Jean-Marc Rouillan: "Je peux faire peur à beaucoup de monde"

Par LEXPRESS.fr, publié le 30/09/2008 à 19:30

 

Emprisonné depuis la fin du parcours sanglant d'Action directe, en 1987, Jean-Marc Rouillan avait, au moment de cet entretien, choisi de s'engager auprès d'Olivier Besancenot et s'en expliquait à L'Express.

 

Jean-Marc Rouillan était alors en semi-liberté et travaillait dans une maison d'édition marseillaise, après vingt années passées en prison, depuis février 1987. Il lui était interdit d'évoquer les faits pour lesquels il a été condamné. A la suite des propos tenus dans cet entretien, son régime de semi-liberté a été suspendu. 

Deux lettres pour "Action directe": "A. D.". De 1979 à 1987, le groupe communiste révolutionnaire français se lance dans une lutte frontale contre l'Etat. Attentats, attaques à main armée, mais surtout une dizaine d'assassinats: ses militants versent dans le terrorisme, promettant, au nom de la lutte des classes, de mettre à bas le capitalisme et l'impérialisme. 

A nos lecteurs

Reproduire des propos de Jean-Marc Rouillan ne se décide pas à la légère. L'Express publie ci-dessus une interview de l'ancien leader d'Action directe parce qu'il purge sa peine selon la loi républicaine et bénéficie depuis décembre 2007 d'un régime de semi-liberté, mais également parce qu'il s'est engagé dans la vie politique en soutenant le Nouveau Parti anticapitaliste d'Olivier Besancenot. L'Express n'en condamne pas moins les crimes terroristes commis hier par Action directe, ainsi que tout ce qui pourrait ressembler à une apologie de la lutte armée en France.
Christophe Barbier  

Action directe se structure autour d'un jeune militant antifranquiste, Jean-Marc Rouillan. Sa première action d'éclat vise le patronat, avec le mitraillage du siège du CNPF, le jour de la Fête du travail, le 1er mai 1979. Le 13 septembre 1980, Nathalie Ménigon et Jean-Marc Rouillan sont arrêtés à l'issue d'une fusillade, dans le XVIe arrondissement de Paris: grâce à la complicité d'un informateur, Gabriel Chahine, les Renseignements généraux avaient organisé un rendez-vous avec un faux émissaire du terroriste Carlos.  

Après l'élection de François Mitterrand, en mai 1981, le gouvernement socialiste fait voter une loi d'amnistie qui conduit à la remise en liberté de Rouillan et de Ménigon. Mais les militants durcissent leur action: ils passent au meurtre. Le 13 mars 1982, Chahine est abattu alors qu'il entrouvre la porte de son atelier d'artiste (Les Stores rouges, de Jean-Pierre Pochon, Editions des Equateurs.).  

Le 25 janvier 1985, l'ingénieur général Audran est assassiné. Le 17 novembre 1986, Georges Besse, le PDG de Renault, est tué de plusieurs balles devant son domicile. 

En février 1987, les quatre principaux responsables d'AD sont enfin repérés dans une ferme de Vitry-aux-Loges (Loiret): Jean-Marc Rouillan, Nathalie Ménigon, Joëlle Aubron et Georges Cipriani sont finalement condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité, avec une peine de sûreté de dix-huit ans. 

Voir aussi la réaction de la veuve de Georges Besse, l'ancien PDG de Renault assassiné, et l'interview d'Olivier Besancenot

Aubron est la première à recouvrer la liberté pour raisons médicales en 2004, avant de décéder en mars 2006. Une libération conditionnelle a été accordée à Nathalie Ménigon en juillet dernier. Quant à Rouillan, il bénéficie d'un régime de semi-liberté depuis décembre 2007. Il s'apprête à rejoindre le NPA, le nouveau parti d'Olivier Besancenot. 

La presse a annoncé votre intention d'adhérer au NPA. Pourquoi ce besoin de rallier, aujourd'hui, un parti?

Parce qu'il faut que je me réapproprie vingt ans d'histoire de ce pays. Moi, j'étais en cellule où tu ne reçois, essentiellement, que la télévision, les médias bourgeois. J'ai eu un filtre énorme et très peu de relations clandestines pour m'informer autrement. Au NPA, en quelques mois, je vais rencontrer des gens d'origines et d'obédiences extrêmement différentes. Mon profit personnel est dans ce contact. Pour le moment, le NPA n'est qu'une saine pagaille... Mais j'y vois un formidable élan. 

La personnalité d'Olivier Besancenot a-t-elle joué un rôle dans votre choix?

