Monarchies

 

  Chronologies, arbres généalogiques et biographies des souverains de l'histoire

 

 
 
 

 

Michel VIII (1224-1282)

Empereur de Nicée (1258-1261)

Empereur byzantin (1261-1282)

 

Montée et usurpation du trône (1224-1258)

 

Né à Nicée ou à Nymphaion en 1224, Michel Paléologue est le fils du général nicéen Andronic Paléologue et de sa femme Théodora. Il appartient à l'élite de l'aristocratie, puisque sa famille est l'une des plus puissantes de l'empire byzantin depuis la seconde moitié du XIe siècle et qu'il descend d'Alexis 1er Comnène et d'Alexis III Ange par sa mère mais aussi de la dynastie Doukas par ses deux parents. Il est élevé à la cour de l'empereur Jean III de Nicée, auprès de son fils Théodore. Son père accède au poste de gouverneur de Thessalonique et des territoires européens en 1246, après la reprise de la ville, et Michel est alors nommé commandant des garnisons de Melnik, en Bulgarie, et de Serres, en Macédoine.

En 1253, alors qu'il est déjà reconnu comme un général compétent, l'empereur l'accuse de faire partie d'une conspiration et l'emprisonne. Son contemporain l'historien Georgios Akropolites nous rapporte que cette accusation est en réalité basée sur un malentendu. Selon une coutume occidentale importée au même moment, Michel devait prouver son innocence en touchant un fer rouge, mais Jean III change soudain d'opinion, début 1254, et le nomme Grand Connétable, fonctionnaire à qui tous les marchands latins sont subordonnés. C'est également à cette occasion que Michel se lie à la famille Vatatzès, en épousant Théodora Doukas, la petite-nièce de l'empereur.

Jean III meurt d'épilepsie le 3 novembre 1254 et son fils Théodore II, lui aussi atteint de cette maladie, lui succède. Ce changement à la tête de l'état fragilise la situation de Michel. En effet le nouvel empereur, avec qui il a été élevé et qui le connaît donc bien, se montre beaucoup plus méfiant vis-à-vis de lui et de ses ambitions. Ayant succédé à son père au poste de gouverneur de Thessalonique, puis ayant été nommé stratège de Bithynie, c'est pourtant l'homme le plus apte à diriger la guerre avec Michel II d'Epire qui éclate en 1256. Mais Théodore l'accuse cette même année de conspiration et de trahison au profit des seldjoukides, sans que cela puisse être justifié. Quoi qu'il en soit, Michel n'a d'autres choix que de se réfugier auprès du Sultan seldjoukide de Rum pour sauver sa vie. Il s'attire rapidement les grâces de ce dernier, qui lui confie le commandement des unités composées de soldats chrétiens dirigées contre les envahisseurs mongols.

Fin 1257 ou début 1258, la situation tourne à nouveau et, pardonné, Michel retourne à Nicée et jure fidélité à l'empereur. Ce dernier, mis en difficulté par les épirotes, en vient même à le nommer commandant suprême des troupes en Europe et le charge de mener la guerre contre l'Epire. Une fois en Macédoine, il n'a alors aucune difficulté à faire reculer l'armée ennemie jusqu'à Dyrrachium, mais la situation se retourne et il doit à son tour reculer, jusqu'à se retrouver sous les murs de Thessalonique, au début de l'été.

Tombé en disgrâce, Théodore II le fait arrêter et jeter en prison, ce qui lui attire la colère des aristocrates qui estiment que la présence du général est absolument nécessaire en Grèce. Mais s'il se laisse cette fois capturer, c'est peut-être volontaire : il cherche à convaincre l'empereur de son innocence et le sait gravement malade. En effet, s'il venait à mourir, Michel serait probablement plus utile à Nicée qu'en Europe. De plus, assuré du soutien des grandes familles byzantines, il prépare peut-être secrètement un complot visant à l'amener sur le trône. Quoi qu'il en soit, tout se passe comme il l'a prévu, puisque Théodore décède le 18 août 1258. Son jeune fils Jean, âgé de 8 ans seulement, lui succède alors, sous la régence de l'impopulaire protovestiaire Georgios Muzaion (il est originaire d'une basse couche de la société, ce pourquoi les nobles le refusent) et du patriarche Arsène Autorianos.

A peine 9 jours plus tard, les funérailles de l'empereur se transforment en révolution de palais : Muzaion et un de ses frères sont assassinés et démembrés. Les aristocrates, soutenus par l'armée et le clergé, libèrent alors hâtivement Michel et lui donnent le titre de Megas Dux (Grand-Duc) puis de Despote. Nommé régent début septembre, il est ensuite proclamé co-empereur en novembre 1258. Enfin, le jour de Noël, il est couronné à Nicée avec sa femme Théodora et le petit Jean par le patriarche. La hiérarchie est alors déjà clairement définie : Michel VIII (c'est à présent son nom) reçoit un diadème de pierres précieuses, tandis que Jean IV n'a qu'un simple collier de perles.

