Premier bilan des frappes aériennes françaises en Libye

Le Point.fr - Publié le 04/04/2011 à 16:32 - Modifié le 04/04/2011 à 18:23

L'extension des buts de guerre, au-delà de ceux préconisés par la résolution de l'ONU, se pose désormais avec acuité.

Premier bilan des frappes aériennes françaises en Libye

Cela fait maintenant seize jours que la France est en guerre en Libye. © Mahmud Turkia / AFP

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Par Jean Guisnel

Les opérations contre la Libye sont entrées dans leur seizième journée, sans qu'apparaissent de manière claire les objectifs français. Au départ, le samedi 19 mars, les buts de guerre étaient ainsi définis par Nicolas Sarkozy lors de son intervention à l'issue du sommet de l'Élysée : "En l'absence d'un cessez-le-feu immédiat et d'un retrait des forces armées, les participants du sommet ont convenu de mettre en oeuvre tous les moyens nécessaires, dont les moyens militaires, pour s'opposer à toute agression."

Ainsi exprimée, la conception française de la mise en oeuvre de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'ONU continue d'être appliquée : les moyens militaires - essentiellement français et britanniques - continuent d'être engagés sous plusieurs formes afin d'empêcher les troupes demeurées fidèles à Kadhafi de reprendre le terrain conquis par les insurgés. On sait que les forces aériennes "loyalistes", ou ce qu'il en reste, sont clouées au sol, et nous pouvons préciser que les frappes sur les moyens sol-air ont été efficaces : les missiles sol-air les plus craints par les aviateurs, à savoir les plus que cinquantenaires SA-2 Guideline (ce modèle avait abattu le pilote Gary Powers et son avion-espion U-2 au-dessus de l'URSS en 1960), les SA-3 Goa (modèle 1960), les SA-5 Gammon ainsi que la plupart, mais pas tous, des SA-6 Gainful libyens, ont été mis hors d'état de nuire.

Destruction des installations de commandement

La menace résiduelle la plus significative demeure celle des SA-8 Gecko, que les troupes loyalistes protègent en les déplaçant en permanence. Dans leur conception étendue de la protection des populations civiles, les Français ont frappé dans la profondeur du territoire en utilisant pratiquement toute la panoplie dont disposent leurs avions d'attaque au sol. Dans la première semaine des frappes, deux journées entières ont été consacrées à la destruction des installations de commandement libyen : les avions de la marine nationale embarqués sur le Charles de Gaulle (Rafale marine et Super-Étendard modernisés) ont tiré des bombes à guidage laser GBU-12 de 250 kilos contre des hangars, et les Mirage 2000-D de l'armée de l'air ont tiré des GBU-49 (la même bombe, mais équipée en plus d'un guidage GPS). Une bombe GBU-24 chargée d'une demi-tonne d'explosifs et destinée aux sites protégés a été larguée contre un dépôt de munitions par un Mirage 2000-D. Cette mission était intégrée à un dispositif multinational, les avions français participant à un raid comptant des avions américains chargés de cette même arme.

Rappelons que les GBU sont constituées de bombes "lisses" classiques sur lesquelles ont été montés des "kits" Paveway produits par la société américaine Raytheon, comptant un ensemble de guidage à l'avant et à l'arrière des ailerons permettant à l'engin de planer. Par ailleurs, les Rafale ont conduit de très nombreuses missions contre les forces loyalistes à l'aide de leurs bombes AASM, qui sont également des bombes lisses, mais guidées cette fois par un système de désignation laser et un système d'augmentation de portée conçu par la société française Sagem. La portée de cet engin (40 à 50 kilomètres) a permis aux aviateurs français, lors d'un raid récent contre un site de SA-3, de décliner l'offre de protection offerte par l'US Air Force, qui proposait de faire accompagner les Rafale par des F-16. Les avions français tiraient leurs engins très au-delà de la portée des missiles attaqués, qui n'excède pas 15 kilomètres.

Étendre les buts de guerre

Enfin, les Mirage 2000-D et Rafale-Marine ont tiré plusieurs missiles Scalp (système de croisière conventionnel autonome à longue portée) dans la nuit du 23 au 24 mars, contre la base d'al-Joufra, "une base historique pour le régime libyen", selon le chef d'état-major français l'amiral Édouard Guillaud qui ajoutait lors d'une interview à France Info : "Nous avons attaqué et détruit des installations extrêmement importantes sur (cette) base, la deuxième base aérienne du pays, située à plus de 300 kilomètres à l'intérieur des terres". "Nous y avons détruit des dépôts de munitions, des facilités de maintenance, mais aussi le centre de commandement", a encore précisé l'amiral.