Non, bien que ma rencontre avec lui a été importante. C'est quelqu'un qui n'est pas typique des cadres du "groupusculisme" que j'avais connu après 1968. Il est en rupture. Je crois sincèrement qu'il a compris qu'il fallait une autre vision, une autre organisation aujourd'hui en France. Le besoin est là! Dans les assemblées du NPA, il faut voir la variété des personnes présentes. Et ces gens ne veulent pas une tête d'affiche pour les élections mais quelque chose qui les aide à affronter le système tel qu'il est: la misère, l'exploitation, le chômage, l'exclusion sociale des quartiers. Et c'est ça qui m'intéresse: aller vers ce point de tension. Ces dernières années, la force de pacification des relations politiques était telle en France qu'elle désarmait tous les conflits, récupérait les initiatives révolutionnaires. Je ne sais pas si on va réussir à crever ce miroir aux alouettes. 

C'est-à-dire?

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Commentaires (219)

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Le Joker

Le Joker - 28/10/2008 11:57:25

Tiens ? Il fait peur encore le Rouillan on dirait... Mais le remettre au secret n'empêche pas l'effondrement du système financier contre lequel il s'est battu. Coincidence ?

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Viking

Viking - 13/10/2008 13:08:02

Réponse à la réponse Toutes mes félicitations. Lorsque vous avez réalisé l’interview, vous saviez parfaitement que JMR avait l’interdiction légale (!) de s’exprimer sur l’affaire. Vous saviez aussi parfaitement quel genre d’homme c’est – qu’il n’allait pas se dérober, ce qui aurait évidemment fait les choux gras de tous les bien-pensants. En posant la question, vous le piégiez, quelle qu’ait été sa réponse. Comme c’est commode d’en appeler alors à sa maturité pour qu’il « assume les conséquences » que vous, vous refusez d’assumer ! Comme c’est subtil de vous présenter en victimes (pseudo-) cultivées, à grands coups de références à l’antiquité ! Ainsi donc, vous n’êtes que les modestes messagers d’une homme qui tenait frénétiquement à s’exprimer sur un sujet qui lui était interdit ! Mais c’est quasiment une mission de service public, que vous «assumez» là ! Et comme c’est propre sur soi, d’en appeler au « débat courtois », pendant que Jean-Marc est retourné pourrir en prison, pour que vous puissiez fourguer un peu plus de pub ! Vous me permettrez donc – courtoisement, cela va sans dire – de maintenir mon «Tartuffes! ».

Réponse de LEXPRESS.fr - 13/10/2008 13:22:06

Bonjour, Lorsque nous avons réalisé l'interview (et je ne saurais trop vous encourager à lire <a href="http://www.lexpress.fr/actualite/politique/gilles-rof-eviter-toute-question-sur-action-directe-aurait-ete-une-lachete-professionnelle_581878.html">la réponse qu'a faite Gilles Rof</a>, notre journaliste, à ce sujet à Libération qui le mettait en cause), nous avons fait notre travail, à savoir poser les questions qui nous paraissaient pertinentes (à nous, et pas à ses inconditionnels, cher Viking) à Jean-Marc Rouillan - libre à lui, évidemment, de ne pas y répondre. Nous n'avons "piégé" personne: vous vouliez quoi, qu'on lui parle de son nouveau jardin et de la couleur de son vélo ? Jean-Marc Rouillan a répondu à nos question sans y être obligé, naturellement, en conscience et il a validé l'entretien avant parution. Quant à vos allusions nauséabonde (visiblement, c'est un mode de communication, chez vous) à nos motivations, essayez une seconde de vous convaincre qu'en passant un entretien avec l'ancien patron d'Action directe nous avons vendu plus de pub... Essayez, vous allez voir, c'est amusant. Nous avons fait notre boulot, qui est de dire la réalité et de rencontrer ceux qui la font, et nous en sommes fiers. Bien à vous, LEXPRESS.Fr

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viking

viking - 13/10/2008 12:51:02

(texte complet) 1) Le moins que l'Express aurait pu faire, c'est de présenter ses excuses à Jean-Marc. Renvoyer en tôle un homme qui vient d'en tirer 18 ans, juste pour faire un peu de fric, c'est pas joli-joli. Au lieu de quoi, la rédaction n'a rien de plus pressé que de préciser qu'elle est contre toute forme d'action directe... Tartuffes! 2) A l'instar de toute la presse, la rédaction de l'Express propose un rappel du contexte pour le moins tendancieux. En présentant G. Besse comme le patron de Renault - ce qu'il était effectivement au moment des faits - et en "oubliant" de dire qu'il a d'abord été en France l'homme du nucléaire civile ET militaire. Un vrai ami du peuple, quoi.

Réponse de LEXPRESS.fr - 13/10/2008 12:57:28

Cher Viking, qu'il est agréable de (continer à) débattre avec courtoisie ! Or donc, nous avons "renvoyé" Rouillan en prison? Parce que Rouillan n'est pas assez grand, selon vous, pour dire ce qu'il a à dire et pour en assumer, lui, les conséquences ? C'est de maternelle que votre Rouillan devrait sortir, pas de prison. Dans l'antiquité, on tuait les messages pour conjurer les mauvaises nouvelles, savez-vous ? Bien à vous, LEXPRESS.fr PS : Besse a été "l'homme du nucléaire civil et militaire", comme vous le prétendez, cher Viking, ça justifie la peine de mort, selon vous ?

