Le substrat berbère de la culture maghrébine

Il est assez amusant d’observer l’élite intellectuelle politisée qui, au sein d’un peuple, entend "organiser la résistance à l’invasion culturelle étrangère". Caton l’Ancien s’opposa jadis, avec sa ténacité coutumière, à l’adoption par les Romains de la culture grecque. Il finit par se soumettre lamentablement et se résigna sur le tard à étudier la langue d’Aristote. Un de ses esclaves la lui enseigna, en cachette, avec toute la délectation que l’on devine. Sous nos yeux, les Français trouvent chaque jour une raison supplémentaire pour dénoncer la mainmise anglo-saxonne sur l’esprit latin. Le "franglais" est mis à l’index, puis officiellement pris en chasse. Au Maghreb, les tenants de l’arabisation intégrale affichent une hostilité souvent hargneuse à l’égard de "tout facteur d’aliénation culturelle". Imitant l’ancien colonisateur, dont ils prétendent neutraliser l’influence, ils créent le néologisme "‘arancia" [1] pour dénigrer "ceux-là qui commencent leurs phrases en arabe et les terminent en français". Mais eux ne s’arrêtent pas à la forme ; c’est d’abord le fond qu’ils mettent en cause. Dans des écrits de toutes sortes, allant du tract au sermon religieux du vendredi en passant par l’article de presse, ils fustigent quotidiennement "les importateurs d’idéologies aliénés à l’occidentalisme". Ils se veulent puristes de la langue et de la pensée.

Il n’est sans doute pas aisé, à l’échelle d’une génération, de se rendre compte que toute culture, si originale soit-elle en apparence, est invariablement le résultat d’un compromis entre des oppositions plus ou moins anciennes, plus ou moins larvées, et embrassant des domaines plus ou moins vastes. L’histoire, qui arbitre souverainement, sait qu’aucune situation n’est définitive. L’exemple nord-africain illustre parfaitement cette réalité. C’est ce que je me propose de montrer dans les pages qui suivent en examinant le substrat berbère dans ses relations avec les autres éléments de la culture maghrébine. Je m’empresse de dire que mon propos prendra en considération, de façon privilégiée, les données marocaines du problème, mais sans s’interdire d’extrapoler implicitement la plupart de ses conclusions à l’Algérie, et de façon beaucoup plus nuancée, à la Tunisie, à la Libye et à la Mauritanie.

À l’examen du paysage linguistique marocain, on ne peut s’empêcher d’évoquer ses connaissances géomorphologiques, fussent-elles très modestes. Chacun des éléments dans les structures d’ensemble que l’on embrasse d’un coup d’œil appelle manifestement le terme de géographie qui le désigne le mieux. Ce phénomène me fut révélé pour la première fois il y a une quarantaine d’années, par hasard, dans l’un de ses détails, quand l’un de mes professeurs français du Collège Moulay Youssef de Rabat nous confia, un samedi après-midi, qu’il allait pique-niquer le lendemain à la source d’Aïn-aghbal. Il venait sans le savoir, mon professeur, de procéder devant mes yeux à une coupe de terrain linguistique qui me permet de percevoir les trois strates culturelles de mon pays. Double pléonasme en effet que cette source d’aïn aghbal, le mot arabe "’aïn" et le mot berbère "aghbal" ayant le même sens que le mot français qui leur a été accolé. Tout comme on découvre les couches géologiques en partant, en principe, de la plus récente, c’est dans l’ordre inverse de leur ancienneté que les trois mots sources, ‘aïn et aghbal se succèdent.

Ainsi ce qui allait devenir une évidence pour moi par la suite frappa-t-il mon imagination d’adolescent comme l’aurait fait une révélation. Je reçus une forte incitation à être plus attentif au langage des gens — et plus tard leur tournure d’esprit — pour y faire la part de chacun des héritages culturels que leur ont légués leurs ancêtres sur cette belle terre marocaine. Or, l’expression substrat berbère s’impose d’elle-même à l’esprit dès lors qu’on parvient à avoir une vue d’ensemble des mentalités et des mots qui les expriment. Nettement apparent au niveau des lignes de partage des eaux, le fond culturel amazighien [2], loin d’être totalement recouvert ailleurs par le riche apport arabe, est à peine saupoudré par-ci par-là de "lœss français".

Telle vaste région, relativement peu habitée mais s’étendant sur des centaines de milliers de kilomètres carrés, évoque un relief tabulaire où affleure continûment le granit du primaire ici la langue du quotidien, celle de la famille, du champ, des réunions villageoises, du marché rural hebdomadaire, est le berbère. Si vous prenez la route Rabat-Oujda, dès que vous aurez atteint la petite ville de Tiflet vous n’aurez plus à votre droite, sur toute la profondeur du pays, que des populations berbérophones. Il en sera de même à votre gauche une fois que vous aurez dépassé de peu Taza.

Ces grands domaines du berbère doivent leur existence à un isolement, soit géographique comme dans les Atlas, les Aurès, les Kabylies et le Hoggar, soit politique (opposition entre tribus soumises et tribus insoumises au Maroc d’avant 1912), soit religieux comme dans le Mzab algérien, l’île tunisienne de Djerba et les montagnes libyennes, où, depuis le VIIIe siècle se sont "barricadés" les derniers carrés du kharijisme.