Nous pouvons ajouter que, selon nos informations, lors de ce raid qui voyait pour la première fois les Français utiliser cette arme, sept missiles ont été tirés sur la base libyenne, et quatre sur d'autres cibles. Les deux tiers des armes ont été tirés par des Mirage 2000-D et le reste par des Rafale-Marine. Les Scalp ont fait mouche sans exception.

Les forces américaines ont annoncé qu'elles n'effectueraient plus de raids au-dessus de la Libye, mais qu'elles continueraient toutefois à fournir un appui à l'opération Unified Protector conduite par l'Otan, qui a succédé le 31 mars à l'opération Odyssey Dawn que conduisaient les forces américaines. Pour l'heure, l'armée de l'air et l'aéronavale françaises continuent les opérations aériennes sur lesquelles repose toute la stratégie de la coalition. Pour les aviateurs et les marins, cette guerre qui leur permet pour la première fois de déployer toute la panoplie des équipements dont ils disposent est un événement historique. Ils cherchent à démontrer que, dans le cas d'une guerre comme celle qui se conduit actuellement en Libye, le politique pourra étendre les buts qu'il s'est fixés sans les dévoiler, sans déployer de troupes au sol. Le pari est risqué, mais il ne se trouve pas un aviateur ou un marin pour penser qu'il ne sera pas tenu.


41 Commentaires

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capitainehaddock80 le 09/04/2011 à 09:27

Onze "Scalp" tirés.

Combien nous en reste-il ?
A ma connaissance, ces munitions ne sont pas pléthore et leur coût en rend le renouvellement plus qu'incertain, vu les coupes budgétaires... Et si Kadhafi et Gbagbo s'accrochent au pouvoir ? Aurons nous les moyens de continuer ces guerres et de ne pas perdre la face aux yeux du monde ?
"On" voudrait affaiblir les capacités de la France que l'on ne s'y prendrait pas autrement, les américains savent y faire avec leurs flatteries !
La Marine nationale est utilisée au maximum de ses capacités ; des navires de combat modernes, ça s'use vite... Nos deux frégates récentes sont tout juste opérationnelles ! Et notre président a bien précisé : "Un 2nd porte-avions, pour quoi faire" ? (On peut toujours racheter au Brésil l'ex Foch en cas de coup dur) Nous nous posons beaucoup de questions dans le commun des mortels... Si un spécialiste pouvait éclairer ma lanterne...

yanny12 le 07/04/2011 à 15:44

Marionnettes

Dans ce jeu c'est papa Sam qui tire les ficelles. Clovis exhibe ses joujoux sans efficacité. La grosse erreur après celle de MAM, c'est d'avoir fourni des armes à AQMI infiltré parmi les insurgés. Sarko est HS. Vraiment !

serdav le 05/04/2011 à 16:39

Ils l'aiment, nous le détestons.

Kadhafi est aimé d'une grande partie des libyens, car quoi qu'en dise notre presse, il avait avec son pétrole beaucoup de choses pour son peuple : les aliments de base sont très bon marchés, il a irrigué les villes et les champs côtiers en pompant l'eau des nappes profondes du désert, il a construit des villes entières pour sortir les bédouins de leurs maisons en terre, il a construit des écoles et l'université est gratuite logement compris.
Le problème comme dans tout le monde arabe, il n'y a pas de travail pour ces jeunes qui sortent de l'université.
Nous le détestons pour ses attentats ces interventions dans tous les pays voisins et son allure d'illuminée.
Il gouverne avec sa culture médiévale de la tribut dominante, qui ne peut être remplacée par une autre que suite à une victoire par les armes.

jjacolo le 05/04/2011 à 16:00

Le courage, notion désuète

Sarkozy (avec Cameron) a eu le courage d'entrainer la communauté internationale dans l'élimination de Kadhafi et de faire pencher la balance du coté de la démocratie en Côte d'Ivoire. La guerre dans ces deux pays était effective et ces interventions nécessaires. Saluons ce courage qui donne un peu d'espoir dans l'avenir de l'Europe.

