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Intervention de Yoland Besson

 

Débat  La Crise : Quelles Alternatives à la Pensée Dominante du 31 mai 2011.

Yoland Besson

Economiste, Concepteur du revenu d’existence.

On m’offre l’occasion de vous présenter le Revenu Minimum d’Existence dans le cadre du « Thème de la crise de la pensée ».

Il n’y a pas de crise de la pensée économique, je l’appellerai représentation obsolète de la pensée, je crois que nous vivons dans un monde en pleine mutation économique dont les manifestations sont multiples.

Il faut changer notre mode de représentation, notre vison du monde et de la place de chacun d’entre nous dans le monde. Le revenu d’existence, que je vais vous présenter, agit comme gêne de changement, un élément de pédagogie à partir duquel chacun d’entre nous va pouvoir repenser ce qu’il doit faire, ce qu’il doit être surtout, comment sa vie peut prendre sens.

Je pense surtout à tous ces jeunes qui sont sur les places de plusieurs capitales européennes, aux indignés de la Puerta del sol, tous des jeunes diplômés que l’on entend dire « nous galérons, pour 300 € par mois, en faisant toute sorte de série de travaux en dehors de nos compétences, en habitant chez nos parents, sans être en mesure de nous dire doit est-ce que nous sommes des adultes ? »
Tous ont entre 25 et 30 ans. Ce qu’ils vivent c’est la transformation radicale, qui nous emporte, de nos sociétés, et qui est tout simplement la fin du salariat, la fin de ce que nous avons connu pendant 250 ans, qui est arrivée à son apogée d’une certaine façon, et parce qu’il est arrivée à son apogée et qu’il a vaincu la rareté matériel, parce que nous sommes capables de produire de tout en trop, avec de moins en moins de labeur humain, que nous sommes dans l’abondance matériel, et finalement la seule chose qui est véritablement rare est l’emploi salarié, nous sommes donc amenés à reconsidérer radicalement la façon dont chacun d’entre nous s’intègre et participe à sa vie.

Le revenu minimum d’existence est en soi une réponse à ce problème. L’instauration d’un revenu minimum de la naissance à la mort est un revenu inconditionnel égal pour tous quel que soit l’âge, le sexe, l’activité, cumulable avec tout autre revenu d’activité supplémentaire, mais l’important c’est l’inconditionnalité. L’égalité peut faire question chez certains : l’égalité est cependant indispensable, je vais l’exposer après, c’est un changement dans le mode de distribution des richesses.
Alors qu’aujourd’hui comment obtient-on ces revenus ? Essentiellement par un emploi salarié ou une activité légale, validé par le marché, le revenu est obtenu en contre partie d’une participation à la production et puis comme se multiplie les cas des personnes qui sont au chômage, parce qu’il y a peu d’activité, ou parce qu’ils ne sont pas en capacité par leur âge, leur handicap, ou leur situation, il a été ouvert tout type de revenus dits de transferts soumis à une multiplication de situations conditionnelles, la multiplication de type de transferts, fait en sorte que l’on a une batterie telle, que mêmes les spécialistes s’y perdent, a fortiori ceux qui pourraient en bénéficier.
C’est la redistribution. Vous avez d’un côté les revenus dits primaires directement liés à la participation à la production, et puis ceux qui bénéficient de transfert par la redistribution.

Le revenu d’existence n’est pas une amélioration de la distribution, c’est un changement de mode de distribution.
Je prends l’exemple d’un jeu de carte. On distribue les cartes au hasard, on joue, il y a des gagnants et des perdants.
La redistribution que nous connaissons consiste à prendre de l’argent aux gagnants pour en donner aux perdants, pour qu’ils puissent éventuellement participer et continuer à jouer. Tandis qu’en instaurant un revenu minimum, cela consiste à changer le mode de distribution des cartes : nous allons faire en sorte que chaque joueur ait un as dans sa main pour qu’il ait la capacité de faire un pli. C’est le revenu d’existence.

