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Jacky Cordonnier, « Les Dérives Religieuses. Astrologie, Occultisme, Spiritisme, Nouvel Âge, Halloween, Sorcellerie, Satanisme. »

Editions Chronique Sociale, 2003
135 pages

Premièrement précisons que pour être rigoureux, nous ne chroniquerons ici que le chapitre consacré au satanisme (chapitre 7) jusqu'à la fin de l'ouvrage qui nous intéresse en premier lieu (pages 105 à 135). Deuxièmement, Jacky Cordonnier nous a contacté suite à notre chronique de l'ouvrage de Paul Ariès car nous le mettions en cause dans la mise à l'index du milieu metal/gothic comme passerelle vers le satanisme et l'extrême droite. Il reconnaissait tout à fait l'imprécision du travail d'Ariès et s'en désolidarisait en affirmant qu'il n'a jamais stigmatisé le mouvement metal/gothic dans ses écrits. Or, malgré son inconnaissance du sujet, il procède par raccourcis en faisant mine de ne pas être au courant des études universitaires sur le metal et le gothic comme l'ouvrage : « La religion metal. Première sociologie de la musique metal, Revue Sociétés n°88, Editions De Boeck » des chercheurs Alexis Mombelet et Nicolas Walzer. Notons également que les mémoires de sociologie d'Antoine Durafour sur le gothic étaient déjà disponibles sur le Net quand Jacky Cordonnier a rédigé son livre. Il ne suffisait que de faire une recherche sur Google…Que l'auteur trouve donc ici une réponse à son mail, directement fondée sur ses écrits avec citations à l'appui…

Voici ce que la quatrième de couverture nous apprend sur le contenu du livre : « Enfin, il décrit avec précision le milieu très secret des sectes sataniques en expliquant leur histoire, leurs rituels (messes noires et rouges), leurs fonctionnements, leur liens avec d'autres milieux (pédophile, pornographique, musical, extrême droite nazie, néo-païen). Il précise comment des jeunes peuvent aujourd'hui glisser d'un monde virtuel au réel par des passages à l'acte très violents (tortures, profanations, meurtres, sacrifices). » Notons le terme « avec précision » alors justement que l'ouvrage est tout sauf précis, pratiquant l'amalgame et présentant de nombreuses coquilles …tout comme le livre d'Ariès.

Jacky Cordonnier, d'après la quatrième de couverture « a écrit plusieurs ouvrages sur la Culture religieuse. Il anime des conférences et rencontres sur l'histoire des religions et le dialogue inter-religieux. Reconnu comme un des précurseurs de la culture religieuse, Jacky Cordonnier est aussi un spécialiste de l'étude des mouvements sectaires. Homme du dialogue inter-religieux, Jacky Cordonnier lance des passerelles entre les diverses religions sans hésiter à dénoncer leurs déviances ». En passant sur la majuscule à « Culture », dans les faits, l'auteur est un activiste des mouvements antisectes, il a été vice-président du GEMPI et un collaborateur privilégié d'associations de victimes comme le CCMM (Centre Roger Ikor) ou l'UNADFI. Ces associations ont déjà été mises en cause par les pouvoirs publics pour leur ligne à l'emporte-pièce et pour leur manque de rigueur dans le traitement des dérives sectaires.

Dans un combat entre antisectes et défenseurs de la liberté d'expression dans lequel nous ne prendrons bien sûr pas parti, on ne peut que constater que, tout comme M. Ariès, Jacky Cordonnier fait autorité à l'heure actuelle auprès des médias qui l'interrogent régulièrement lorsqu'il est question de satanisme ou des rapports entre musiques metal, gothic et satanisme. Mentionnons l'article paru dans Le Parisien du 1er octobre 2005 intitulé « Julie était fan de groupes de rock prônant le suicide ». De plus, la chaîne télévisée M6 lors d'une émission intitulée "Ça me révolte", présentée par Bernard de la Villardière le 14 janvier 2003 et diffusée en première partie de soirée, a consacré un reportage sur les rapports entre musiques metal, gothic et satanisme. Jacky Cordonnier était invité sur le plateau de l'émission et a envisagé ces rapports. Plus proche de nous, le 23 mars 2005, RMC a interviewé Jacky Cordonnier sur les ondes pour évoquer la question du satanisme.

Or dans une moindre mesure toutefois que Paul Ariès, Jacky Cordonnier n'a pas un niveau de compétence assez satisfaisant pour traiter ces phénomènes, pour la même raison que nous évoquions dans notre chronique sur le livre d'Ariès : il n'a jamais enquêté avec sérieux sur les mouvements metal et gothic, ne serait-ce que rock, et se permet pourtant d'émettre des jugements moraux.

