Mise à jour 10:23

    Le Figaro Magazine S'abonner au Figaro.fr

  • FABERGÉ, UN MONDE FÉERIQUE

    <P>PAR VÉRONIQUE PRAT</P> Mis à jour | publié
    Recommander

    Neuf parmi les plus célèbres oeufs de Pâques, en or et pierres précieuses, réalisés vers 1900 par l'orfèvre Carl Fabergé pour la cour de Russie, sont exposés à Zurich pendant quelques jours. Leur histoire est fascinante.

    Malgré le froid glacial qui s'est abattu sur New York en ce 12 février 2004, une foule immense attend patiemment, les pieds dans la neige, l'ouverture des portes des galeries Sotheby's, sur York Avenue. Ils sont prêts à patienter des heures pour voir... neuf oeufs. Mais des oeufs fabriqués au siècle dernier par Carl Fabergé, le joaillier du tsar de toutes les Russies, de merveilleux petits objets d'art sertis de diamants, de rubis, de saphirs et de perles. Sotheby's les mettra en vente après les avoir exposés du 12 au 15 février, et l'aventure met le petit monde des collectionneurs en émoi. L'apparition sur le marché d'un seul de ces oeufs de Fabergé prend toujours des allures d'événement, alors, quand il y en a neuf ! Petit détail supplémentaire : chacun d'entre eux est estimé entre 12 et 20 millions de dollars !

    Quelques jours plus tard, on apprenait que la vente n'aurait pas lieu. L'un de ces nouveaux et mystérieux milliardaires russes avait en effet offert 100 millions de dollars pour acquérir l'ensemble de la collection avant les enchères, de gré à gré. On sut bientôt que l'acheteur s'appelait Victor Vekselberg, qu'il avait 46 ans et qu'il était le patron des groupes TNK (pétrole) et Sual (aluminium), ce qui faisait de lui la quatrième fortune de Russie. Vekselberg annonçait dans la foulée qu'il était heureux de «rendre à son pays l'un de ses trésors les plus vénérés». Avant qu'il ne retourne en Russie pour être montré au peuple russe, ce prestigieux ensemble est exposé à Zurich jusqu'au 30 juillet. L'éblouissement est garanti.

    L'histoire de ces oeufs de Pâques hors du commun, créés pour des souverains et des princes, vendus par les soviets après la révolution et dispersés à travers le monde, est superbe. Elle débute un matin de Pâques de l'an 1885, à Saint-Pétersbourg. Comme souvent depuis l'assassinat de son beau-père Alexandre II, Maria Fiodorovna est triste et songeuse. Dans la salle des fêtes du palais d'Hiver, le tsar Alxandre III rejoint son épouse et lui présente un oeuf de poule qu'il tient dans la paume de sa main. Un bel oeuf blanc. Croyant à une plaisanterie, Maria Fiodorovna ne peut s'empêcher de rire. C'est ce qu'espérait le tsar : il pose l'oeuf dans la main de sa femme. Il est bien plus lourd qu'un oeuf ordinaire ! La tsarine le regarde de plus près : elle comprend alors qu'il s'agit d'un objet, infiniment précieux. Recouverte d'un bel émail blanc, la coquille de l'oeuf est en or. A l'intérieur, le «jaune», lui aussi en or, abrite une poule en vermeil, aux yeux de rubis, qui elle-même s'ouvre pour révéler une réplique miniature de la couronne impériale, en diamant et rubis. Une petite merveille de précision.

    Celui qui en a eu l'idée n'était jusque-là qu'un petit joaillier parmi d'autres. Il va devenir le fournisseur attitré de la cour de Russie et des principales têtes couronnées d'Europe et d'Asie. Il s'appelle Carl Fabergé.

    Sa famille, originaire de Picardie, a été chassée de France par la révocation de l'édit de Nantes (1685). Les Fabergé vont errer en Europe de l'Est pendant plus d'un siècle avant de s'installer à Saint-Pétersbourg, où Carl, actif à partir de 1870, va révolutionner l'histoire du goût. Avant lui, les joailliers fabriquaient des objets de grande taille, opulents mais maladroits et ostentatoires, lourdement confectionnés avec de grosses pierres : le style vieille Russie, aujourd'hui très kitsch. Fabergé va bouleverser le goût de la cour de Russie pour imposer le sien, tout en élégance et sobriété. D'une exécution sublime, ses objets valent davantage par leur raffinement que par le poids de métal précieux ou la quantité de pierres utilisées. Il va donner à la maison familiale une renommée mondiale, quasiment légendaire. Cette renommée devra beaucoup à la fabrication des oeufs impériaux. A partir de 1885, Alexandre III prit en effet l'habitude d'en offrir un chaque année à son épouse Maria Fiodorovna. A sa mort, en 1894, son fils Nicolas II reprit la tradition et, jusqu'en 1916, sa femme Alexandra Fiodorovna et sa mère l'impératrice douairière en reçurent tous les ans à Pâques. Ainsi sortirent des ateliers de Fabergé cinquante-quatre petites merveilles qui avaient toutes pour particularité de contenir à l'intérieur une «surprise» rappelant l'histoire de la famille impériale. Et dans ce domaine, Fabergé déborde d'imagination : en 1891, il imagine «L'oeuf Azova», contenant une reproduction en or du Pamiat Azova, le voilier sur lequel le tsarévitch avait fait le tour du monde. Autre événement qui vaut bien un oeuf : le couronnement de Nicolas II en 1897. Sous une coquille en or et émail guilloché, Fabergé a glissé une réplique miniature du carrosse impérial : les vitres sont en cristal de roche taillé et les roues sont en or cerclé de platine ; deux minuscules petits marchepieds se déplient à volonté. Rien n'arrête plus Fabergé : il a déjà fait sortir d'un oeuf un voilier tout armé, un carrosse, un éléphant et son cornac. En 1900, il fait surgir le Transsibérien ! Il faut imaginer cet oeuf de 13 centimètres, sur lequel est gravée la carte du parcours, et où chaque ville-étape est signalée par une pierre précieuse ; à l'intérieur de la coquille, une reproduction en or et platine de la locomotive et de cinq wagons, dont la voiture-chapelle et le compartiment réservé aux dames...

