Dossier Kultüre]

Paul Ariès, "Satanisme et Vampyrisme. Le livre noir"

Editions Golias, 2004, 413 pages.

Introduction

D’emblée soyons très clair : ce livre est sans aucun doute le pire ouvrage journalistique jamais publié sur le thème du satanisme (et pourtant le sujet a vu proliférer de nombreux livres sensationnalistes) ! Il présente tant d’erreurs, coquilles, méconnaissances absolues du sujet qu’il en devient amusant. D’un comique qui ferait s’esclaffer n’importe quel quidam qui en deux secondes peut vérifier sur internet les erreurs flagrantes d’un tel ouvrage.

Conduisons justement notre critique sur les rails d’une rigueur toute universitaire et scientifique, justement le profil dont l’auteur se targue alors que même les pires folliculaires auraient pu éviter 90 % des coquilles et erreurs présentes dans ce travail. Face à toutes ces erreurs, démontrons par a + b que M. Ariès a véritablement laissé échapper une belle vocation de comique. Démontons point par point son discours.

I L’éditeur Golias et l’auteur Paul Ariès

Il ne suffit pas d’une grande connaissance des maisons d’édition pour connaître l’estampe catholicisante de cet éditeur qui avait déjà publié le précédent ouvrage de Paul Ariès (« Le retour du Diable », tout de même moins amusant que celui-ci).

Paul Ariès est titulaire d’un doctorat en science politique. Il a enseigné quelques temps à Lyon II. Il a publié : Ariès Paul, 1997, Le retour du Diable. Satanisme. Exorcisme. Extrême droite, Editions Golias, Villeurbanne ainsi qu’un ouvrage sur la Scientologie et d’autres livres chez Golias. Notons qu’il est un touche à tout puisqu’il a milité à la rentrée 2004 « pour une rentrée sans marques » aux côtés du très controversé Tariq Ramadan. Il a publié aussi un ouvrage sur « La macdonaldisation du monde ». Malgré un doctorat en science politique, il présente tous les atours d’un parfait folliculaire (journaliste sensationnaliste) en éparpillant ses terrains d’enquête vers ce qui est alarmiste, ce qui intéresse "la ménagère de moins de 50 ans". Il pourrait vous rétorquer qu’il a été consultant dans la Commission parlementaire d’enquête sur les sectes, à l’Ecole nationale de la Magistrature, l’Ecole nationale de Santé publique…

Sauf que soyons encore une fois très clair : Paul Ariès n’est en aucun cas spécialiste du satanisme car il fait l’amalgame avec le mouvement gothique. Or toute étude sur satanisme/gothic/metal nécessite évidemment d’avoir enquêté en profondeur sur le milieu gothique et metal comme l’ont fait récemment deux chercheurs de la Sorbonne. Or Ariès ne connaît absolument rien à ces musiques. Pire : n’importe quel profane peut se rendre compte en cliquant deux secondes sur Google que cette personne a commis des erreurs affligeantes que nous allons exposer en détail, avec numéros de pages, citations exactes et de manière scientifique.
Répétons-le : les pouvoirs publics qui se lamentent des satanistes néo nazis dans le mouvement gothic ne connaissent pas la question car ils n’ont jamais étudié le mouvement avec une rigueur universitaire, préférant pratiquer la politique du marchand de peur.