La juxtaposition immédiate des deux paragraphes précités opère un amalgame plus que douteux. Le lecteur doit-il comprendre que les Rolling Stones, AC/DC et Iron Maiden sont des groupes satanistes ou qu'ils sont sympathisants à l'égard de ceux-ci ? D'autant plus que les groupuscules satanistes dont parle Jacky Cordonnier avant ont commis des meurtres (cf. page 119, "les Lucifériens") ou comptent en leur rang « 10 000 jeunes souvent skinheads et farouchement racistes » (cf. page 119, "les Enfants de Satan"). La démonstration incite à conclure pour le non spécialiste que les Rolling Stones, AC/DC et Iron Maiden peuvent être considérés comme des sympathisants à l'égard de ces groupes satanistes. Non seulement de tels arguments ne sont pas étayés par des preuves, mais en plus l'amalgame commis est tout à fait grossier. Jacky Cordonnier devrait faire attention à ce qu'un jour ces groupes ne prennent connaissance de ses écrits et ne décident de porter plainte en diffamation contre lui. Chaque métalleux sait bien que ces groupes sont très « bon enfant » et leurs concerts rassemblent des fans de 7 à 77 ans. Ajoutons que Nicko Mc Brain, le batteur d'Iron Maiden est un fervent chrétien ! Un tel rapprochement à consonance diffamatoire rappelle ici le livre de Paul Ariès.

De plus, les deux paragraphes en question s'inscrivent dans une partie intitulée : « 3. Messes noires et messes rouges b) Le rituel » ce qui sous entend que l'auteur fait une association entre les messes noires ou les messes rouges et les Rolling Stones, AC/DC, Iron Maiden ! Par ailleurs, on peut noter une erreur dans le plan du livre. En effet, l'on passe du « 3. Messes noires et messes rouges » page 117 au « 5. Comment devient-on sataniste ? » page 120. La partie « 4. » a été oubliée. Cette erreur - qui décrédibilise le travail - pourrait fournir une explication quant au fait que la référence aux Rolling Stones, AC/DC et Iron Maiden intervient dans le « 3. Messes noires et messes rouges b) Le rituel » plutôt que dans un hypothétique 4.

P. 119 : « Certains groupes utilisent systématiquement des messages subliminaux qui appellent au suicide, au meurtre, au viol comme Led Zeppelin (dans son morceau "Stairway To Heaven"), Eagles, Alice Cooper (du nom d'une sorcière du XIXe), et bien sur[1] ACDC [2] (signifiant Ante Christ Death to Christ soit Antéchrist, Mort au Christ) ». L'usage du mot « systématiquement » est outrancier. Non seulement l'auteur méconnait le sujet mais en plus, se permet d'émettre de graves accusations sans fondements. A le lire, les Eagles, Alice Cooper, AC/DC usent « systématiquement », c'est-à-dire sur l'ensemble de leurs discographies, de messages subliminaux qui appellent au suicide, au meurtre, au viol. Ces propos accusateurs pourraient être assimilés à de la diffamation dans la mesure où ils ne s'appuient pas sur des études scientifiques. > cf. ma chronique du livre de Paul Ariès. L'auteur écrit par ailleurs que AC/DC est l'acronyme de « Ante Christ Death to Christ ». Or, il y a débat ici parmi les fans du groupe. AC/DC serait également l'acronyme de alternating current/direct current (courant électrique alternatif ou continu). Dans le cas présent, il est question de rumeurs qui ont fait l'histoire du groupe de hard rock australien. Un travail rigoureux consistait à préciser les différentes lectures de l'acronyme AC/DC et non à s'en tenir à l'énonciation de celle qui va dans le sens de la thèse de l'auteur. Il aurait fallu également préciser que ces lectures reposent sur des rumeurs et non pas sur des faits avérés.

Dans le même sens, page 121, il est écrit : « Marilyn Manson qui sur scène torture des animaux, poussins qu'il demande aux spectateurs d'écraser sous leurs pieds ». Quelles sont les sources de l'auteur ? Elles ne sont pas précisées et ce, dans la mesure où cette phrase ne relève pas d'un fait avéré. Le propos ne peut pas être prouvé. Une nouvelle fois, il est question de rumeurs. En omettant de préciser qu'il s'agit de rumeurs et non d'un fait prouvé, l'auteur propose au lecteur une démonstration qui procède par raccourcis et qui de fait n'est pas recevable sur les plans scientifiques ou même journalistiques. Comment ne pas penser que l'auteur ici n'a pas pour but de stigmatiser les mouvements metal et gothic avec de telles erreurs ?

