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Henri Rahaingoson
Le bilinguisme est toujours un atout
Le vice-président de la section I à l'académie malgache soutient le bilinguisme, tout en soutenant le respect de sa langue maternelle.
Quelle est la définition du bilinguisme ?
Le bilinguisme est la pratique de deux langues. Apprendre une langue signifie apprendre une autre culture. Notre façon d'appréhender le monde se voit surtout à travers la langue. Il y a le bilinguisme soustractif et le bilinguisme additif. On parle de bilinguisme soustractif quand il y a une aliénation. C'est-à-dire que la nouvelle culture domine notre propre culture. Ce n'est plus moi qui pense mais une autre. Nous perdons notre personnalité dans ce cas. Le bilinguisme est additif quand l'acculturation (acquérir d'autres cultures) permet l'épanouissement de notre propre culture.

Quels sont les avantages du bilinguisme ?
Nous ne pouvons pas nous passer du bilinguisme parce que nous vivons dans une île. On a besoin d'une fenêtre pour s'ouvrir vers le monde. De plus, on n'arrivera pas à traduire en malgache toutes les œuvres du monde. Donc, on a besoin d'une richesse culturelle beaucoup plus vaste venant de l'extérieur et vice versa bien sûr. Bref, la réciprocité ou le dialogue des cultures implique le bilinguisme.

Peut-on parler de bilinguisme à Madagascar ?
Officiellement, l'État malgache est bilingue. En 1992, la troisième République a indiqué que le malgache est la langue nationale. En 2007, un référendum a décidé qu'avec la langue malgache, il y a le français et l'anglais. Enfin, en 2010, la transition a enlevé la langue anglaise et il ne reste plus que le français et l'anglais. Mais un état bilingue ne signifie pas que le peuple est aussi bilingue. Selon les statistiques de l'académie malagasy, dans tout Madagascar, 0,57% du peuple malgache parle uniquement le français, 15,87% la pratique occasionnellement et 83,61% ne savent que le malgache.

A-t-on besoin d'une politique particulière pour un système de bilinguisme ?
Je pense que oui. Mais qui s’en soucie ? Les étrangers ne veulent que dominer leurs langues au détriment de la nôtre, alors qu’on a surtout besoin de la complémentarité. Il nous revient, surtout à l'État, de se manifester pour promouvoir notre langue au lieu d'attendre que les bailleurs nous donnent le financement pour le faire. Cela ne veut pas dire qu'on n'a pas besoin d'autres langues. Au contraire, le bilinguisme est toujours un atout s'il est bien géré, c'est-à-dire, si on respecte notre langue maternelle en maîtrisant celle des autres. Un atout parce que ce n'est pas seulement un instrument de communication mais aussi un outil pour recevoir d'autres cultures. Une culture qui ne s'ouvre pas est morte. Mais, celle-ci doit-être enracinée.

Qu'entendez-vous par enracinement culturel ?
On dit qu'une culture est enracinée quand elle est respectée par son peuple, quand il y a une bonne base, qui ne bouge pas. Lorsqu’une culture est enracinée, on n'a plus peur de la perdre. L'enracinement culturel se fait par la pratique de la langue maternelle, l'écriture, la lecture,...La construction d'une bonne personnalité vient de l'enracinement de la propre langue et l'ouverture vers l'extérieur.

Recueillis par

Michella Raharisoa
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