Dans les zones rurales arabisées, il subsiste de petites enclaves berbérophones, comme à Taghzout dans le Nord marocain, où la tamazight s’est confinée dans le rôle de langue ésotérique au sein des cercles familiaux et corporatifs. Quelque ville que vous visitiez par ailleurs, vous entendriez parler berbère dans une bonne partie des lieux de commerce, le plus souvent tenus par des gens originaires des régions méridionales du Sousse et de l’Anti-Atlas. Il ne serait pas rare non plus que vous entendiez parler la langue de Masinissa [3] dans des familles citadines maîtrisant parfaitement du reste l’arabe ou même le français. Ces îlots berbérisants ne font-ils pas penser aux inslbergs et aux monadnocks des géographes? Le limon arabe lui-même, celui qui s’est accumulé dans les grandes villes et les vastes plaines du Gharb. et de la "Meseta marocaine", est pétri en partie de roches berbères. Il ne serait pas imprudent d’avancer que la plupart des parlers populaires arabes au Maroc comportent entre 20 et 25 % de vocables berbères plus au moins altérés. Ce pourcentage peut même être plus important ; il est fonction du processus d’arabisation dans les différentes régions. Mieux les mots berbères sont conservés et plus ils sont abondants, moins ancienne est l’adoption de l’arabe comme langue de communication. Il s’agit là du deuxième critère apparent permettant de mesurer le degré d’arabisation d’un parler local ou régional, le premier critère étant fourni par les particularités phonologiques. La capitale spirituelle du Maroc, Fès, qui fut concurremment avec Kairouan le premier foyer arabe de rayonnement culturel, n’échappe pas à la règle. Certains mots berbères constituent même l’un des traits caractéristiques de son parler, tels que lishshir, islan, adghs, tagra, agwal, Lmzwara, etc., qui signifient respectivement enfant, noces, colostrum, bol en poterie, tambourin, et première épouse. La langue de la Cour royale, celle du "Dar al Makhzen", a aussi son vocabulaire d’origine berbère ; c’est le cas d’afrag, mot hérité des dynasties berbérophones du Moyen-Âge, dont l’encyclopédie de l’Islam donne la définition suivante: l’enclos de toile qui isole du reste du camp le campement personnel du souverain et de sa suite. C’est l’équivalent du persan " saracih..." en berbère, ce mot continue à signifier simplement "clôture " [4]

La diction, l’intonation, les aspects phonétiques du langage en général sont plus révélateurs encore que le vocabulaire pour qui cherche à déceler les influences du berbère. L’amuïssement de la voyelle venant en second dans la première syllabe d’un mot, l’emphatisation d’un r suivi d’un i, l’escamotage systématique des voyelles longues, la légère nasalisation du i final, la tendance à prononcer le t "ts" ou à aspirer le k, la substitution (assez rare) du son r ou du son j au son l, sont autant d’indices qui, en s accumulant, mettent à nu le substrat berbère, mais ne sont perceptibles que pour une oreille rompue à la phonologie comparée de l’arabe et du berbère, ou pour une oreille arabe étrangère au Maghreb [5].

Mais l’essentiel réside dans l’influence la moins apparente du berbère sur l’arabe maghrébin en général, et le marocain en particulier. Nous entendons la syntaxe. Là, les formes berbères se cachent un peu partout sous le manteau arabe ; elles sont à l’origine de la majorité des incorrections relevées par les professeurs d’arabe classique dans les travaux de rédactions de leurs élèves. Au Maghreb, les barbarismes sont en fait des berbérismes [6]. Les moules syntaxiques imposés par le berbère peuvent rendre insaisissable pour un Syrien, un Irakien, ou un Saoudien, une énonciation de phrase typiquement marocaine. Ces schémas [7], véritable armature encastrée de l’ensemble des parlers populaires arabes du Maghreb, restent voilés aux yeux du locuteur et de l’auditeur non avertis, car le lexique de substitution déjà décrit fait suffisamment illusion, bien même que la morphologie de beaucoup de mots relève de la grammaire berbère [8].

La toponymie marocaine, elle, témoigne partout de " l’accrochage au sol" de la tamazight les noms de villes ou de villages, les lieux-dits, les noms de rivières, de montagnes, de cols, etc., sont dans leur majorité berbères. Dans la plupart des cas leur signification étymologique apparaît de prime abord. Les toponymes arabes sont souvent le résultat d’une transposition littérale, ou, plus rarement d’une décision administrative dictée par le souci de perpétuer la mémoire d’un événement ou d’une personnalité [9]. Il est utile de signaler à ce sujet que la quasi-totalité des appellations géographiques marocaines, algériennes, tunisiennes, libyennes voire maliennes, nigériennes et tchadiennes, commençant par un A, un I, un T, et aussi par un U (soit OU), sont d’étymologie berbère [10]. Le nombre des survivances imazighiennes attestées par la toponymie marocaine est sans commune mesure avec, par exemple, celui des noms de lieux légués à la France par les couches pré indo-européenne, italo-celtique et gauloise réunies. "Ici, a dit non sans humour un homme politique marocain, les pierres même continuent de parler berbère" 

