Kurdistan - Profil régional 

Étude économique du Kurdistan iraquien 

"A Franso Harriri et à tous les martyrs kurdes"  -  Khasro Pirbal - Finlande 2001


Le Kurdistan et la nation kurde : généralités


 

 

 

 

 

 

Présentation

 


 

Introduction

 


 

Le Kurdistan et la nation kurde : généralités

L'origine des Kurdes

Géographie

Géopolitique

La population

La religion

La culture et le système éducatif

La langue kurde

La partition finale du Kurdistan

 


 

L'économie du Kurdistan

 


 

La culture des affaires

 


 

Propositions

 


 

Conclusion

 


 

Bibliographie

 


 

Annexes

 


 

Sommaire OFK

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

L'origine des Kurdes

Les origines du peuple kurde remontent à l'histoire de  toutes les tribus indo-européennes qui ont émigré au Kurdistan et se sont mêlées aux habitants de cette région. Les Kurdes étant originaires de cette contrée, il n'y a donc pas de "point de départ" dans leur histoire et leur peuplement : ils sont l'aboutissement de milliers d'années d'une évolution interne continuelle, et de l'assimilation de nouveaux peuples et mentalités.

Les Kurdes existent sur le terrain ethnique du Kurdistan depuis plusieurs milliers d'années.  On fait souvent remonter leurs ancêtres aux Mèdes, un groupe tribal qui s'est déplacé de l'Asie Centrale jusqu'au plateau iranien à la fin du second millénaire avant J.C. Les Mèdes devinrent une grande puissance en 612 av. J.C., et étendirent leur empire sur une large zone avant leur chute en 550 av. J.C. (D. Mcdonwall, p. 85, 1992).

L'existence d'un peuple connu sous le nom de  "Kardaka", "Kurtie" ou "Guti" est relevée par des inscriptions sumériennes datant de 2000 ans av. J.C., ainsi que dans les premières inscriptions assyriennes à partir du 11th siècle av. J.C. (B.Yassin, 1985 p. 35).

Les Kurdes apparaissent ainsi comme les descendants de divers groupes anciens, y compris des peuples caucasiens du nord et de ceux qui peuplaient originellement les territoires montagneux à l'ouest de la Mer Caspienne. La partie centrale de ces territoires s'étend des deux côtés des montagnes du Zagros et s'étire au sud et à l'est de l'Anatolie méridionale, dans la zone montagneuse du nord de l'Iraq et de la Syrie.

 


 

Géographie

Le Kurdistan est un beau pays qui est situé dans une des régions du monde les plus importantes au niveau stratégique.  Il a une large latitude géographique s'étendant du 36.5e au 49e parallèles dans des longitudes comprises entre 30.5° et 40.5° sur le continent asiatique. Sa superficie totale est d'environ 500.000 km², soit presque celle de l'Espagne, et est répartie en quatre zones :

 

Répartition géographique du Kurdistan

Zones géographiques Superficie en km²

Pourcentage du Kurdistan

Pourcentage du pays de rattachement

Kurdistan du Nord (turc) 210.000 41.75 % 26.90 %
Kurdistan oriental (iranien) 195.000 38.77 % 11.83 %
Kurdistan du Sud (iraquien) 83.000 16.5 %  18.86 %
Kurdistan occidental (syrien) 15.000 2.98 % 8.10 %

Grand Kurdistan 503.000 100 %

Source : CBSR 33, Kurdistan, p. 35, 1998

La superficie de chaque partie du Kurdistan et son pourcentage par rapport à celui-ci sont comparés à la superficie totale du Kurdistan et à celle des états auxquels elles sont rattachées.

 

Le Kurdistan d'Iraq compte quatre gouvernorats au nord de l'état iraquien (Arbil, Dohouk, Soulaimanya et Kerkouk) et des parcelles dans les gouvernorats de Mossoul, Dyala, Salahadine et Kout. Sa superficie totale est d'environ 83.000 km², ce qui représente 16,5 % de la superficie totale du Grand Kurdistan et près de 19 % de la superficie totale de l'Iraq, ce qui est comparable à l'Autriche et plus étendu que bien des pays européens (elle dépasse 26 des 44 pays européens). Le Kurdistan est huit fois plus grand que le Liban, 13 fois plus grand que la Palestine et 49 fois plus que l'émirat du Bahreïn (Chaliand, p. 112, 1978).

 


 

Géopolitique

Depuis la fin de la Première Guerre Mondiale, le Kurdistan est administré par cinq états souverains qui sont respectivement : la Turquie (42 %), l'Iran (39 %), l'Iraq (16 %) et la Syrie (3 %), ainsi que l'ex-Union Soviétique (B.Yassin, p. 33, 1999).