 

Restauration de l'empire byzantin (1258-1261)

 

L'empire dont Michel VIII hérite ressemble grandement à l'empire byzantin d'avant 1204, sans la majeure partie de la Grèce et la capitale, Constantinople. Cependant, afin de pouvoir enfin reprendre cette dernière au faible empire latin qui s'y est installé, il doit d'abord sécuriser ses frontières. Les seldjoukides, en proie aux terribles Mongols, ne représentent plus vraiment une menace en Orient. Il en est autrement sur le front occidental, où le despote d'Epire assiège toujours Thessalonique. Au début de l'année 1258, ce dernier obtient l'alliance de Manfred de Sicile (le fils naturel de l'empereur Frédéric II du Saint Empire Romain Germanique), qui a déjà conquis une partie de l'Epire, dont Dyrrachium et Corfou. C'est ensuite au tour du prince d'Achaïe, Guillaume II de Villehardouin, de se joindre à cette coalition, suivi de près par la Serbie. Michel II d'Epire confie alors le commandement des opérations contre l'empire de Nicée à Manfred, qui a déjà fait venir 400 chevaliers d'Allemagne.

La situation est donc des plus graves en Macédoine, et, avant la fin de l'année, Michel VIII tente de régler le conflit par la diplomatie. Il envoie ainsi des délégations aux trois belligérants, ainsi qu'à Rome, promettant une union des Eglises d'Occident et d'Orient, mais en vain. En automne, pour renforcer son armée, il fait venir des contingents hongrois, serbes, coumans et turcs. Il confie ensuite la direction des troupes nicéennes à son frère, le Sebastocrator Jean Paléologue, et au général Alexis Strategopoulos, et leur demande d'avancer contre l'ennemi, début 1259.

Alors que l'armée nicéenne approche enfin, Michel d'Epire, stationné avec ses troupes à Kastoria puis replié sur Awlona, demande l'aide de ses alliés, qui lui envoient rapidement un régiment de cavalerie ainsi qu'une grande armée dirigée par le prince d'Achaïe lui-même. Michel se retrouve alors à la tête d'une armée d'environ 45 000 hommes et se déplace vers le Nord. Le choc entre les deux armées a finalement lieu en septembre, à Pélagonie (aujourd'hui Bitolj ou Monastir). Malgré une évidente infériorité numérique, l'armée de Jean Paléologue remporte rapidement la victoire, appliquant à la lettre la consigne de son frère qui consiste à diviser les trois alliés. Une brillante guérilla finit d'achever les coalisés : le despote Michel II et son fils Nicéphore fuient lâchement le champ de bataille, tandis que Guillaume de Villehardouin ainsi que toute la chevalerie allemande est faite prisonnière. Enfin, afin de compléter cette victoire, Alexis Strategopoulos poursuit sa lancée et prend Arta, la capitale de l'Epire.

La puissance du despotat étant brisée, Michel VIII décide de saisir l'occasion pour reprendre Constantinople. Prenant personnellement les choses en main, il y met le siège début 1260. L'empire latin, que l'empereur Baudouin II de Courtenay dirige depuis 1237, n'a en effet plus que deux alliés : le pape et Venise. Le premier n'ayant pas la possibilité d'envoyer de troupes, la survie de l'empire ne tient quasiment plus qu'à la flotte de 30 navires vénitiens qui ferme la Corne d'Or. Malheureusement pour Michel, sans navires il ne peut pénétrer dans la ville par la mer et, ne parvenant à briser la résistance latine, il lève finalement le siège en septembre et signe une trêve avec l'empire latin.

Songeant à la nécessité d'avoir une flotte, l'empereur trouve la solution adéquate en faisant appel à Gênes, la grande rivale de Venise. Le 13 mars 1261 à Nymphaion, il signe une alliance avec elle et, en échange de l'aide de sa flotte, il lui promet les mêmes avantages commerciaux dont jouissait Venise dans l'empire byzantin (notamment l'exemption d'impôts et de taxes) ainsi qu'un quartier dans Constantinople (celui de Galata) et dans les autres grands ports pour ses marchands et le libre accès à la Mer Noire. Michel VIII pose ainsi les bases de la puissance génoise, mais permet également à la terrible lutte d'influence entre les deux républiques de se poursuivre au sein de l'empire.

En été 1261, Michel nomme César Alexis Strategopoulos et lui confie une petite armée en Thrace, chargée de défendre la frontière avec la Bulgarie. Le général doit également évaluer les défenses de Constantinople, faire des missions de reconnaissance, et surveiller les mouvements de ses défenseurs. C'est grâce à cela que, le 25 juillet, il apprend que la garnison latine ainsi que les navires vénitiens sont partis attaquer une île nicéenne du Bosphore, Daphnusia. Saisissant l'occasion, il infiltre la ville de nuit et ouvre ses portes, ce qui permet à toute l'armée de pénétrer dans Constantinople. Il ne se heurte qu'à très peu de résistance, brûle le quartier vénitien, mais ne parvient pas à empêcher la fuite de Baudouin II. Les latins prennent alors la fuite et se cachent, de peur d'être tués ; l'empire latin de Constantinople cesse d'exister et l'empire byzantin est restauré.

Michel VIII, qui se trouve à Meteorion, en Asie Mineure, lorsque la capitale impériale est reprise, fait ses préparatifs et part dès qu'il apprend la nouvelle. Il parcourt 300 kilomètres en trois semaines et arrive finalement à Constantinople, où il est déjà vénéré comme le « nouveau Constantin » et le refondateur de la ville, le 15 août 1261. Entrant triomphalement dans la ville, il en visite les bâtiments importants puis est couronné une seconde fois avec sa femme par le patriarche Arsène, dans la basilique Sainte-Sophie. Installant sa dynastie, il en profite pour proclamer héritier son jeune fils Andronic. Quant au jeune Jean IV Vatatzès, oublié à Nicée, Michel le dépose le 24 décembre – le jour de ses 11 ans -, lui fait crever les yeux, puis l'emprisonne dans la forteresse de Dakibyze, sur la mer de Marmara, où il moura en 1305. Il met ainsi fin à la dynastie Vatatzès.