"Elle continuent...", et personne ne sait quand exactement elles ont commencé. Les linguistes se montrent fort prudents à ce sujet. Curieusement, ils n’ont même pas tranché la question de savoir si le berbère s’apparente ou non au libyque, la langue des anciens Libyens, des Numides, et des Maures, dont des inscriptions ont été recueillies partout en Afrique du Nord, aux Canaries, et jusqu’en Andalousie et en Sicile [11]. La notion courante du berbère, langue indigène et seule langue indigène jusqu’à une période préhistorique... repose essentiellement sur des arguments négatifs, le berbère ne nous ayant jamais été présenté comme introduit, la présence, la disparition ("une autre langue indigène ne nous ayant jamais été clairement attestée ", écrit le grand berbérisant André Basset cité par l’historien Gabriel Camps [12]. L’argumentation, de toute évidence, vaudrait pour n’importe quelle langue présentée comme étant la plus anciennement implantée dans un pays. Aussi Gabriel Camps, en familier de la préhistoire et du passé antique nord-africain, trouve-t-il excessive cette réserve : "... Si le libyque n’est pas une forme ancienne du berbère, écrit-il, on ne voit pas quand et quand et comment le berbère se serait constitué" Ne se contentant pas de cet "argument négatif", il prend à témoin, pour établir l’unité linguistique des anciennes populations du Nord de l’Afrique et la parenté du libyque et du berbère, "toutes les données historiques, la toponymie, l’onomastique, le lexique, le témoignage des auteurs arabes...". Il se fait aussitôt un devoir de chercher une explication à "l’échec relatif des études libyques" et de la trouver dans le fait que les "berbérisants, peu nombreux, soucieux de recenser les différents parlers berbères [13], n’ont guère jusqu’à présent [à la fin des années soixante-dix apporté une attention soutenue au libyque... ].

Or, l’approche la plus sérieuse qui ait été faite, à notre connaissance, de la question qui nous intéresse ici, celle du rapport de filiation existant ou n’existant pas entre le libyque et le berbère, a été effectuée précisément par un berbérissant Georges Marcy, dans son ouvrage Les Inscriptions libyques de l’Afrique du Nord [14].

Faisant la même constatation que Camps, mais il y a de cela plus de quarante ans, Georges Marcy justifiait l’insuccès de toutes les tentatives ayant précédé la sienne en dénonçant "le paradoxe du punique servant à déchiffrer le berbère" et qui "ne peut s’interpréter que comme le souvenir du temps où les deux langues étaient, ou peu s’en faut, logées à la même enseigne...". " L’abstention prolongée des berbérisants dans l’examen du problème et son abandon aux épigraphistes, sont évidemment responsables de la persistance de cette tradition anachronique" conclut-il. La similitude du jugement de Camps et du sien nous confère le droit d’estimer que la situation n’a pas évolué durant plus de quarante ans. Elle s’est arrêtée là où il l’a conduite lui-même.

Pour mettre en application la méthode qu’il préconise, Marcy part non plus du punique, ni même du latin, mais du berbère, en prenant comme référence de base les racines bilitères et trilittères du touareg, le parler amazighien le mieux conservé, et le mieux décrit aussi [15]. Il est ainsi parvenu à déchiffrer le texte libyque et à le traduire intégralement en français, dans les dix-neuf inscriptions bilingues découvertes avant la parution de son ouvrage [16].

Gabriel Camps, qui n’a pas pu ignorer les travaux de Marcy, sait pertinemment que sa thèse se fonde aussi bien sur des données historiques que sur des "débuts de preuves" linguistiques. Je pense devoir corroborer son opinion en apportant une modeste contribution au travail d’identification du libyque par rapport à la langue des Imazighen, contribution dont le seul mérite aura été le fait qu’elle procède d’une connaissance non pas savante mais intuitive du berbère.

Toute personne entretenant une certaine intimité avec la tamazight ne peut, à mon sens, rester longtemps aveugle sur les concordances existant entre les formes dans cette langue et dans le libyque. Les noms de personnes ou de localités mentionnés dans les sources grecques et latines de l’histoire ancienne nord-africaine, quand ils ont échappé aux graves altérations toujours possibles et souvent inévitables dans la transposition des mots d’une langue dans une autre, frappent par le double fait qu’ils sont de consonance typiquement berbère et qu’ils commencent eux aussi par un A, tels Aggar, Acylla ou Acholla, Abzir, Auedda, Auensa, etc., ou par un T, tels que Thugga, Thagast, Thala, Tamuda, Tadutta, Thigibba, Tigisi, Thibica, Thimissua, Thizica, Theust, etc.

Dans cet ordre d’idées, je m’autorise à avancer une explication étymologique pour un toponyme ancien et pour deux noms de personne, en espérant que mon entreprise, aventureuse peut-être, relancera le débat entre historiens et linguistes sur un sujet rendu inintéressant pour la recherche européenne, selon toute apparence, par le déclin du colonialisme [17].

Le toponyme est Tunisa ou Tuneisa [18]. Il désignait une petite ville dont l’emplacement n’a pu encore être défIni. Or, il semble bien s’agir d’une localité côtière se situant sur un petit cap. Le mot berbère thaunza signifie en effet, initialement, toupet — entendons une mèche de cheveux s’avançant sur le front - ; mais il signifie aussi, secondairement, promontoire, petit cap pouvant être embrassé d’un coup d’œil. Certes Pline place Tunisa à l’intérieure des terres, mais ne l’a-t-il pas fait, par erreur, pour d’autres villes, telles qu’Acholla, citée pourtant en tête de liste [19]. On ne serait pas loin d’être persuadé que la petite cité antique en question était bien côtière si l’on sait que la presque totalité des toponymes berbères sont des mots qui désignent les caractéristiques topographiques d’emplacements concernés : Azrou, Ifrane, Imouzzar, Agadir, Tawnat, Tawrirt, signifient respectivement rocher, cavernes, cascades, falaises, montée, et colline. Naturellement seules des données archéologiques confirmeraient — ou infirmeraient — ce qui est de ma part une simple supposition.

