Paris, porte de Vincennes : la prise d’otages finit dans un bain de sang

Des coups de feu. Des détonations. Quelques secondes seulement. La tension est à son maximum dans le quartier avant qu’elle ne retombe doucement. Les cordons de policiers se relâchent pour les riverains. La journée a été longue.

Pour ces parents qui, serrés derrière les forces de l’ordre, cherchent des yeux l’école où se trouvent leurs enfants, juste pour voir le bâtiment et amoindrir l’inquiétude. Longue pour ces deux adolescentes qui ont vu, en bas de chez l’une d’elles, un « homme tomber à terre, blessé au bras ». Longue pour cette femme qui, chaussée de tongs, est sortie précipitamment de chez elle, au-dessus de l’épicerie visée. Sa voisine a fait de même et est tombée nez à nez avec Amedy Coulibaly. Une journée longue pour cette femme, retenue pendant quatre heures, avec une cinquantaine de personnes, dans un supermarché voisin. L’horreur avait commencé un peu plus tôt, vers 13 heures. Avec des détonations déjà. Amedy Coulibaly entrait dans une supérette casher. Impossible de voir à l’intérieur. Impossible de sonder les réserves en sous-sol. Mais au moins cinq personnes se trouvent prises au piège. Une première fusillade fait au moins trois morts. Puis l’attente. Un portrait du terroriste et de sa compagne est diffusé. Jusque-là, le lien n’est pas fait avec les frères Kouachi. Mais très vite, les autorités admettent que les trois hommes se connaissent.

Attaques « synchronisées »

BFMTV peut aussi faire le lien. Leur rédaction est en contact avec les terroristes. Coulibaly assure que les attaques étaient « synchronisées ». Les Kouachi s’en prendraient à Charlie Hebdo, lui aux policiers. L’homme de 32 ans dit vouloir contacter la police et se revendique de Daesh tandis que ses funestes compagnons assurent être affiliés à Al-Qaïda au Yémen. Le terroriste raccroche mal le téléphone. Les policiers pourront alors suivre ce qu’il se passe dans le magasin.

Dans le quartier, à la jonction de Paris, Saint-Mandé et Vincennes, dans l’est de la capitale, beaucoup de têtes sont couvertes d’une kippa. Pour la communauté juive, cela ne fait pas de doute, elle a été directement visée. Certains se demandent si Coulibaly, qui aurait tué une policière à Montrouge la veille, ne voulait pas alors s’en prendre à l’école juive toute proche. « On a oublié Merah à Toulouse ! », s’indigne une femme juive, « mais Française d’abord ! » Beaucoup s’inquiètent d’un climat hostile depuis plusieurs mois.

Le périphérique est interdit à la circulation. Un large périmètre de sécurité est mis en place. À plusieurs centaines de mètres de l’enseigne Hyper Cacher, on continue de se ronger les sangs. Les communications téléphoniques avec les lycéens et collégiens confinés dans leur établissement sont régulièrement coupées. Plus loin, un autre lycée est fermé.

Relâchement fatal

Vers 17 h, la nouvelle de l’attaque à Dammartin surgit. On imagine une issue similaire très proche. Puis les détonations un quart d’heure plus tard. Les policiers ont détecté, par le téléphone décroché, un relâchement dans la boutique. Des otages, dont un enfant, ont pu s’enfuir peu avant. Ils se précipitent vers un blindé de la brigade de recherche et d’intervention.

À l’écart un homme assure que sa femme était réfugiée avec d’autres dans une chambre froide et a pu sortir avant l’assaut. Des échanges de coups de feu, une grenade. Puis une dizaine de membres du RAID entrent dans le magasin. L’opération est vite menée, la supérette sécurisée.

Le bilan tombe : quatre innocents sont morts. Coulibaly a été tué, la haine à la main.