On isole les as, on distribue au hasard les 4 as, on redistribue les autres cartes en jouant avec les mêmes règles, et on n’a pas de besoin de plus de cartes. Pour déterminer le revenu d’existence, on prend le volume de richesse, le PIB, on isole une partie de la richesse, on va distribuer une fraction de cette richesse à chaque citoyen, en lui donnant un revenu égale et inconditionnel, et on laisse le reste jouer et chacun va compléter son revenu avec un revenu d’activités.
Cela change assez sensiblement les mécanismes, par la suite, de la règle du jeu. Alors la question est de savoir quelle proportion de la richesse on va extraire pour la redistribution, donc quel sera le montant du revenu d’existence, et ensuite comment fait-on passer d’un système que nous connaissons à ce nouveau système ? Dans le jeu de carte, c’est relativement simple, parce qu’à chaque tour de carte, on peut prendre les cartes et changer le mode de distribution.
Dans le jeu économique, c’est continu, il faut donc prévoir un mécanisme de transition qui fait passer d’un mode de distribution à une autre mode de distribution, voilà les deux problèmes techniques concrets qui peuvent se poser.

Première réponse sur la quantité de richesse qui appartient ainsi à tout le monde et que l’on peut redistribuer entre tous ? C’est relativement simple. On sait aujourd’hui comment fonctionne l’activité économique, elle fonctionne à partir d’un fond, d’une base qu’on appelle le capital matériel et humain collectif, c’est à dire l’ensemble de tout ce dont nous disposons quand nous naissons dans un champ économique, comme il y a des champs électriques ou magnétiques, nous naissons dans un endroit où il y a déjà des connaissances, des habitudes, des réseaux ferrés, des routes, des écoles, et sur cette base matérielle, humaine, et de connaissances, on s’appuie pour fabriquer des activités nouvelles et créer encore des richesses supplémentaires.

Chacun applique son propre capital humain pour générer des richesses supplémentaires. Ce capital humain, matériel et collectif est le résultat du travail de nos prédécesseurs, de nos parents, de nos grands-parents, de nos ancêtres, de l’environnement économique du pays dans lequel on est, des ressources collectives dont nous disposons. Il n’appartient en propre à aucun d’entre nous, chaque enfant qui nait en est l’héritier naturel. On sait mesurer la part qu’elle produit dans la richesse globale.

La rente de ce capital humain et collectif représente 15 % du PIB, donc on doit prendre 15 % du PIB de la richesse et le distribuer également entre tous, car c’est l’héritage commun de tous mais c’est aussi une mise en jeu indispensable, car aujourd’hui tout passe par la monnaie, le troc n’est plus possible, on doit donner à chacun la quantité de monnaie, la mise en jeu à partir de laquelle il va pouvoir commencer à échanger. Même le bébé dans son berceau demande à ses parents un ensemble d’achats, qui représentent de la monnaie, bien qu’il n’ait pas vocation à participer à la production de la richesse, il nécessite un accueil collectif gratuit, comme la mère lui donne le sein et comme la société doit lui apporter ce revenu d’existence, à partir duquel les parents vont commencer à le faire grandir et à lui apporter le capital humain supplémentaire.

15 % du PIB, cela représente 400 € par mois et par personne. Un revenu d’existence de 400 € par mois serait donné à chaque français, en lui ouvrant un compte d’existence dans la banque de son choix. Les plus généreux disent que 400 € ne suffisent pas pour vivre, mais attention, le revenu minimum n’est pas un revenu pour exister, mais parce que l‘on existe. On est reconnu comme membre de la communauté, participant potentiel à la vie de cette communauté, et en contrepartie de cette reconnaissance, on fait partie de la société, et on reçoit simplement l’élément à partir duquel on vit avec cette société.