Ma deuxième hypothèse vise à dégager de l’orthographe latine du nom de Masinissa une étymologie berbère. Il a été établi, d’une part, qu’à l’époque du grand roi numide, et du reste jusqu’à la fin de l’époque républicaine, l’alphabet latin n’avait pas encore adopté le signe Z ; le phonème correspondant était noté SS [20]. Masinissa se prononcerait donc, selon les règles de la graphie française, Massiniza. Rappelons-nous, par ailleurs, que, jusqu’à nos jours, les Berbères se désignent assez souvent les uns les autres par référence à la filiation matriarcale : Mmis-n-Tuda, Mmis-n-Itto, Mmis-n-Tshfa, signifient : Fils-de-Tuda, Fils-de-Itto, Fils-de-Tshfa [21]. Logiquement, cette particularité de l’onomastique berbère devrait se manifester d’autant plus souvent que l’on remonterait dans le passé, du fait que le matriarcat semble bien avoir régi la société berbère jusqu’à l’aube de l’histoire [22]. Si nous nous souvenions enfin que Izza est un nom propre de femme authentiquement berbère, encore en usage, il ne serait pas absurde de rapprocher "Massiniza" de " Mmis-n-Izza".

Le troisième des noms propres qui nous intéressent, enfin, est "Jugurtha".

Faisons tout d’abord entrer en ligne de compte le fait que le latin ne disposait pas de signe pour noter la semi-voyelle Y; il la figurait par le signe vocalique I, ou la consonne J: "C’est seulement dans les temps modernes que le J et le I… ont été distingués dans certaines éditions des textes latins" [23]. Nous sommes dès lors en droit de poser la double question que voici: "Quelle est l’autorité linguistique qui a recommandé d’adopter pour le "Iugurthinum" (soit aussi Iugurtha, et Iugurthae) latin la graphie française "Jugurtha", avec ses implications phonologiques? - Si elle a existé, cette autorité n’aurait-elle pas agi arbitrairement?"

Pour qui interroge l’onomastique berbère contemporaine, et elle seule [24], il semble exclu de découvrir des noms propres se rapprochant de celui du héros numide. Mais, si nous transcrivons le I latin non pas en J français, mais en Y, et si nous éliminons les confusions introduites par les déclinaisons latines, il nous devient possible de trouver une similitude entre le nom numide supposé être Jugurtha et le nom berbère Yugrthen, qui signifie étymologiquement "il est plus grand que tous", mais qui est employé par euphémisme. "Yugrthen" pourrait servir encore de nos jour pour désigner le garçon le plus jeune d’une famille ou d’une communauté d’enfants. De fait il a dû être couramment en usage au moins jusqu’au VIIIe siècle de l’Hégire (XIVe siècle de l’ère chrétienne), comme l’atteste un document notarial marocain [25] daté de l’année musulmane 731, où un "Yugrthen" est cité par les ayants droit à un héritage, en fin de liste, place que lui assigne sa qualité de benjamin.

Un grand nombre de noms antiques nord-africains se rapportant à des lieux ou à des personnes sont susceptibles de recevoir des explications étymologiques plausibles mettant en œuvre des éléments du berbère moderne. Leur examen, une fois approfondi, imposerait très probablement la certitude que le libyque n’a pas purement et simplement disparu comme l’a suggéré l’attitude réservée de certains berbérisants du début du siècle, mais qu’il se perpétue dans sa descendance amazighienne.

L’ascendance chamito-sémitique du berbère, elle, n’est plus contestée par personne depuis qu’elle a été magistralement établie par Marcel Cohen en 1924 [26]. Mais, depuis ses lointaines origines jusqu’à notre époque, la tamazight a dû subir une "érosion phonétique" très importante. Elle a eu la "malchance" de se trouver successivement confrontée avec des langues hautement valorisées dans le bassin méditerranéen, soit par une activité commerciale intensive, tels le grec et le punique, soit par l’ardente foi religieuse qu’elles véhiculent, tels le latin et l’arabe. Prise au dépourvu, — elle, langue de pasteurs nomades pour la plupart — en présence d’idiomes venus d’ailleurs mais chargés de significations terrestres ou spirituelles, elle néglige son propre système d’écriture, puis l’abandonne et abdique son droit à l’écrit en faveur de la langue qui a apporté aux Imazighen une foi éminemment enthousiasmante, l’arabe. Celui-ci mettra à profit les treize siècles d’histoire musulmane du Maghreb pour grignoter régulièrement le domaine même de l’oralité. Le lent processus accentué par un nouvel apport démographique arabe, dès le dixième siècle en Tunisie et en Algérie, à partir du treizième siècle au Maroc, aura abouti à une aliénation de l’identité berbère, dans les villes et les zones intercalaires des grandes fédérations amazighiennes, et à un appauvrissement de la tamazight. En revanche, il aura abouti, comme on pouvait s’y attendre, à un enrichissement de la culture islamique, couramment désignée comme étant "la culture arabe", assez abusivement du fait qu’elle a été élaborée par une mosaïque de peuples, dont les principaux ont été les Persans, les Égyptiens, les Turcs, les Andalous et les Berbères.

L’ethnie berbère a fourni des prêtres à Carthage "Mais il n’a pas pâli aux hurlements rageurs de la prêtresse massylienne... !" nous dit Silius Italicus [27] parlant du jeune Hannibal conduit dans un temple par son père Hamilcar. Elle lui a aussi fourni des noms de divinités, dont la fameuse Tanit ou, plus exactement, Tinnit [28]. Aux lettres latines, cette même ethnie a donné des Térence, des Apulée, des Tertullien..., et des Saint-Augustin, qui sont malgré tout restés fiers de leur africanité. "En serais-tu donc arrivé jusqu’à oublier que tu es un Africain, écrivant à des Africains...?" reproche l’évêque d’Hippone à un de ses anciens collègues de Madaure qui tournait en dérision des noms berbères [29].

