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MON ŒIL !

Bienvenue chez les ch'tis : la critique sourit … mais n'en pense pas moins

Devenu le plus gros succès du cinéma français, «Bienvenue chez les ch'tis» a été relativement bien accueilli par la critique journalistique. Sans éviter la critique radicale de Michel Quint, un écrivain originaire du pays Ch'ti. Qui dit tout haut ce que chacun pense dans les rédactions ?



Qui a vu le film les Ch'tis ? Dans les rédactions, poser la question est presque une provocation. Les journalistes sont dans l'ensemble passés à côté du film. Pourtant, la critique cinématographique, souvent vilipendée pour son élitisme, a, dans l'ensemble, bien flairé le «vent du nord» qui a balayé la France. Elle a évité le piège dans lequel elle était tombée lors de la sortie du «Fabuleux destin d'Amélie Poulain» en se montrant plutôt clémente avec le film de Dany Boon «Bienvenue chez les ch'tis».
Lassée de se voir représenter en élite «croqueuse de films», inapte à se laisser transporter par la légèreté d'une comédie populaire, à la sortie du film, la prudence ou la bienveillance, sinon une indulgence simulée, ont nettement dominé. Même les Inrockuptibles se sont demandés «Pourquoi, malgré sa nullité, Bienvenue chez les ch'tis reste-t-il infiniment plus fréquentable que les comédies rances de Jugnot ou Krawczyk ? C'est que chez Boon, le cliché est un point de départ vers une loufoquerie louable, et non une prison qui enserre les personnages dans un idéal passéiste et cocardier. C'est déjà ça». Téméraire, le sociologue Michel Wieworka avait tenté d'analyser le film comme un signe du «déclin français» et «du repli d'une certaine France sur son passé». Convié sur les plateaux pour susciter la «polémique», carburant indispensable aux audiences, le sociologue a ensuite été boudé. Pas bienvenu chez les Ch'tis le Wieworka !

Un accueil bienveillant
Pour Télérama dont on pouvait attendre une descente en flamme, le film est chargé de clichés mais «Dany Boon insuffle suffisamment d'humanité et de tendresse à ses personnages pour rendre ces clichés digestes, voire savoureux».
Complètement ignoré par les Cahiers du Cinéma, le film fera presque partout ailleurs l'unanimité : «sympathie», «humour», «humilité», «gentillesse».
Le JDD est dithyrambique : «Kad Merad et Dany Boon forment un tandem irrésistible. Une comédie généreuse où la bonne humeur est contagieuse». Le Monde donne dans la grandiloquence : «le Pas-de-Calais devrait faire bon accueil à cette sympathique comédie, dont la désuétude nous réconcilie avec le facteur humain».
Libération évite l'obstacle façon «ni à prendre, ni à laisser»: «Le bingo-frites du jour est une comédie France profonde. (…)un divertissement un peu bonasse (…) tout le monde peut y aller et sortira bien content, mémé et bébé inclus».

Un carton assuré
Certains, comme le site de cinéma avoir-alire.com refusent le principe de la critique pour se féliciter du retour d'un cinéma populaire dont ils pressentent le succès : «Certes, on pourra toujours trouver que le scénario est extrêmement mécanique avec des personnages un peu stéréotypés et que cette comédie n'a pas de réelle mise en scène. On peut surenchérir en disant que Boon vise clairement la case du prime-time sur TF1. Et alors ? (…) De toute façon, les critiques sont inutiles sur ce genre de film : le carton est d'ores et déjà assuré. Et en un sens, c'est tant mieux !».

Un phénomène anti-Sarko ?
Au moment de son succès affirmé, le même site tentera un décryptage intéressant, sinon pertinent, sur le thème «Les Ch'tis, un phénomène anti-Sarko» : «Le parallèle politique avec la baisse historique de popularité du président Sarkozy n'est dans ce contexte pas inopportune. L'on se souvient de l'équipe d'Astérix paradant lors des avant-premières. Top-modèles en avant (le syndrome Carla Bruni évidemment). De parler d'argent, encore et toujours d'argent, affichant un goût du luxe complaisant aux yeux d'une France mal en point, qui n'avait pas oublié les petits scandales de tournage. Un mauvais goût intolérable aux yeux d'une opinion publique frappée de plein fouet par une réalité plus terre-à-terre (pouvoir d'achat en berne, spectre de la récession...), qui, par sondages interposés, avait déjà manifesté une désapprobation quasi unilatérale quant au style de vie de l'actuel président. Aussi, le triomphe de Bienvenue chez les Cht'is pourrait s'expliquer par sa simplicité et son infinie générosité auxquelles la population, qui avait bien besoin de se retrouver autour d'un plaisir simple, a répondu massivement en se bousculant dans les salles».

«Un Thoiry du plat pays»
Mais à la lecture de tous ces journaux, essentiellement parisiens, attentifs à ne pas sombrer dans le piège trop facile de l'anti-provincialisme, il est à croire que seul un «ch'ti» possédait la légitimité pour critiquer le film.
Alors que «Bienvenue chez les ch'tis» avait déjà accueilli plus de 5 millions de spectateurs, le Nouvel Observateur ouvrait ses pages à l'écrivain Michel Quint, auteur de nombreux romans et enseignant à Roubaix.
C'est la critique qui se révèlera la plus radicale, Michel Quint dénonçant «une addition du populisme et de la démagogie» : «le nord se limite à une sorte de réserve, un Thoiry du plat pays, où on croise des animaux dénaturés, exclusivement des postiers et des retraités plus ou moins veufs, portés sur la bouteille mais tellement gentils, tellement hospitaliers pour le petit d'homme abandonné».
Michel Quint décrit une sorte de «livre de la jungle» du Nord-pas-de-Calais., une vision caricaturale maladroitement améliorée par Photoshop. Rassurante, certes, drôle, c'est sûr. «Mais nous, gens du Nord» ajoute l'auteur «savons de quoi nous rions. Les autres confortés dans leurs préjugés vont au moins nous plaindre, peut-être nous mépriser»…

Mardi 15 Avril 2008 - 00:09
Régis Soubrouillard
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Tags : boon, ch'tis, critique



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