8 juillet 2003

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Portraits de l'opposition globale

Mercredi 28 mai 2003


Trente ans de croisade
Frédéric Lelièvre
Américaine, et aussi Française depuis 1994, Susan George livre son combat contre la mondialisation depuis près de trente ans. Quasiment la moitié de sa vie puisqu'elle en aura 70 l'année prochaine. Depuis son premier livre, «Comment meurt l'autre moitié du monde», paru en 1976, cette intellectuelle n'a cessé de s'élever contre les entreprises transnationales, les marchés et ceux qui les servent. Vice-présidente d'Attac France, présidente de l'Observatoire de la mondialisation, chroniqueuse régulière du «Monde diplomatique», elle aime le combat des idées.

Dans un livre publié l'an passé, «Pour ou contre la mondialisation libérale», elle affronte Martin Wolf, éditorialiste vedette du libéral «Financial Times». A Porto Alegre, en janvier dernier, elle rappelait que «le premier devoir d'un militant est de comprendre comment le monde fonctionne, comment fonctionnent les institutions qui nous oppressent. La politique est devenue plus compliquée qu'elle n'était.» A ses débuts, «il suffisait de dire «US hors du Vietnam!» et tout le monde comprenait de quoi vous parliez. Aujourd'hui, si vous sortez dans la rue et parlez aux gens de l'OMC ou du FMI, la plupart d'entre eux n'ont aucune idée de quoi il s'agit.»

L'échec de l'AMI (Accord multilatéral sur les investissements) est un de ses derniers grands faits d'armes. Au-delà des mots, Susan George compte aujourd'hui sur les manifestations, non-violentes, pour renverser l'ordre du monde. Elle a averti que le G8 d'Evian leur donnera une nouvelle occasion de se déployer.
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Le pourfendeur de la malbouffe
Frédéric Lelièvre
Malgré les 600 000 lettres qu'elle dit avoir fait envoyer à l'Elysée, la Confédération paysanne n'a pu pour l'instant obtenir de grâce présidentielle en faveur de son charismatique leader. José Bové risque donc fort de devoir purger les

10 mois de prison auxquels la Cour d'appel de Montpellier l'a condamné en février dernier.

La prison, le responsable syndical la connaît. Il y a déjà passé plusieurs jours en 1999 après sa première grande action médiatique: le démontage du McDonald's de Millau. «McDo, c'est la volonté d'imposer une alimentation homogénéisée, standardisée, à partir d'une agriculture complètement industrielle. Nous avons décidé de démonter un restaurant de manière publique, à visage découvert, après en avoir averti le préfet», explique-t-il.

S'il risque de se trouver à nouveau derrière les barreaux, ce n'est toutefois pas pour son combat contre le géant américain, mais pour du fauchage de riz et de colza transgéniques, en mars 2001. Une action provoquée par un «état de nécessité», devant l'impossibilité d'organiser un débat sur le danger des OGM (organismes génétiquement modifiés).

L'opposition à la «malbouffe» et à la politique agricole des Etats-Unis, où il a grandi, a un temps constitué son unique cheval de bataille. Puis, José Bové s'en est allé en Israël et dans les territoires palestiniens. Il y a dénoncé «une guerre de purification ethnique», avant de se faire expulser. A Evian, il fera encore entendre sa voix, s'il n'est pas incarcéré d'ici là.
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Cambridge et Banque mondiale
Alexandre Bruggmann
Elégante et avenante autant que séduisante, Noreena Hertz, 35 ans, n'a ni le profil qu'on imagine aux professeurs de Cambridge, ni celui qu'on prête volontiers aux manifestantes quasi professionnelles. Pourtant, elle codirige le Centre de commerce et de gestion international du Judge Institute de la prestigieuse université britannique, tout en participant très activement à la plupart des grandes manifestations organisées contre la globalisation.

Après des études d'économie et de philosophie à Londres, elle travaille en Russie pour la Banque mondiale, avant de faire un doctorat à Cambridge. En 2001, elle publie un livre, «L'OPA silencieuse», qui la propulse aussitôt sur le devant de la scène altermondialiste. Non qu'elle veuille l'arrêt de la globalisation: «Ce serait s'opposer à ce que le soleil se lève demain», dit-elle. Mais elle estime que la manière dont le processus se déroule actuellement équivaut à une prise de pouvoir des grandes sociétés, au détriment des Etats en général et des droits démocratiques en particulier.

C'est dans cette perspective qu'elle entend participer à tous les mouvements exerçant une pression sur les gouvernements et sur les entreprises transnationales, convaincue de leur influence positive sur l'action des décideurs. Militante des organisations de consommateurs, elle préconise sans ambiguïté la non-violence.