La culture musulmane, quant à elle, peut aligner par centaines les noms berbères ayant contribué à en assurer la genèse [30] des traditionalistes, des poètes, des grammairiens, des lexicographes, des théologiens, des historiens, des géographes, des essayistes... Il y a lieu de signaler à ce sujet que la culture officielle maghrébine, forte de l’adhésion de la majorité au sunnisme malékite, passe constamment sous silence l’épisode kharijite de son histoire et voue à l’oubli le courant de pensée qui en est né et qui s’est développé en toute indépendance [31].

Cantonné donc, depuis déjà plus de mille ans, dans le rôle de langue vernaculaire, le berbère n’en demeure pas moins vivant, sinon vivace, puisqu’il s’est maintenu jusqu’à notre époque. Son aire géographique ne s’est rétrécie que très lentement. Il est même possible de suivre les grandes étapes de son retrait, au niveau de la surface ou du premier horizon comme disent encore les géographes. Au début du XIIe siècle, il ne semblait pas subir une grande concurrence de la part de l’arabe dans tous les domaines pratiques de la vie. Le chroniqueur almohade al-Baydhaq le désigne comme étant "la langue maghrébine" [32]. Au XVIe siècle, Hassan al-Wazzan, connu en Europe sous le nom de Léon l’Africain, note que les grandes confédérations marocaines "utilisent une seule langue [qu’elles] appellent communément awal amazigh, ce qui veut dire langage noble" [33]. L’Encyclopédie de l’islam signale de son côté qu’au même XVIe siècle, en Algérie, "on parlait encore berbère [même] dans l’Oranie" [34]. Les berbérisants européens des XIXe et XXe siècles, enfin, ont abondamment décrit l’état du berbère, en cherchant malheureusement moins à en reconstituer l’unité qu’à en parcelliser les domaines. Ceux qui les ont relevés, peu nombreux, poursuivent, dans un esprit nouveau, une tâche rendue difficile par des suspicions léguées par le traumatisme d’un passé encore trop récent [35].

Si le berbère a pu se maintenir, sans littérature écrite ou presque, sans didactique, sans codification lexicographique ou grammaticale propre, c’est grâce à sa parfaite adéquation à l’environnement nord-africain, qui lui a servi de berceau, et aussi grâce à sa valeur intrinsèque reconnue par plus d’un spécialiste. "Il n’y a pas proprement de dialectes en berbère..., et l’on [y] passe toujours insensiblement d’un parler à un autre, par transition, jamais par coupure brutale" écrivait à la fin des années vingt André Basset [36]. Le berbère est encore vivant et, partout son unité profonde reste perceptible…" constate, quarante ans plus tard, Lionel Galand [37].

Assez bien pénétré par l’arabe dans la plupart des régions [38], le berbère n’est plus que l’ombre de lui-même dans les petites zones où il se trouve encerclé, comme dans la Taghzout marocaine déjà mentionnée ou dans la petite oasis égyptienne de Siwa [39]. Mais le fait est qu’il vit encore, avec les principaux attributs du vivant. Il n’a jamais cessé de développer, oralement, des activités artistiques aussi remarquables que peuvent l’être des productions rarement remises sur le métier et souvent improvisées au grès des circonstances. La poésie et le chant accompagné de danses collectives l’ont, depuis l’époque de Jugurtha [40], aidé à garder sa raison d’être et de résister. Ses imdyazen, ses imariren ses imghiwnn, c’est-à-dire ses poètes-chanteurs, lui répètent depuis des millénaires qu’il est jeune et beau en dépit des vicissitudes du temps. Il en fut même un pour dénier à toute autre langue que lui le pouvoir d’exprimer l’amour. Écoutons-le:

"C’est dans la langue de ma mère,
Ô ma bien-aimée, que je te dis ma flamme.
Mais comment donc font ceux-là,
Qui ne savent pas le berbère ?...
Mot d’amour, ... jamais ils ne disent! "

La poésie berbère comporte plusieurs genre. Les isfra, les tiyfrin, imuray et tisway, sont de longs poèmes épiques, politiques ou philosophiques, que l’on déclame soit sans accompagnement, soit en les rythmant au son du violon ou du rebec. Les izlan, distiques dont chacun des deux vers est suivi obligatoirement d’un refrain hors sujet, servent dans les joutes oratoires, chantés et accompagnés de danses, ou simplement fredonnés à l’occasion de réunions poétiques. Il en est un, l’izli classique en quelque sorte, dont la métrique ne varie jamais. Les autres, les izlan usggwas, changent de mesure année après année. La tamawayt est le genre préféré du voyageur, comme son nom l’indique [41]. Chantée par le cavalier traversant de vastes espaces, d’une voix traînante, ou le bûcheron se donnant de l’assurance au fond d’une forêt, ou la lavandière faisant sa lessive sur les berges d’une rivière éloignée de toute demeure, elle inspire une profonde mélancolie. Les ihllilen sont de longueurs variées. Ils ne traitent que du sacré, en stricte conformité avec les enseignements du Coran et de la Sunna ; aussi ne sont-ils jamais accompagnés de musique. Le poète les débite solennellement en faisant reprendre le vers principal de chaque strophe par deux "aides-apprentis" ou "répétiteurs". La tamidulit et la tamngaft chantent les mariages et les naissances en des vers immuables forgés on ne sait quand.