Certains disent qu’on devrait beaucoup plus, donner de quoi vivre, où dans cette société abondante, chacun doit pouvoir avoir de quoi se nourrir, de quoi se vêtir, se soigner, sans avoir besoin de chercher de quoi survivre, certains proposent donc un peu plus. L’économiste que je suis, dit que l‘on ne peut faire n’importe quoi avec les conditions économiques, la concurrence internationale, le système et les lois économiques, comme avec la loi de la gravitation, qui quand on la connaît et qu’on l’exploite on peut faire voler les avions. Ignorer les lois de l’économie, ce serait prendre des risques considérables et appauvrir tout le monde, c’est pourquoi je conteste l’idée que l’on puisse donner immédiatement beaucoup plus à tout le monde que ce que nos richesses actuelles permettent d’obtenir.

Je fais remarquer, que si on ne peut pas compenser toutes les plaies du système actuel, avec ce niveau de revenu d’existence, il suffit de constater qu’une famille avec deux enfants recevra 1600 € tous les mois de façon inconditionnelle, et que cela changera les perspectives, chacun pouvant à travailler à deux ou séparément.
Ce revenu garanti qui arrive à la banque tous les mois, donne des capacités d’emprunt, la vie devient beaucoup plus facile.
Il faut imaginer que l’enfant qui nait aujourd’hui recevra 400 € par mois, une partie pouvant être capitalisé, une partie de l’argent serait protégé de façon, qu’à 18 ans quand il pourrait profiter de cet argent de façon autonome, quand il rentrerait dans la vie adulte avec un capital financier non négligeable, plus l’assurance d’avoir un revenu d’existence qui augmente avec les richesses du pays, alors, il peut alors maîtriser sa vie, à organiser sa vie, à devenir maître de son temps, ce qui était auparavant réservé aux nobles, puis ensuite aux plus riches, aux bourgeois, ce qui deviendra l’apanage de tout le monde.
C’est là que l‘on libère l’individu. Il faut bien reconnaître que le salariat a fait faire beaucoup de progrès, mais avec un sacrifice considérable, dont on n‘a pas mesuré tout, sinon au début, mais de moins en moins, ce que cela représentait comme sacrifice pour l’individu, car en effet on a confondu l’emploi et le travail.

L’emploi, c’est du travail qui est devenu marchandise, d’ailleurs l’emploi s’échange sur le marché du travail, c’est à dire que pour s’intégrer dans la société et avoir un revenu, chacun d’entre nous est obligé de sacrifier de vendre une partie de son temps de vie : il le donne, il le sacrifie à l’usage des patrons, certes en contre partie, il bénéficiera de ressources pour vivre et les efforts des syndicats ont considérablement amélioré les garanties associées, mais en réalité, c’est une forme d’esclavage adoucie, et donc si on a progressé de l’esclavage au servage, et du servage au salariat qui est un progrès considérable, car esclave vous naissiez, esclave vous restiez, serf vous naissiez, serf vous restiez.

Salarié, vous aviez déjà la liberté de choisir votre patron. Il y a d’ailleurs la statue du premier ouvrier libre à Anvers, parce que c’était un saut d’autonomie et de liberté, car vous choisissiez votre activité mais avec une aliénation cachée, Marx l’avait d’ailleurs vu, que l’individu acceptait sans même le savoir. Le salariat, par ce mérite et ce progrès technique, a réussi un véritable miracle.
Toute l’époque que nous avons vécu depuis l’apparition de l’agriculture sur la terre, c’est à dire la rareté matérielle, le défi de l’humanité étant de lutter contre cette rareté des ressources. Nous avons vaincu la rareté matérielle.
Nous sommes maintenant capables de produire de tout en trop, c’est pourquoi le plein emploi salarié n’a plus de raison d’être. Ainsi donc espérer le plein emploi salarial, pour que chacun puisse s’intégrer et bénéficier des ressources, est définitivement perdu. Tous ceux qui continuaient à espérer la fin du chômage, le retour du plein emploi, la perpétuation du système antérieur, se trompent.