Reconstruction et lutte contre l'Achaïe (1261-1264)

 

Constantinople, à nouveau capitale, n'a plus rien à voir avec la prestigieuse ville qu'elle a été. Les pillages de 1204 et l'occupation latine ont laissé leur traces : les églises et les palais sont en ruines, les rues sont pleines de décombres. L'empire tout entier est dans le même état, et sa reconstruction est désormais l'objectif de Michel VIII. Retiré dans son nouveau palais, il envisage la restauration des fortifications et la reconquête de la Grèce, encore en grande partie aux mains des occidentaux. Malheureusement, pour ce qui est du contrôle des mers, contrer le monopole de Venise et de Gênes semble quasiment impossible.

L'empereur réalise rapidement ses premiers objectifs. Il répare les brèches crées dans les murailles de Constantinople et en renforce les défenses, notamment en couvrant simplement de peaux les parties en bois, les rendant résistantes au feu. La chaîne qui ferme la Corne d'Or est également renouvelée, tandis qu'une intense activité de construction navale a lieu. Employant l'armée, il reconstruit les anciens palais, les marchés, les théâtres, les monastères et les églises (ce qui lui vaut un important soutien de l'Eglise grecque), et s'attache à repeupler la ville. Pour cela, il rapatrie tous les fonctionnaires exilés à Nicée et crée de nouvelles municipalités aux alentours de la ville dès 1262. Enfin, il encourage la renaissance de l'art byzantin, afin de remplacer les fresques, icônes, monuments et décors détruits ou volés par les croisés.

La politique extérieure de l'empire byzantin restauré est principalement axée sur le renouvellement des alliances avec les autres états, sorte de reconnaissance. Ainsi, Michel envoie plusieurs délégations, notamment au pape Urbain IV, à qui il envoie des présents. Mais ce dernier reste particulièrement hostile et, incité par Venise et par l'ancien empereur Baudouin, il prêche une nouvelle croisade contre Constantinople et jette l'interdit sur Gênes. Heureusement pour Michel, son appel reste vain ; l'ancien engouement pour les croisades s'est dissipé. Disposant d'un convenable réseau d'espions, l'empereur comprend parfaitement les rouages de la politique européenne et tente alors de s'entendre avec les ennemis du pape. C'est pourquoi, en été 1262, il cherche à obtenir l'alliance de son ancien ennemi, Manfred de Sicile. Il dispose pour cela d'un atout considérable : Constance, la sœur du roi, est l'ancienne femme de Jean III Vatatzès. Michel tente même d'obtenir la main de la veuve, ce qui déclenche un scandale dénoncé par le patriarche, qui l'excommuniera quelques temps plus tard (l'empereur répliquera en déposant Arsène en 1265 et son successeur, Joseph Ier, lèvera la sentence). Il n'obtient donc au final rien d'autre qu'un apaisement des relations et ne parvient pas à signer d'alliance.

Michel décide alors de poursuivre son œuvre de restauration territoriale de l'empire. Il libère donc Guillaume de Villehardouin, toujours en 1262, contre les importantes forteresses de Monemvasia, Mistra, Maina, Geraki, et Kinsterna. Cela lui permet de reprendre pied dans le Péloponnèse et de signer la paix avec la principauté d'Achaïe. Cependant cette dernière ne dure pas longtemps puisque, dès le mois de mai, la principauté s'allie avec Venise contre Byzance. Deux mois plus tard, le pape signe un accord à Viterbe et se joint à cette union, ainsi que tous les féodaux restés en Grèce.

L'empereur décide d'agir vite. Début 1263, il envoie une flotte de neuf navires piller les îles égéennes restées aux mains des latins (dont Kos, Naxos et Paros), attaquer Eubée, puis s'emparer des côtes du sud-est de la Morée. Il place également une armée de 15 000 hommes sous le commandement de son demi-frère le Sebastocrator Constantin, qui va assiéger Sparte. Mais ce dernier sous-estime largement ses ennemis et tombe dans un piège où son armée est massacrée ; lui-même doit prendre la fuite pour sauver sa vie. Un mois plus tard, une flotte byzantino-gênoise de 48 navires affronte une flotte de 32 galères vénitiennes, près de la petite île de Spetse. La flotte génoise y subit une cruelle défaite, qui présage à la réduction de sa mainmise sur les mers orientales.

Cette défaite navale brouille quelque peu les relations entre les deux alliés. De plus, depuis le traité de Nymphaion, le commerce byzantin a décliné, ce qui ne peut que mécontenter Michel VIII. Il ordonne donc en automne le renvoi de ce qu'il reste de la flotte génoise, qui comprend encore 60 galères. La république ne tarde cependant pas à envoyer de nouveau navires, et à tenter une réconciliation. La rupture définitive aura lieu en 1264, lorsqu'une conspiration du podestat génois Guglielmo Guercio sera découverte par l'empereur : l'homme sera banni de la capitale et de l'empire, et ses compatriotes seront également renvoyés chez eux.

Au printemps 1263, à la quête d'un nouvel allié, Byzance se tourne une nouvelle fois vers le pape. En effet, mis à mal par Manfred, ce dernier change ses positions et se révèle disposé à traiter. Michel adresse donc plusieurs lettres au pontife, dans lesquelles il promet à nouveau la réunion des Eglises et une aide contre la Sicile. Urbain IV lui répond le 18 juillet qu'il va envoyer des légats à Constantinople afin d'organiser et de sceller l'union. Mais ces derniers tardent à arriver et, en attendant, les troupes byzantines retentent de vaincre la principauté d'Achaïe.