La poésie berbère, cependant, connaît actuellement une évolution rapide et assez désordonnée. Les rythmes se modernisent, tout comme les instruments d’accompagnement. Les poètes-chanteurs kabyles Idir et Djamal Allam voient leur notoriété déborder les frontières du Maghreb. Les troupes marocaines Usman, Izenzarn, Amanar, Adraw et la troupe féminine algérienne Djurdjura, font recette où qu’elles aillent.

Mais les danses, cette irremplaçable richesse du folklore marocain, demeurent relativement figées, parce que toute innovation en la matière demanderait quelques investissements financiers, du fait que les entraînements collectifs exigent des participants une certaine disponibilité. Aussi l’état marocain songe-t-il, non sans hésitation, à créer un "Institut des arts populaires" qui prendrait la relève des modestes initiatives privées. Pour l’instant, les troupes de danseurs continuent de se constituer, spontanément, dans les petites agglomérations rurales et de pratiquer leur art, aussi spontanément, là ou l’autorité administrative les appellent, quand elles ne le commercialisent pas à bas prix en le dénaturant. C’est le cas des trop célèbres shikhât (le mot n’est pas berbère) du Moyen-Atlas, qui ont glissé du chant choral rythmé aux battements des mains à la danse du ventre, importée d’Orient par le relais des grandes villes. Il s’agit là d’un phénomène suscité par les caïds du Protectorat, gens incultes pour la plupart et voulus comme tels par la Résidence générale, qui rivalisaient les uns avec les autres pour entretenir chacun sa troupe de courtisanes, et qui ont malheureusement fait école même à "l’ère de l’indépendance". Les danses authentiquement berbères, elles, sont guettées par le dépérissement. Les plus belles ne sont déjà plus que les caricatures de ce qu’elles furent naguère, comme les ahidus et les ahwash, ces véritables opéras où la mixité des sexes (la plus innocente) était de règle. Ils mériteraient, ces monuments, d’être restaurés et régulièrement entretenus au même titre que les temples, les vieux châteaux, ou les vieux remparts.

La gamme des danses amazighiennes est plus large encore que celle des genres poétiques. Elle va de la tisit, exécutée à deux ou à trois, l’ahwash, qui regroupe plusieurs douzaines de personnes, en passant par l’ahidus, la tamidulit, la tamengaft, l’amhayllu, l’ajmak, la tazlagt, l’ahraffa et la tadukut.

En dehors de la poésie, du chant et de la danse, la culture berbère est représentée par un art décoratif trois fois millénaire qui apparaît particulièrement dans le tapis et dans la céramique, sous forme de dessins géométriques qui excluent l’arabesque mais reprennent souvent des caractères de l’alphabet tifinagh. Elle se manifeste aussi dans l’architecture des kasbahs des Atlas et du sud marocain, les igudar (pluriel de agadir) et les tighermin (pluriel de tighremt)[42], et dans les noms propres d’hommes comme Ishshou, Yidir ou Ziri, et surtout de femmes comme Itto, Thuda, Thellu, Izza, Thabbu, etc.

La culture berbère vit donc encore. D’abord dans la bouche de quelque vingt à vingt-cinq millions de locuteurs répartis entre les cinq pays du grand Maghreb — Mauritanie et Libye comprises — et deux au moins des pays sahéliens, le Mali et le Niger. Mais, la tamazight se sent, pour la première fois de toute sa longue existence, en réel danger de mort, car elle sait que sa force d’inertie ne suffira plus pour la préserver des "effets destructeurs" du tourbillon culturel qui agite cette fin de XXe siècle. Les mass media, accaparés au Maghreb par le français et l’arabe, l’orientation donnée aux politiques scolaires et universitaires, l’exode rural, la tendance universelle à l’uniformisation, voilà autant de facteurs qui concourent à faire du domaine linguistique berbère une peau de chagrin condamnée à disparaître si les États concernés ne prennent pas à temps les mesures adéquates de sauvegarde. Les élites maghrébines berbérophones s’inquiètent à bon droit de cette évolution dommageable à un très vieux patrimoine sanctifié par son "âge". Leurs appels réitérés aux instances responsables étant restés sans réponses, tant en Algérie qu’au Maroc, elles tentent de s’organiser en associations culturelles, se proposant de "sauver l’essentiel de l’essentiel". Leur action contrarie des gouvernants hantés par le spectre du berbérisme artificiel de l’époque coloniale, et se heurte à l’hostilité franche ou dissimulée des partisans du panarabisme pur et dur. Cette situation a fait naître en elles un sentiment de frustration d’autant plus aigu qu’elles perçoivent clairement la sujétion culturelle progressivement imposée au Maghreb par un Proche-Orient arabe jugé "bavarde et superficiel". N’aspirant qu’à faire reconnaître le droit à la survie de leur langue maternelle, elles se sentent outrées de l’attitude négative des "purs" arabisants, dont elles partagent pourtant, à fond, l’amour de l’arabe. Cependant à en juger par un ensemble de données politiques et sociologiques, elles écartent lucidement de leur dessein toute velléité d’affrontement avec leur concitoyens qui ne sont plus à même d’apprécier les charmes de la "vieille dame" qu’est devenue la tamazight [43]. Elles fondent leurs espoirs sur l’instauration au Maghreb d’une démocratie véritable, qui leur "redonnerait la parole" et leur permettrait de faire entendre une cause se confondant avec la spécificité même du Maghreb.

