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POLITIQUE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE

Les maires se rebiffent contre la privatisation programmée de La Poste

L’ouverture du capital de La Poste est annoncée pour 2011. Les associations de maires réagissent en demandant des garanties à l’Etat pour que ses missions de service public soient confortées. La privatisation en perspective ? En tous cas, l'abandon du maillage postal en milieu rural.



Les maires ruraux redoutent la privatisation totale de La Poste (Flickr - Licence CC / Steve Parker)
Les maires ruraux redoutent la privatisation totale de La Poste (Flickr - Licence CC / Steve Parker)
Les maires sont inquiets. A un mois et demi du 91e Congrès des Maires et des présidents de communautés de France (25-27 novembre), à Paris, l’Association des Maires de France (AMF) sort de sa torpeur. Et pour cause, La Poste doit changer de statut pour, à terme, s’ouvrir à la concurrence. Par l’intermédiaire de son président Jacques Pélissard, l’association interpelle le gouvernement en lui demandant « d’apporter toutes les garanties pour que les missions de service public, assumés par La Poste (…) soient confortées ».

Dans le même communiqué, l’association rappelle que ces missions sont « prévues dans le contrat de service public 2008-2012, signé entre l’Etat et La Poste ». Que prévoit ce contrat ? Signé le 22 juillet dernier, il pose les engagements respectifs de La Poste et de l’Etat concernant les quatre missions de service public : le service universel postal, le transport et la distribution de la presse, l’accessibilité bancaire et l’aménagement du territoire.

Même constat à l’Association des maires ruraux de France (AMRF). Ses 10.000 adhérents sont les premiers concernés par la réforme du gouvernement. « La Poste se doit de trouver de l’argent pour moderniser ses outils », convient, réaliste, Vanik Berberian, président de l’AMRF et maire de Gargilesse-Dampierre (Indre). Mais il ne cache pas ses craintes pour l’avenir : « La loi dispose que l’Etat sera majoritaire, mais rien ne dit qu’à terme d’autres investisseurs n’imposent leurs conditions. Dès lors, des actionnaires privés pourraient faire preuve d’appétit et délaisser les territoires ruraux économiquement peu rentables. » Au nom de la sacro-sainte rentabilité.

Des villages expriment ouvertement leur désaccord (FlickR - Licence CC / saragoldsmith)
Des villages expriment ouvertement leur désaccord (FlickR - Licence CC / saragoldsmith)
Désengagement de La Poste en milieu rural ?
Pour l’heure, La Poste dispose d’un réseau de 17 000 « points de contact » répartis sur l’ensemble du territoire français. Mais l’AMF craint que le nouveau statut de La Poste n’« ait pour conséquence, à plus ou moins long terme, l’abandon du maillage postal en milieu rural ». Et des villages en France, ce n’est pas ce qui manque. Sur 36 700 communes, 34 000 comptent moins de 3 500 habitants. Et les maires de petites communes comprennent, mieux que le gouvernement, la nécessité de préserver ce service public. Sur les quatre missions du service public postal, l’AMF attire l’attention du gouvernement sur « l’aménagement du territoire, cette dernière mission permettant de maintenir sur tout le territoire, y compris dans les zones les moins denses, une présence postale ».

Autre sujet qui fâche, le Fonds postal national de péréquation territoriale défendu bec et ongles par l’AMF. Il permet de garantir les engagements financiers contractés par La Poste, qui bénéficie d’une exonération de la taxe professionnelle. L’objectif est double : moderniser et consolider certains bureaux en milieu rural ou défavorisé. « Le Fonds de péréquation s’élève actuellement à 150 millions d’euros, alors que l’estimation des besoins étaient estimés à 399 millions d’euros », précise Vanik Berberian. Pourquoi un tel décalage ? Parce que le Fonds a été déterminé en fonction de l’exonération de charge dont bénéficie La Poste. « Or, on sait que la taxe professionnelle est menacée », prévient le président de l’AMRF.

Ouverture à la concurrence en 2011
Alors, privatisée La Poste ? Officiellement, non. Son président, Jean-Paul Bailly, a juste présenté, fin août, un projet visant à changer le statut de La Poste pour devenir une société anonyme dès le 1er janvier 2010. Avant d’ouvrir son capital (à hauteur d’environ 30 %, selon ses dires) en 2011. Objectif ? « Ouvrir des fonds ». Deux pistes sont étudiées : « l’entrée au capital de la Caisse des dépôts et la piste de l’actionnariat salarié et populaire, avec l’introduction en Bourse ». La direction ne cache pas sa préférence pour cette dernière option. Une vision quelque peu néolibérale de la part d’une direction d’un « service public » ! « Au-delà du service postal, c’est la question du maintien de tous les services publics et services aux publics dans les territoires qui est posée », s’alarme Vanik Berberian.

Plus inquiétant. Et c’est sans doute ce qui explique la réactivité soudaine des associations de maires. Une Commission pour le développement de La Poste, mise en place le 26 septembre par la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, et le secrétaire d’Etat à l’Industrie et à la Consommation, Luc Chatel, est chargée d’identifier les « forces et faiblesses » de La Poste. Pour quelle raison ? « Dans la perspective de l’ouverture complète à la concurrence au 1er janvier 2011. » Inquiétant. Il s’agit ni plus ni moins, à terme, de privatiser La Poste. Curieuse façon de s’intéresser au « développement de La Poste » ! L’AMRF demande que des réponses à ce dossier « soient apportées dans le cadre d’un référendum ». Dernier sursaut, avant la fermeture de nombreux guichets ?

Vendredi 10 Octobre 2008 - 16:05
Stéphane Miet
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