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Un Prix Nobel contre le FMI
Ram Etwareea
Joseph Stiglitz n'est pas un contestataire comme les autres. Il connaît les mécanismes de l'économie mondiale sur le bout des doigts et de l'intérieur pour avoir travaillé au sein des institutions de Breton Woods, et sa compétence a été saluée par un Prix Nobel en 2001. Or que dit-il? «Le Fonds monétaire international fait obstruction au développement des pays pauvres. J'ai été témoin de nombreux cas où sa politique était contraire au bon sens. Au lieu de stimuler les investissements, elle demande aux pays de se serrer la ceinture.»

«La mondialisation, martèle-t-il, ça ne marche pas. Ca ne marche pas pour les pauvres du monde, ça ne marche pas pour l'environnement, ça ne marche pas pour la stabilité de l'économie mondiale.» Chef économiste de la Banque mondiale (1997-2000) et conseiller de l'ex-président américain Bill Clinton, il développe ces thèses dans un livre «La Grande Illusion», devenu une référence aux Etats-Unis et en Europe.

Le Prix Nobel ne se contente pas d'apporter beaucoup d'eau au moulin des altermondialistes, il partage aussi leur combat. Son réseau «Initiative for a Policy Dialogue» à l'Université de Columbia est une machine de guerre contre le FMI. Il s'est donné pour mission d'expliquer aux pays en développement qu'il y a des alternatives aux prescriptions du Fonds. Parallèlement, il a mis en place une formation pour journalistes, afin que ceux-ci ne prennent pas pour argent comptant les propos émanant du FMI et soient capables de les analyser avec leurs propres paramètres.
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Une redoutable avocate d'affaires
May Piaget
Lori Wallach aurait pu être une simple avocate d'affaires américaine. Au lieu de cela, elle a choisi l'autre camp, celui des simples citoyens. Elle a rejoint, il y a douze ans, le mouvement de l'avocat Ralph Nader, fondateur de Public Citizen, la plus grande association américaine de défense des consommateurs. En 1993, elle va créer une section, Global Trade Watch, qui va suivre attentivement l'évolution des négociations commerciales.

Pour cette militante qui fait trembler les membres du Congrès américain (elle connaît parfaitement bien ses dossiers), la mondialisation favorise les multinationales au détriment de l'emploi, des conditions de travail, de la santé et de l'environnement. A son palmarès, qu'elle partage avec les membres de Global Trade Watch: le refus du Congrès, en 1997, d'accorder carte blanche à Bill Clinton pour signer les accords commerciaux. En 1998, elle parvient à interrompre les négociations au sein de l'OCDE en vue de l'Accord multilatéral sur l'investissement (AMI) et enfin l'échec du sommet de Seattle. Elle est l'auteur avec Michelle Sforza d'un ouvrage intitulé: «The WTO: Five Years of Reasons to Resist Corporate Globalization».

De sa formation d'avocate d'Harward, Lori Wallach garde le sens de la mise en scène. Lors de ses interventions, il lui arrive de jeter par terre l'accord de l'Uruguay Round et ensuite de brandir Whose Trade Organizaion, sa version de ce que devrait être, selon elle, le commerce mondial.

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Médecin pour tous
François Mutter
Bernard Pécoul est un des héritiers des «French Doctors», ces médecins français qui se mobilisèrent à la fin des années 60 pour intervenir lors de conflits armés aux quatre coins du monde. Ces mêmes hommes donnèrent naissance en 1971 à Médecins sans frontières (MSF). L'ONG, qui compte parmi ses fondateurs Bernard Kouchner, est dans l'intervalle devenue un interlocuteur de poids.

Au-delà de sa mission première d'aide aux populations en détresse, aux victimes de catastrophes naturelles et de situation de belligérance, l'organisation s'est positionnée ces dernières années en défenseur d'un accès aux médicaments essentiels pour tous. Un débat qui est devenu majeur depuis l'intégration des accords Adpics (sur la propriété intellectuelle) au système de l'OMC en 1994. Des accords qui octroient un monopole de vingt ans à nombre de brevets, dont ceux délivrés aux géants de la pharma.

Bernard Pécoul est le porte-voix de l'organisation dans ce combat. «L'épidémie de sida ne constitue que la pointe de l'iceberg, martelait-il récemment dans un entretien accordé au Temps. Qu'il s'agisse de vaccins, d'antibiotiques, de médicaments contre le cancer, etc., le fait est qu'une grande partie de la population mondiale est privée de médicaments adéquats. Je réfute l'argument que les prix élevés pratiqués actuellement favorisent la recherche et le développement. En vingt-cinq ans, très peu de vaccins ont été conçus pour le tiers-monde.» Un combat imprégné du même humanisme que celui qui mobilisa ses pairs il y a plus de trente ans.
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