Un ami algérien, que j’estime représentatif de "l’aile modérée" de ces élites, me confiait récemment : "Notre idéal serait atteint si, dans le creuset de la culture maghrébine, se fondaient la calme puissance du tempérament berbère et la finesse de l’esprit arabe, avec une bonne dose du rationalisme français et, par les temps qui courent, plus qu’une pointe de pragmatisme anglo-saxon. Il suffirait que la langue berbère soit considérée comme une composante de l’humanisme maghrébin. Faisons-en au moins notre latin ! Une sorte de relique culturelle bien conservée. Car, tout compte fait, bien des éléments de la culture berbère ont déjà été intégrés à la culture maghrébine d’expression arabe. Mais, pour la langue que faire...? Tout le monde devrait se féliciter de la voir vivre encore".

Article publié par la revue allemande "Französish heute", juin 1984, revue éditée par l’Association des professeurs allemands enseignant le français.

  1. Le néologisme "‘arancia" est un décalque de "franglais".
  2. Les Berbères se nomment eux même Imazighen (Amazigh, au masculin singulier et Tamazight et Timazighin , aux féminins singulier et pluriel). Dans cette article , nous employons indifféremment les qualificatifs berbères et amazighiens et pour désigner la langue, les substantifs berbère et tamazight.
  3. Masinissa, grand roi numide (240-149 av. J. C.) qui a joué un rôle important dans les Guerres puniques.
  4. Les trois grandes dynasties berbérophones qui se sont succédés au Maroc sont les Almoravides, les Almohades, et les Mérinides.
  5. Les Arabes du Moyen-Orient, ceux d’Asie surtout, perçoivent bien les caractéristiques des parlers arabes maghrébins. Au Maroc, ils sont choqués par les prononciations tarêkh, farêq, et qults des mots târîkh, farîq et qult, ce qui leur fait dire que les maghrébins (en arabe les mots Marocain et Maghrébin se confondent en Maghâriba) sont des ‘Ajâm, c’est-à-dire des non-arabes.
  6. Nous citons comme exemples : ma zal ma ja  (il n’est pas encore venu) ; kayn lberd ! (il fait froid), tla‘li f rassi (il m’ennuie) ; ghadi nemshi (je vais partir).
  7. Il serait intéressant de comparer les schémas syntaxiques maghrébins avec les schémas syntaxiques égyptiens dont ils se rapprochent souvent.
  8. Dans les régions arabisées des Jbalas, Ghiata, Branès, Tsoul, etc., le mot lma (eau) est traité en pluriel, par réminiscence du mot berbère aman. Souvent aussi le masculin est traité en féminin et vice versa, y compris par des professeurs de langue arabe se piquant de purisme.
  9. Dans certains cas, c’est la volonté de faire oublier un événement malheureux qui a amené l’autorité politique à débaptiser les localités dont les noms étaient typiquement berbères.
  10. Les noms arabes, souvent accompagnés de leur article al ou el placé en tête, se distinguent grâce précisément à cette particularité Mais cela n’empêche pas qu’il existe des toponymes berbères commençant par al, comme Almou, Almisir, Alouggou, etc. les noms berbères débutant par un A ou un OU (soit le U latin), comme Azrou, Agadir, Ajdir, Awras, Oulmas, Oulili (Volubilis) sont du masculin singulier. (Ceux qui commencent par un I sont le plus souvent masculins pluriels, comme Ifrane, Imouzzar, et plus rarement masculins singuliers, comme Ighil, Iligh, Ifni..., les noms commençant par un T son féminins singulier, qu’ils se terminent ou non par un T, comme Taroudant, Tiznit, Tafilalt, Tidikelt, Tanzrouft, ou Tahla, Tazoda, Tadla, Tasa, Thougga (le vrai nom de Dougga). Ils sont féminins pluriels quand ils se terminent par IN (ine), comme Tittawin (vrai nom de Tétuan), Tilmassin (vrai nom de Tlemcen), Tizarin... Les noms de beaucoup de villes de la Haute Égypte ou des pays voisins ont une consonance et même une signification berbère, comme Assouan, Assiot, Akhmim, Atfih, Adfou, Axoum, etc.
  11. V. a) "Histoire du développement culturel et scientifique de l’humanité", Unesco - Robert Laffont, vol. II (l’Antiquité), pp. 90 et 91. b) Dans son " Recueil des inscriptions libyques". Imprimerie Nationale, Paris,1941, J -B. Chabot présentait plus de onze cents textes libyques, dont une vingtaine de textes bilingues libyco-puniques ou libyco-latins.
  12. V. "Berbères, aux marges de l’histoire", de Gabriel Camps, Ed. des Hespérides (1980), pp. 52 à 55.V. André Basset : "La langue berbère", l’Afrique et l’Asie, 1956.
  13. Les berbérisants ont travaillé la plupart du temps dans le but de faciliter la pénétration française ou de la consolider. Très peu à mon sens, ont fait abstraction des contingences politiques.
  14. Marcy G., Les inscriptions lybiques de l'Afrique du Nord, Imprimerie nationale, Paris, 1936.
  15. Isolés dans une véritable île montagneuse en plein désert du Sahara, les Touaregs ont préservé dans les meilleurs conditions possibles autant la langue que des traditions ancestrales berbères. "Dictionnaire Touareg-Français" du Père Charles de Foucauld (Imprimerie nationale, Paris, 1951), qui totalise 2028 pages en 4 volumes, est une mine inépuisable de renseignements pour tout chercheur en matière de linguistique amazighienne.