En octobre, une nouvelle armée est confiée à Constantin Paléologue, qui se dirige cette fois-ci contre la capitale du Péloponnèse, Andravida. Une violente bataille à lieu à 15 kilomètres de là, à Sergiana : elle voit la mort du Grand Connétable Michel Cantacuzène et le repli des troupes byzantines vers le Nord de la Laconie et la forteresse de Nikli. La catastrophe est alors encore plus grande, puisque les 5 000 soldats seldjoukides, lassés de ne pas avoir touché leur solde depuis six mois, passent à l'ennemi. Le demi-frère de l'empereur doit donc à nouveau fuir et, une fois de retour à Constantinople, tombe dans l'oubli.

Guillaume de Villehardouin en profite pour envahir les territoires byzantins du Sud du Péloponnèse. Grâce aux turcs, il remporte une nouvelle victoire brillante et parvient jusqu'à la forteresse de Mistra, que les grecs défendent au mieux. A défaut de pouvoir la prendre, les troupes d'Achaïe ravagent les terres avoisinantes. Mais, heureusement pour l'empereur, son ennemi ne va pas plus loin et propose une nouvelle fois une trêve. Les négociations ne durent pas très longtemps et, toujours sans allié, Michel attend de plus en plus l'aide de la papauté.

Menace de Charles d'Anjou (1264-1270)

 

Urbain croit les promesses de l'empereur et lui écrit une nouvelle fois, le 23 mai 1264. Mais, alors que les légats négocient des conditions et des concessions à faire de chaque parti, il décède subitement, le 2 octobre. Son successeur, Clément IV, mène une politique ambiguë et, chose très importante, soutient Charles d'Anjou, plus jeune frère du roi Louis IX de France, dans sa guerre pour conquérir le royaume de Sicile de Manfred de Hohenstaufen. Cela porte d'ailleurs ses fruits puisque le 26 février 1266, Charles vainc son rival à Bénévent et le tue. Il devient alors le nouveau roi de Sicile et, deux ans plus tard, bat et exécute le jeune Conradin, dernier des Hohenstaufen, qui a tenté de reprendre le royaume.

Etant soutenu par le pape, Charles d'Anjou représente une nouvelle menace occidentale pour l'empire byzantin. Dès 1267, il s'empare de Corfou et d'une partie des côtes de l'Epire, dont il veut faire la base des opérations contre la Macédoine. En effet, en mai de la même année, il s'unit à l'ancien empereur latin Baudouin II, à Guillaume II d'Achaïe – dont il épouse la fille Isabelle – et au pape, et promet de restaurer l'empire latin, à condition d'obtenir la suzeraineté sur l'Achaïe, la majorité des îles égéennes, et le tiers des conquêtes qu'il va faire. Enfin, il devient héritier légitime de l'empire latin (le titre est essentiellement symbolique mais est conservé dans la titulature), au cas où Baudouin et son fils Philippe venaient à mourir sans descendance.

Lorsque Michel apprend ces plans, il estime une nouvelle fois qu'il faut relancer le discours avec la papauté. Reprenant ses correspondances avec Rome, il réalise que Clément IV est moins disposé à négocier que son prédécesseur et rejette catégoriquement de discuter d'une quelconque condition à une éventuelle union des Eglises. Dans une de ses lettres, le pape va jusqu'à le menacer d'une intervention militaire si des sujets chrétiens sont oppressés dans son empire. Une réunification semble donc difficile avec un homme si peu coopératif, mais Michel persiste et propose même de participer à une croisade, à laquelle le roi d'Arménie promet aussi de se joindre. Cependant, une fois de plus, les négociations sont interrompues par le décès du pontife, le 29 novembre 1268. La pression et l'influence de Charles d'Anjou sur Rome sont alors si fortes que l'élection de son successeur prendra près de trois ans, rendant impossible toute négociation entre Orient et Occident.

Heureusement, l'empereur a entre-temps réussi a obtenir deux importantes alliances : celle de Gênes, renouvelée fin 1267, et surtout celle de sa rivale Venise, le 4 avril 1268 (le traité n'est ratifié par la République que trois mois plus tard et doit durer cinq ans). Les génois reprennent ainsi pied dans le quartier de Galata, en face de la Corne d'Or. Quant aux vénitiens, avec qui les négociations étaient en cours depuis 1264, ils disposent à nouveau de leurs anciennes bases commerciales en Orient, nécessaires pour nettoyer la Méditerranée Orientale des pirates et ainsi sécuriser leurs transactions et assurer leur essor économique. Ils peuvent en outre s'installer où ils le veulent dans l'empire, notamment à Constantinople. L'empire permet ainsi aux deux Républiques de se concurrencer librement, mais on leur interdit de s'attaquer dans le Bosphore et la Mer Noire. Michel VIII pense profiter et jouer de la rivalité entre ses deux alliés sans avantager l'un des deux ni les rapprocher.