    Dans la haute société de Saint-Pétersbourg, les officiers nobles et les femmes du monde perruquées par Léon Bakst veulent rivaliser avec la famille impériale. Tous veulent suivre la mode lancée par Fabergé : le prince Youssoupov (celui qui débarrassera la Russie du «mage» Raspoutine) ; le comte Stroganoff (qui commande à Fabergé la copie du trésor des Scythes !) ; les frères Nobel ; Kelch, le magnat des mines d'or sibériennes ; Léopold de Rothschild, qui prend l'habitude d'offrir à ses amis «de ces petites bricoles signées Fabergé qui font toujours plaisir», mais exclusivement émaillées en jaune et bleu, aux couleurs de son écurie de course ; et Edouard VII d'Angleterre, qui offrit à la reine Alexandra des reproductions miniatures des animaux de la ferme royale de Sandringham : en 1914, la «ménagerie» la plus chère du monde comptera plus de 350 pièces. Non dénuées d'humour : par le choix des pierres, les canards bleus, les lapins violets et les éléphants roses annoncent l'univers de Walt Disney.

    En 1917, Nicolas II commande à Fabergé son dernier oeuf de Pâques. C'est un oeuf monochrome, où l'acier a remplacé l'or. Mais le tsar ne l'offrira jamais à son épouse. Le 2 avril, le gouvernement provisoire faisait arrêter le souverain et sa famille. Et les ateliers du joaillier étaient convertis en fabriques d'armes de guerre.

    Museum Bellerive, Höschgasse 3, Zurich, jusqu'au 30 juillet 2006.

  • .
  • À la une

  • L'avenir s'invente à Rio

    Réactions (19)
    L'avenir s'invente à Rio

    Sommet Rio + 20, JMJ, Coupe du monde de foot, JO... hier moribonde, gangrenée par les narcotrafiquants, la ville de Rio, au Brésil, est en pleine renaissance. Revue de détail.

    .

    Brésil : la religion
    du ballon rond

    Passion nationale, le football ne se vit que dans la démesure. De la liesse populaire au désespoir collectif, ce sport rythme les états d'âme de tout un peuple.

    .
    .

    La promotion Voltaire investit l'État

    Réactions (45)

    Avec l'élection de François Hollande à la présidence de la République, la promotion 1980 de l'École nationale d'administration, s'intalle aux commandes des plus hautes fonctions de l'État.

    .
    .

    Qui peut relever
    la droite ?

    Réactions (655)

    Les législatives ont mis un couvercle sur leur rivalité. Mais dès le lendemain du second tour, les hostilités commenceront entre Fillon et Copé. Pour le contrôle de l'UMP.

    .
    .

    Les difficiles lendemains de défaites
    de la droite française

    Réactions (162)

    De 1981 à 1997 en passant par la présidentielle perdue de 1988, la droite n'a jamais réussi à digérer rapidement ses revers politiques.

    .
    .

    Annecy : le bonheur
    au fil du lac

    Sous le soleil printanier, le lac d'Annecy explose de vitalité. Un dynamisme accentué par des passionnés qui le font vivre : marins ou parapentistes, mais aussi cuisiniers et pêcheurs professionnels. Balade à leurs côtés autour de ce bel endroit.
    » La montagne en été : l'évasion sous toutes ses formes

    .
    .

    La montagne en été : l'évasion
    sous toutes ses formes

    Qui a dit que la montagne était réservée au sport d'hiver ? Nouvelle destination tendance, découvrez sept lieux à ne pas manquer pour vos prochaines vacances d'été.

    .
    .

    La moto connectée

    Le kit mains libres Interphone offre les services de communication et de guidage que l'on trouve dans les voitures. Au prix de quelques complications... Notre test.

    .
    .

    24 heures photo

    Réactions (25)
    24 heures photo

    Retrouvez les images les plus fortes de la semaine, sélectionnées par Le Figaro Magazine.

    .

    Les coulisses de la victoire
    de François Hollande

    Réactions (152)
    Les coulisses de la victoire <br/>de François Hollande

    Comment François Hollande, candidat du PS par défaut, a-t-il mené campagne pour finalement battre Nicolas Sarkozy? Dans Coups pour coups, dont nous publions de larges extraits en exclusivité, Nicolas Barotte (du Figaro) et Nathalie Schuck (du Parisien) dévoilent les coulisses de cette victoire.

    .
.
.
--> 'use strict';