mforties le 05/04/2011 à 12:02

Continuer le travail

L'intervention de la coalition internationale est justifiée. Il faut aller jusqu'au bout, c'est à dire renverser Kadhafi et installer un pouvoir nouveau qui élaborera et mettra en œuvre un projet démocratique progressif. Tout comme l'ex-URSS, nombreux sont les pays arabes qui ne connaissent pas la démocratie car ils n'y ont jamais été confrontés. Leur culture est différente, leur façon de penser aussi, nous devons leur apporter notre expérience et pas leur imposer votre vision occidentale.
A ceux qui disent laissons les se démerder, c'est cela aussi les droits de l'homme. Les droits de l'homme ce n'est accueillir toute la misère du monde (dixit Rocard) alors que nous ne sommes pas même d'offrir un logement décent et un emploi durable à tous nos concitoyens. Notre pratique des droits de l'homme doit être limitée à nos capacités financières. Mettre en œuvre une politique des droits de l'homme digne de ce nom c'est aussi au travers d'une politique étrangère interventionniste qui libère les peuples des dictatures. CQFD.

le jedi le 05/04/2011 à 10:56

Le défaitisme habituel

Au lieu de soutenir leur armée les français critiquent. Ignorants absolus en la matière ils disent n'importe quoi. Ils pensent que la guerre est un jeu vidéo. Heureusement que la France n'est pas confrontée à un grand conflit, ce n'est pas le courage inexistant des français d'aujourd'hui qui pourrait sauver le pays. Les soldats de 14-18 ou de 39-45 avaient autre chose dans le pantalon. Quelle décadence !.

Wrecker le 05/04/2011 à 10:51

Les rossignols de Kadhafi...

... Beaucoup de matériels et d'avions détruits en Libye par nos avions, mais aussi pas mal de vieux rossignols hors d'age et plus en état de combattre voir de voler !...
L'objectif premier officiel était de sauver les opposants au régime et de renverser ce fou furieux... On s'aperçoit que la bête n'est pas morte, ses bâtards sont prêts à l'aider sont aux abois !...
La partie n'est pas encore gagnée ni finie aussi longtemps que ce tyran sera vivant !...
Que la France montre les dents, c'est une bonne chose, nos soldats et notre armée s'en trouvent valorisés, mais "à vaincre sans mal, on triomphe sans gloire"... "Aux pilotes la gloire, à la piétaille bédouine sans armes la sueur"...

alpen le 05/04/2011 à 10:16

Se retirer au plus vite de cette galère

Ce conflit tribal n'a pas de sens du point de vue démocratique. C'est une chikaya purement africaine qui ne pourra se résoudre qu'à l'africaine.
Nos prismes occidentaux-centriques sont incompris par les parties prenantes ou le plus souvent exploités.
L'intervention aérienne n'a rien résolu sinon permis à une équipe de bric et de broc mais qui contient des éléments djihadistes eux bien déterminés, de geler les positions.
Le front Sarko-Melenchon-Aubry est myope. C'est le bon moyen pour en prendre plein la figure.

anarchiste le 05/04/2011 à 09:48

Mauvais choix

Vous vous rendez compte que la France a donné un vrai coup de main à l´aqmi, le groupe terroriste islamique du Maghreb, ils se sont infiltrés avec les révolutionnaires pour avoir accès aux armes et avoir une base en Libye après que Kadhafi tombe, et ça sera le nouveau soudan mais cette fois ci juste à côté de la rive sud européenne. Les etats unis ont vite compris ça et le résultat le coup de théâtre d'un retrait imminent mais sarko n'a pas encore compris qu'il est en train de creuser la tombe de la France avec son pacte stupide avec le diable. Voyez l'Algerie qui n'a pas bougé son petit doigt pour aider les révolutionnaires, au contraire c'est kahdafi qu'elle a aidé en acheminant les mercenaires africains via son territoire et ses frontières sud-ouest car elle sait très bien les conséquences de cette revolution provoquée. Mieux vaut avoir un voisin dictateur fou que des terroristes islamistes d'Al Qaida.

Francky le 05/04/2011 à 09:03

VPC

Publicité déguisée
Cet article ressemble à s'y méprendre à une publicité pour les marchands d'armes. Si c'est le communiqué officiel, il ne nous apprend rien sur la situation en Libye. En revanche, si Dassault, le grand pote de Sarkozy, n'arrive pas à vendre ses avions, c'est à n'y rien comprendre... Je vais aller acheter des actions dans la foulée.
Complètement d'accord avec toi Mdr
Pourquoi tant de détails sur l'arsenal français à un lecteur qui veut juste suivre les actualités en Libye.
Un seul mot, énorme !

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