Charles d'Anjou a, lui aussi, renforcé son armée. En plus d'avoir armé une flotte considérable, il a déjà envoyé argent, produits alimentaires et troupes en Morée, dont il fait la base de sa campagne. Pour empêcher toute fuite d'informations, il interdit toute forme de commerce entre Italie et Grèce. Enfin, il s'allie à de nombreux états, pour certains ennemis de longue date de l'empire byzantin : la Hongrie, la Serbie, la Bulgarie, le Sultanat Seldjoukide, l'Arménie, et le Khanat Mongol. En août 1269, il parvient même à signer un traité commercial avec Gênes. Enfin, l'ex-empereur Baudouin s'assure du soutien de Thibaud de Champagne, roi de Navarre, à qui il promet un quart de ses futures conquêtes.

Ayant quasiment toute l'Europe et une partie de l'Asie à dos, il ne reste à Michel qu'une seule éventuelle possibilité de secours : celui du roi Louis IX de France. En effet, il n'y a aucune alliance à espérer du frère aîné de Charles d'Anjou, mais le roi prépare une nouvelle croisade et l'empereur propose de s'y joindre avec ses troupes, pour le séduire. Au printemps 1270, il lui envoie une délégation chargée d'annoncer que le peuple et le clergé byzantin sont prêts à se rattacher à l'Eglise romaine. Le roi de France lui répond immédiatement qu'il va informer la Curie de cette nouvelle, afin qu'elle envoie un légat à Constantinople en attente de l'élection d'un nouveau pape. Ce légat, l'évêque d'Albano, exprime bientôt ses conditions, qui sont acceptées par le patriarche et l'empereur. Mais, alors qu'une nouvelle délégation, chargée de cadeaux, part en Europe pour annoncer la nouvelle au roi et le remercier, elle apprend sa mort devant Tunis, le 25 août 1270. La tentative de réunification des églises tombe une nouvelle fois à l'eau.

Charles d'Anjou, qui a participé à la 8e croisade, retourne en Sicile en novembre, après l'échec de l'expédition de son frère. Il n'a jamais paru aussi puissant et plus rien ne peu à présent l'empêcher d'attaquer l'empire byzantin. Heureusement, un miracle vient sauver ce dernier : alors que la flotte sicilienne s'apprête à quitter l'île et se trouve à Trapani, le 22 novembre, un orage extrêmement violent s'abat sur cette dernière. En quelques heures, dix-huit des plus grands navires sont coulés, sans compter les plus petits. Les milliers d'hommes et de chevaux qui parviennent à s'en sortir doivent regagner leur base, tandis que tout le matériel militaire et alimentaire sombre au fond de la mer. L'armée et la flotte siciliennes sont donc pratiquement détruites et la menace d'attaque contre l'empire perd brutalement toute son intensité, pour quelques années du moins...

Difficile réunification et relations avec la papauté (1270-1279)

 

Fin août 1271, le peuple est las de ne pas avoir de pape depuis deux ans et neuf mois) et décide d'accélérer les choses, en enfermant les cardinaux du conclave jusqu'à la fin de celui-ci. La mesure d'urgence porte ses fruits : Tebaldo Visconti est élu le 11 septembre et prend le nom de Grégoire X. L'objectif qu'il se fixe est simple : reconquérir Jérusalem. Mais pour cela, il sait qu'il aura probablement besoin de l'aide de l'empire byzantin. C'est pourquoi il se montre particulièrement attentif et intéressé à l'idée d'une réunion des églises occidentale et orientale.

Le 24 octobre 1272, Grégoire invite officiellement Michel VIII à participer au prochain concile et, en attendant, à réfléchir sur les différents points qui pourront y être débattus. Réaliste, il exige uniquement comme condition préalable la reconnaissance de la primauté de Rome sur Constantinople, ce qu'il obtient sans difficulté. L'empereur sait qu'il en faut peu pour que le pape rejoigne le camp de Charles d'Anjou et use de tact. Il accepte naturellement l'invitation et ne demande qu'une escorte, afin de garantir la vie de ses envoyés contre les agents siciliens. Charles ne s'en trouve que plus affaibli, d'autant plus qu'il avait promis en 1267 de rétablir l'empire latin dans les sept années et qu'il n'est pas à même de tenir ses promesses.

Le concile tant attendu doit se tenir à Lyon à partir du 7 mai 1274. Les émissaires grecs, parmi lesquels se trouvent l'ancien patriarche Germain III (il a abdiqué en 1266), le métropolite Théophane de Nicée et le grand logothète et historien Georgios Akropolites, rencontrent de nombreuses difficultés – notamment une tempête qui engloutit les présents byzantins dans la Corne d'Or – lors de leur voyage mais, malgré les efforts de Charles, parviennent à leur destination, le 24 juin. Le concile réunit alors environ 1 500 hommes, parmi lesquels Grégoire X, tous les cardinaux, et 120 évêques.

Le 29 juin, le pape tient une messe bilingue, à laquelle les évêques orientaux prennent part, en prévision de l'union qui va être décidée. La confession de foi, notamment, est dite en grec et en latin. Le même jour, l'union des deux Eglises est prononcée, et est officiellement promulguée le 6 juillet 1274. La primauté de Rome est donc reconnue, mais Constantinople conserve le droit d'exercer les rites byzantins, à la condition qu'ils ne soient pas en contradiction avec les décisions des conciles œcuméniques. Quant au patriarche, il reprend théoriquement le même rôle et a les mêmes pouvoirs qu'avant le schisme de 1054.