Les Kurdes iraniens vivent sous le régime de cet état depuis 1514 (à la suite de la bataille de Tchaldiran). Les trois-quarts restant des Kurdes vivaient sous l'empire ottoman, jusqu'aux bouleversements qui suivirent la Première Guerre Mondiale.

Les Kurdes restent le seul groupe ethnique dans le monde à avoir une représentation répartie dans trois blocs géopolitiques : le monde arabe (Iraq et Syrie), l'OTAN (Turquie), le bloc du sud de l'Asie Centrale (Iran et Turkménistan), et jusqu'à une date récente le bloc soviétique (le Caucase, l'actuelle Arménie, l'Azerbaïdjan et la Géorgie). Il est un fait que jusqu'à la fin de la guerre froide, les Kurdes étaient, avec les Allemands, le seul peuple dans le monde dont le territoire natal a été utilisé comme une ligne de front aussi bien par l'OTAN que par les forces du Pacte de Varsovie. 

 


 

La population

La population totale des Kurdes (hors diaspora) est estimée à plus de 35 millions de personnes, ce qui mettrait le Kurdistan au 30ème rang des 193 états du monde. Elle est répartie de la façon suivante :

 

Répartition géographique des Kurdes en 1990 (hors diaspora)

Zone géographique Nombre d'habitants  Pourcentage par rapport à la population kurde totale Pourcentage par rapport au nombre d'habitants des pays de rattachement

Kurdistan du Nord 13.150.000 44.32 % 24 %
Kurdistan oriental 9.260.000 31.21 % 18.97 %
Kurdistan du Sud 4.760.000 16.04 % 28 %
Kurdistan occidental 1.240.000 4.18 % 11 %
Arménie, Azerbaïdjan et Géorgie 301.000 1.01 % 0.11 %
Région anatolienne 385.000 1.30 % 0.70 %
Région du Khorassan et autres 500.000 1.69 % 1.03 %
Liban 75.000 0.25 % 2.59 %

Total 29.671.000 100 %  

Source : Kurdistan, CBSR ,1999, Arbil, p. 39

La population de chaque partie du Kurdistan et son pourcentage par rapport à la population totale du Kurdistan sont comparés avec la population totale des Kurdes et celle des états auxquels ils sont rattachés.  

Différents chercheurs ont dressé différents tableaux statistiques, dont Mihrdad Izady (un historien kurde) qui a établi une estimation générale de la population kurde pour l'année 2000 :  

 

Répartition géographique de la population kurde en 2000 (hors diaspora)

États Nombre d'habitants Nombre de Kurdes Pourcentage de Kurdes

Turquie 65.900.000 19.000.000 28.83 %
Iran 73.900.000 8.400.000 11.37 %
Iraq 22.600.000 5.600.000 24.78 %
Syrie 17.200.000 1.600.000 9.30 %
CIS 500.000  

Total   35.100.000  

Source : M. Izady, 2000 (http//www.kurdish.com/Kurdistan/people/demography.htm)

 

Cependant, il faut prendre aussi en considération le nombre relativement élevé de Kurdes vivant au Liban ou en exil dans d'autres pays, notamment dans les pays occidentaux  (G.Chaliand, 1980, p. 44).

La population du Kurdistan iraquien est d'environ 5,6 millions de personnes, ce qui représente 16 % de la population totale des Kurdes et environ 28 % de la population de l'état iraquien. Il y a plusieurs minorités nationales qui coexistent avec les Kurdes au Kurdistan d'Iraq, telles les minorités chrétiennes (Assyriens et Chaldéens), les Turcomans et les Arabes (CNRB number 33, p. 36, 1999).

 


 

La religion

Contrairement aux peuples montagnards du Liban et de Syrie, les Druzes, les Alaouites, les Ismaéliens et les chrétiens maronites, qui affirmèrent une identité distincte par le biais d'un séparatisme religieux s'opposant à une certaine orthodoxie, les Kurdes embrassèrent l'islam après les conquêtes arabes du 7ème siècle  (Mcdowall 1992, p. 13).

La religion la plus répandue chez les Kurdes est donc l'islam et la plus grande partie est sunnite (A.Ghassemlou, 1965, p. 24). Les Kurdes adoptèrent l'islam entre le 7e et le 9e siècle, après avoir été majoritairement adeptes du zoroastrisme, une religion qui adorait le feu comme le symbole de la pureté

Il existait aussi une importante communauté de Juifs exilés au Kurdistan depuis l'époque de l'empire néo-assyrien. Selon le Talmud, ils auraient obtenu des autorités juives de faire du prosélytisme et auraient réussi de façon spectaculaire à convertir presque tout le Kurdistan central au judaïsme (M.Izady, p. 100, 2000).    