II La forme

Il s’agit de la composante la plus navrante du livre. La régularité quasi métronomique des erreurs et coquilles de cet ouvrage est proprement effarante. Mr Ariès voulait-il gagner un concours du record de nombre de fautes par page ?? A croire véritablement qu’il a voulu démontrer qu’un ouvrage lamentable pouvait être repris dans les médias sans susciter aucune réprobation. En moyenne, il y a trois fautes d’orthographes ou de noms propres par page. Ci-dessous le détail des coquilles (fastidieux peut être mais nécessaire pour couper toute argumentation a l’auteur !) :
> « Barzum » p. 48 au lieu de Burzum
> « Vikernesle » p. 40 au lieu de Vikernes
> « Deicid » p. 42 au lieu de Deicide
> p. 38, 39 l’auteur en parlant de Deicide cite un extrait d’une chanson du groupe …en l’attribuant à David Tibet ! Or c’est encore une erreur énorme puisque tout le monde sait que Tibet est le célèbre leader de Current 93, groupe de dark folk qui n’a rien à voir avec Deicide et Glenn Benton. Comment ne pas penser que cela a été fait exprès après de pareilles énormités ??
> « le leader du groupe de rock Mayhem » montre parfaitement l’ignorance profonde de l’auteur quant à la musique Black Metal. Pire encore, il aurait été très facile pour Ariès de vérifier les noms propres en deux secondes sur Google ! Même un quidam n’aurait pas été aussi négligeant que Mr Ariès… Heureusement que Mr Ariès ne connaît pas Dark Funeral, Enthroned car il crierait au viol satanique !
> p. 39 Mr Ariès énonce « l’album Revolution 9 des Beatles est considéré comme un évangile satanique » Or Revolution 9 n’est pas un album mais seulement une chanson des Beatles !
> p. 42 : « Tous les spectacles multiplient les scènes obscènes : têtes mutilées, décapitation, perversions sexuelles, excréments, nécrophilie, poulet égorgé, scènes de sodomie, bébés pendus, têtes de morts, etc. »
> pp. 43, 44 : citation non référencée : « Marilyn Manson est bien plus qu’un groupe de rock (…) Ses membres sont les meilleurs ambassadeurs que l’Eglise de Satan d’Anton LaVey ait jamais eu pour diffuser les idées satanistes au sein de la jeunesse ».
> p. 43 : « Marilyn Manson est depuis 1990 le groupe satanique le plus connu. »
> p. 46 : « Les idées que propage le feu Révérend sont claires. »
> p. 48 : « Vikernes a voulu imiter un autre chanteur de rock, Faust, emprisonné pour avoir tué un gay ». N’importe quel auditeur de black metal sait que Faust est un batteur (d’Emperor en l’occurrence sur « In the Nightside Eclipse ») et n’a jamais été chanteur !
> p. 39 « crowleyviens » au lieu de crowleyens.
> p. 48 : « les vieilles mythologiques nordiques seraient, selon lui, plus efficaces »
> p. 48 : « L’accusation de communiste est normale de la part d’un néo-nazi. Celle d’homosexuel laisse penser que Vikernes a voulu imiter un autre chanteur de rock, Faust, emprisonné pour avoir tué un gay. »
> p. 49 : « Vikernes fait l’objet d’une véritable culte parmi les jeunes satanistes. »
> p. 52 : « je me verrai bien en rat car il pourrait reprendre des épidémies, c’est un animal qui a toujours été détesté des humains tout comme moi-même »
> p. 73 : « jeunes paumés » : déni de la personne
> p. 145 : « Les jeunes satanistes qui hantent mes conférences sont reconnaissables à leur look d’enfer ». Comment faire plus subjectif voire méprisable que ce propos à l’encontre de jeunes que l’auteur n’a justement jamais étudié rigoureusement (avec l’aide d’outils scientifiques : entretiens qualitatifs, typologie des CSP, de l’origine sociale,
> Même le sommaire n’est pas épargné : « libertairess » p. 414
> De plus, le comble est que Mr Ariès ne cite pas ses sources : p. 52 « In interview de Celestia par Vincent Akhenaton – Internet » sans citer l’URL correspondante…

Ces exemples pourraient être multipliés tant ils sont symptomatiques d’une dysorthographie lamentable.
Résumons : une infection de fautes et coquilles, aucune bibliographie, aucun index, aucune note de bas de page, pas de problématique, aucun ancrage théorique, aucune administration de la preuve, des citations de travaux scientifiques et d’auteurs reconnus se comptant sur les doigts d’une main ….pour un ouvrage se targuant d’être scientifique : on pouvait difficilement faire plus approximatif et journalistique… Pourtant, nous avons fait grâce à l’auteur du « je » qu’il emploie qui est pourtant proscrit dans tout travaux universitaires !

III Le fond

Concernant la partie consacrée à la musique satanique estampillée : « Faut-il avoir peur du rock satanique », en page 47, Paul Ariès parle de « rock satano-viking » en faisant l’amalgame entre gothic, black metal, indus et dark folk et les exactions norvégiennes au début des années 90. La raison simple est qu’il procède par dénonciation, semblant ne connaître que peu ces sujets. Le titre présage déjà de la méconnaissance de l’auteur de l’Inner Circle norvégien dont les noms des leaders sont estropiés. A aucun moment en traitant des crimes commis, l’auteur ne va soulever l’hypothèse que ceux-ci ont pu être le fait de cas pathologiques comme Vikernes, emprisonné encore aujourd’hui, provocateur spécialiste et surtout pathologique notoire. Idem en traitant des textes et paroles des groupes parfois dures et extrêmes, à aucun moment l’auteur ne va envisager qu’il puisse s’agir de théâtralisation ou d’une forme de catharsis à prendre à un degré averti tout comme les films d’horreur. Non, Paul Ariès pense avoir débusqué la Bête Immonde et il entreprend d’entretenir le frisson dans la tête de pauvres parents ne connaissant rien au sujet, qui vont être catastrophés devant pareille lecture de voir que leur enfant a été « alpagué » par ce rock satano-viking.