Ce n'est qu'au retour des émissaires, en automne, que le clergé et le peuple byzantins réalisent vraiment la portée de l'évènement. Ils se retrouvent divisés et la majorité d'entre eux juge à présent Michel comme un profane et un traître. Les ecclésiastiques pensent qu'il est plus logique de conserver leur indépendance et de garder des pouvoirs élargis pour le patriarche, ne serait-ce que pour pouvoir plus facilement modifier certains aspects de l'orthodoxie, que seul un concile peut à présent changer. Ils trouvent également que l'empereur a humilié Marie, la mère de dieu et patronne de Constantinople. Enfin, ils trouvent inadmissible que l'empire puisse rentrer dans le camp de ceux qu'ils ont combattus pendant 57 ans et qu'ils considèrent comme barbares. Seulement 13 ans après la reprise de la ville, ils doivent de nouveau se plier à l'autorité de l'Occident.

La première manifestation du mécontentement du peuple a lieu le 16 janvier 1275, lorsqu'une messe basée sur celle de Lyon est donnée dans la chapelle du palais. La division touche alors tous les milieux, même la famille impériale. En effet, le patriarche Joseph, opposé à la réunion, est déposé cette même année, et Irène, la sœur de Michel, se montre particulièrement opposée à sa politique et, après avoir été arrêtée puis s'être évadée, elle gagne la Bulgarie, dont le tsar Constantin Asen est son gendre. Avec son aide ainsi que celle des Mamelouks d'Egypte, elle ambitionne de renverser son frère, mais en vain. L'empereur craint en effet plus la réaction de Nicéphore Ier d'Epire, qui a succédé à son père Michel en 1271, et de son frère Jean, qui dirige la Thessalie. Les deux hommes unissent leurs efforts et accueillent tous ceux qui refusent l'union. Le second réunit même un synode de moines exilés, le 1er mai 1277, afin de décider de la façon de combattre efficacement le pape, l'empereur et le patriarche.

Michel VIII est toutefois fermement décidé à maintenir l'union, qu'il estime absolument nécessaire pour assurer la sécurité extérieure de l'empire. Après avoir simplement réprimandé les contestataires, il se rend compte que cela ne diminue par la force du mouvement et décide d'user de mesures autoritaires : les opposants sont emprisonnés, exilés, aveuglés ou privé de leurs possessions. L'empereur n'hésite pas non plus à agir dans les monastères, les plus importants foyers de résistance, où il fait couper la langue des moines particulièrement virulents. Cependant, il perd beaucoup de son ancienne popularité et se met le peuple à dos.

L'union des Eglises a malgré tout l'avantage de retirer la justification religieuse qu'avançait Charles d'Anjou dans son attaque de l'empire byzantin. L'opposition du pape ayant elle aussi quasiment disparu, Michel peut tranquillement s'en prendre aux possessions latines en Grèce. Avant le concile de Lyon, il a repris les forteresses de Butrinto et de Bérat, et repoussé les troupes siciliennes jusqu'à Awlona et Dyrrachium. Tenant bon la pression du roi, il envoie son frère Jean Paléologue attaquer Jean de Thessalie, tandis qu'une flotte byzantine de 73 navires empêche la venue de renforts. Mais ce dernier parvient à s'enfuir et, avec l'aide des chevaliers du duc d'Athènes, Jean de la Roche, il parvient à mettre en déroute l'armée grecque.

Cette défaite relance pour un temps les ambitions des latins : ils chassent les vénitiens de l'île d'Eubée et de la Crète et attaquent la flotte byzantine devant Démétrias, dans le golfe de Volos. Tout va alors pour le mieux jusqu'à l'arrivée du despote Jean de Thessalonique, grâce à qui la flotte latine est vaincue et en partie capturée. L'empereur retire malgré tout le commandement de l'armée à son frère et le confie à Alexis Philanthropenos, le vainqueur de Démétrias. Mais, du fait de ses blessures, il ne peut assumer son poste et celui-ci est confié à l'italien Licario. Il fait alors la conquête de la forteresse de Karystos puis reprend presque entièrement Eubée et quelques autres îles de la mer Egée : Skyros, Skopelos, Skiathos, Amorgos, Kea, Serifos, Astipaläa, Santorin, Thirasia et Lemnos retombent sous le joug de Constantinople.

Seul reste une possession latine sur l'île d'Eubée, sa capitale Chalcis. Devant ses murs, Licario vainc une première armée et capture Giberto da Verona, le gouverneur de l'île, ainsi que le duc d'Athènes mais, au même moment, les troupes byzantines subissent une nouvelle défaite importante face à Jean de Thessalie. Le général retourne alors à Constantinople avec ses troupes, et y est nommé Grand-Duc. Da Verona y meurt en captivité mais Jean de la Roche est libéré contre une importante rançon. On perd alors la trace de Licario, probablement décédé.

Depuis le concile, en 1274, le pape Grégoire X cherche à régler le conflit qui oppose byzantins et latins dans les Balkans. Cependant, excepté une trêve d'un an entre Michel VIII et Charles d'Anjou, en 1275, il ne parvient pas à empêcher les combats. Sa seule possibilité reste la croisade, qu'il veut prêcher rapidement, et pour cela il s'adresse à l'empereur. Celui-ci hésite longtemps : soit il peut profiter de cette croisade – dont l'itinéraire serait le même que lors de la première croisade – soit il peut en souffrir, si les croisés se décident à reprendre Constantinople, comme en 1204. Il prévoit finalement de rencontrer le pape à Awlona, après les festivités de Pâques 1276. Malheureusement, trois mois auparavant, le 10 janvier, Grégoire X décède, et son projet tombe dans l'oubli ; la possibilité d'une reconquête byzantine de l'Anatolie disparaît définitivement.