D'un point de vue culturel, l'islam fut en un sens un facteur défavorable de développement pour l'identité nationale kurde, puisque les centres du pouvoir en Turquie, Iran, Iraq et Syrie reconnaissaient l'islam comme religion d'état. Ainsi, il fut plus difficile pour les Kurdes de mettre en évidence une identité nationale. 

 


 

La culture et le système éducatif

Le système éducatif au Kurdistan d'Iraq est bien organisé et est placé sous la responsabilité conjointe du ministère de l'Éducation et du Comité des Études Supérieures. Le ministère de l'Éducation prend toutes les décisions politiques concernant les niveaux scolaires, et ceci jusqu'au niveau universitaire. Les études supérieures sont du ressort du Comité des Études Supérieures qui comprend notamment la Fondation des Instituts Techniques du Kurdistan d'Iraq.

Le financement de l'éducation dépend du gouvernement kurde et le système éducatif repose entièrement sur les fonds de l'administration centrale. Le budget de l'éducation est défini sur une base annuelle. 

Le cursus scolaire au Kurdistan d'Iraq prévoit d'abord deux années de pré-scolarisation pour les 4-5 ans ; à 6 ans, les enfants débutent l'école primaire qui se poursuit jusqu'à l'âge de 11 ans. Puis, viennent 6 années d'éducation secondaire réparties en 2 cycles de 3 ans chacun. Les études supérieures peuvent aller de 2 à 6 années. 

A côté de la formation académique, il existe également des écoles commerciales, artistiques, industrielles et agricoles, qui dispensent un enseignement secondaire professionnel réparti sur trois années. 

Il existe, d'autre part, trois centres de formation pour les professeurs, appelés écoles de formation des enseignants dont les études se déroulent sur trois ans et débutent après le premier niveau des études secondaires. 

Les études supérieures s'étalent sur une période comprise entre 2 et 6 ans pour des élèves âgés de 18 à 23 ans. Ce cursus peut être suivi dans les instituts techniques qui dispensent une formation sur 2 ans et délivrent un diplôme technique dans les domaines de l'histoire de l'Art, les Sciences, les Beaux-arts, la Médecine, l'Ingénierie, etc. Les universités de Salahaddin, Sulaimania et Duhok délivrent également des diplômes spécialisés, dans les domaines des Sciences, Humanités, Éducation et Arts (Education in Iraqi Kurdistan, www.kdp-ankara.org.tr/education).

 

Établissements scolaires au Kurdistan d'Iraq en 1998/1999

Établissements scolaires Nombre d'enseignants Nombre d'étudiants Nombre de collèges et d'écoles Nombre de départements

Universités
Salahadin 444 7.524 12 44
Sulaimani 159 3.067 7 18
Duhok 149 1.689 7 16
Instituts de Technologie        
Erbil Technical 35 1.077 1 9
Sulaimani Technical 35 1.628 1 8
Duhok Technical 56 845 1 5
Ecoles secondaires        
Erbil 2.982 42.612 146 -
Sulaimani 2.492 52.124 182 -
Duhok 1.020 27.004 97 -

Source : members.aol.com/krgsite/education

 

La résolution SCR-986 prévoit l'affectation d'une partie des fonds pour le développement du système éducatif du Kurdistan Iraquien depuis 1997. Le gouvernement kurde a construit 160 établissements secondaires et 85 jardins d'enfants. Ainsi, dans tout le Kurdistan Iraquien, les élèves disposent de tout le matériel pour leur année scolaire. En ce qui concerne les études supérieures, le gouvernement kurde d'Iraq a préparé un plan général représentant un budget de 25 millions de dollars US, et depuis l'application de la résolution SCR-986, un changement significatif s'est produit dans l'éducation. (Gouvernement Régional du Kurdistan - Activities in 2000 Kurdistan Reconstructs, p. 57-59).

Le système des études supérieures a été le sujet de la première Conférence Kurde sur l'Enseignement Supérieur depuis 1991 ; celle-ci s'est tenue du 21 au 23 avril 2001 et les participants sont venus des trois gouvernorats kurdes et de plusieurs pays étrangers. Plus de 600 académiciens, experts et politiciens y assistaient (Kurdistan Today issues 5, p. 1, 2001). Le but de cette conférence était d'améliorer le système éducatif du Kurdistan d'Iraq et de contribuer au développement de la société kurde. 

L'année scolaire débute en septembre et se termine en juin. Les vacances de la mi-semestre sont fixées en février, et celles d'été débutent fin juin. 