Enfin p. 120, à propos de la musique metal il est écrit : « Beaucoup de radios diffusent également ce type de musiques ». En France, la musique metal fait l'objet d'une diffusion bien moindre dans les médias qui lui préfèrent la variété française, le rap, le R n'B ou la musique pop rock. Il ne suffit pas de bien connaître le metal pour s'en apercevoir. Aucune radio généraliste n'est dédiée au metal à l'heure actuelle, il n'existe que des émissions metal de quelques heures sur des petites radios régionales.

Sur un autre plan, Cordonnier met en cause les gothics en établissant qu'ils sont des sympathisants nazis. Page 121, il est écrit : « On croise aussi dans [les] concerts [de musique heavy metal, black metal, death metal, hard rock ou punk] les "gothics", rebelles et provocateurs, qui affectent une esthétique vestimentaire de reconnaissance particulièrement ténébreuse et fétichiste : habillés de noir, souvent de cuir, maquillages blafards, yeux cernés de noir, piercing, croix renversées, bagues à tête de bouc, tatouages de la "bête", le fameux 666, le pentagramme de Baphomet, 88 (88 = HH = Heil Hitler) ou 18 (18 = AH = Adolf Hitler) ». La phrase sous-entend que les « gothics » affichent sur leurs vêtements les nombres 18 et 88 qui font références à Hitler et donc au régime nazi. L'observateur non avisé est conduit à considérer les « gothics » comme des sympathisants nazis et par extension comme des néo-nazis. Jamais dans les quelques études universitaires sur le gothic (que nous citions en introduction) il n'est constaté ce chiffre. Les gothics ne sont pas des skinheads.

D'autre part, l'auteur avoue de manière à peine voilée que son écriture est catéchistique. Page 127, il conclu son ouvrage ainsi : « Bâtir un monde de paix, de bonheur, d'harmonie, de justice est le défi qui attend les générations futures. Défi réalisable mais il devra se faire dans la liberté individuelle, la tolérance, le respect et l'amour. Les religions traditionnelles ont à démontrer qu'elles portent en elles ces valeurs et qu'il n'y a nul besoin de chercher ailleurs ce qui est déjà là. Que le troisième millénaire soit Amour, Compassion et Paix ! ». Ce ton catéchistique ruine toute possibilité d'aval scientifique ou rigoureux. Un discours scientifique se doit d'être neutre et de procéder par « agnosticisme méthodologique » (comme le souligne le sociologue des religions Jean-Paul Willaime). Une écriture militante va rarement de pair avec une écriture objective.

In fine, Jacky Cordonnier, même s'il s'en défendait dans le mail qu'il adressait à www.obskure.com, offre donc un chapitre 7 et une conclusion militants. Sa démonstration souffre autant de problèmes de forme que de fond en contribuant à opérer des amalgames outranciers. Le danger de ce livre tout comme celui d'Ariès est qu'ils sont destinés en premier lieu aux familles, aux parents et surtout aux associations qui relaient à leur suite des informations grossières, à consonance diffamatoire. Cordonnier ne connaît pas plus le metal et le gothic qu'Ariès et ils se permettent pourtant de condamner les deux mouvements. La forme et le fond du chapitre 7 rappellent les propos de marchand de peur d'Ariès. De plus, dans la mesure où la lecture du satanisme opérée par Jacky Cordonnier s'appuie entre autres sur la compréhension des faits sociaux précités, elle s'avère non recevable.

Soulignons que le reste du livre de Jacky Cordonnier est peut être valable, nous ne nous avancerons pas sans connaître comme le fait si bien l'auteur ! Mais pour le chapitre 7 et la conclusion c'est à dire 30 pages, ils sont abusifs et grossiers tout en étant non fondés.

Disons et redisons le aux parents inquiets qui nous liraient : ces livres sont mensongers pour le grand public, et considérés en sus comme ridicules par les acteurs des scènes concernées. Consultez donc les quelques travaux sociologiques sur la question qui ont au moins le mérite de ne pas présenter une faute par page, des amalgames et rumeurs mais des travaux de terrain rigoureux.


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[1] Il est écrit « bien sur » au lieu de « bien sûr ».

[2] Il est écrit « ACDC » au lieu d' « AC/DC ». Cette erreur est surprenante dans la mesure où l'auteur a écrit correctement « AC/DC » avec un slash « / » six lignes auparavant. La forme manque de rigueur.

Photo de Jacky Cordonnier, « Les Dérives Religieuses. Astrologie, Occultisme, Spiritisme, Nouvel Âge, Halloween, Sorcellerie, Satanisme. » 1

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