La Cène et le disciple bien aimé
La Cène
 
La Cène

Au dernier repas que prit le christ avec les apôtres, Jean est toujours représenté sous les traits d'un jeune homme extrêmement efféminé, à côté de Jésus, reposant sa tête sur sa poitrine, sur son épaule, ou sur ses genoux. Parfois ce « jeune homme » est si efféminé que c'est une femme qui servit de modèle à l'artiste qui le peignit ou le sculpta.

La plus connue des oeuvres représentant saint Jean sous les traits d'une femme est la « Cène » de Léonard de Vinci (voir la photo).

Récemment, dans un reportage tv, un « spécialiste » affirmait que si de Vinci avait peint un personnage féminin dans la Cène, c'est parce qu'il était homosexuel et avait représenté son « petit ami » idéalisé. Cette hypothèse serait valable si seul de Vinci avait représenté Jean sous cet aspect féminin, or ce n'est pas le cas, de nombreux artistes, avant et après lui, ont peint une femme à côté de Jésus. Ils seraient donc tous homosexuels et auraient tous voulu immortaliser leur « petit ami » à côté du Christ ? Evidemment, non.

Saint Jean (détail)
 
Le disciple que Jésus aimait

L'expression « le disciple que Jésus aimait » se retrouve pour la première fois dans l'évangile selon Jean au chapitre XIII, versets 23-25 :

« Un des disciples, celui que Jésus aimait, était couché sur le sein de Jésus. Simon Pierre lui fit signe de demander qui était celui dont parlait Jésus. Et ce disciple, s'étant penché sur la poitrine de Jésus, lui dit : Seigneur, qui est-ce ? »

Maintenant, il faut replacer la scène dans son contexte en tenant compte des coutumes de l'antiquité. Jésus était à table avec ses disciples. Dans la Palestine du premier siècle, les repas se prenaient couché sur des banquettes autour d'une table basse. Le disciple que Jésus aimait était donc couché sur le sein de Jésus qui était lui-même allongé. Cette posture quasi érotique n'aurait pas manqué de choquer la chrétienté « bien pensante », aussi a-t-on représenté les personnages assis sur des chaises ou des bancs autour d'une table haute.

Mais pourquoi les artistes ont-ils persisté tout au long de presque 20 siècles d'histoire de l'art à représenter Jean sous des traits efféminés ?

Christian Doumergue nous éclaire à ce sujet : à l'origine, le « disciple que Jésus aimait » était bien Marie-Madeleine et c'est elle qui était représentée dans la Cène. Par la suite, quand l'Eglise identifia le « disciple que Jésus aimait » à Jean, elle s'efforça d'occulter la présence de Marie-Madeleine, qui était bien trop gênante, lors du dernier repas. Mais la tradition iconographique perdura car on ne put éliminer toutes ces représentations. Certaines échappèrent donc à la destruction et servirent encore de modèles aux artistes futurs. Il fallut alors expliquer pourquoi Jean était représenté sous les traits d'une femme et on justifia cette particularité par l'invraisemblable virginité du disciple. (1)

Ceci peut expliquer la tradition, en effet, mais pas le fait que plusieurs artistes de la Renaissance aient peint intentionnellement Marie-Madeleine dans leur « Cène ». C'est le cas, notamment, de Juan Masip (1520-1579), aussi appelé Juan de Juanes. (Tableaux 1 et 2)

 

Tableau 1 : une des "Cènes" de Juan de Juanes où est représentée Marie-Madeleine

Dans le 2ème tableau, Marie-Madeleine susurre des mots secrets à Jésus et les apôtres sont scandalisés par ces « cachotteries ». Or cette scène n'existe pas dans les évangiles canoniques. Elle est directement tirée d'un évangile apocryphe et plus précisément gnostique.

Mais lequel ? Pas l'évangile de Philippe, ni celui de Thomas, ni encore celui de Marie de Magdala ; ils ne seront retrouvés qu'en 1945 à Nag Hammadi, en Egypte. Juan de Juanes avait-il connaissance d'une autre version d'un de ces textes, ou d'un évangile resté caché et que nous n'avons pas encore redécouvert ?


Tableau 2 : autre Cène de Juan de Juanes  

Note :
(1) Christian Doumergue, Marie-Madeleine, La Reine Oubliée, éd. Lacour, Nîmes, 2004, tome 2, p. 74-75

Remerciements pour leurs photos
à Johan, webmaster du « Portail de Rennes le Château » et de la «Gazette »
et à Adela, du « Coin de l'énigme »
©Victor Mortis, 2003- 2005
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