Eric Zemmour, nouveau gourou

Le Point - Publié le

Bagarre. Traîné en justice, le journaliste polémiste en rajoute. Rencontre.

Slogan entendu lors du congrès du Front national : " Zemmour président ! Zemmour président ! " L'homme politique du moment, indéniablement, c'est lui, Eric, Justin, Léon Zemmour. Il est né à Montreuil, a grandi à Drancy, vit à Paris. Il a 52ans, le poil noir, le rire et la grogne faciles et son oeil s'allume quand on lui parle de Michel Platini. Il aime l'Histoire, celle des conquêtes et de l'Empire, vénère l'école de Jules Ferry et vomit celle de Dany (Cohn-Bendit). Il chérit sa famille comme il chérit sa patrie. Le genre de fils qui regrette de ne pas avoir écrit " Le livre de ma mère " d'Albert Cohen avant Albert Cohen. Ses amis raillent volontiers ses tenues désuètes, faites de laines colorées et de velours côtelés. Ses ennemis, nombreux, le disent insupportable, imbu de sa personne, pis : raciste et islamophobe.

Il a déclaré : " La plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c'est un fait. " Pour ça, il s'est retrouvé en une de Minute, mais surtout devant le juge ! L'entreprise de disqualification est en cours : SOS Racisme porte plainte, Judith Godrèche dit sa nausée devant de tels propos, son employeur -Le Figaro- a pensé, avant d'y renoncer, rompre son contrat, et on ne compte plus les pétitions contre lui. Mais Eric Zemmour s'en moque ; pour lui, ce sont autant de médailles, autant de preuves que la France, celle de Mirabeau et d'Hugo, est devenue une terre mal inspirée où le débat est impossible. La France ou le pays des lois Gayssot et Lellouche... Message de Jean-Marie Le Pen à son attention : " Je lui dis bienvenue au club ! C'est à son tour d'être diabolisé. "

Puis on l'a rencontré, Eric Zemmour. Le site Internet Enquête et débat venait de lui remettre, dans une brasserie parisienne, le prix de la Liberté d'expression - il a devancé Dieudonné... D'emblée, le lauréat se pose en rempart de la bien-pensance télévisée : " Depuis vingt ans, les people, les artistes délivrent à la télé un discours politique, un véritable endoctrinement public. Je propose simplement un contre-discours. " Chaque samedi soir, chez Ruquier, Zemmour se fait donc militant anticonformiste dès lors qu'on lui sert un discours dégoulinant de bons sentiments sur l'islam ou sur l'immigration. Dans la rue, à l'en croire, il n'est pas rare que les passants lui disent merci. Un club des amis de Zemmour a même vu le jour sur la Toile. Lors de son conflit avec LeFigaro, des associations s'étaient retrouvées sur le trottoir du journal pour lui apporter leur soutien, brandissant très haut son dernier livre, " Mélancolie française " (Fayard-Denoël), comme ailleurs on brandit le Coran. Selon le " porte-voix des sans-voix ", cette reconnaissance populaire tient à cette idée : " On existe si l'on est à la télé, c'est vrai pour une personne, mais c'est aussi vrai pour les idées. Quand je tiens ce contre-discours, une part des Français a enfin le sentiment d'exister. " Ses relais dans la société sont nombreux. Tel un élu local, il reçoit et écoute les doléances " de patrons, de policiers...". Sur Internet, les témoignages qui " nourrissent(s)on propos " lui arrivent par centaines." J'ai longtemps pensé être le dernier des Mohicans, longtemps cru avoir une position de témoignage. En réalité, les Mohicans sont nombreux. " Le journaliste Philippe Tesson, qui, dans les années 90, fut son patron au Quotidien de Paris, assure que " l'ambition d'Eric n'est pas politique, mais idéologique. C'est un homme romanesque qui a une pensée mâtinée de nervosité. Une nervosité qui tient, je crois, à son besoin de revanche sociale ". Politiquement, Zemmour se dit " bonapartiste ", soucieux de " l'ordre et de l'égalité ". Ou gaullo-jaurésien. De Gaulle pour la grandeur et l'indépendance de la France ; Jaurès pour son rapport au peuple et pour ses éloges de l'effort et du patriotisme. En version contemporaine, il se dit plus " guainoïen "- du nom du conseiller gaulliste de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino - que sarkozyste, tout en se trouvant des points communs avec Chevènement et Mélenchon. Il était de gauche jusqu'au milieu des années 80et l'avènement de SOS Racisme. Les Français, selon lui, n'étaient alors plus considérés par le PS comme des citoyens, mais comme des " potes ". Zemmour le rouge s'est donc " engueulé " avec ses amis. Il a tenté de les convaincre qu'en abandonnant la nation et l'égalité républicaine au profit du mondialisme et du métissage ils se fourvoyaient. Depuis - l'homme est constant -, il n'en démord pas.

Confidence à son sujet de Philippe Séguin, un autre de ses modèles, peu de temps avant sa mort : " Zemmour est un des journalistes les plus brillants de sa génération, sans conteste. Mais j'ai peur pour lui. Je crains qu'on ne cherche à l'enfermer dans le rôle du réactionnaire de service. Il vaut mieux que ça. " Réaction de l'intéressé : " Le grand Séguin avait raison. "

Nos suggestions de lecture

    12 Commentaires

    Inscrivez-vous à la newsletter

    Et restez connecté à l'actualité au quotidien.

    Sondage

    Quel bilan peut-on tirer des trois premières années de François Hollande à l'Élysée ? (20310 votants)

    Voter Voir les résultats (20310 votants)
    Tous les sondages

    Suivez-nous

    Facebook Twitter Google + Flux RSS Applications mobile
    Le Point en ligne iPad iPhone sur le kiosque ePresse.fr
    'use strict';