  16. Au moment où G. Marcy faisait imprimer son Mémoire, deux nouvelles inscriptions bilingues restées inédites jusqu’alors, furent publiées.
  17. Ces noms féminins commencent souvent, dans leurs transcriptions latines, par Th. Rappelons-nous à ce sujet que le T initial berbère est aspiré clans la majorité des parlers ; les berbérisants le notent O, c’est-à-dire avec le signe grec transcrit th en latin.
  18. Pline l’Ancien dans son "Histoire Naturelle", livre V, 1-46 (l’Afrique du Nord), texte établi, traduit et commenté par Jehan Desanges, Ed. les Belles Lettres, Paris, 1980, pp. 59, 314, 315.
  19. V. Ouvrage cité ci-dessus (note 18), p. 305.
  20. V. Meillet, A. ; Vendryes, J., Traité de grammaire comparée des langues classiques, Ed. Honoré champion, Paris, 1979, [5e édition], pp. 31 à 34.
  21. Mmis (le fils) se prononce aussi miç et memmis dans le berbère moderne. L’usage en est attesté dans tous les parlers zénètes, ceux précisément qui se localisent dans les régions septentrionales et orientales de l’Afrique du Nord.
  22. Le matriarcat régit encore la société la plus représentative du passé berbère, celle des Touaregs.
  23. V. supra " Traité de grammaire comparée des langues classiques ", p. 33.
  24. En général, les berbérisants européens ont peu frayé avec les manuscrits arabes.
  25. Cet acte notarial a fait partie des manuscrits exposés en 1979 par le ministère marocain de la Culture. La Bibliothèque générale de Rabat en détient un microfilm. L’auteur de cet article en possède une photocopie.
  26. C’est dans sa thèse de doctorat que Marcel Cohen a démontré l’appartenance du berbère au chamito-sémitique. Les spécialistes de la question ont fini par lui donner raison.
  27. Silius Italicus, dans sa " Guerre Punique", traduction de P. Miniconi et G. Devallet, Ed. Les Belles Lettres, Paris, 1979. Les Massyles constituaient l’une des deux grandes confédérations numides; la seconde regroupait les Masaesyles.
  28. Je pencherais pour la lecture Tinnit (au lieu de Tanit) du groupe de consonnes puniques TNT, parce que le nom de la divinité aurait alors une signification. Tinnit, en berbère, c’est "le dire", "ce qui est dit", donc probablement "l’oracle".
  29. Saint-Augustin, cité dans "l’Afrique du Nord dans l’Antiquité", de F. Decret et M. Fantar, Ed. Payot, 1981, p. 349.
  30. Le grand lexicographe Ibn Mandhor, égyptien de naissance, n’a jamais cité son nom sans y accoler son ethnique al-Ifriqî. Il est l’auteur du fameux "Lisân al-‘Arab" ("La Langue des Arabes"). Citons un grand nom pour chacune des autres disciplines ‘Ikrima le traditionaliste, al-Bûsiri le poète-panégyriste du Prophète, al-Wansharisi le théologien, lbn Muâtî l’auteur de la première "Alfiya" grammaticale, al-Baydhaq, l’historien, al-‘Ayyâshî le géographe, al-Yûssi l’essayiste... Des historiens européens sont allés jusqu’à poser que ce n’est pas par hasard que les deux esprits les plus rationalistes de la culture musulmane, Averroès et lbn Khaldûn, sont maghrébins (Cf. Michel Guernier, dans "l’Apport africain à la pensée humaine").
  31. Le lettré sunnite le mieux averti ignore, ou veut ignorer jusqu’à l’existence d’un al-Janâwi, d’un Atfiash, ou d’un al-Tâmimi.
  32. V. " Documents inédits d’histoire almohade ", traduits et publiés par E. Lévi-Provençal, Ed. Paul Geuthner, Paris, 1928.
  33. "Description de l’Afrique" de Léon l’Africain, traduction Epaulard, Ed. Maisonneuve, Paris,1956, I.I., p. 15.
  34. Encyclopédie de l’Islam, nouvelle édition, T.I., article "Algérie", p. 305.
  35. Les ouvrages français de base consacrés à l’étude du berbère, en tant que langue, sont : "La langue berbère", d’André Basset, Ed. Ernest Leroux, Paris, 1929. "Mots et choses berbères", d’E. Laoust, Ed. Challamel, Paris, 1920. "Langue et littérature berbères", de L. Galand, Ed. Du CNRS, Paris, 1979. Des grammaires du berbère, en berbère, commencent à être publiées, ainsi que des romans et des pièces de théâtre en berbère.
  36. V. supra, note 35, André Basset.
  37. Encyclopediae Universalis, 1972, Vol. III, p. 171.
  38. V. "Dialectes berbères des Béni-Snassen, du Rif..., etc." de A. Renisio, Ed. Ernest Leroux, Paris, 1932.
  39. V. Laoust, E., Siwa, Ed. Ernest Leroux, Paris, 1932.
  40. Salluste signale, dans sa "Guerre de Jugurtha", qu’à l’issue d’une bataille gagnée par les Numides, ceux-ci passèrent la nuit à chanter et à danser.
  41. Tamawayt signifie littéralement "celle qui conduit", ou "celle qui accompagne". - A propos des isfra, je signale que le romancier berbère de langue française, Mouloud Mammeri, a publié chez Maspéro, à Paris, un recueil très représentatif du genre.
  42. V. "Les Greniers-Citadelles au Maroc" de Dj. Jacques-Meunié, Ed. Arts et Métiers Graphiques, Paris, 1951 (2 volumes).
  43. Il est de notoriété historique que les Maghrébins sont dans leur grande majorité d’origine berbère. Aussi le patriote Abdelhamid Ben Badis a-t-il pu écrire : "La personnalité algérienne repose sur un trépied: l’ethnie berbère, la langue arabe et la religion musulmane"

 

-->