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Pâque juive : Guéant piétine la laïcité

Tefy Andriamanana - Marianne | Samedi 2 Juillet 2011 à 05:01 | Lu 19167 fois

Le ministre de l’Intérieur a annoncé devant le Crif à Marseille qu’aucun concours officiel ne pourra se tenir durant la Pâque Juive. Comme si les règles communes de la République devaient s’adapter aux croyances de chacun.



On croyait que c’était clair : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte », c'est inscrit dans la loi de 1905 . Pourtant jeudi soir, devant le Crif de la région PACA à Marseille, Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, a visiblement oublié ce principe plus que centenaire. 

Dans son discours, il a dit trouvé « opportun que les fêtes juives de Pessah puissent être prises en compte dans le fonctionnement des administrations et des services publics ». Ainsi, il a annoncé avoir demandé au ministère de la Fonction Publique de « veiller à ce que les fêtes de Pessah figurent, dès l'an prochain, dans le calendrier des principales fêtes religieuses » afin « que les examens et concours de la République ne se déroulent pas » pendant ces fêtes. Cette année, la Pâque Juive s’est déroulée du 18 au 26 avril.

Et cette mesure est loin d’être symbolique. Une circulaire existe déjà sur les dates des principales fêtes orthodoxes, arméniennes, juives, musulmanes, bouddhistes qui ne sont des jours fériés officiels (qui sont basés sur les fêtes catholiques). Et ce calendrier doit pris en compte par l’administration pour les autorisations d'absence des fonctionnaires et fixer la date des examens et concours.

L'UEFJ pas demandeuse

Mais jusque là, les dates de la Pâques n’était pas inscrites sur cette liste. Ce qui a posé un problème en avril dernier, lors des concours pour les grandes écoles d’ingénieurs (Mines, Centrale, Supélec…). Médiapart avait alors révélé que des sessions de nuit avaient été alors programmées pour permettre à des étudiants juifs de passer les concours malgré les fêtes de Pessah. 

Une Initiative avortée qui aurait été prise après un ordre de l’Elysée selon Médiapart mais démentie par les organisateurs et Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur qui évoquait déjà « une erreur de calendrier » avec l’oubli des fêtes de la Pâque dans la liste de l’administration.

Après ce scandale, Claude Guéant a donc réparé cette « erreur ». Désormais, les règles de la République devront se plier aux coutumes religieuses. On dira qu’il s’agit de faciliter la vie d’étudiants libres de pratiquer leur culte. Mais lorsque l'affaire a éclaté, Arielle Schwab, présidente de l’UEJF, avait écarté une telle revendication. « Nous ne demandons pas que la Pâques juive soit incluse dans cette liste de fêtes, car la République ne doit rien aux communautés religieuses. Il ne faut pas rendre majoritaires les minorités », avait-elle dit à Libération.fr.

Sarkozy le communautariste

Des esprits parisiens pourraient inférer de l’annonce faite au Crif par Guéant que l'Elysée choisit de cajoler  les juifs religieux davantage que les Musulmans. En février dernier, lors du dîner du Crif à Paris, il avait d'ailleurs loué les « racines juives » de la France. Mais la vérité des positions sarkozystes est sans doute plus complexes.  Du temps où il était ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy a fait beaucoup pour mettre le CFCM, organe dit représentatif de la communauté musulmane, sur les fonds baptismaux. Le Président, alors ministre, s'était aussi vanté d’avoir nommé un « préfet musulman ». Partisan de la discrimination positive, il avait crée le poste de « commissaire à la diversité », confié à Yazid Sabeg. Et si le débat sur l’Islam au sein de l’UMP a fait grincer beaucoup de dents, la grande Mosquée de Paris a longtemps tergiversé avant de le boycotter.

Dans d’autres circonstances, les état-majors du CFCM et de la Grande Mosquée ont été bien plus indulgents envers le pouvoir politique. Ils ne se sont jamais, par exemple, joints aux plaintes des associations anti-racistes contre les déclarations d’Hortefeux sur les « Auvergnats ». Et lorsque Guéant a provoque en évoquant « Les Français (qui) ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux » ou « un certain nombre de comportements (qui) posent problème » de la part des Musulmans, les religieux ont encore gardé le silence contrairement à Sos Racisme. La bonne oreille de l’Elysée vaut bien une messe anti-raciste...

Bref, l’annonce de Guéant ne procède pas de la préférence d’une communauté contre une autre, mais du choix des communautés contre la République. Elle découle d’une vision communautariste de la société où les traditions de quelques uns peuvent faire plier les règles qui s’imposent à tous. Rien d’étonnant dans la bouche du théoricien de la « laïcité positive », concept qu'il était fier d'arborer en 2007, mais qu'il a oublié aussi vite que sa fumeuse idée de créer des subprimes à la française. Il reste encore aux hindous, aux sikhs ou aux animistes de déposer leurs revendications à l’Elysée. A force, il n’y aura plus que le 29 février où on pourra organiser des examens.





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