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Viking

Viking - 13/10/2008 12:39:01

1) Le moins que l'Express aurait pu faire, c'est de présenter ses excuses à Jean-Marc. Renvoyer en tôle un homme qui vient d'en tirer 18 ans, juste pour faire un peu de fric, c'est pas joli-joli. Au lieu de quoi, la rédaction n'a rien de plus pressé que de préciser qu'elle est contre toute forme d'action directe... Tartuffes! 2) Comme d'habitude, la

Réponse de LEXPRESS.fr - 13/10/2008 12:47:29

Cher Viking, qu'il est agréable de débattre avec courtoisie ! Or donc, nous avons "renvoyé" Rouillan en prison? Parce que Rouillan n'est pas assez grand, selon vous, pour dire ce qu'il a à dire et pour en assumer, lui, les conséquences ? C'est de maternelle que votre Rouillan devrait sortir, pas de prison. Dans l'antiquité, on tuait les messages pour conjurer les mauvaises nouvelles, savez-vous ? Bien à vous, LEXPRESS.fr

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eric1

eric1 - 10/10/2008 17:45:28

A Boulaquick: Je crois que pour répondre à votre question, il faut que vous précisiez votre modèle.

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BoulaQuick

BoulaQuick - 10/10/2008 10:40:43

A dire que communistes, LO, LCR et NPA sont tous de l'extreme gauche, vous allez faire croire que le PS voire même le Modem sont à gauche ? Le PS n'est plus à gauche depuis longtemps... A-t'on uniquement le choix entre marché déréglementé (droite droite) et marché réglementé (droite centre) ? et rien d'autre ? Moi je prone un autre modèle de société qui ne se base pas sur les lois du marché et qui ne soit pas communiste... Pourtant je ne suis pas partisan ni de la violence, ni du nationalisme... alors je me mets ou ? forcement à un extrème ?

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eric1

eric1 - 09/10/2008 22:27:51

Je fais moins référence à mes études qu'à mes bastons à Assas à une époque ou l'extrème droite arrivait ponctuellement à encore bien mobiliser . Passons sur ce qui sont désormais des souvenirs. Sur la phrase de JM LePen, je pense qu'elle est odieuse mais qu'elle fut bien montée en épingle. Celà pour dire qu'en tant qu'antiraciste convaincu, je considère que la diabolisation de JM Le Pen ne servit qu'à le faire progresser alors quela seule méthode pour le faire descendre fut de traiter enfin ce qui faisait son succès populaire: l'immigration et la sécurité. Pour être donc plus précis, je ne parle pas des petites phrases et autres ignominies ponctuelles qui, je te l'accorde volontiers, sont bien révélatrices mais du programme du FN qui ne comporte aucune intention raciste...évidemment.

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eric1

eric1 - 09/10/2008 22:17:33

Sur Dieudonné, je ne pense pas que le personnage soit d'extrème droite. Je pense que le cas est plus complexe. Il ya un mélange de concurrence mémorielle qui postule qu'on parlerait trop des uns et pas assez des autres et cette démarche l'a peu à peu amené à se créer une clé de lecture de l'histoire à travers laquelle il l'explique via les actions réelles ou supposées qu'il attribue aux juifs. En celà, il rejoint effectivement nombre de théoriciens d'extrème droite et d'extrème gauche. Je pense qu'il ya aussi chez Dieudonné, la volonté de casser des tabous ou de faire de la provocation et en celà; il rejoint aussi une des méthodes préférées des extrémistes.

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Ciguri

Ciguri - 09/10/2008 20:08:58

Je n'ai jamais dit, Eric 1, qu'il n'y avait pas de passerelle: la connerie n'a pas de couleur politique. Et quand Dieudonné rejoint Le Pen, Dieudonné passe à l'extrême droite en franchissant cette passerelle. Ca n'enlève rien au reste: entre une idéologie qui par essence prône le racisme, l'exclusion et la haine de l'autre et une idéologie qui prône la justice et l'égalité, il y a un gouffre (avec des passerelles au-dessus, hélas). Dire que c'est bonnet blanc et blanc bonnet, malgré tes grandes études à Assas, ça n'a pas plus de sens que de dire que Chavez et Bush, parce qu'ils ont tous les deux des tendances mégalomaniaques, c'est la même chose.

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Ciguri

Ciguri - 09/10/2008 20:05:19

La Shoah détail de l'histoire, ça te va, comme déclaration raciste, ou il t'en faut d'autres?

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