Le spectre des attentats à la voiture piégée en Europe

Les services antiterroristes craignent que l'EI ait recours à cette technique. Les analyses dans l'enquête sur la voiture aux bonbonnes déposée à Paris en septembre démontrent par ailleurs que les dégâts auraient pu être colossaux.

Paris (Ve), le 4 septembre. Selon l’expertise de la police, si le feu avait pris dans la voiture, l’explosion d’une seule bonbonne de gaz aurait entraîné la destruction du véhicule, l’envoi de projectiles à plus de 100 m et la formation d’une boule de feu.
Paris (Ve), le 4 septembre. Selon l’expertise de la police, si le feu avait pris dans la voiture, l’explosion d’une seule bonbonne de gaz aurait entraîné la destruction du véhicule, l’envoi de projectiles à plus de 100 m et la formation d’une boule de feu. DR

Monnaie courante en Irak et en Syrie, la stratégie des attentats à la voiture piégée va-t-elle être exportée par Daech en Europe ? C'est l'un des scénarios redoutés par les services antiterroristes. Dans un rapport publié vendredi, l'office de police Europol estime lui aussi que le groupe Etat islamique pourrait recourir à cette méthode pour atteindre ses cibles sur le continent européen.

La France, visée par une telle menace comme la Belgique ou encore l'Allemagne, a échappé à une attaque de ce type début septembre. La Peugeot 607 remplie de bouteilles de gaz, abandonnée en plein Paris, rue de la Bûcherie, non loin de Notre-Dame la nuit du 3 au 4 septembre par les deux affidées de Daech, Inès Madani, 19 ans, et Ornella Gilligmann, 29 ans, aurait pu faire des dégâts, même en l'absence d'explosifs et de système de mise à feu. C'est ce qu'il ressort des conclusions du Laboratoire central de la préfecture de police (LCCP).

Du diesel répandu dans l'habitacle

La vie d'une voiture n'est pas toujours une longue route tranquille. Elle peut changer de mains et tomber entre celles d'individus aux intentions funestes. L'histoire de la Peugeot 607 de Patrick Madani en fournit une illustration. Selon ses déclarations aux enquêteurs, sa berline grise, intérieur cuir, subtilisée par sa fille radicalisée, Inès, a, avant lui, appartenu... au président d'une cour d'appel de l'est de la France. C'est donc l'ancien véhicule d'un haut magistrat, lesté de six bonbonnes de gaz butane de 13 kg (une sur la banquette arrière, cinq dans le coffre), qui était destiné à exploser au coeur du Ve arrondissement de Paris.

Le LCCP retient l'hypothèse que l'auteur souhaitait incendier l'habitacle de la 607 pour entraîner l'explosion des bouteilles de gaz chauffées par les flammes. En garde à vue, le 9 septembre, Ornella Gilligmann a précisément indiqué qu'Inès Madani avait « mis du carburant, du diesel un peu partout », puis déposé « une cigarette allumée dans une trappe près du coffre ».

Dans ce scénario d'incendie, le laboratoire central indique que la quantité de chaleur nécessaire pourra être fournie par la combustion des matériaux présents (textiles, mousses, matières plastiques...) et que « l'apport d'un liquide inflammable accélérera le développement de l'incendie ». Malgré l'aspersion de carburant et la cigarette incandescente, le feu n'a pas pris cette nuit-là. On a échappé au pire. Car, si ce scénario exclut l'explosion simultanée des six bonbonnes, le LCCP décrit les capacités destructrices d'une seule bouteille. « Elles conduisent à la ruine totale du véhicule et de sa carrosserie. Des débris, comme des morceaux de l'enveloppe de la bouteille, pourront être projetés à plus de 100 m. » Sans compter les effets thermiques de la « boule de feu » potentiellement ressentis au-delà des 50 m.

Cette nuit-là, le plan était bien de faire exploser la 607. « L'idée de départ, c'était ça », confirme Ornella Gilligmann devant les policiers. Et les consignes de Rachid Kassim, un des donneurs d'ordres présumés, étaient de faire des « victimes de toutes sortes ».

« Je suis heureuse que ça n'ait pas marché. Je m'en voudrai toute ma vie, même s'il n'y a pas eu de victimes », conclut Ornella Gilligmann à la fin de sa sixième audition. Quant à Inès Madani, incarcérée comme sa complice, elle n'a pas nié avoir répandu du carburant puis jeté la cigarette encore allumée.

Une cellule démantelée au Maroc

 

Une « cellule terroriste » composée de huit membres « partisans de l'organisation Etat islamique », actifs dans les villes de Fès et Tanger au Maroc, a été démantelée jeudi, a annoncé le ministère de l'Intérieur du pays. Un « fusil de chasse, une quantité de munitions, des armes blanches ainsi que des documents incitant au djihad », ont été saisis. Les membres de cette cellule ont des « liens étroits avec des éléments de Daech en Syrie et en Irak » et leur objectif était « de recruter des membres pour les envoyer à la zone de conflit et, en dernier recours, commettre des attentats dans leur pays d'origine » une fois de retour, selon le ministère.

 
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