Je vais même plus loin, Il faudrait rendre le CDI, le Contrat de travail à Durée Indéterminée, illégal. Si on supprime le Contrat de travail à durée indéterminée, si on instaure le revenu d’existence et si on substitue aux garanties associées au CDI des garantis uniquement à la personne, alors on n’a plus besoin du Contrat à Durée Indéterminée.

A partir de ce moment là, chacun peut commencer à chercher une activité qui le satisfait et on libère le travail du carcan de l’emploi. La multiplicité des activités qui seront encore disponibles ou ouvertes à la créativité humaine est considérable.
Car il y a encore un élément nouveau et fondateur, c’est que pendant très longtemps le facteur fondamental sur lequel on s’appuyait, était la terre, tout émanait de la terre, puis est venu la machine. Maintenant tout ce qui vient de la terre ne vaut plus rien, la matière première a un coût négligeable dans le prix du produit final.
Prenons l’exemple d’une bouteille d’eau, tout ce qui fait sa valeur c’est le capital humain, c’est-à-dire l’esprit, l’intelligence, la créativité ajoutées à la matière.
Aujourd’hui le facteur fondamental et essentiel c’est la créativité et l’intelligence humaine. La seule vraie richesse, c’est l’homme.

On peut s’approprier la terre et la faire travailler par des serfs, on peut s’approprier la machine et la faire travailler par des ouvriers, mais pas le capital humain qui est porté par l’être lui-même.
On ne peut plus s’approprier les compétences de l’homme, on ne peut que le mettre dans les meilleures conditions pour qu’il donne le maximum de profit. Mais en contrepartie, on ne peut pas faire travailler l’intelligence humaine 35 heures par semaine, 40 semaines par an et 25 ans à la même activité.

Le capital humain c’est comme un artiste, il y a des moments d’intenses réflexions, de créativité, puis il y a des moments où il met en œuvre tout ce qu’il a à présenter et puis il y a des moment de ressourcements, il est alors dans l’intermittences comme les intermittents du spectacle.
Tous ceux qui exploitent le capital humain sont des intermittents de l’activité.

Ce qu’on appelle la précarité, c’est de l’intermittence qui se met en place.

On parle de flux tendu, plus personne ne fait de stock, mais ce qui coûte encore plus cher, ce sont les stocks de salariés. Il faut donc que l’emploi soit flexible, on ira chercher les compétences pour un type d’activité ou de projet, et on remettra sur le marché ces compétences une fois qu’elles seront utilisées.
Ainsi le plein emploi garanti étant révolu, changer le mode de distribution ouvre des fenêtres et permet à chacun de se penser autrement, de se dire qui je suis, qui je veux être, quel type d’activité je veux faire.
Je vais avoir des revenus et prendre le temps de chercher et de trouver l’activité qui me convient.

Actuellement chacun cherche égoïstement à satisfaire ses préférences, dans le cadre de ses contraintes. On a ses envies, ses préférences et seul le marché assure l’harmonie de ces préférences selon l’offre et la demande. Voila comment fonctionne le monde d’aujourd’hui, par la concurrence libre et non faussée.

Hors ceci est faux, la solidarité était un projet, maintenant, elle est un fait, chacun doit se concevoir comme un neurone d’un cerveau collectif.
Tel un neurone, au repos il reçoit un revenu d’existence et quand il s’active, il reçoit un peu plus de sucre.
Avec la mondialisation, nous sommes constamment reliés par le flux d’information.
La solidarité est un fait, autrement dit nous sommes un, nous sommes inclus dans une communauté, nous vivons avec.
A lieu de dire que nous manquons de tout, on devrait dire que nous avons assez de tout

Nous avons à faire en sorte de participer ensemble aux échanges de toute nature qui font simplement la vie économique.

Merci

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