En avril 1277, Michel VIII fixe les dernières modalités de la réunion des Eglises, en présence du patriarche et de légats papaux. Il y confirme l'emploi du latin, le filioque, les sept sacrements et l'utilisation de pain sans levain, ainsi que, naturellement, la reconnaissance de la primauté de Rome. Mais Nicolas III, le pape élu le 25 novembre – après trois pontificats successifs de cinq mois, cinq semaines et neuf mois – doute encore de la sincérité de l'empereur. Au printemps 1279, il envoie une délégation chargée d'annoncer de nombreuses demandes faites à Constantinople. Tout d'abord, elle demande à « chaque forteresse, chaque village et chaque place de reconnaître par serment la vérité de la foi et la primauté de l'église romaine, de se soumettre à elle, sans conditions et sans adjonctions ». Ensuite, il est demandé à chaque municipalité d'instruire « publiquement et soigneusement la foi, ainsi que la confession de foi, et de prier le Filioque. » Les légats papaux visitent alors toutes les plus grandes villes de l'empire, afin de s'assurer du respect de ces directives et de veiller à ce qu'elles envoient une copie signée du serment à Rome.

Mais le pape décline une demande de Michel de garder exceptionnellement en place les anciens rites orthodoxes dans certaines cités de Grèce. De plus, il exprime son intention de nommer un représentant officiel qui siégerait à Constantinople, en qualité de légat permanent. L'empereur commence à partir de ce moment à changer l'idée qu'il se faisait de la papauté, de plus en plus envahissante dans ses affaires. Il en est de même pour les anciens partisans de l'union, qui estiment que le pape va trop loin. Michel en vient même à se brouiller avec son patriarche, Jean XI Bekkos (qui a succédé à Joseph Ier, déposé en 1275), ce qu'il dissimule aux légats pontificaux. Il leur fait également comprendre qu'il ne lui est pas possible de réaliser toutes les exigences de Rome. Le 1er septembre 1279, accompagné de son fils et héritier Andronic, il réitère pourtant ses promesses, mais cherche en réalité à gagner du temps.

Fin de la puissance de Charles d'Anjou et rupture avec Rome (1279-1282)

 

Le pape a formellement interdit à Charles d'Anjou d'attaquer l'empire byzantin, ce qu'il feint de respecter. En effet, ses ambitions sont encore plus fortes qu'auparavant puisque, le 1er mai 1278, à la mort de Guillaume de Villehardouin, il est devenu prince d'Achaïe. Mais la population grecque n'est pas prête à rester sous l'emprise d'un souverain absent et étranger et entre rapidement dans une révolte ouverte. Les garnisons byzantines de Monemvasia et de Mistra menacent donc réellement de reconquérir l'Achaïe, sans difficultés.

Charles ne montre pourtant aucun intérêt à défendre le Péloponnèse. En effet, il considère ses ports utiles uniquement pour une guerre navale en mer Egée, or il manque de navires – Venise a réitéré son alliance avec Byzance en 1277 – et envisage de lancer sa campagne à partir de l'Epire et de l'Albanie. C'est pourquoi, le 10 avril 1279, il signe un accord avec Nicéphore Ier d'Epire, lui promettant quelques forteresses importantes contre son aide militaire. Charles transfère alors constamment, pendant un an et demi, des troupes, des chevaux et des armes de siège, vers sa nouvelle base.

L'élément déclencheur de la campagne est le décès du pape Nicolas III, le 22 août 1280. Charles débute l'attaque dès la fin de l'automne et lance son armée de 8 000 hommes, dont un quart de cavaliers, contre la forteresse byzantine de Bérat, en Albanie. Située sur un rocher et dotée d'une forte garnison, elle marque le point le plus occidental de l'empire, le verrou de la route vers Thessalonique, et est donc d'une importance capitale. Bien évidemment, un messager part pour Constantinople demander des renforts à l'empereur. Il confie alors le commandement de l'armée à son neveu, Michel Tarchaneitoès.

Le siège de la forteresse dure tout l'hiver, malgré la pression de l'armée angevine, qui ne tarde pas à affamer les défenseurs. L'armée byzantine arrive enfin, en mars 1281, et, conformément aux ordres impériaux, évite la confrontation directe et s'installe sur un terrain montagneux. Les éclaireurs de Charles se font facilement capturer et ceux qui parviennent à s'enfuir installent la panique dans leur camp. Les soldats partent bientôt en déroute, sans avoir combattu, l'armée de Tarchaneiotès et la garnison de Bérat à leurs trousses. Les cavaliers lourds latins sont presque tous faits prisonniers et emmenés à Constantinople, afin de participer au triomphe du général – comme il était déjà de coutume dans l'empire romain.

Les conséquences de cette victoire facilement acquise sont énormes. Byzance établit une domination totale sur l'Albanie et tout le nord de l'Epire, jusqu'à Ioannina. Quant à Charles d'Anjou, déconsidéré par ses alliés comme par ses ennemis, il perd plusieurs années de préparation militaire et doit une nouvelle fois repousser la réalisation de son rêve de rétablissement de l'empire latin à son profit, qu'il n'abandonne pas pour autant. Il bénéfice en effet d'un nouveau soutien, celui du pape français Martin IV, élu le 22 février 1281. Mais pour lancer une nouvelle expédition, par mer, il doit obtenir le soutien de Venise. Celle-ci, déçue par ses contrats avec Byzance – notamment à cause de la prospérité de sa rivale Gênes – avait déjà rompu son contrat deux ans plus tôt et change donc assez rapidement sa politique en s'alliant à Charles le 3 juillet. Les deux nouveaux alliés prévoient déjà une nouvelle campagne contre Constantinople, au printemps 1283. Enfin, le pape signe l'arrêt de mort de l'union des Eglises le 18 octobre 1281, puisqu'il condamne toute alliance d'un prince occidental avec l'empire, lance sur ce dernier des sanctions spirituelles, « contre l'hérésie grecque », et excommunie l'empereur.