 


 

La langue kurde

La langue kurde appartient à la famille indo-européenne et fait partie du groupe des langues indo-iraniennes. Les dialectes se partagent en deux groupes majeurs : celui du nord, le kurmandji et celui du sud, le sorani. Cependant, il existe une multitude de différents dialectes qui peuvent, selon Martin van Bruinessen, kurdologue, être classés dans les sous-groupes suivants :

1. Les dialectes du nord-ouest, ou kurmandji

2. Les dialectes du sud, kurdmandji méridional ou sorani

3. Les dialectes du sud-est ou Sinei, Kermanchahi, et Leki

Le sorani a développé la langue kurde écrite en modifiant l'écriture arabe, et beaucoup de la littérature kurde est écrite dans ce dialecte. L'alphabet arabe est utilisé par les Kurdes d'Iraq et d'Iran, l'alphabet latin par ceux de Turquie, et l'alphabet cyrillique par les Kurdes de l'ancienne Union Soviétique.

La question de la langue a été d'un intérêt capital pour la majorité des nationalistes de langue kurde. Les Kurdes reconnaissent le rôle très important de la langue dans leur combat pour les droits nationaux et dans leur reconnaissance en tant que nation. Elle est à la fois la preuve et le symbole d'une identité kurde distincte. Les gouvernements des pays qui ont divisé le Kurdistan ont également été très vigilants sur l'influence du kurde dans l'identité kurde. Ils interdirent ou découragèrent ainsi l'usage de cette langue, à l'exception de l'Iraq, et leurs régimes politiques furent traditionnellement plus ou moins tolérants envers son usage dans les écoles et la vie publique.

La variété des dialectes kurdes et les politiques ayant pour but l'assimilation des Kurdes se sont combinés pour entraver le développement d'une lingua franca standard (Kreyenbroek, 1992, p. 68).

La division de la langue en plusieurs dialectes a été aggravée par les communications imparfaites au Kurdistan, pays de hautes montagnes. Par ailleurs, les Kurdes ne jouirent jamais d'une unité politique qui aurait pu rendre possible une littérature commune. Les divisions du Kurdistan entre un certain nombre de pays, les influences exercées par les langues dominantes, sont d'autres facteurs qui ont inhibé le développement d'une lingua franca standard. Plusieurs essais pour développer une langue standard unique issue du kurde ont été tentés, mais sans succès. (Matti Saarlainen, 1999, p. 8).

La nation kurde s'enorgueillit d'une ancienne et riche culture, mais de nombreux occupants étrangers, notamment les Turcs et les Persans, ont poursuivi un plan  d'assimilation et ont soit confisqué, soit complètement ruiné la culture matérielle et spirituelle des Kurdes. Malgré cela, la culture ancestrale reste préservée et il est encore possible aujourd'hui de rencontrer les vestiges d'antiques cultures dans toutes les parties du Kurdistan.

La littérature kurde abonde en légendes populaires et en poésies antérieures au 17e siècle qui décrivent la résistance kurde contre l'usurpateur arabe, et ces poèmes écrits dans le langage de l'époque sont encore étonnamment accessibles. (A. Ghassemlou, 1965, p. 29).

 


 

La partition finale du Kurdistan

Le Kurdistan est divisé entre quatre pays du Moyen-Orient - la Turquie, l'Iran, l'Iraq et la Syrie - et les deux anciennes républiques de l'Union Soviétique, l'Azerbaïdjan et l'Arménie. Il a été décrit comme un arc s'étirant du mont Ararat au nord-est, jusqu'à la partie méridionale des monts Zagros et Pichtkuh en Iran (Kendal-Ghassemlou, 1980, p. 41). Une ligne peut ainsi être tirée vers l'Ouest à partir de Mossoul en Iraq, continuant jusqu'au port turc d'Iskanderoun (Alexandrette), et à partir de ce point le pays s'étend au nord-est jusqu'à Erzeroum en Turquie, et de là continue vers l'est jusqu'au mont Ararat.

D'un point de vue géopolitique, le Kurdistan était situé sur des frontières d'empires tels que Byzance, et les empires ottoman et persan. Les conquêtes britanniques et françaises durant la Première Guerre Mondiale ont détaché la Syrie et l'Iraq de l'empire ottoman et imposé les frontières artificielles qui divisent le Kurdistan en cinq parties (Kreyenbroek, 1992, p. 115-134). 

L'existence de pétrole brut au Kurdistan a attiré les compagnies pétrolières internationales et d'importants gisements sont ou ont été exploités à Kirkouk et Khanaqin au Kurdistan iraquien, à Kermanchah au Kurdistan iranien et à Siirt au Kurdistan de Turquie.

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