En parlant de M. Manson (en l’assimilant au black metal !), l’auteur émet une affirmation lamentable, p. 44 : « Est-il utile de dénoncer son utilisation du subliminal alors que presque tous les groupes en usent et en jouent commercialement ? ». Mr Ariès ne connaît rien des groupes gothiques assurément puisque premièrement selon le psychosociologue Channouf (dont justement Ariès cite les hypothèses en disant qu’elles prouvent le subliminal) les messages subliminaux ne marchent pas dans la musique rock ! Certains autres spécialistes (avec des études qui datent) ont cru voir des messages subliminaux dans les Eagles, Led Zeppelin ou Black Sabbath mais étrangement, ces chercheurs étaient tous proches de la vague ultravirulente de l’antisatanisme américain puritain des années 80, responsable justement du succès du satanisme aux Etats-Unis. Tipper Gore, la femme d’Al Gore adversaire de Bush avait mis en place le PRMC en créant le fameux « Parental Advisory Explicit Lyrics ».

Malgré les nombreux copiés collés qu’Ariès a repris de son livre précédent, « Le retour du Diable », il a su évacuer sa reprise de la thèse de Jean Paul Régimbal (auteur du somptueux : Régimbal, J.-P., 1983, Le Rock n’ Roll, viol de la conscience par les messages subliminaux, Sherbrooke, Editions St Raphaël) où l’auteur affirmait qu’Abba était un groupe satanique ! Effectivement P. Ariès dans Le retour du Diable. Satanisme. Exorcisme. Extrême droite paru en 1997 aux Editions Golias, p. 81 reprend cette thèse hilarante selon laquelle le groupe pop suédois ABBA aurait été un groupe satanique car son patronyme renverrait à une signalétique satanique. Les Eagles, les Rolling Stones et les Beatles sont ainsi catalogués. Nous nageons en plein délire…

A la page 34, Ariès écrit : « La meilleure étude sur le rock satanique est celle de Jota Martinez Galiana ». Il semble avoir oublié que Galiana est un fan de rock et plaçait en préambule de son ouvrage de fan qu’il avait été terrorisé lorsque étant nourrisson, il avait été baptisé. Il avait poussé alors des cris aigus de damné. Galiana est un sympathisant notoire du satanisme.
Sur ce point, à aucun moment l’auteur ne tente d’élaborer une définition scientifique du satanisme comme avait pu le faire avec succès le controversé Massimo Introvigne dont Ariès semble manifestement jaloux dans ce livre. Et pour cause Introvigne malgré son rôle dans l’Opus Dei a publié la seule étude sérieuse sur le satanisme jusqu’à maintenant : Introvigne Massimo, 1997, Enquête sur le satanisme : satanistes et antisatanistes du XVIIe siècle à nos jours, Editions Dervy, Collection Bibliothèque de l'Hermétisme, Paris. Cet ouvrage que nous chroniquerons bientôt sur www.obskure.com est doté d’une bibliographie proprement gigantesque et d’une vraie réflexion théorique.
Notons par ailleurs que les rares satanistes français affirment que le satanisme organisé est moribond en France : la Fédération Sataniste Française anciennement appelée Ordre Guillaume est par exemple bien délaissée sur le net comme dans la réalité de ses rassemblements.

Ariès confond les choses : à la fois le nom « satanique » de l’adjectif « sataniste » qui rappelons le est un néologisme (absent du Petit Robert). Il mélange lamentablement l’imaginaire satanique mobilisé par le mouvement gothic/metal du satanisme (religion) dont justement très peu de fans goth ou metal font partie (de leurs dires même !). L’imaginaire satanique est présent depuis de nombreux siècles dans la culture et notamment ces derniers temps dans la culture cinématographique (Rosemary’s Baby, La Neuvième Porte, L’exorciste…). Il doit être différencié du satanisme qui est une religion (cf. la Church Of Satan de l’hédoniste et copieur d’Ayn Rand : LaVey ; le Temple de Set d’Aquino ancien bras droit de LaVey ; la First Satanic Church d’une des filles de LaVey).