Michel est vexé et humilié ; jamais aucun empereur byzantin n'avait autant fait pour la réunion des Eglises, allant jusqu'à risquer son trône et déclencher une guerre civile. Pourtant, il pense que les successeurs de Martin se montreront plus compréhensifs et repousse donc les négociations à plus tard. Il donne toutefois l'ordre de rayer le nom du pape de la liste des gens auxquels il faut penser lors d'une prière, abandonne les mesures qui ont imposés les rites latins aux grecs et se réconcilie l'Eglise orthodoxe.

Malgré sa débâcle, Charles d'Anjou est toujours un des souverains des plus puissants d'Europe : en plus de son royaume sicilien, il contrôle l'Achaïe, la Provence, l'Anjou, le Maine et est sénateur de Rome. De plus, le roi de France est son neveu et celui de Hongrie est son beau-fils. Cette puissance lui permet de se reconstruire rapidement et de mettre à flot 300 nouveaux navires, capables de transporter 20 000 chevaliers en armes, leurs chevaux et tout l'équipement nécessaire à une campagne militaire.

Outre Michel VIII, il dispose pourtant d'ennemis, parmi lesquels la république de Gênes et le roi Pierre III d'Aragon. Ce dernier est l'époux de Constance, la fille de Manfred de Hohenstaufen, et s'estime donc l'héritier légal de la Sicile. Michel reçoit des émissaires du roi à plusieurs reprises et lui fournit même de l'or pour qu'il mène à bien ses ambitions. Informés de l'impopularité des français en Sicile, ils poussent la population à se révolter ouvertement.

Le soulèvement – plus connu sous le nom de Vêpres Siciliennes – débute le 30 mars 1282. Les troupes angevines sont massacrées par la population et l'on dénombre bientôt plus de 2 000 morts du côté français. La flotte voit 70 navires partir en fumée dans le port de Messine. Charles tarde à réagir et, seulement le 25 juillet, il lance son armée contre Messine et tente de reconquérir l'île. Pierre d'Aragon, appelé au secours par les siciliens, débarque heureusement le 30 août avec une énorme armée. Le 2 septembre, il prend Palerme et est proclamé roi de Sicile ; exactement un mois après, il prend Messine et complète sa conquête.

L'ancienne puissance de Charles d'Anjou, replié sur la partie continentale de son royaume – que l'on appellera à l'avenir royaume de Naples – est brisée. L'empire byzantin voit donc avec soulagement une importante menace disparaître et est récompensé pour le soutien financier et diplomatique qu'il a apporté au roi d'Aragon et aux rebelles siciliens. Michel VIII n'est pourtant pas au bout de ses peines. A peine la menace occidentale a-t-elle disparu que l'empire est attaqué sur deux fronts : Jean de Thessalie se rebelle à nouveau, et les turcs ottomans – qui ont fondé un émirat indépendant sur les ruines du sultanat seldjoukide – font pression sur l'Anatolie.

L'empereur fait appel au khan de la Horde d'Or, qui lui envoie 4 000 tatars en guise d'aide. Michel se lance alors dans une campagne contre la Thessalie, dont il veut définitivement éradiquer la menace. Cependant, sa santé est vacillante – il a 58 ans – et il quitte Constantinople physiquement affaibli. Faisant le trajet par la mer, son navire est pris dans une tempête et il décide de poursuivre à cheval. Trop affaibli, il s'arrête dans la localité de Pachomios, en Thrace, et y décède le vendredi 11 décembre 1282, après avoir désigné comme successeur son fils Andronic, co-empereur depuis 1272.

Andronic – devenu Andronic II – fait enterrer son père le soir même, sans cérémonie ni tombe, pour protéger sa dépouille des animaux sauvages. Conscient de l'impopularité de Michel VIII à Constantinople, il refuse de lui faire des funérailles dans la capitale et laisse longtemps le corps à sa place initiale. Ce n'est que beaucoup plus tard qu'il le fait transférer dans le monastère de Selymbria, à proximité de Pachomios. L'empereur qui a repris la capitale de l'empire ne la verra donc plus jamais.

Michel VIII est l'empereur qui a assuré la restauration de l'empire byzantin. Cependant, malgré de brillants débuts, il n'a plus vraiment dirigé les opérations militaires à la fin de son règne, préférant les déléguer à ses généraux et conservant la charge des affaires diplomatiques. A ce poste, il a conforté les frontières de l'empire, parfois aidé des mésaventures de ses ennemis. Autoritaire et parfois conciliant, il est allé jusqu'à risquer son trône et une guerre civile mais a rendu à Byzance sa postérité et une partie de sa grandeur passée. Au final, sa seule véritable erreur est d'avoir sous-estimé la menace des turcs Ottomans, ce que ses successeurs regretteront…

A la fin de sa vie, Michel VIII a écrit sa propre biographie, conservée au monastère de Démétrios à Constantinople.

 

 

 

ฉ Monarchies - 2004-2006

 

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