,4 millions d'euros (+ 51 %), les droits TV 23 millions (+ 24 %), le sponsoring 16 millions (+ 11 %), le merchandising 7,4 millions (+ 35 %) et la restauration 29 millions d'euros (+ 18 %).

Publicité

La RFU est propriétaire de son stade de Twickenham, cette enceinte de 75.000 places bientôt portée à 82.000, disposant d'un restaurant et de nombreux débits de boisson, d'une boutique et même, prochainement, d'un hôtel 4 étoiles de 200 chambres, d'un centre de conférence et d'un club de remise en forme... Un investissement d'un coût total de 120 millions d'euros, dont la RFU s'est déjà acquitté, chaque match international disputé à Twickenham rapportant entre 4 et 5 millions d'euros...

La dotation de la loterie.

Le titre mondial est venu à point nommé pour enflammer l'embellie. La loterie nationale a accordé à la RFU une dotation de 12 millions d'euros. O2, le sponsor maillot du XV de la Rose, s'est engagé jusqu'en 2007 pour 10 millions d'euros.
Entre le 22 novembre 2003, jour de gloire du rugby anglais, et Noël, 17.000 maillots ont été vendus, faisant exploser le chiffre d'affaires du mois de décembre de la boutique de Twickenham (2,5 millions d'euros).
Avec de tels résultats, la RFU peut se permettre de doter généreusement le championnat d'élite, appelé ZurichPremiership, du nom de son partenaire-titre (qui verse entre 7 et 8 millions d'euros par saison), regroupant douze clubs au chiffre d'affaires cumulé de 120 millions d'euros.
Elle leur reverse 32,4 millions d'euros, au titre du sponsoring, des droits TV et de l'indemnité de mise à disposition des internationaux. En France, la LNR reverse un montant quasi équivalent aux... trente-deux clubs du Top 16 et de Pro D2.

Loin de posséder les mêmes ressources financières, Galles, Ecosse et Irlande bénéficient du Tournoi des six nations pour s'assurer des recettes. Malgré tout, elles ont délaissé les clubs pour constituer des équipes de province (Irlande, Ecosse) ou regrouper des équipes de club (Galles) et organiser un championnat réunissant les trois nations : la Ligue celte, opposant 5 équipes galloises, 4 irlandaises, 3 écossaises.
L'Irlande et l'Ecosse fonctionnent comme l'hémisphère Sud en plaçant leur élite en contrat direct avec la fédération, qui centralise les recettes et rémunère les joueurs.

Le rugby gallois, endetté par le remboursement de la construction du Millenium Stadium de Cardiff (6 millions d'euros d'intérêts bancaires par an), a frôlé la catastrophe fin 2002 avec un déficit de plus de 100 millions d'euros et les clubs ont survécu grâce à quelques mécènes. Jusqu'à quand ?

Ludovic Ninet
IMPRIMER l'article
ENVOYER par mail


IMPRIMER l'article
ENVOYER par mail

-->