Dans son propos de marchand de peur, Ariès pratique donc l’amalgame outrancier et dangereux. Car on ne peut faire l’amalgame entre musique gothique et metal et satanisme ou néo-nazisme. Il ne fait en aucun cas mention des derniers travaux universitaires existants sur ce thème, il met des œillères en condamnant sans connaître. Certes il existe des passerelles entre de très minoritaires organisations satanistes comme le Werewolf Order (Ordre du Loup-Garou) avec des mouvements nazis comme WAR (White Aryan Resistance) et indus mais elles sont le fait de personnages esseulés comme Boyd Rice de NON.
Notons que les gothiques ou métalleux satanistes (religieux donc) sont très rares. Or parmi cette très faible proportion, ils sont encore plus rares à être nazis.
Néo-nazisme, voilà encore un terme que Mr Ariès ne définit pas et qui est pourtant bien flou dans l’imaginaire collectif qui le confond avec le mouvement skinhead (rappelons qu’il existe des redskins).

Il évacue totalement à la page 39 avec « Les fanzines constituent le fer de lance de l’extrémisme auprès des jeunes » les nombreux fanzines gothiques ou metal qui ne sont absolument pas politisés comme la Salamandre, Rock Fort, Cynfeirdd et la majorité du fanzinat. Il préfère parler de fanzines extrémistes très minoritaires dont certains n’existent plus d’ailleurs (!) comme Napalm Rock. Il ne dit pas que ce fanzine fut jadis la branche musicale du mouvement politique Nouvelle Résistance du rouge-brun Christian Bouchet et surtout qu’il était dirigé par un jeune à la dérive à l’époque.
Paul Ariès en se targuant d’avoir « enquêté une dizaine d’années sur le satanisme » (p. 411) croit être un érudit sur la question alors qu’il ne fait que diffamer et reprendre des thèses journalistiques qu’il n’hésite pas à copier coller des livres de Jacky Cordonnier (plusieurs fois interviewé par les radios et télés ; dont M6 dans le fameux "Ca me révolte" de février 2004)…

Conclusion

Cet ouvrage est une affabulation comique au premier abord mais il est bel et bien dangereux puisque Paul Ariès est encore l’interlocuteur privilégié des médias et des associations et participe à des émissions TV.
L’embryon de réflexion au départ de cet ouvrage : le satanisme serait le fruit d’une société malade, d’un Occident en déclin, d’une instrumentalisation de la musique via le politique...est déjà suranné en lui-même. Toutes ces thèses sont de toute façon annihilées par une forme médiocre, des partis pris et surtout un manque flagrant d’administration de la preuve.

Comment Paul Ariès, initialement docteur ès science politique, peut-il assumer un pareil travail ? L’ouvrage est truffé de fautes, coquilles, contrevérités et de l’ « enquête » la plus subjective jamais menée sur le satanisme. Comment après un pareil ouvrage, les goths et métalleux ne peuvent-ils pas passer pour les pires nazis, sanguinaires possible ?

Cet ouvrage est dangereux surtout parce qu'il marchandise la peur. Avec ses titres accrocheurs (« Faut-il avoir peur du rock satano-viking »), l’ouvrage est destiné inconsciemment aux parents interpellés par la conversion brusque de leur enfant au gothique, à l’écoute de metal, en crise d’adolescente et d’identité. Que ce soit clair : avec ces explications, les parents sont purement et simplement désinformés par un folliculaire pressé, avide de brandir ce qui ressemble à un fond de commerce lucratif : la Peur….ou comment nourrir, entretenir, relayer le sensationnalisme d’émissions comme "Ca me révolte", de thèses antisectes plus virulentes encore que les sectes elles-mêmes. Mentionnons juste le rapport antisecte de 1995 qui estampillait en tant que sectes de multiples courants ésotériques qui depuis ont été lavés de tout soupçon…même si évidemment de réels dangers subsistent… mais sûrement pas du fait du mouvement gothique.
Souhaitons enfin que des scientifiques compétents donnent une vraie explication aux parents. Seule l’information est digne de foi ici mais une information fondée sur des connaissances sociologiques et un corpus d’entretiens.

La tâche reviendrait à laver aujourd’hui les mouvements gothique et metal de toutes les souillures perpétrées par les marchands de peur. N’ayons pas peur de dire que Paul Ariès diffame le mouvement metal et le mouvement gothique dans un premier temps et tronque toute la réalité du satanisme contemporain organisé dans un second temps en n’étant pas capable de définir ne serait-ce que fonctionnellement le satanisme. Pourtant n’importe quel étudiant en licence pourrait vous dire qu’il faut définir les termes du sujet avant d’aborder le développement de son propos !

In fine voilà donc un bel avatar comique au premier abord puis scandaleux et surtout dangereux, lorsque l’on sait que M. Ariès a été consulté dans le cadre de commissions gouvernementales.
Parlez autour de vous de cette « chose » qui n’a pas suscité grand émoi dans le milieu goth/metal. Il est grand temps de désavouer de telles logiques verbales.

Photo de Paul Ariès,

Aäzteq


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